RAPIDE
M. Riol ey, âgé de quarante-trois ans, vilit consulter M. Maisonneuvc pour une tumeur du volume d'un œuf de poule, formée aux dépens de la partie latérale gauche du corps de l'os maxillaire inférieur. Le malade raconte que dans sa première jeunesse, il fit sur le menton une chute violente qui a laissé dans cette région une cicatrice profonde. La dent canine de ce côté ne s'est jamais développée.
Vers l'âge de vingt-cinq ans, l'os maxillaire inférieur a commencé à prendre un développement anormal au niveau de l'ancienne cicatrice. Cette tuméfaction complètement indolente, n'a l'ait que des progrès très-lents jusqu'à l'âge de quarante ans; mais depuis lors, sa marebe est devenue plus rapide. La première petite molaire et la deuxième incisive gauche, soulevées par la tumeur, sont tombées spontanément. A leur place, s'est développée une production fongueuse et saignante; c'est alors que sur les conseils de M. le docteur Gibert, il vint consulter M. Maisonneuvc.
Quand ce chirurgien le vit pour la première fois, la portion latérale gauche de l'os maxillaire était le siège d'une tuméfaction dont le relief équivalent à celui d'un œuf de poule, se portait autant à l'intérieur de la houchc qu'à l'extérieur du côté des gencives, la tumeur avait un aspect fongueux cl saignant; mais ses parties latérales étaient dures, sauf un ou deux points où la pression du doigt déprimait son tissu , en produisant une crépitation parcheminée. Les parties molles étaient, du reste, parfaitement saines, et le malade n'accusait aucune douleur.
D'après ces symptômes, M. Maisonneuvc n'hésita point à diagnostiquer un kyste développé dans l'intérieur même de l'os, et proposa l'opération qui fut acceptée; elle eut lieu le 21 ocLobre J 850, dans la Maison de sauté des frères Saint-Jean-de-Dieu .
Le malade étant soumis au chloroforme, M. Maisonneuvc divisa d'abord la lèvre inférieure sur la ligue médiane, par une incision verticale qu'il prolongea horizontalement sous le menton. Les parties molles furent détachées et renversées en dehors; le corps de l'os étant ainsi mis à découvert dans uni' pal lie de son étendue, on reconnut que son tissu était aminci et réduit à une coque, dans une longueur de quatre centimètres environ; aussitôt
RÉSECTIONS DE LA MACHOIRE SUPÉRIEURE, 573 M. Maisoiuienve passa deux scies à chaîne avec lesquelles il fit hi section dû l'os sur les limites, non de la tuméfaction, mais de l'amincissement. Il enleva ainsi le corps de la tumeur dont les prolongements antérieur et postérieur furent ensuite énuclées de leur cavité osseuse. Les portions molles furent ensuite rapprochées par la suture en broche. Aucun accident ne vint contrarier la cicatrisation qui se fit par première intention, sauf un petit perluis qui persista sous le menton jusqu'au huitième jour.
Après quelques semaines, M. Maisonneuve confia aux habiles dentistes, MM. Preterre et Fowler, le soin de remplacer, par une pièce artificielle, la portion d'os et les dents qu'il a dù sacrifier. La guêrisou ne s'est pas démentie.
Examen delà tumeur. La tumeur enlevée est formée par une. portion de l'os maxillaire, réduite à une coque osseuse dans laquelle existait un tissu vasculairc et fibreux, plus une dent canine couchée en travers. Elle ne contenait aucune trace dç matière cancéreuse.
1° Résection des deux os maxillaires supérieurs.
NÉCROSE DES DEUX US MAXILLAIRES SUPÉRIEURS. LEUR ABLATION SOUS- CUTANÉE. — GUÉRISON ».
