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DESCRIPTION DE LA PIÈCE ANATOMIQUE

La pièce anatomique représente la mâchoire inférieure tout entière, complètement dépouillée du son périoste. On y remarque, aux condyles, aux angles cl à l'apophyse coronoïde, des portions de fibres musculaires appartenant aux masselers, aux deux ptérygoïdiens et aux crotaphytes.

Du côté droit, cet os forme une tumeur du volume du poing, constituée par la présence d'une production fibreuse qui s'est développée dans son intérieur, eten a écarté les libres au point de les réduire à une couche mince et trausparente. Un côté gauche, l'altération est moins avancée ; cependant l'os m triplé de volume, et la production Qbreuse s'est creusé dans toute l'étendue de la portion horizontale nu loni; canal de deux à trois centimètres de diamètre, dans lequel elle est comme enkystée.

I,i' ti>su de la production morbide est. essentiellement fibreux, sans aucun mélange de corpuscules cancéreux, épitbéliaux ou liliro-plastiques.

DESCRIPTION DE LA MACHOIRE ARTIFICIELLE CONFECTIONNÉE PAR MM. PRÉTERRE ET FOWLER SIX MOIS APRÈS ^OPÉRATION .

L'appareil que porte Isamat se compose de deux parties réunies entre elles par deux charnières et deux ressorts.

Partie supérieure. — La partie supérieure se compose d'une plaque en or d'environ dix-huit millimètres de largeur-, moulée sur la partie intérieure de la base de l'arcade dentaire supérieure el la partie antérieure de la voûte palatine où elle prend son poiuL d'appui.

Cette plaque, dans toute sa partie médiane, qui s'étend depuis la seconde petite molaire supérieure droite jusqu'à la seconde petite molaire supérieure gauche, s'applique exactement sur toutes les saillies et sur tous les enfoncements de la partie antérieure de la voûte palatine. Son bord antérieur présente une sorte de feston irrégulier qui s'adapte parfaitement aux saillies et aux enfoncements formés par la série des collets des dents de l'arcade dentaire supérieure. Sur les parties latérales, à partir de la première bicuspidée, les moyens d'adhérence sont encore plus complets. Une lame d'or d'environ trois millimètres de hauteur forme un demi-cercle qui embrasse trois côtés de la couronne de la seconde petite molaire. Les grosses molaires sont couvertes par une autre lame d'or beaucoup plus épaisse (la face de la dent, qui est en contact avec la muqueuse de la joue, ainsi que la surface triturante, étant libres), dont la partie supérieure se moule exactement sur les dents qu'elle embrasse et dont la partie inférieure, qui revêt la lace triturante, présente à sa face inférieure des sillons et des saillies transversales à arêtes vives qui s'engrènent avec une surface semblable que présente la partie correspondante du maxillaire inférieur artificiel. Le revêtement métallique des grosses molaires était nécessaire pour donner de la solidité à 'articulation de la partie supérieure avec la partie inférieure.

Nous avons pensé que les dents artificielles ordinaires, venaut s'appliquer sur les dents naturelles, seraient moins favorables pour la mastication qu'un engrenage métallique, qui retient les aliments jusqu'à ce qu'ils soient complètement triturés.

Nous avions essayé de laisser les surfaces triturantes des dents artificielles en contact avec celle des dents naturelles; mais, chez ce malade, les mouvements de latéralité n'ayant plus lieu, la mastication se faisait trop imparfaitement. C'est pour cela que nous avons placé les surfaces comme nous venons de les décrire.

La partie droite ne diffère de la partie gauche qu'en ce que la première grosse molaire manquant à droite, nous avons profité de l'intervalle qui existe entre la deuxième petite molaire et la deuxième multicuspidée pour y placer le porte-ressort qui lixe l'extrémité supérieure du ressort de ce côté.

A gauche, l'extrémité supérieure du ressort est lixée au niveau de l'intervalle qui existe entre les collets de la deuxième bicuspidée et la première grosse molaire.

Partie inférieure. — Partie principale de la pièce. — Celle partie, qui n'est qu'un maxillaire inférieur artificiel, se compose essentiellement d'une arcade dentaire ru dents minérales munies de leurs gencives. Chaque

dent, avec la partie de gencive correspondante, forme une pièce séparée, ce qui faciliterait une réparation de l'appareil si elle devenait nécessaire. Ces dents sont ajustées sur une base on or. Cette base présente un volume assez considérable; mais comme elle'est émise, son poids est loin d'être en rapport avec son volume. La cavité est d'ailleurs hermétiquement fermée, ce qui était indispensable pour empêcher les aliments et la salive d'y séjourner. Tout l'appareil ne pèse que quatre-vingts grammes.

