‹ Clinique chirurgicale de l'Hôpital de la PitiéChapitre 4 sur 31 · EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

EN GÉNÉRAL

Les organes parenchymateux étant plus spécialement sous finfluence de la circulation des gros vaisseaux, la saignée générale est préférable lorsqu’ils sont affectés de phlegmasie : l’expérience a sanctionné cette proposition; elle a prouvé, au contraire, que les évacuations sanguines locales étaient plus avantageuses contre les inflammations des tissus membraneux soumis plus particulièrement à la circulation capillaire.

Toutes choses égales d’ailleurs , on supporte beaucoup moins , en général , les évacuations sanguines dans l’étatyle santé que si l’on est affecté d’une phleg-

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masie. Ce fait important n’est pas assez connu; il est démontré par Fexpérience : il nous parait d’ailleurs facile de l’expliquer. Dans l’état normal, rien ne stimule les propriétés vitales au delà du degré nécessaire à l’exercice libre, entier, facile et régulier des fonctions; mais s’agit -il d’une inflammation? il existe un stimulus insolite qui exalte ces propriétés vitales ; qu’on me permette la comparaison : c’est un coup de fouet qui leur donne beaucoup plus d’énergie et les fait résister davantage aux causes qui tendent à les affaiblir; d’ailleurs, lorsque les pblegmasies fléchissent , ce stimulus diminue ; on voit alors , quoique certains malades aient presque entièrement conservé leurs forces, les pertes sanguines , même assez légères , les déprimer singulièrement : ce fait est d’une grande importance en pratique. On devra moins extraire de sang , en général, quand les inflammations commenceront à décliner. Lorsqu’elles sont à l’état chronique, la réaction est nulle \ ou moins intense ; les propriétés vitales offriront donc une résistance moindre; l’observation le prouve tous les jours : de là la nécessité de ne pas trop multiplier les évacuations sanguines contre une maladie qui résistera d’autant plus quelle est ancienne, quelle siège souvent sur des tissus anormaux; on se rappellera d’ailleurs que les forces du sujet ont diminué sous l’influence des douleurs qu’il éprouve depuis longtemps, du repos plus ou moins absolu qu’il est souvent obligé de garder, et du régime ordinairement

débilitant auquel il est soumis. J’insiste sur toutes ces circonstances, parce que beaucoup de médecins ne les prennent pas en considération ; parce qu’ils se conduisent alors comme s’il s’agissait d’un phlegmon, chez un individu pléthorique; parce que ces médecins compromettent tout, et qu’entre leurs mains inhabiles les meilleures méthodes deviennent défectueuses. Ces préceptes semblent aussi être ignorés par certains hommes à système exclusif, qui veulent presque toujours proscrire les évacuations sanguines du domaine de la thérapeutique.

En général , les habitants des pays très-chauds supportent moins bien les évacuations sanguines que ceux qui vivent dans les régions tempérées : chez les premiers , toutes choses égales d’ailleurs , les évacuations sanguines sont ordinairement plus débilitantes, et d’ailleurs chez eux les morsures des sangsues fournissent une beaucoup plus grande quantité de sang; leur peau, plus excitée par la chaleur, parait plus congestionnée ; de là la nécessité de multiplier moins les annélicles.

L’examen attentif du tempérament du malade, de son pouls, du développement de ses artères et de son système musculaire, indique ordinairement au médecin la quantité de sang qu’il peut extraire lorsqu’il pratique une évacuation sanguine sur un sujet qu’il n’a pas encore soigné; mais les idiosyncrasies sont fort extraordinaires , sous le point de vue que nous examinons : il est des personnes qui paraissent très-faibles et chez lesquelles cependant les pertes abondantes de sang

sont tolérées avec une incroyable facilité ; tandis qu’on rencontre des individus qui semblent très-forts et qui, soumis à l’application de huit ou dix sangsues , dont les morsures d’ailleurs saignent pendant un temps assez court, éprouvent une faiblesse extrême et sont presque comme anémiques pendant plusieurs jours. Il faut donc demander au malade comment il supporte la saignée. Enfin on voit des hommes dont la constitution ordinaire n est presque pas affaiblie par des déplétions sanguines très-nombreuses et capables d’effrayer si les préceptes que nous indiquerons dans un instant n’étaient pas suivis. En voici un exemple bien remarquable : un ouvrier vint nous demander des soins à l’hôpital de la Pitié pour un tétanos générai produit par des tiraillements exercés sur la colonne vertébrale ; « les accidents » persistèrent jusqu’au neuvième jour , sans offrir la » moindre apparence de rémittence ; mais à cette épo- » que il y eut un peu d’amendement. Le traitement, )> qui dura dix-neuf jours, consista dans les moyens )> suivants : i° huit saignées du bras très-copieuses fu- )) rent pratiquées; les quatre premières, faites dans les » deux jours qui suivirent l’arrivée du malade , furent )> de trois cent soixante à quatre cent quatre-vingts )> grammes chacune (de trois à quatre palettes); 2°sept » cent quatre-vingt-douze sangsues furent posées le long » du rachis, à l’exception d’une cinquantaine qui fu- » rent posées sur la région épigastrique, parce qu’il » s’était manifesté quelques signes d’irritation gastro-