La découverte de nouvelles industries amène quelquefois la production de maladies nouvelles. C'est ainsi que la fabrication des allumettes phosphorées, dites allumettes chimiques, a rendu fréquentes les nécroses des es maxillaires. Nous n'avons pointa faire ici l'histoire de cette maladie, non plus qu'à examiner en verlu de quel mécanisme c'est plutôt sur les os maxillaires supérieurs que sur tout autre appareil que le phosphore porte son action. Il esl [dus que probable que c'est le séjour des vapeurs phosphorées introduites par l'inspiration dans les -mus maxillaires, qui esl la cause déterminante de la maladie. Quoi qu'il en soi I , à une maladie nouvelle on a dû chercher une médication nouvelle aussi, cl l'ablation de l'os maxillaire supérieur déjà plusieurs fois tentée à des époques antérieures,
■ Ginette des Hôpitaux, 18"»0 [., 410
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est. dcvcuuc plus fréquente depuis llétablissemenl des manufactures des allumettes de celte espèce. L'opération, pratiquée dans le cas dont nous allons brièvement tracer l'histoire, a présenté ceci de remarquable, que le chirurgien a enlevé, non pas un seul, mais les deux os maxillaires en totalité, et que, au contraire du manuel opératoire employé jusqu'à ce jour, il n'a été obligé de faire, aucune incision sur les téguments de la face sur laquelle conséquemment il n'existe aucune autre trace matérielle de l'opération, que la déformation des traits du visage. Nous reviendrons à la fin de cet article, sur la différence qui existe entre le procédé inventé et mis en exécution par M. Maisonneuve, et celui qui est connu en médecine sous le nom de procédé Gensoul.
Une jeune fille de vingt ans, allemande, vient à Paris pour être employée clans une fabrique d'allumettes chimiques phosphorêes. Pendant trois mois elle travaille dans cette fabrique au trempage des allumettes; cette opération, comme l'indique son nom, consiste à tremper les allumettes, préalablement souffl ées, dans le mélange destiné à s'enflammer par le frottement. Les ouvriers et ouvrières occupées à ce travail sont plongés tout le jour dans une atmosphère remplie de vapeurs phosphorêes. Au moment où elle commença à se livrer à cette occupation, elle avait deux ou trois dents cariées. Peu de semaines après, elle éprouva des douleurs dans la mâchoire supérieure, auxquelles succéda un gonflement qu'un médecin, consulté par elle, considéra comme une simple fluxion dentaire, et traita par des émollients et des astringents. Peu à peu le gonflement envahit les deux côtés de la mâchoire supérieure et s'accompagna de douleurs violentes, d'élancements, etc. La malade reste environ six mois dans cet état; puis, le mal ne faisant que s'aggraver, deux abcès s'étant formés, l'un au-dessous de l'œil gauche, l'autre au niveau de la dent canine droite, elle se décida enfin à entrer à l'hôpital Cocln'n, il y a environ un an.
Un examen attentif fit reconnaître à M. Maisonneuve que les deux os maxillaires supérieurs étaient affectés d'un travail de carie et de nécrose. Illimités du ma! étaient assez difficiles à préciser; l'énorme suppuration, l'excessive fétidité qu'elle exhalait, l'impossibilité où elle se trouvait de manger aucun aliment qui ne lut imprégné de celte suppuration et de cette odeur, avaient amené un amaigrissement tel que la vie était en danger et prochainement compromise. On lit comprendre à la malade que la seule chance de salut pour elle était l'ablation des os malades. L'opération fut acceptée, et voici comment elle fut pratiquée.
Une incision demi-circulaire, à convexité antérieure, circonscrit en dedans de l'arcade dentaire supérieure toutes les parties molles de la voûte palatine jusqu'au voile du palais. Le lambeau résultant de cette incision est détaché avec les doigts et la spatule, et laissé adhérent par sa base au voile du palais. One deuxième incision esl faite au-devant de l'arcade dentaire et sert à isoler des os maxillaires toutes les parties molles qui les recouvrent. Cet isolement est prolongé avec les ciseaux, le bistouri et les doigts jusqu'aux os de ia pommette des deux côtés d'une part, et d'autre part jusqu'aux os propres du nez et aux orbites.
Les os étant ainsi mis à nu, sans aucune incision extérieure aux téguments, li1 chirurgien saisit une pince «le Liston, introduit un des mors dans la bouche, l'autre dans les fosses nasales, et écarte les deux os maxillaires qui, déjà isolés en part ii- par la maladie, deviennent vacillants. Il esl, alors facile, à à l'aide de quelques pesées, de les ébranler complètement et d'en faire l'extraction.
