RÉSECTION DU COUDE PAR UN PROCÉDÉ NOUVEAU
Dès l'année 1845, M. Maisonneuve, frappé des difficullés que présentait, même entre les mains des chirurgiens les plus habiles, l'opération de la résection du coude par les procédés généralement mis en usage, eut l'idée d'un procédé nouveau lout à la fois plus simple et plus rapide, et surtout plus certain dans son résultat.
On sait, eu effet, que par le procédé de M. Roux, adopté par la plupart dos chirurgiens de Paris :
1" La résection du coude ne dure presque jamais moins de treille à quarante minutes, et exige l'emploi d'instruments spéciaux, tels que scie à chaînette, scie de Stromeyer, sécateurs divers, etc.
2° Que pendant son exécution l'opérateur esL exposé à blesser non-seulement le nerf cubital, mais encore, les vaisseaux placés en avant, artères et veines brachiales.
5° Que l'étendue exacte de l'affection osseuse ne peut être rigoureusement constatée qu'après l'opération même, et que par conséquent on est exposé à sacrifier une notable partie des lisons sains, ou bien à laisser une portion des (issus malades.
Par son nouveau procédé, M. Maisonneuve pratique la résection avec facilité en moins de sept, à huit minutes, et au moyen d'un simple bistouri et d'une scie ordinaire à amputation. Tous les nerfs, les artères, les grosses veines sont évitées sans préoccupation spéciale du chirurgien. Puis, et c'est sur cela surtout que M. Maisonneuve insiste avec raison, l'articulation étant largement ouverte avant la section des os, il est facile de consla-
1 Gazelle des Hôpitaux, 18W, p. ?»'i4.
604 RÉSECTIONS DIVERSES.
ter les limites de la maladie et de borner h l'étendue du mal sacrifice des parties osseuses.
C'est d'après ce nouveau procédé que M. Maisonneuve a pratiqué récemment la résection du coude sur la malade couchée au n° 15 de la salle Saint-Jacques, à l'hôpital Cochin.
C'est une femme âgée de trente-deux ans, d'une constitution en apparence assez bonne. Elle est affectée d'une tumeur blanche au coude droit. Cette affection, qui remonte à près de dix-huit mois, date d'une distorsion violente que la malade a éprouvée en lavant du linge. Négligée d'abord, la maladie s'est aggravée rapidement; une tuméfaction considérable s est manifestée au coude; l'articulation a suppuré; enfin, Je pus s'est fait jour par trois ouvertures restées fistuleuses. Depuis lors, les accidents se sont aggravés journellement. Le coude est le siège de douleurs vives, qui redoublent au moindre mouvement; une suppuration abondante épuise la malade, et déjà plusieurs érysipèles ont failli compromettre la vie.
Dans cet état de choses, M. Maisonneuve ne croit plus pouvoir attendre à proposer une opération. Il se détermine pour la résection, de préférence à l'amputation qui priverait la malade d'un membre important, la main droite.
L'opération étant acceptée, M. Maisonneuve la pratique de la manière suivante.
La malade est soumise à l'inhalation du chloroforme.
1° Une première incision longitudinale de dix centimètres est pratiquée sur le bord interne du coude, au niveau dé l'épitrochlée. Le nerf cubital est aussitôt disséqué et refoulé en arrière avec la peau qui le protège.
2° Une deuxième incision, parlant du niveau de l'épicondylc et venant tomber perpendiculairement sur In première, divise la peau qui recouvre l'olécràne.
5° Un trait de scie porté transversalement à la base de cette apophyse la sépare du cubitus.
4° L'avant-bras est aussitôt porté dans la flexion, et le ligament latéral interne et latéral externe divisés chacun d'un coup de bistouri. L'articulation est alors largement ouverte eu arrière. 11 devient facile d'en explorer les surfaces dans tous leurs détails et de reconnaître la nature de l'ulcération, son étendue, ses limites.
5° M. Maisonneuve procède ensuite à la section des os au moyen de la scie ordinaire. 11 coupe d'abord, en quelques traits de scie, la surface articulaire de l'humérus immédiatement au-dessus des cavités coronoïde et olécranienne; puis, avec la même facilité, il résèque d'un seul coup la partie supérieure du cubitus eldu radius.
L'opération tout entière a duré six minutes. En raison des fongosités nom-
RÉSECTIONS DIVERSES. 605
hreuses qui entouraient l'articulation, M. Maisonneuvc ne croit pas devoir réunir par première intention; il l'ait un pansement ample avec la charpie et des compresses.
Il y a six semaines environ que l'opération a été pratiquée, aucun accident sérieux ne s'est manifesté; les plaies sont cicatrisées, sauf quelques points encore listuleux, et tout (ail) espérer une prompte et complète guérison.