» intestinale. A l’aide de ce traitement énergique, le )> malade se trouva complètement guéri le vingt-qua- » trième jour, et malgré l’abondance des émissions san- » guines, malgré la diète sévère qui fut observée, le » pouls s’est constamment soutenu et aucun signe de )) faiblesse ne s’est manifesté. Ce qui prouve mieux en- » core le peu d’affaiblissement du jeune homme, c’est » que trois ou quatre jours après la cessation du traite- » ment , il put se lever et descendre dans la cour de » l’hôpital pour s’y promener un peu ; cependant sa con- » stitution naturelle n’est pas des plus robustes. » (Voy. Archives générales de Médecine , t, XX, mai 1829),

Nous portâmes aussi loin les évacuations sanguines parce que le pouls se soutenait au même état, à quelques légères nuances près, parce que la face ne se décolorait point, parce que nous n’observions presque pas la dépression des forces musculaires , parce que le sang ne devenait pas trop fluide et que dès lors nous ne devions pas redouter l’infiltration pulmonaire démontrée par les belles expériences de M. Magendie. En procédant ainsi dans la pratique des émissions sanguines, 011 ne doit pas craindre les accidents qui surviendraient nécessairement si Fou négligeait les principes que nous venons d’établir.

Lorsque le sujet est fort et qu’il est affecté d’une phlegmasie violente et très-étendue , d’une péritonite générale par exemple, il faut, préalablement à l’application des sangsues, recourir à la phlébotomie.

Une inflammation est quelquefois tellement aiguë , que toutes les propriétés vitales semblent se concentrer vers l’organe affecté : alors le malade est plongé dans un état de faiblesse extrême, que les anciens ont bien désigné sous le nom de oppressio virium et qui n’en impose pas au médecin clinique. Ici la saignée est d’une rigoureuse nécessité pour prévenir une mort presque immédiate ou des transformations organiques funestes.

Chez les femmes , les pertes de sang se réparent avec une facilité extraordinaire ; il faudra , en général , les saigner plus souvent et plus compter sur le régime que sur les évacuations sanguines. L’époque des règles doit être prise en grande considération.

Lorsqu’une phlegmasie aiguë succède à une inflammation chronique et que les premières saignées ont assez déprimé le pouls et affaibli le malade, ordinairement on ne saigne plus , quoique la maladie persiste , car l’expérience a prouvé qu’ alors la déplétion sanguine a le grave inconvénient de diminuer les ressources que la nature possède contre raffection morbide. La phlegmasie a-t-elle désorganisé les tissus sur lesquels elle siège, la saignée et la diète sont les moyens les plus sûrs de faire succomber promptement les malades. Il faut donc se défier de la prédilection empirique qu’ont beaucoup de médecins pour les évacuations sanguines.

L’on a dit que la saignée réussissait beaucoup mieux contre l’inflammation du poumon droit que contre celle

du poumon gauche. Il est facile de se convaincre , en lisant les ouvrages de Bayle, de Portai, de Baumes et de Laennec, que la péripneumonie du côté gauche passe souvent à l’état chronique.

En général, les phlegmasies sus-diaphragmatiques cèdent plus facilement à la phlébotomie que les inflammations sous-diaphragmatiques.

Lorsque, chez les vieillards, les inflammations aiguës sont bien franches, qu’elles siègent sur des organes qui étaient sains avant leur développement, et qu’ elles produisent des phénomènes généraux sthéniques, on ne doit pas craindre de recourir aux émissions sanguines, en prenant d’ailleurs en considération l’âge plus ou moins avancé des malades, ainsi que leur constitution : on doit nécessairement suivre une conduite opposée si la phlegmasie est entée sur une inflammation chronique, s’il existait préalablement sur le même tissu une autre affection morbide, et si enfin les symptômes généraux étaient asthéniques; alors la saignée est presque toujours mortelle ou au moins fort dangereuse. D’après ces idées, il sera, je crois, facile de mettre fin aux divergences d’opinion qui régnent depuis longtemps sur le point important de thérapeutique dont nous nous occupons; pour nous , l’expérience s’est prononcée : rien ne peut résister à la brutalité des faits.

Dans les inflammations traumatiques, surtout quand elles ne siègent pas sur les viscères abdominaux, on doit insister davantage sur les émissions sanguines: il n’existe

