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ET DE LA FLUXION SANGUINES

Chez certaines personnes la figure rougit , il existe une sensation incommode , une sorte de tension ; la caloricité est augmentée pour le malade , elle l’est aussi pour le chirurgien qui touche la peau. Cet état disparaît en quelques instants : ce n’est point là une inflammation , c’est une injection sanguine.

On se lave les mains à l’eau froide ; elles rougissent bientôt; elles deviennent plus chaudes : ces phénomènes disparaissent rapidement et d’une manière spontanée , ils n’etaient donc pas constitués par une plilegmasie, mais bien par une fluxion sanguine.

La peau est quelquefois très-irritable. Vous pratiquez sur elle des frictions même légères, elle rougit, sa caloricité augmente, il existe un peu de douleur: les téguments recouvrent en général leur couleur normale au bout d’un quart d’heure environ ; on ne peut

pas encore ici reconnaître une inflammation : c’est une injection ou une fluxion sanguine.

Les mains en hiver se sont refroidies, la rougeur s’en empare , surtout quand on les chauffe ou quand on les soustrait h faction du froid : on éprouve des picotements douloureux et même de la cuisson ; tout le monde sait la rapidité avec laquelle cette incommodité disparait ; c’est une fluxion.

Ces faits , auxquels nous pourrions en ajouter beaucoup d’autres , suffisent pour faire distinguer finflammation de l’injection et de la fluxion sanguines. J’insiste sur ce point important de pathologie, parce qu’il est des médecins qui, ayant d’ailleurs rendu d’immenses services à la science et h l’humanité, voient partout des phlegmasies, et mettent partout en usage les évacuations sanguines, souvent incapables de guérir et souvent même nuisibles. Nous allons en donner la preuve; mais avant tout, nous poserons les indications qu’on devra saisir, et nous rejetterons ici, à tout jamais, l’aveugle et funeste empirisme dont le domaine est si étendu aujourd’hui, et qui règne en souverain absolu sur un homme dont la tête est vierge de toute espèce d’idées médicales.

Tous employez contre un phlegmon, par exemple , les évacuations sanguines, les cataplasmes émollients, la diète plus ou moins absolue ; vous donnez issue à la collection purulente renfermée dans son épaisseur , les phénomènes morbides diminuent ; mais il arrive un

temps d’arrêt , et la maladie, qui a d’ailleurs singulièrement décliné, reste à l’état stationnaire depuis dix ou quinze jours. Vous continuez en vain l’usage des évacuations sanguines et des cataplasmes émollients. La chaleur est presque normale, la douleur est nulle ou extrêmement légère, la rougeur n’est pas vive; il existe fort souvent un peu d’œdème; les tissus sur lesquels la maladie siège sont hypertrophiés; quelquefois même cette hypertrophie s’accroît ; le pus coule très-abondamment. S agit-il ici d’une inflammation ou bien d’une injection sanguine passive? Je réponds par l’affirmative à la seconde de ces questions, et je prouve que mon opinion est basée sur des faits : en voici quelques-uns. Il nous serait facile d’en citer un trèsgrand nombre.

Un malade de la salle Saint-Antoine avait été soumis à la résection du premier métatarsien : une inflammation violente survient; nous mettons en usage la diète, les boissons et les cataplasmes émollients : nous obtenons en quelques jours un amendement très-marqué; mais bientôt il s’arrête dans sa marche, et, pour nous servir du langage généralement admis , la phlegmasie passe à l’état chronique : nous continuons les émollients; l’abondance du pus augmente; la douleur est nulle, quand le malade garde le repos absolu ; il n’existe pas d’augmentation de chaleur; on observe un œdème léger ; ici la rougeur est un peu foncée , là elle est claire; cet état persiste pendant douze jours : je prescris un

pansement fait avec une compresse fenêtrée enduite de cérat et de la charpie : le lendemain la quantité du pus a diminué au moins de moitié ; la rougeur a presque entièrement disparu ; F œdème est presque dissipé.

Le second jour, l’amendement est encore beaucoup plus marqué.

