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DESCRIPTION DU PROCÉDÉ

Bien que les procédés imaginés à diverses époques et par des chirurgiens du plus haut mérite, pour la résection partielle de l'os maxillaire inférieur, puissent, à la rigueur, servir à la désarticulation totale de cet os, je dois dire qu'aucun d'eux ne m'a paru répondre entièrement aux exigences spéciales de cette grave opération, et que pour remplir d'une manière convenable toutes les indications que je m'étais posées, j'ai dû créer pour ainsi dire de toutes pièces un nouveau manuel opératoire.

Laissant donc de côté et la ligature préalable de la carotide préconisée par Mot! de Philadelphie et Grœfe de Berlin, et les grandes incisions transversales de Lisfranc, Blandin, Cusack, etc., et les dissections au bistouri, si longues, si difficiles, et surtout si dangereuses au voisinage des vaisseaux carotidiens, je posai en principe :

1° De limiter les incisions à la division de la lèvre inférieure et des gencives ;

2° D'opérer la dissection de l'os en détachant le périoste au moyen des doigts seuls ou d'un instrument mousse ;

5° De ne couper les insertions des muscles crotaphyte, masseter et ptérygoïdien interne qu'avec les ciseaux courbes et peu tranchants ;

4° De terminer l'extirpation de l'os au moyen d'une traction violente qui déchire à la fois le ptérygoïdien externe, les ligaments articulaires, ainsi que les vaisseaux et nerfs dentaires inférieurs.

De grands avantages résultent de ce mode opératoire : 1° En bornant à une seule incision verticale, ou tout nu plus à une incision en j, la division des parties molles extérieures,

DÉSARTICULATION TOTALE DE LA MACHOIRE INFÉRIEURE. 539 «m évite à la fois et ces longues cicatrices toujours si désagréables sur le visage, et les paralysies partielles des muscles de la face, qui, dans la plupart des autres procédés, résultent de la section inévitable d'un certain nombre de filets du nerf facial, et les hémorrhagies dues a la section des artères faciales et les longueurs et les douleurs qu'entraîne la ligature de ces vaisseaux.

2° En énueléant l'os de son périoste à l'aide des doigts ou de quelque instrument mousse, non-seulement on laisse intactes les artères et veines faciales ainsi que leurs divisions principales, qui dans la dissection au bistouri sont presque nécessairement divisées, et nécessitent de nombreuses ligatures, mais encore on conserve aux muscles de la langue des insertions qui servent à maintenir cet organe en place; on limite à une surface parfaitement circonscrite (la face interne du périoste) le travail inflammatoire qui, dans les procédés ordinaires, s'opère nécessairement au milieu de tissus irrégulièrement divisés séparés par des interstices celluleuxet par conséquent favorables aux inflammations phlegmoneuses. Enfin, ainsi qu'il résulte des magnifiques travaux de M. Flourens et ainsi que j'en ai observé plusieurs exemples, on a l'espoir de voir se reproduire plus tard un arc osseux plus ou moins complet ou tout au moins un tissu résistant, qui permettra plus tard l'application d'une mâchoire artificielle l.

3° En substituant, pour l'extraction de l'os, le procédé de l'arrachement à celui de la dissection, non-seulement on abrège considérablement cette opération déjà si longue et si pénible, mais encore on la rend infiniment plus facile, et surtout on évite avec certitude toute crainte de blesser les vaisseaux carotidiens, sans compter que les branches secondaires de l'artère maxillaire interne,, dont on ne peut éviter la lésion, se trouven! par le fait de l'arrachement divisées de telle sorte que leurs pa-

1 Pnrmi les faits de reproduction osseuse que j'ai eu l'occasion d'observer, l'un dos plus remarquables est celui d'un jeune homme auquel j'avais désarticulé la branche montant du côté droit, et chez qui l'os s'est reproduit d'une manière si complèle qu'on «erait tenté de croire que celle désarticulation n'a pas eu lieu.

rois, effilées comme un tube à lu lampe, ne laissent plus suinter une seule goutte de sang.

4° Enfin, à celle mélhode de l'arrachement est attaché un avantage infiniment plus précieux encore que tous les autres, et sur lequel nous ne saurions trop appeler l'attention des chirurgiens, parce qu'il nous paraît de nature à motiver de graves modifications dans le manuel d'un grand nombre d'opérations : je veux parler de l'avantage qu'a la méthode de l'arrachement de mettre plus sûrement qu'aucun autre à l'abri de l'infection purulente.

Aucune autre méthode, en effet, n'a plus de puissance pour oblitérer d'une manière efficace les orifices vasculaires par lesquels se propage dans l'intérieur des veines, l'inflammation suppurative, cause première de cette redoutable affection.

Ce n'est pas seulement sur des idées théoriques qu'est basée l'opinion que je viens d'émettre : des faits nombreux en établissent l'exactitude, et pour ne parler que de la désarticulation de l'os maxillaire inférieur, je dirai qu'indépendamment des trois faits de désarticulation totale dont je vais donner la description complète, j'en possède encore un grand nombre d'autres, où la désarticulation n'a eu lieu que d'un seul côté, et qui tous ont été remarquables par le peu de gravité des accidents traumatiques.

Cela ne veut pas dire toutefois qu'aucun de ces malades n'ait succombé à la suite de l'opération, mais très-certainement les accidents que nous avons observés ont été, sinon toujours, au moins dans la plupart des cas, bien plutôt le fait de la maladie pour laquelle l'opération était pratiquée, que celui de l'opération elle-même. Aussi n'hésitons-nous pas à dire que parmi les opérations majeures de la chirurgie, la désarticulation partielle ou même totale de la mâchoire inférieure est l'une des moins dangereuses, lorsqu'on l'exécute d'après les principes que nous avons exposés.

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