pas en effet ici une cause interne qui diminue en général l’énergie des propriétés vitales , et lorsqu’on emploie les saignées avec la sage hardiesse dictée par les principes énoncés plus haut, elles ont l’avantage de prévenir ou de combattre presque toujours victorieusement les ph'legmasies ; on parvient souvent à rendre la suppuration et toutes ses conséquences presque nulles : j’en ai fourni la preuve un grand nombre de fois à la Pitié et à l’hôpital provisoire du grenier d’abondance» Un malade couché au n° 26 de la salle Saint-Louis était affecté à la cuisse d’une plaie d’amie à feu; elle était produite par une halle qui avait traversé ce membre : la solution de continuité siégeait sur sa partie moyenne,* elle était oblique et formait avec son axe un angle de vingt-cinq degrés environ, à sinus inférieur. Le premier jour, je fis pratiquer, le matin, au bras une saignée de trois cent soixante grammes (trois palettes); le soir le pouls se soutenait , la face n’était pas décolorée , les forces musculaires n’avaient pas fléchi : l’on tira cent vingt grammes (quatre onces) de sang; cette dernière évacuation sanguine fut répétée deux fois le lendemain; 011 y revint une fois encore le surlendemain; mais, au moment où la suppuration commença à s’établir, on ne- saigna plus, clans la crainte cle la résorption purulente; on cessa aussi la diète pour la meme raison, car le malade, vivant trop de sa propre substance, aurait été davantage exposéà l’accident dont nous nous occupons; il n’existait pas d’ailleurs de fièvre, et l’estomac, en bon état, ainsi

que le reste du canal intestinal, se serait irrité et meme enflammé sous l’influence de la privation des aliments. Il ne survint presque aucune inflammation , quoiqu’on n’eût fait aucun débridement; la suppuration fut presque nulle. Yingt jours suffirent pour obtenir la guérison. Nous avons soigné avec M. Chassaignac

un élève de l’Ecole polytechnique dont les deux cuisses avaient été traversées de part en part par une balle; nous avons eu, par le meme traitement, un succès aussi heureux. Personne n’ignore les beaux résultats que nous obtenons par cette méthode, à l’hôpital de la Pitié, dans les cas de fractures comminutives compliquées d’épanchement sanguin considérable et d’étranglement inflammatoire : on sait que nos malades ne sont presque pas affaiblis.

Les phlegmasies résistent d’autant moins aux émissions sanguines , qu’on les attaque à une époque plus rapprochée de leur début.

Lorsqu’une inflammation est essentiellement gangréneuse , comme dans la pustule maligne, on doit renoncer à la saignée. Au temps où l’on voulait tout guérir par les déplétions sanguines , j’ai vu l’oubli de ce

précepte produire un événement funeste : la maladie

débutait ; aucun phénomène morbide général n’existait encore; on aurait certainement triomphé du virus septique par la cautérisation.

Rappelons qu’en appliquant des sangsues dès le début du furoncle et de l’anthrax bénin, nous sommes par-

venu quelquefois h faire avorter ces affections morbides; la gangrène est ici le résultat cf une inflammation par étranglement : l’anatomie pathologique fa prouvé (Dupuytren).

Doit-on recourir à la saignée locale chez les individus d’un tempérament sanguin, et d’ailleurs très-robustes, si la mort des tissus est déterminée par un excès d’inflammation, si la phlegmasie persiste à l’état très-aigu, à une petite distance des escarres qui menacent d’envahir au loin les parties molles et de produire ainsi un trèsvaste ulcère? Cette solution de continuité pourrait compromettre les mouvements du membre, sécréter une suppuration abondante aux frais de laquelle la nature fournirait difficilement et exiger peut-être une amputation ; la crainte delà résorption des gaz putrides et du pus, le cachet defaiblesse que la gangrène imprime presque toujours , à l’économie, arrêtent les praticiens. Je pense que, dans les cas que je viens de préciser , entre deux inconvénients il faut choisir le moindre : j’applique des annélides s’il n’existe pas de symptômes d’asthénie, si j’ai moins à redouter la résorption des gaz et des liquides sécrétés que la mort trop souvent produite par fabondance de la suppuration, par l’ablation du membre et par la réaction d’une vaste surface dénudée sur l’ensemble de f économie et surtout sur le canal intestinal. Toujours jusqu’aujourd’hui je suis parvenu à borner la gangrène en diminuant l’inflammation trop intense qui la produisait : je

dois toutefois avertir que

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à cet égard ne sont pas encore assez nombreuses pour établir un dogme scientifique.

Dans les inflammations de la plèvre et du poumon les symptômes généraux ont presque toujours le caractère sthénique , même chez beaucoup de vieillards ; c’est ici que les déplétions sanguines, quand il n’y a pas de tubercules pulmonaires ou quand ils ne sont pas nombreux et trop avancés , doivent être singulièrement multipliées ; on les porte plus loin, en général , qu’à l’occasion des phlegmasies situées dans la boîte osseuse du crâne, dans la cavité abdominale. Les chirurgiens militaires, dont la pratique n’est pas assez consultée, font un grand nombre de saignées dans les cas cle plaies pénétrantes de poitrine; ils en obtiennent des succès étonnants.

