RÉSECTION DU GENOU
Le mardi 17 juillet, M. Maisonneuve a pratiqué une de ces opérations rares sur lesquelles la science, encore indécise, appelle les recherches des maîtres; nous voulons parler de la résection du geuou.
Celle opération n'est poinl nouvelle; maison n'en conuail encore qu'un pelil nombre d'exemples, et Jusqu'à présent aucun chirurgien ne l'a soumise à une expérimentation sérieuse.
M. Maisonneuve ne pense pas que cette réprobation soil méritée, el les raisons sur lesquelles il appuie son opinion nous paraissent assez graves pour fixer l'attention des praticiens. .Nous allons les résumer eu peu de mois.
Dans les cas de désordres graves de l'articulation, deux opérations seulement sont praticables : l'amputation de la cuisse el la résection du genou.
A laquelle des deux doit-on donner la préférence;?
1° Sous le point de vue du résultat définitif, l'amputation de
' Gazette des Hôpitaux, 18'<0, p. ~>'tS.
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loi cuisse laisse le malade mutilé ; le membre artificiel que l'on applique au moignon ne remplit qu'imparfaitement les usages du membre normal.
La résection laisse au malade son membre presque entier, raccourci seulement d'un décimètre environ et ankylosé. Mais, tel qu'il est, il est encore, sans contredit, préférable à une jambe de bois.
2° Sous le point de vue de la durée de la cure, l'avantage est à l'amputation; mais de peu de chose. 11 est rare qu'un amputé de cuisse puisse se servir utilement d'un membre artificiel avant trois mois. Après le même laps de temps, si la résection n'est pas entièrement guérie, elle en est peu éloignée. Le terme moyen de la guérison ne semble pas dépasser cinq mois; c'est donc une différence de deux mois dans l'époque où le malade peut faire usage de son membre.
5° Sous le point de vue des dangers de l'opération, l'amputation de la cuisse est une des plus meurtrières de la chirurgie; à peine sauve-t-on deux malades sur trois. L'expérience n'a point encore prononcé pour la résection; mais on peut, à priori, calculer approximativement les chances qu'elle présente.
Dans l'amputation, on intéresse l'os au niveau de son canal médullaire; on coupe tous les muscles, les nerfs, les artères, les veines superficielles et profondes.
Dans la résection, on divise les os dans leur partie épiphysaire, le triceps crural dans sa portion fibreuse et quelques ligaments; mais les nerfs, les artères, les veines superficielles et profondes sont intacts.
De sorte que i'hémorrhagie, la phlébite, les phlegmons diffus, ces deux grandes causes de mort après l'amputation, sont presque entièrement étrangers à la résection.
Après avoir exposé ses principes à l'égard de la résection du genou, M. Maisonneuve a pratiqué cette opération d'après un procédé qui lui est propre.
Le niiilade est un jeune homme de dix-huit ans, affecté d'une arthrite du genou gauche, terminée pur suppuration; il est dans le service de
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M. Maisonneuve depuis bientôt Irois mois, et a été soumis, sans résultats avantageux, aux traitements les plus rationnels. Une lièvre hectique menace gravement la vie, il est urgent de prendre un parti.
M. Maisonneuve procède à- la résection de la manière suivante : une pi cmière incision transversale el semi-elliptique, à concavité supérieure, ouvre largement l'articulation en avant, au-dessous de la rotule.
Une deuxième incision transversale et semi-elliptique, à concavité en bas, circonscrit en haut la rotule et la peau qui la recouvre, et en constitue un lambeau que l'on résèque entièrement.
Une troisième incision longitudinale ouvre en avant le cul-de-sac profond que forme la capsule synoviale sous le tendon du triceps, pour ne laisser aucun clapier.
Le chirurgien, fléchissant alors la jambe sur la cuisse, incise les ligaments latéraux, [mis les ligaments croisés; circonscrit rapidement avec son couteau les condyles du fémur et les tubérosités du tibia qu'il veut sacrifier, et, en deux traits de scie, en fait la résection. Les condyles du fémur sont sciés d'avant en arrière; le tibia, au contraire, d'arrière en avant.
L'opération tout entière a duré à peine cinq minutes; aucune ligature n'a été nécessaire.
M. Maisonneuve a fait un pansement simple et maintenu le membre dans l'extension au moyeu d'un appareil ordinaire pour les fractures du membre inférieur.
RÉSECTIONS SOUS-PËRIOST1QUES