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LUXATION DE LA JAMBE AVEC PLAIE

Gl'ÉRISON

Soupault (Jean), carrier, Agé de vingt-quatre ans, fut apporté, le 19 mars, à l'hôpital Cochin, service de M. Maisonneuve. il avait été pris sous un ébpulement, et la jambe droite, pressée à faux par une masse de terre, avait été violemment portée en dehors, tandis que la cuisse était maintenue. Il en résulta une luxation incomplète de la jambe en dehors, une large déchirure de la peau et du tissu fibreux de l'articulation du genou à sa partie interne, et la saillie du condyle interne du fémur à travers les téguments.

Un chirurgien du voisinage, appelé âuprèsdu.malade, réduisil la luxation,

1 Gazette des Hôpitaux, 184P, p. 517.

puis réunit la plaie au moyen d'une suture cnchevillée. Le malade resta dans cet état pendant six jours; mais des accidents inflammatoires graves s'étant manifestés, il se décida à entrer à l'hôpital.

Le genou est énormément tuméfié, la peau rouge et tendue; une plaie longue de vingl centimètres existe à la partie interne de l'articulation, elle est close par une suture cnclievillée. La jambe est encore dans un état de luxation incomplète en debors. Le malade est en proie à une fièvre intense.

M. Maisonneuve commence par enlever la suture qui ferme la plaie; il s'écoule aussitôt de l'articulation un flot de pus qui inonde l'appareil. Le membre est maintenu dans un état de demi-flexion sur des coussins de balle d'avoine et entièrement enveloppé de cataplasmes de farine de lin; des sangsues sont appliquées en grand nombre autour de l'articulation. Sous l'influence de ce simple traitement les accidents se calment; la plaie se déterge; la cicatrisation s'opère.

M;iis la luxation subsistait toujours. M. Maisonneuve n'avait pas cru devoir opérer la réduction lors de l'entrée du malade dans son service, de crainte d'ajouter encore aux accidents, déjà si graves, qui existaient alors; il avait rei ulé encore devant cette réduction, tant que la plaie n'était pas cicatrisée. Mais le 2 mai, la cicatrisation étant complète depuis plus d'une semaine, il se décida à la pratiquer. Le malade fut soumis au chloroforme ; l'opérateur, saisissant alors la jambe à deux mains, lui imprima un mouvement de flexion forcée pour décoller la rotule à demi ankylosée et rompre les adhérences ; puis, à l'aide d'un mouvement de rotation en dedans, il ramena le membre dans la position normale. Enfin, la réduction étant opérée, le membre fut maintenu dans l'extension au moyen d'un appareil à fracture de cuisse.

Aujourd'hui, 50 juin, le malade couché au numéro 2o de la salle Cochin peut être considéré comme guéri et ne tardera pas à sortir de l'hôpital.

Ce dernier fait esl certainement un des plus remarquables que possède la science; il montre de quelles puissantes ressources dispose la nature pour la cure des plaies articulaires.

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