Que doit-on penser des faiseurs de statistiques médicales , qui, basant d’ailleurs leur opinion erronée sur un trop petit nombre de faits, professent qu’il ne faut pas employer les évacuations sanguines contre la pleurésie; qu’elle guérit sans le secours de ce moyen , lorsqu’il n’y a pas de tubercules pulmonaires ? Mais T ces médecins ont perdu des malades affectés de phlegmasie de la plèvre, et tous les viscères thorachiques étaient sains; 2° ils établissent l’hypothèse dans laquelle il n’existera pas de tubercules pulmonaires, et iis disent cependant dans leurs livres qu’assez souvent la présence de ces tubercules ne peut pas être reconnue : est-il possible d’être entraîné plus loin de la vérité par des idées I. 3

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préconçues? 3° ne sait-on pas d’ailleurs que toutes les plilegmasies, lorsqu’on les laisse parcourir paisiblement leurs périodes, peuvent passer à l’état chronique et occasionner des transformations, des productions organiques fort dangereuses , et ordinairement très-difficiles à guérir? Nous saignerons donc dans la pleurésie, à moins que le sujet ne soit trop faible , à moins que le poumon ne soit en trop mauvais état, car si les tubercules étaient crus, les évacuations sanguines, au lieu d’être nuisibles, seraient utiles. Dupuytren a longtemps professé ce principe. Je lui en ai vu faire l’application plusieurs fois avec succès, pour ralentir les progrès du mal. Mes anciens maîtres, les médecins de l’Hôtel-Dieu, qui ont toujours su maintenir la pratique de la médecine à la hauteur convenable , en la dégageant des systèmes exclusifs qui infestent les écoles, adoptaient l’opinion que nous venons d’émettre.

Une inflammation des méninges ou du cerveau existe; on conseille de répéter les déplétions sanguines , mais il est une indication très-importante à saisir» Chez un assez grand nombre de malades la saignée excite singulièrement l’innervation ; il faut nécessairement alors y renoncer afin de ne pas rompre entièrement l’équilibre qui doit exister entre les systèmes sanguin et nerveux. Cette pratique a été sanctionnée par l’expérience; le précepte sur lequel nous insistons n’est pas malheureusement assez connu.

A peine les plilegmasies abdominales existent- elles

quen général les malades sont déjà plongés dans un état très-marqué de prostration ; donnons l’explication de ce phénomène : le grand creuset de la digestion siège dans l’abdomen; les matières qu’il contient y acquièrent alors des propriétés délétères ; elles y dégagent de s gaz méphitiques. Suivant quelques médecins, les vaisseaux exhalants peuvent sécréter des produits gazeux , et les verser à la surface de la membrane muqueuse du canal intestinal; sont-ils primitivement viciés, ou bien leur viciation n’est-elle que consécutive? je l’ignore; elle n’en existe pas moins. De la présence de ces matières et de ces gaz dans le tube digestif résulte (Voyez les belles expériences de M. Magendie) une imbibition des tissus qui s’irradie à une plus ou moins grande distance et produit ainsi une sorte d’empoisonnement . Les selles des malades sont souvent noires et excessivement fétides; les phi eg ma si es abdominales sont d’ailleurs celles qui revêtent le plus souvent la forme a dynamique. D’après ces faits , l’on conçoit aisément qu’en général il ne faut pas porter ici les évacuations sanguines aussi loin que contre les inflammations qui siègent dans les deux autres grandes cavités splanchniques. Lorsqu’une phlegmasie abdominale date de quelques jours , et qu’elle a résisté à plusieurs applications de sangsues, on doit cesser l’usage de ces vers aquatiques, dans la crainte de trop affaiblir les malades , et d’enlever à la nature les ressources quelle possède pour aider à combattre la maladie par d’autres moyens.

Suivant les localités , toutes choses égales d’ailleurs , la thérapeutique ne doit pas toujours être la même : F expérience a démontré au médecin clinique que les purgatifs ne pouvaient pas être tolérés dans le climat de Paris comme en Allemagne, et surtout comme en Angleterre. On sait que dans le midi de la France , chez les Anglais et chez les Allemands , la réunion immédiate des plaies réussit presque toujours, tandis qu’ici , qu’on la tente dans les hôpitaux ou en ville, elle échoue presque constamment, bien qu’on mette en usage avec le plus grand soin les procédés ingénieux de l’école de Montpellier. Les déplétions sanguines nesont pas également heureuses dans tous les pays ; mes relations avec un grand nombre de médecins qui ont exercé la médecine sous presque toutes les latitudes m’en ont donné la preuve. J’étais bien jeune encore lorsque mon père me montrait que les symptômes des fièvres bilieuses et muqueuses étant les mêmes sur les habitants de la montagne et sur ceux qui vivaient dans des vallées marécageuses, la saignée locale réussissait chez les premiers, et non-seulement échouait chez les derniers, mais encore aggravait trèssouvent la maladie. Honneur soit donc rendu au vieillard de Gos , dont on cite si souvent les écrits qu’on médite si peu î

N’oublions pas de signaler ici les constitutions épidémiques. S’agit-il alors, par exemple, des érysipèles, nous les avons vus , selon les épidémies, céder ou résister aux déplétions sanguines , et cependant les carac-

tères de ces maladies étaient essentiellement identiques. Il en a été de même de l’application de l’axonge.

J’ai observé un grand nombre de Fois la dyssenterie épidémique dans le Midi ; elle guérissait une année par l’usage des boissons émollientes et des sangsues mises à la marge de Fanus. Ces moyens échouaient une autre année, tandis que l’opium administré à l’intérieur produisait les meilleurs effets. Dans une troisième épidémie , on employait les tisanes acidulés ; la langue devenait humide; on mettait alors en usage Fipécacuanha, à la méthode de Pison ; elle réussissait parfaitement. Antérieurement, comme l’opium , cette méthode n’avait obtenu aucun succès; les symptômes de la maladie étaient cependant encore les mêmes.