Le bord inférieur de cette pièce, qui représente jusqu'à un certain pdint la hase du maxillaire inférieur, est épais et arrondi, de/manière à se mouler sur la gouttière formée par la paroi muqueuse de la lèvre inférieure, le plancher de la bouche et la face inférieure de la langue.

Sur ce bord inférieur, épais et mousse, on remarque deux gouttières peu profondes qui sont destinées A recevoir la saillie formée par l'arc tihreux dont nous avons parlé.

Les multicuspidées de ce maxillaire sont revêtues d'une lame d'or, et la surface triturante est taillée comme la surface correspondante de la partie supérieure de la pièce avec laquelle elle s'engrène.

Charnières. — La partie supérieure et la partie inférieure de l'appareil sont, comme nous l'avons dit, réunies par deux charnières placées aux points de réunion des extrémités des arcades dentaires.

Ressorts. — Deux ressorts placés sur les côtés, et formant chacun un arc à concavité antérieure, ont leurs extrémités fixées au niveau des intervalles compris entre les collets de chacune des dernières petites molaires et de la première multicuspidée qui l'avoisine.

L'élasticité de ces ressorts est assez grande pour tenir écartées les deux parties de la pièce (l'ouverture de l'appareil hors de la bouche est de sept centimètres dans sa plus grande largeur), mais ils cèdent à la plus légère pression, de sorte, qu'à l'état de repus le malade a la bouche fermée sans qu'il soit obligé pour cela de faire le moindre effort.

Une des grandes difficultés de l'appareil était l'impossibilité de prendre l'empreinte, les parties étant molles et n'offrant pas plus de résistance que la cire ; aussi avons-nous été obligé de nous baser sur l'empreinte du maxillaire supérieur.

C'est par une série de tâtonnements et par des modifications successives qu'on esl arrivé à donner à l'arcade dentaire artificielle la forme d'une arcade dentaire inférieure naturelle, et à adapter la base de la pièce à la conformation des parties molles.

Etal du sujet muni de la mâchoire artificielle. — Aspect extérieur. — Lorsque Isamal a son appareil, la partie inférieure de la face trouvant un point d'appui, la lèvre inférieure est soutenue et le visage recouvre toute sa régularité. On observe, à la vérité, deux dépressions à l'endroit où devraient être les branches du maxillaire. Nous aurions pu faire disparaître ces dé-

pressions, cpjo du reste la barbe dissimule assez Lien ; mais la pièce eût été plus lourde et peut-être gênante pour le malade. Ce que l'on aurait gagné pour l'apparence, aurait été perdu pour la commodité. . Outre les avantages que nous venons de signaler, pour ce qui regarde l'aspect extérieur du malade muni de sa pièce, nous pensons que cet appareil lui rendra, dans l'avenir, un autre service d'une grande importance. En effet, lorsque le maxillaire inférieur est détruit par nue cause quelconque^ l'arcade dentaire supérieure tend à rétrécir, Or, chez Isamat, la pièce métallique, qui prend son point d'appui à la partie antérieure de la voûte palatine et à la partie postérieure de l'arcade dentaire supérieure, le maxillaire inférieur, artificiel lui-même, dont les incisives et les canines rencontrent par leur face antérieure la face postérieure des incisives et des canines supérieures; de plus, les charnières qui fixent la pièce supérieure à la pièce inférieure, tout dans cet appareil s'oppose au rapprochement des deux côtés de l'arcade alvéolo-dentaire supérieure,

Grâce au point d'appui que les muscles trouvent sur le maxillaire artificiel, Isamat n'a plus besoin d'appliquer la langue contre la lèvre inférieure pour ouvrir largement la bouche. L'écartement des mâchoires est, en outre, facilité par les ressorts dont est muni l'appareil.

La force de ces ressorts est dans un tel rapport avec la tonicité musculaire, que celle-ci suffit pour tenir la bouche fermée à l'état de repos, et cela sans que le malade soit obligé de. faire le moindre effort.

Prononciation avec la pièce. — Muni de son appareil, il parle avec beaucoup plus de facilité, et non-seulement il prononce très-distinctement les dentales, mais encore il peut élever la voix autant qu'il le. juge convenable.

Mastication avec la pièce. — Au lieu d'avaler sans mâcher, ou après avoir simplement pressé à l'aide de la langue ses aliments contre l'arcade dentaire supérieure, il peut maintenant broyer des substances d'une certaine consistance, telles que des croûtes de pain, de. la viande, des fruits, etc., ce qui lui était tout à fait impossible auparavant.

