GUÉRISON
Le jeune A... de S..., âgé de sept ans, jouait sur une terrasse sans balustrade, dont l'élévation au-dessus du sol était d'environ trois mètres. Dans un mouvement inconsidéré, cet enfant glissa sur le bord de la plate-forme et tomba sur le pavé. La main gauche, instinctivement étendue en avant, supporta le principal choc, lequel, transmis jusqu'à l'humérus, détermina à la partie inférieure de cet os une lésion des [dus graves. Appelé presque immédiatement après l'accident, je constatai qu'outre un grand nombre de contusions à la tète, aux genoux, à la cuisse droite, il existait à lu partie inférieure et antéro-externe du bras une plaie déchirée, à travers laquelle passait une portion considérable de l'humérus. Au premier coup d'œil je crus avoir affaire à une (ratetoire; mais en j regardant de près, je vis qu'il s'agis- -;ui d'uni' lésion beaucoup plus nue, d'un décollement de l'épi physe ; eu effet, la portion de l'os qui faisail saillie était parfaitement exempte de briure ; sa surface était régulière et grenue.; elle présentait la disposition exacte de la portion sus-épipbysairc de l'os. Ile plus, cette partie osseuse était eom-
plétement dépouillée de son périoste dans une Sauteur de quatre centimètres environ. Cotte membrane était restée adhérente en bas au cartilage épiphysaire et s'était déchirée longitudinalcmcnt pour le passage de l'os luimême.
Dans ces conditions, et considérant surtout que l'articulation n'était point ouverte, je crus devoir renoncer à toute idée de résection, et je me décidai à réduire la portion saillante de l'humérus, en ayant soin de la (aire rentrer dans sa gaîne périostique. Celte opération ne laissa pas que d'être assez délicate; je parvins cependant à l'exécuter sans être obligé d'opérer de débridements.
Je plaçai ensuite le membre dans la demi-flexion, et je le maintins dans cette position au moyen de l'appareil plâtré.
Les suites immédiates de cette grave lésion furent beaucoup plus simples que je ne l'avais craint. Le travail phlegmoneux que je redoutais se maintint dans de justes limites et ne me donna pas un instant d'inquiétude; enfin, an bout de deux mois environ, la guérison, quant à ce qui regarde la plaie, était complète; mais il restait une roideur considérable de l'articulation; les mouvements d'extension et de flexion qui d'ordinaire mesurent plus de cinquante à cinquante-cinq degrés n'en présentaient pas plus de cinq ou six. L'enfant était plein décourage et d'intelligence, je lui recommandai d'exercer luimême son bras plusieurs fois par jour; ce qu'il fit ponctuellement; de plus, j'ordonnai des massages, des douches sulfureuses, et après dix-huit mois environ, j'eus le bonheur de voir le membre recouvrer toute la plénitude de ses mouvements.