Pendant que l’amphithéâtre de l’école anatomique des hôpitaux était adossé à nos salles de chirurgie, nous y observions la pourriture d’hôpital, presque tous les ans, en été : la maladie était la même; cependant, tantôt nous devions nos succès à F usage du chlorure d’oxyde de sodium , tantôt à la poudre de charbon de Delpech, d’autres fois enfin aux tranches de citron de Dupuytren.

L’illustre Sydenham avait donc raison de dire que souvent les épidémies naissent avec un génie particulier ; il ajoutait : Malheur à ceux qui en sont affectés les premiers ! ce n’est qu’après qu’on a traité un assez grand nombre de malades qu’on parvient â trouver une méthode convenable de traitement, et qu’on marche alors pede libero* Les faits incontestables que nous venons

d’exposer doivent faire proscrire h tout jamais, en médecine, les idées exclusives, l’esprit de système, de doctrine et d’exagération, si communs aujourd’hui.

La découverte de la révulsion , de la dérivation , se perd clans la nuit des temps ; on lit dans Hippocrate : Menstrua si velis sistere , cucurbitulam quant maximum ad mamraas apporte. On compte les émissions sanguines au nombre des moyens destinés à l’obtenir : on extrait alors une petite quantité de sang, car l’expérience a démontré cpie si elle était abondante, elle ne remplirait pas ordinairement l’indication. La saignée générale est cle quatre-vingt-dix à cent quatre'vingts grammes (trois à six onces); suivant les sujets, on met quatre ou six sangsues : on préfère en général la phlébotomie.

Rivière conseille, afin de mieux obtenir F effet révulsif, d’appliquer, de temps en temps, le doigt sur l’ouverture de la veine , pour suspendre le cours du sang.

Nous allons insister sur les preuves qui viennent à l’appui de Faction dérivative de la saignée ; car un grand nombre de médecins ne veulent extraire du sang que quand il existe de la fièvre , ou lorsque le pouls est trèsfort et très-déveîoppé ; ils ne savent pas que quatrevingt-dix grammes (trois onces) de ce fluide n’affaiblissent point les malades, et produisent souvent les effets les plus heureux; nous le prouverons bientôt.

Quand les praticiens veulent produire les menstrues,

ils font appliquer quatre ou six sangsues autour de la vulve ou sur les cuisses.

Lorsqu’une perte utérine rouge existe, quelle soit active ou passive , on pratique, au bras, une ou plusieurs saignées dérivatives, quoique la femme présente souvent une très-grande faiblesse; presque toujours la maladie disparaît, à moins que la matrice ne soit gravement affectée; personne, j’espère, ne contestera ces deux faits. Disons en passant qu’en général les médecins négligent trop la révulsion sanguine, dans beaucoup de maladies.

Quatre ou six sangsues dont on laisse peu saigner les morsures produisent beaucoup plus souvent l’érysipèle que si l’on en mettait en usage une vingtaine.

Les annélides , mis en petit nombre pour combattre une tumeur blanche à l’état aigu , sont en général nuisibles ; employés quand la maladie existe sans inflammation , ils réussissent le plus souvent.

Quelques sangsues exaspèrent les phlegmasies intenses; un grand nombre de ces vers aquatiques les combattent avantageusement.

Les ventouses scarifiées, quand on extrait beaucoup de sang , agissent à la manière des sangsues en grand nombre. Elles congestionnent au contraire lorsque l’émission sanguine est légère.

On conseille de remplacer les sangsues par les ventouses scarifiées; j’ai employé comparativement ces deux

moyens, et je me suis convaincu qu’en général le dernier était moins avantageux.

Mais j’ai imaginé de traiter à l’aide des petites saignées révulsives pratiquées au bras, les lésions chroniques de l’utérus accompagnées de douleur, de pesanteur, de sensation de chaleur assez développée et fort incommode pour les malades; ces évacuations sanguines déterminent presque toujours des maux de tète, de la gêne dans la respiration et des palpitations de cœur ; presque toujours aussi les affections de la matrice sont amendées. Je vais soumettre au lecteur les passages suivants , extraits de la thèse fort remarquable de M. Joannes Victor Pasquet, soutenue à Paris le 17 août

« Vers la fin de décembre dernier, M. Lisfranc fit » pratiquer, le même jour, à onze des malades de la salle » Saint-Augustin, une saignée au bras de cent vingt » grammes (une palette). Je n entrerai pas dans des » détails particuliers sur chacune de ces malades, cela » m’entraînerait dans des longueurs inutiles et assez » dépourvues d’intérêt : je dirai seulement que fâge de )> ces malades variait entre vingt et quarante ans , que )> toutes portaient des affections chroniques de l’utérus » de nature diverse, que leur santé en général était » du reste assez mauvaise ; peu d’embonpoint , une sus-

ceptibilité nerveuse grande, une diminution des » forces, tant sous l'influence de la maladie, de ses )> souffrances et de ses désordres , qu’à cause de l’inertie

» habituelle et du repos auquel la plupart étaient depuis » longtemps condamnées; voici ce quelles accusèrent » le lendemain.

w N° 5. Aucun changement ni en bien "ni en mal )) dans les douleurs de l’utérus , d’après le rapport de la » malade; aucune modification appréciable, ni dans )> l’état des forces, ni dans l’état du pouls.

