‹ Clinique chirurgicaleChapitre 101 sur 136 · LU A L'ACADÉMIE DES SCIENCES LE 10 AOUT · texte numérisé non relu

LU A L'ACADÉMIE DES SCIENCES LE 10 AOUT

Il y a quelques années à peine, l'ablation totale de la mâchoire inférieure était considérée comme une entreprise tellement dangereuse, qu'aucun chirurgien français n'avait osé l'alWder \

1 Depuis la publication de ce mémoire, de profondes recherches onl été faites sur ce point de la science par plusieurs de nos plus érudils confrères, M. Iluguier [Bulletin de l'Académie de médecine, 1857, t. XXII), d'une part, et d'autre pari MM. Denonvilliers et Gosselin [Compendium de chirurgie, t. III, p. 629), et de ces recherches il résulte: « qu'aucune des observations de YValther à Bonn, d'Heyfelder à Erlangen, de Pitha à Prague, de Carnochan à New-York, non plus que celles de Signoroni, ne pouvaient être considérées comme de véritables résections totales de la mâchoire, et que c'est en réalité M. Maisonneuve qui a le premier pratiqué cette opération. »

Les annales de la science, disent les éminents auteurs du Compendium, renferment un certain nombre d'observations de malades qui, à la suite de plaies par armes à feu, ont perdu la totalité ou la presque totalité de la mâchoire inférieure, et il serait facile de trouver plusieurs cas de nécrose dans lesquels le chirurgien a extrait, en une ou plusieurs séances, des séquestres comprenant tout le maxillaire inférieur. S'il n'est pas parfaitemenl avéré que Wallher de Bonn ait pratiqué dans cette condition l'ablation de la totalité de la mâchoire inférieure, après avoir lié préalablement les deux arlères carotides primitives, il est certain que cette ablation a été fuite par M. Heyfelder à Erlangen en 1825, par le professeur Pitha de Prague en 1845, par le docteur Carnochan ds New- York en 1857 et répétée par Heyfelder en 1855. (Voyez Moniteur des Hôpitaux, 1855. p. 515, 555, 5G0, 752, 740, 758', 955, et Bulletin de l'Acad. de. méd. t. XXII, rapport de M. Huguier sur un mémoire de M. Heyfelder.) Nous avons déjà dit que nous ne pouvions considérer ces opérations comme de véritables résections, pas plus que le lait de Blandin qui, en 1848, enleva en une séance la totalité de la mâchoire inférieure nécrosée parle phosphore. M. Signoroni, chez un malade atteint d'ostéosarcome, n'a pas. C me on l'a prétendu, enlevé la totalité du maxillaire inférieur. C'est en réalitt

Outre les difficultés extrêmes dont son exécution semblait entourée, outre la crainte qu'inspirait le voisinage des vaisseaux carotidiens, on était persuadé qu'après cette grave opération la langue, privée de ses attaches antérieures, devait nécessairement se rétracter en arrière et produire la suffocation . On croyait surtout qu'en supposant la guérison possible, une semblable mutilation devait laisser le malade dans un état déplorable et le priver à jamais de la mastication et de la parole.

Telle était l'opinion générale à ce sujet quand, en 1855, j'eus l'honneur de présenter à l'Académie des sciences une jeune fille à laquelle j'avais récemment pratiqué l'ablation totale de la mâchoire, et chez laquelle aucun des accidents dont nous venons de parler ne s'était réalisé.

Cependant, comme l'opération avait été faite en deux temps, on pouvait croire, à la rigueur, que cette circonstance avait pu neutraliser une partie de ses inconvénients et de ses dangers.

Mais, en 1856, j'eus l'occasion de l'exécuter de nouveau chez un jeune homme que j'ai eu l'honneur de présenter à l'Académie le 12 mai 1856. Dans ce deuxième cas, la manœuvre opératoire avait été prompte et facile, aucun accident n'avait entravé la guérison ; le visage avait conservé sa forme régulière, la phonation était intacte; et, grâce à l'ingénieux dentier construit par MM. Préterre et Fowier, le jeune homme pouvait broyer facilement les aliments solides. (Il occupe aujourd'hui une position de contre-maître dans une usine en Espagne.)

Enfin, tout récemment encore, le 25 juin 1857, j'ai, pour la troisième fois, pratiqué avec succès celte opération chez une jeune fille de 18 ans, que j'ai présentée tant à l'Académie des sciences qu'à l'Académie de médecine et à la Société de chirurgie.

Quoique peu nombreux encore, ces trois faits, dont la similitude est si parfaite, et dont les résultats ont été si remarqua-

M. Maisonneuve qui a le premier pratiqué celte grande mutilation pour vue lésion organique. Sa première malade fut opérée en deux séances, à dix-lmil mois d'intervalle [Monil. deshôpit., 1855, p. 740, deux autres, l'une en 1850, l'autre en 1857, le l'urenl en une seule séance. Monit. des hôpit., 1850, p. 174. et Gazettedes Iwpit.. 1857'.

bleraafflt heureux, m'ont paru dignes de fixer l'attention des chirurgiens et suffisants pour autoriser l'admission de celte opération au nombre des ressources régulières de la médecine opératoire.

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