Le troisième jour, la plaie et le membre sont à l’état normal-

Le pied d’un malade couché dans la salle Saint- Louis, avait été violemment contus; il offrait sur sa face dorsale et sur son côté interne de larges et profondes solutions de continuité; une fracture siégeait sur Fini des métatarsiens : je mis en usage le traitement antiphlogistique que je viens d’indiquer; la maladie s’amenda et présenta l’état suivant : suppuration très-abondante, œdème, un peu de douleur, rougeur claire , caloricité légèrement augmentée ? hypertrophie du membre ; elle augmentait : continuation des cataplasmes émollients.

Cet état durait depuis quinze jours, lorsque je mis en usage le pansement simple, indiqué dans l’observation précédente ; le lendemain, cessation de la douleur ; sécrétion purulente moindre ; rougeur et œdème diminués.

Les troisième et quatrième jour, l’amélioration est plus prononcée ; le membre est presque revenu à son volume ordinaire ; la plaie est simple; elle marche franchement vers la guérison.

Au n° 5 de la salle Saint-Antoine est couché, en ce moment, un homme qui s’est coupé la gorge avec un rasoir; un phlegmon s’est développé profondément sur la jambe gauche ; ce malade étant faible , nous n’avons pas pu recourir aux évacuations sanguines; nous avons appliqué des cataplasmes émollients : deux collections purulentes se sont formées isolément, entre les muscles superficiels et profonds du membre; nous en avons fait l’ouverture : une contre-ouverture a été même immédiatement pratiquée ; nous avons continué l’usage des cataplasmes émollients ; le membre a été placé dans une position convenable, pour faciliter l’écoulement du pus. La maladie s’est beaucoup amendée, mais depuis quinze jours elle reste stationnaire : continuation des cataplasmes émollients : on observe d’ailleurs les phénomènes suivants : douleur légère lorsque le membre est au repos; beaucoup de matière purulente; œdème très-prononcé; caloricité un peu augmentée. On a cessé le cataplasme ; on a fait un pansement simple : le lendemain la suppuration a diminué.

Le troisième jour , l’œdème et l’augmentation de caloricité sont moindres.

Le cinquième jour, le membre a presque recouvré son volume ordinaire; le pus est en beaucoup moindre quantité.

Il est des sujets sur lesquels le pansement simple ne suffit pas entièrement pour ramener les tissus et la plaie aux conditions convenables que nous venons d’indiquer ;

il s’est déjà écoulé six ou huit jours depuis qu'on a fait abstraction du cataplasme émollient et qu’on a eu recours à la compresse fenêtrée enduite de cérat et à la charpie; Fétat morbide est amélioré, mais l’amendement marche lentement : mettez en usage les résolutifs légers, Feau de sureau par exemple, l'eau végéto-minérale mitigée , vous obtenez en général de grands succès : ici les propriétés vitales ont été extraordinairement exaltées paria phlegmasie; à cette exaltation a succédé une baisse proportionnelle dans la vitalité des tissus; il faut donc alors les exciter un peu pour détruire Fatonie dont ils sont frappés.

Lorsque vous cessez le cataplasme, les conditions que nous avons énoncées existant, n’ayez pas recours sur-le-champ aux résolutifs, quelque légers qu’ils soient; tous les praticiens savent qu’ils peuvent alors reproduire l’inflammation; faites au contraire le pansement simple, souvent il suffira; s’il ne remplit pas entièrement l’indication, employez, comme nous l’avons dit, Feau de sureau ou quelque autre liquide légèrement excitant , et même une faible compression faite avec l’agaric et un bandage convenable.

J’ai beaucoup insisté sur les données que je viens d’établir, parce que j’ai vu trop souvent autrefois, et l’on voit encore aujourd’hui dans un grand nombre de nos hôpitaux, la suppuration devenir interminable , les malades s’affaiblir sous son influence, et courir des dangers; j’ai vu l’œdème augmenter et produire l’indura-

tion; j’ai vu les membres et surtout les articulations s’hypertrophier; j’ai vu les solutions cle continuité rebelles se cicatriser très-difficilement.

Mais nos idées ne sont-elles pas susceptibles de quelque extension ? Ne s’appliquent- elles pas aux phlegmasies des viscères , que l’on pourrait traiter trop longtemps par le régime débilitant et par les évacuations sanguines? Qu’on y prenne garde, surtout dans les inflammations gastro-intestinales anciennes !

QUELQUES CONSIDÉRATIONS

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