11 a déjà observé, lui-même que tous les jours il gagne quelque chose tant pour la prononciation que pour la mastication, et qu'il digère plus facilemenl ; ce qui résulte non-seulement de ce qu'il peut mâcher, mais encore de ce que l'insalivation est plus complète, les aliments restant plus longtemps dans la bouche et la pièce, s'opposant à l'écoulement de la salive. Nous rappellerons que les glandes salivaires et leurs conduits n'ont point été lésés dans l'opération.

OBS. III. — OSTÈOSARCOME DE LA MACHOIRE INFÉRIEURE. ABLATION TOTALE DE CET OS EN UNE SEULE SÉANCE, AVEC CONSERVATION DU PÉRIOSTE. GUÉRJSON.

Le 25 juin 1857, une jeune fille de dix-huit ans, nommée Saumon (Mathilde), v i h i me consulter avec sa mère pour une tumeur volumineuse qu'elle portail ù la mâchoire inférieure. Celle tumeur, dont l'origine, au dire de la malade, ne remontait qu'à dix ou onze mois, avait pris un développement rapide: elle envahissail déjà tout le roté droit de l'os maxillaire jusqiies- et y compris sa branche montante, et du côté gauche se prolongeait jusqu'au niveau de la première grosse molaire. Elle était le siège de douleurs lancinantes qui ne se Répétaient toutefois qu'à d'assez longs intervalles (cinq ou six Ibis seulement par jour). Les dents étaient au complet, sauf la première grosse molaire gauche, qui avait été récemment arrachée. Les parties molles étaient parfaitement saines.

Après un examen approfondi de l'étal des choses, je fus d'avis que L'affection de celle jeune 611e avait son siège dans Le I issu osseux lui-même, qu'elle appartenait à la classe des ostéosarcomes ; qu'il y aurait dès lors inconvénient grave, sous le point de vue de la récidive, à ménager la petite portion d'os qui paraissait encore saine du coté gauche, et sur laquelle ou ne pourrait, dans tous les cas, conserver que deux dents. En conséquence, je proposai la désarticulation complète de la mâchoire, ce qui fut accepté par les parents et la jeune fille.

Celle opération eut lieu le 50 juin 1857.

1° La malade étant soumise au chloroforme, je fis sur la ligne médiane de la lèvre inférieure une incision verticale qui pénétrait jusqu'à l'os.

2° Au moyen d'une scieà chaîne, je divisai l'os au niveau de la symphyse du menton, ce qui me permit de constater immédiatement l'exactitude de mon diagnostic, relativement, à la nature de l'affection.

2° Avec la pointe du bistouri, j'incisai longitudinalemenl les gencives en dedans et eu dehors de l'arcade dentaire.

•4° Laissa ni de côté tout instrument, je séparai rapidement le périoste avec le bout de mon doigt; puis, arrivé aux insertions des muscles masseler et ptérygoïdien interne, je les déchirai violemment ainsi que les nerfs et les vaisseaux dentaires.

5° Avec la pointe de mes ciseaux courbes, je coupai l'insertion du crotaphyte.

6° Enfin, par un mouvemenf brusque, j'arrachai l'os en déchirant les ligaments articulaires cl l'insertion du ptérygoïdien externe.

1 1 Premier acte de l'opération accompli, je procédai à la désarticulation du côté gauche, qui l'ut exécutée rapidement en suivant les mômes principes.

Chose remarquable, après celle opéralion je n'eus besoin de faire aucune

ligature. Les artères dentaires déchirées avec le doigt ne donnaient pus une goutte de sang. Les artères labiales, divisées par le bistouri, cessèrent de

saigner aussitôt que j'eus rapproché les deux, moitiés de la lèvre par la suture entortillée. La langue, retenue par ses insertions au périoste, n'eut aucune tendance à se porter en arrière. Les mouvements de la déglutition s'opérèrent dès le premier jour; enfin, aucun accident ne vint entraver la guérison, qui, dès le quinzième jour, était complète.

Le visage a recouvré sa forme et sa régularité, el , sauf la mastication, qui, en attendant l'application d'un dentier artificiel, ne s'opère qu'avec la langue, tontes les fonctions de la bouche s' exécutent comme si la malade n'avail

DÉSARTICULATION TOTALE DE LA MACHOIRE INFÉRIEURE. 555 pas subi d'opération. Aujourd'hui, cinq ans se sont écoulés depuis l'opération. Cette jeune fille est devenue femme; elle est mariée et mère de famille. Rien ne fait supposer que le mal puisse jamais se reproduire.

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