» N° ii. Celle-ci éprouva quelques instants après la » saignée un léger mal de tête, du malaise général, et » dans la soirée il se fit par le vagin un petit écoule- » ment sanguin qui persista toute la nuit ; le lendemain » matin elle se trouvait bien; ses douleurs utérines » étaient calmées; elle éprouvait un bien-être mani- » feste : cette femme était, je crois, affectée d’un » cancer de la matrice.

» N° 1 2 bis. Cette malade accusa des symptômes de )> congestion vers les parties supérieures du corps; la » tête lourde , les yeux fatigués , des éblouissements , des » palpitations et un peu de dyspnée ; le jour de la sai- » gnée et le lendemain matin, elle souffrait moins des )> reins; mais le soir et le surlendemain survinrent des w douleurs plus vives qui disparurent le troisième jour » et firent place à un grand soulagement.

» N° i3. Notable diminution des douleurs utérines ; » en même temps un mal de tête , d’abord peu sensible » pendant la journée , qui parut même se calmer pen- » dant la nuit , mais qui le lendemain à la visite était » violent et ne se termina que le surlendemain ; i’amé-

)) lioration clans la douleur du bas-ventre persista.

)> N° i5. Celle-ci , jeune fille de vingt-deux ans, ha~ » bituellement d’une bonne santé , d’un tempéra- » ment sanguin et pléthorique, était sujette à des pal- » pitations qui se montraient de temps en temps sous )> l’influence de quelque agitation physique ou morale; » elle se plaignait de palpitations depuis la veille au » soir, en même temps que de dyspnée; du reste elle » se sentait complètement soulagée dans le bas-ventre ; » nous remarquerons que son affection n’était pas » ancienne.

» N° 16. Aucun changement : c’était une fille de » vingt-huit ans, assez forte.

» N° 1 7. Elle accusa une douleur de tête survenue » dans la nuit; cette douleur, d’abord légère ettrès-sup- )> portable à la visite du matin, augmenta insensible- » ment dans la journée et les deux jours suivants; » du reste , il n’a pas été noté de changement en bien » ou en mal dans l’état de l’utérus.

» N° 20. Celle-ci se plaignit d’éprouver depuis la » veille au soir des éblouissements, des pesanteurs de » tête et une céphalalgie assez pénible ; depuis le matin » seulement elle éprouvait de la difficulté à respirer : » les étouffements devinrent plus intenses dans la jour- » née et persistèrent ainsi pendant trois jours de suite. » Pendant ces trois jours elle éprouva, vers quatre heures )> du soir, un mouvement de fièvre avec de la chaleur » et des étouffements. C’est la seule malade qui nous ait

)) présenté un pareil phénomène. Etait-ce une simple » coïncidence? Du reste, même avec ces nouveaux mal- » aises, elle se trouvait mieux qu’auparavant, -à raison » de la grande amélioration dans Fétat de l’utérus; elle » ne se trouvait pas trop affaiblie, bien qu’elle eût été » antécédemment épuisée par une longue maladie et » qu’elle présentât une teinte chlorotique assez pro- » noncée.

» N° 21 bis. Celle-ci m’a déclaré n’avoir rien éprouvé » de particulier.

)) N° 24. C’était la seule qui fût complètement satis- » faite de la saignée qu’on lui avait pratiquée. Ses dou- » leurs lombaires avaient considérablement diminué, » en même temps qu’elle éprouvait un bien général , » qu’elle se sentait plus légère, suivant son expression. » Point de douleur de tête, de palpitations, ni aucun de )> ces symptômes qui, chez la plupart des autres malades, » manifestèrent une congestion vers les parties supé- » rieures.

» N° 25. En revanche, cette femme, assez âgée, se » plaignit beaucoup ; elle avait éprouvé une céphalalgie )> frontale très-pénible, presque immédiatement après )> la saignée , un malaise et une agitation générale, qui )> avaient été assez considérables pour l’empêcher de dor- » mir; interrogée ensuite sur l’état de ses souffrances » habituelles dans le bas-ventre, elle affirma être nota- » blement soulagée.

» Je dois ajouter qu’on n’eut à signaler aucun de ces

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» accidents auxquels on peut s’attendre après une sai- » gnée, tels que défaillances, symptômes nerveux, fai- » blesses, etc.; et, bien que ces malades ne fussent » pas dans des conditions de santé où la saignée peut » être indifférente, néanmoins, quelques jours après , » elles éprouvèrent un soulagement encore plus marqué » dans les symptômes de leur maladie.