Les parties osseuses ainsi extraites comprenaient : 1° Tout l'os maxillaire et une partie de l'os malaire du côté gauche; 2° Tout l'os maxillaire droit, moins la portion qui supporte la dernière dent molaire, et une partie de l'os malaire droit; 3° Enfin le vomer.
Cette énorme plaie intérieure est comblée parle rapprochement des lambeaux palatins, qui avaient été préalablement disséqués et que l'on réunit à la partie postérieure des lèvres et externe des joues par quelques points de suture. Il ne s'est écoulé que peu de sang pendant l'opération; les douleurs éprouvées par la malade ont été assez vives; l'opération a duré en tout vingt minutes, y compris les sutures.
La réunion des lambeaux palatins avec les parties molles voisines ne s'esl opérée par première intention qu'imparfaitement. Pendant environ trois semaines on a eu une suppuration assez abondante, mais beaucoup moins fétide qu'avant l'opération. Quelques parcelles d'os se sont ultérieurement détachées, enfin la cicatrisation complète a été terminée au bout de quatre mois.
Malheureusement, la maladie avait gagné la partie latérale de l'os frontal du côté gauche. Dans ce point, l'altération des os n'est pas complètement arrêtée. Déjà plusieurs portions assez volumineuses ont été enlevées, mais, cependant, au point où en sont les choses, tout fait espérer que la guérison ne lardera pas à être complète. La suppuration est aujourd'hui presque insignifiante, l'étendue des os dénudés très-peu considérable; la santé générale est du reste très-bonne; la malade a repris de l'embonpoint et des couleurs.
Depuis (pie l'opération est faite, il s'est formé dans la région gingivale un tissu résistant qui supplée, jusqu'à un certain point, aux arcades dentaires, et permet à la malade, sinon de broyer-des aliments très-durs, au moins de
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manger du pain, des viandes molles, enfin de se nourrir presque comme à sou ordinaire.
Nous avons dit que l'opération pratiquée était entièrement neuve et différait du tout au tout de celle de M. Gensou). M. Gensoul est le chirurgien qui a le premier trouvé et formulé un procédé pour l'ablation du maxillaire supérieur. Mais pour enlever l'os, il prescrit de faire d'abord une incision verticale étendue depuis le grand angle de l'œil jusqu'à la lèvre supérieure, qu'il divise au niveau de la dent canine. Du milieu de cette incision, ou plutôt à la hauteur de la base du nez, il en trace une seconde qui se prolonge jusqu'à un centimètre au-devant du lobule de l'oreille, et une troisième qui descend d'environ dix à douze millimètres en dehors de l'angle externe de l'orbite jusqu'au point de terminaison de la seconde. Il en résulte un lambeau quadrilalaire que l'on dissèque et que l'on relève sur le front. Nous avons fait voir que M. Maisonneuve n'a pratiqué aucune incision extérieure, et qu'il a, de cette manière, épargné à la- malade les cicatrices qui en auraient élé la conséquence nécessaire.
Il y a, certes, dans ce procédé opératoire que nous pouvons appeler sous-cutané, une véritable supériorité. La malade de M. Maisonneuve que nous avons vue dans les salles de l'hôpital Gochin, il y a quelques jours, et qui y est encore, présente, il est vrai, une physionomie assez singulière en raison du retrait qu'ont dû subir les parties molles privées de leur appui solide naturel ; mais la difformité eût été bien plus grande et bien plus choquante, si elle se fût compliquée de cicatrices labourant le visage dans tous les sens.
Enfin, et pour terminer, nous dirons que M. Maisonneuve considère l'opéralion qu'a subie celle malade, comme fort grave; mais que, lorsqu'il s'agit de l'ablation d'un des os maxillaires supérieurs seulement, il la regarde comme beaucoup moins dangereuse qu'on ne le pense ordinairement. Pour lui, l'ablation d'un seul os maxillaire supérieur ne parait pas compromettre plus sérieusement l'existence que ne le ferai! une amputation de l avant-bras par exemple.