» Yers la fin de juin de cette année, justement à cette » époque où les chaleurs sont devenues momentané- » ment si fortes, et par conséquent dans des conditions » atmosphériques tout opposées à cette expérience, )> M. Lisfranc fit saigner le même jour quinze de ses » malades : c’étaient encore toutes femmes affectées de » maladies de l’utérus, et à peu près dans la même » condition d’âge, de tempérament et de santé que » celles qui ont été le sujet des observations faites pen- » dant l’hiver; c’était encore une saignée au bras de cent » vingt grammes (une palette).

» N° i . Cette femme se plaignit, le lendemain matin, de » maux de tête qui duraient depuis la saignée : elle avait » eu des palpitations la veille et des étouffements mo- » mentanés; mais ces étouffements, qui lui étaient ha- )> bituels, avaient été plutôt calmés qu’exaspérés.

» N° 3. Celle-ci accusa également de la céphalalgie, » des palpitations , des étouffements , mais à un degré 5> moindre que la précédente; de plus, elle éprouva » momentanément des douleurs épigastralgiques.Depuis » i83o cette femrrçe porte un engorgement de l’utérus

)) accompagné de pertes sanguines presque continuelles. )) Depuis peu de temps qu’elle est à la Pitié , sous l’in- » fluence de petites saignées révulsives, les règles se )> sont régularisées, mais elles sont encore très-abon- » dantes. Quatre mois avant , elle avait éprouvé une » perte qui, après avoir duré cinquante jours, a cédé » au traitement ordinaire de M. Lisfranc; elle ne porte )> pas d’ulcération à la matrice.

» N° 34. Une notable amélioration dans les douleurs w de 1 a matrice s’était prononcée; mais en même temps » des maux de tête, des douleurs dans la poitrine, )> dont efle se plaignait encore à la visite du matin.

)> N° 35. La seule chose bien constatée, c’est que » cette femme a éprouvé des symptômes de congestion » vers les parties supérieures du corps, et notamment un » mal de tête et de la pesanteur dans cette partie. Mais » relativement aux douleurs lombaires, je dois dire que » son récit 11e fut pas toujours identique : aux uns elle » dit qu elle se sentait soulagée ; aux autres, au contraire, » qu’elle 11’avait éprouvé aucun changement.

» J\° i3. Chez celle-ci , une perte rouge peu abon- » dante se supprima après la saignée; la douleur de )> l’hypogastre, qui est ordinairement plus vive à gau- » che , se déplaça et passa à droite; de plus, immédia- » tement après la saignée , survint une céphalalgie ac- » compagnée d’un sentiment de constrictiondansla poi- » trine.

» N° i6. Il y eut manifestement chez elle une dirai-

» nution des douleurs de matrice , de plus, des maux )> de tête, auxquels elle n’ est pas habituellement sujette.

» N° 17. Celle-ci se trouvait beaucoup mieux que la » veille; il n’était survenu de souffrance nulle part, )> et les douleurs lombaires étaient calmées.

» N° 20. Celle-ci, au contraire, se plaignit de cé- » phalaîgie , d’une augmentation des douleurs utérines. » A tous égards elle s’était mal trouvée de la saignée; )> pourtant ce malaise fut passager, et trois jours après » elle n’était pas mal.

» 3N° 21. Céphalalgie pendant trois jours, avec )> sueurs abondantes , tintements dans les oreilles qua- )> tre heures après la saignée, et qui n ont cessé que le » lendemain.

» N° 22. Cette malade a présenté des oscillations en » bien et en mal pendant les vingt-quatre heures qui » ont suivi la saignée; pendant les trois premières » heures, il a existé de la céphalalgie; dans la soirée, » de la toux est survenue. Il n’a pas été noté de chan- » gement dans l’état de l’utértis.

» 3N° 24. Douleurs de tête, éblouissements qui ont ■j) duré une heure et se sont manifestés peu après la )> saignée. Augmentation notable clés douleurs que » la malade éprouve ordinairement dans la région » lombaire.

)) N° 27. Cette malade a donné des renseignements » variables sur l’état des douleurs de la matrice : aux » uns elle a annoncé de l’amélioration ; aux autres

)) elle a affirmé qu’il n’y avait aucun changement; à )> tous elle s’est plainte d’une céphalalgie frontale, qui )> n’existait pas avant la saignée.

» N° J2. A part des maux de tête, celle-ci se trou- » vait infiniment mieux que la veille, avant d’être » saignée; elle souffrait moins dans le bas-ventre, sa » respiration était plus facile, sa peau était plus » fraîche.

» Ces faits, je le sais bien, ne sont pas nouveaux; » M. Lisfranc les a répétés assez souvent pour que tout » le monde sache que généralement ils confirment un » résultat sensiblement identique , savoir : que dans » les maladies de l’utérus, une petite saignée au bras » paraît congestionner les parties supérieures du corps, )> en même temps que l’excitation de la matrice en est » d’autant diminuée , ce qui explique les succès qu’on » obtient par cette méthode dans les engorgements » chroniques de cet organe. »

Nous prescrivons assez souvent, dans le cours d’un intervalle des règles , deux ou trois petites saignées révulsives, chez des femmes dont la matrice est soumise à des congestions sanguines fréquemment répétées; ces femmes ne sont point affaiblies.

La petite saignée révulsive, ou dérivative, est trèsavantageuse; on voit presque toujours la teinte utérine de la face disparaître sous son influence, l’appétit revenir avec l’embonpoint. Dans quelques cas d’exceptions fort rares, la matrice se congestionne davantage

sous l’influence du moyen que nous préconisons; les douleurs, l’augmentation de chaleur s’accroissent; quelquefois même il survient de légères pertes sanguines; d’autres fois, sans qu’on observe ces accidents, l’innervation est un peu augmentée , l’affection utérine ne s’amende point; mais ces faits sont comme un est à cent, et ils ne sauraient certainement point infirmer les préceptes que nous établissons; il suffit d’ailleurs que le médecin observateur, qui se tient toujours en garde, même contre son expérience , rencontre ces circonstances rares d’exceptions, pour qu’immédiatement il se retranche sur d’autres médications. J’ai prouvé que les femmes chez lesquelles il n’était pas possible d’employer les émissions sanguines légères et dérivatives guérissaient en général avec beaucoup moins de facilité.

Comment se fait-il que beaucoup de médecins pensent que la saignée n’est pas utile , et qu’elle est même très-dangereuse , dans l’affection morbide qui nous occupe? C’est qu’ils font extraire sur des malades, presque toutes fort nerveuses, au moins trois cent soixante grammes de sang (trois palettes); de là nécessairement de la faiblesse et une excessive innervation qui bouleversent toutes les fonctions et font échouer tous les autres médicaments. Il ne faut pas rejeter sur la méthode les fautes du médecin qui ne sait pas observer et qui ignore qu’on dose la saignée comme l’émétique, comme le quinquina, etc., et que suivant la dose à

laquelle on administre certaines substances, en médecine, elles produisent des effets differents.

Il est des femmes qu’on ne peut pas saigner au bras : les sangsues appliquées sur les membres tboracliiques remplacent très-rarement la phlébotomie ; ce fait est d’observation , il serait facile de l’expliquer.

J’ai encore appliqué aux engorgements blancs non enflammés l’idée de la révulsion, de la congestion ; on peut, en effet , échauffer , exciter ces maladies en posant autour d’elles quatre , six ou huit annélides, dont on ne laisse saigner les morsures qu’un quart d’heure; en excitant ainsi les engorgements blancs, on y favorise beaucoup l’absorption ; j’en donne tous les jours la preuve à l’hôpital de la Pitié ; mais il faut savoir manier ce moyen, comme nous le dirons plus tard , surtout a l’occasion des tumeurs blanches des articulations. Nous ne sommes pas étonné qu’il ne soit pas employé par beaucoup de nos confrères, qui , dans un de leurs journaux, nous ont adressé d’inconvenantes plaisanteries, dont ils ne sont pas avares, quoi qu’ils en puissent dire.

Mais, nous l’avons dit, nous devons le répéter encore, les déplétions sanguines, révulsives ou dérivatives, attirent le sang vers les organes où elles sont pratiquées; elles les congestionnent : or, ne les faites pas au bras ni sur les parois de la poitrine, ni sur les apophyses mastoïdes, si vous devez craindre les congestions thorachiques ou1 cérébrales ; l’oubli de ce principe pourrait

produire d’irréparables malheurs ; il s’applique, dans les

mêmes circonstances , aux régions sous -diaphragmatiques.

Mais quelle est la valeur de la saignée ? Ouvrez les annales de Fart, vous y verrez quun quart de siècle a préconisé les évacuations sanguines, et que souvent même il en a abusé; vous y verrez qu’ensuite on a voulu les proscrire presque entièrement du domaine de la thérapeutique. C’est affligeant , il faut l’avouer; notre malheureuse médecine a été soumise à d’effroyables variations , et l’on ne doit pas s’étonner que beaucoup de savants ne veuillent pas la ranger au nombre des autres sciences exactes. Si Ton s’en tenait à la stricte observation des faits; si une interprétation forcée ne leur était pas presque toujours donnée; si les vagues, les obscures explicas sériés ne venaient pas presque toujours les remplacer; si, en d’autres termes, les théories étaient l’expression de ces faits, et si ces mêmes faits n’étaient pas l’expression des théories; si, au lieu de tant citer Hippocrate, on méditait davantage ses sublimes ouvrages, qui ont traversé tant de siècles; si les médecins, comme le font quelques-uns d’entre eux, se défiaient de la tendance fâcheuse qu’a leur esprit à créer de futiles hypothèses , parce qu’il s’exerce trop souvent et trop longtemps sur des objets obscurs ou essentiellement inconnus; si Famour-propre médical voulait bien s’arrêter dans ses raisonnements là où il n’est plus possible de raisonner, s’il s’arrêtait enfin sur les faits que l’expérience sanctionne, et ces faits sont très-nom-

breux , très-satisfaisants pour tous les observateurs , la médecine reposerait sur des bases solides; elle ne mériterait plus les reproches qu’on lui a si souvent adressés.

Envisagée comme nous l’avons fait, et soumise aux données philosophiques que nous venons d’établir, la saignée sera toujours un moyen puissant de thérapeutique, et ne subira plus le sort qui lui a été si longtemps réservé.

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