‹ Clinique chirurgicaleChapitre 47 sur 136 · CAUSES · texte numérisé non relu

CAUSES

Les opinions les plus diverses ont été émises sur l'étiologic de l'affection qui nous occupe. Nous allons les passer rapidement en revue.

1° J. L. Petit1 attribue le développement de cette maladie à une seule cause, la contusion de l'articulation par suite d'une chute sur le grand trochanter ou sur les genoux. « Lorsque, dit-il, dans une chute, le grand trochanter est frappé, la tête du fémur est violemment poussée contre les parois de la cavité cotyloïde, et comme elle remplit exactement cette cavité, les cartilages, les glandes delà synovie et le ligament de l'intérieur de l'article, devront souffrir une forte contusion, qui sera suivie d'obstruction, d'inflammation et de dépôt. »

2° Dzondi, tout aussi exclusif que J. L. Petit, mais dans un autre sens, fait abstraction des lésions traumatiqu.es, n'admet qu'une seule cause capable de produire la coxalgie, ou du moins la coxalgie susceptible de se terminer par luxation; c'est ce qu'il appelle Yirritation rhumatique, en d'autres termes, la suppression ou la répercussion de la transpiration et de la perspu

' Maladies des os, t. I, p. 510,

'ration cutanée, dans mi moment on ces fonctions s'exécutent avec un fiaul degré d'énergie. Voici commenl il s'exprime1: « On range parmi les causes de la luxation spontanée les agents morbifiques mécaniques, les chutes, les coups, les tiraillements, les distensions, etc., la disposition scrofuleuse, ouïes scrofules déclarés, l'infection des liquides par la syphilis, l'acrimonie goutteuse. Mais je dois avouer hautement que, parmi les cas nombreux que j'ai vus depuis trente ans, il ne s'en est pas présenté nu seul où la maladie pût être attribuée à l'une de ces causes. Les inflammations de l'articulation coxo-fémorale accompagnées de claudication, qui sont le résultat de violences, comme des chutes, des coups, etc., diffèrent totalement de la luxation spontanée. Celle-ci reconnaît toujours pour cause, à mon avis, une irritation rhumatique, c'est-à-dire la suppression ou la répercussion de la Iranspiration et de la perspiralion culanée, dans un moment où ces fonctions s'exécutent avec un haut degré d'énergie. En général, dans les cas où une irritation de celle nature détermine l'inflammation de l'articulation coxo-fémorale, ce n'est pas le corps entier qui se trouvait exposé à l'action d'un air froid et humide, mais seulement la partie qui doit être le siège du mal, et qui était accidentellement dans un état d'excitation, d'élévation de température, el de transpiration abondante. Les bonnes d'enfants, lorsqu'ils ne marchent pas, les asseoient souvent sur un sol frais et humide, surtout dans les jardins, après les avoir tenus plus ou moins longtemps sur le bras. Celle position sur le bras de la bonne* ou de la nourrice échauffe, chez ces enfants, le voisinage de la banche, et augmente la perspiralion cutanée de ces parties; si on les place ensuite, le derrière tout nu, comme cela arrive d'ordinaire, sur la terre ou sur l'herbe, il est inévitable que la l l'inspiration soit brusquement supprimée. Quand les enfants peuvent courir, et sont dans l'âge où ils aiment à se livrer à des jeux fatigants, et qui provoquent une sueur abondante, il leur arrive souvenl de s'asseoir sur le sol pour se reposer. Ce sont

1 Arch. gén. de mM., deuxième péfiie, t. IV, p. 508,

encore, dans ce cas, les parties qui viennent do Caire le plus de mouvements, et qui sont actuellemenl les plus baignées de sueur, qui sont exposées à l'action d'un sol numide el froid. Enfin, les adultes de la classe laborieuse, surtout les habitants de la campagne, s'asseoient à demi velus sur la terre humide et fraîche, s'y laissent môme aller au sommeil, et s'exposent ainsi au refroidissement subit des parties mises en contact avec le sol. Aussi la luxation spontanée est-elle fort commune en Hollande, où le sol est toujours humide. Dans l'intérieur des habitations, c'est presque toujours sur le plancher qu'on place les petils enfants, sans réfléchir que c'est l'endroit le plus froid, le plus humide, le plus malsain de l'appartement. On les y pose, soit au sortir de leur lit bien chaud, soit après qu'ils ont été échauffés sur les bras de leurs nourrices, et on les y laisse des heures entières exposés aux vents coulis qui circulent d'une porte à l'autre ou de la porte à la croisée. Souvent on voit de trèsjeunes enfants assis sur le seuil des portes extérieures, y passer la majeure partie de la journée à jouer avec leurs camarades en butte à un courant d'air continuel. Il en est de même de ceux que leurs nourrices asseoient sur les fenêtres, le dos tourné du côté des vitres. L'habitude de laver les enfants avec une éponge, au lieu de les mettre dans un bain, est encore pour eux une source d'accidents plus ou moins graves. Enfin je dois signaler l'humidité dans le linge, les langes, les couches, l'air et l'habitation, comme des causes fréquentes de maladie. »

5° Portai1, Lalouettc2, admettent que la cause cachée de la maladie est à peu près constamment le vice scrofuleux.

4° Enfin M. Richet, dans son excellente thèse inaugurale3, émet l'opinion que la naLurc de cette affection et des tumeurs blanches, en général, est à peu près constamment inflammatoire. « Quant à leur nature, dit-il, jusqu'ici ces affections ont été regardées comme ayant un cachet particulier, une physionomie à part; sans doute, la diversité des causes qui les proj

' Traité sur le rachitisme, p. 515.

* Traité des scrofules, t. I, p. 74; 1782.

» Paris, 1844.

duisent, la lenteur qu'elles mettenl ordinairement à parcourir leurs périodes, l'obscurité de leur séméiologie, la variété des formes sous lesquelles elles se présentent, leur terminaison si souvent malheureuse, quels que soient les moyens qu'on emploie pour les combattre, tout, eu un mol, semblerait justifier col le manière do voir.

« Mais si on remarque, d'une part, que les maladies de la synoviale, qui figurent pour une bonne partie dans le cadre pies arthropathies, ne sont le résultat d'aucune cause spéciale, qu'elles sont, au contraire, toujours dues, comme les affeclions dos autres séreuses d'ailleurs, à des inflammations, soit aiguës, soil chroniques ; que, d'autre part, les tumeurs blanches, ayant leur point de départ dans les os, sont, pour la plupart, causées par des ostéites, rarement par des tubercules, le cancer, ou autres dégénérescences, on sera naturellement conduit à admettre que l'immense majorité des maladies dont nous nous occupons sont essentiellement de nature inflammatoire à leur origine.

« Dès lors, le nom d'arthrite, pris d'une manière générale, eur est applicable, puisque, en dernière analyse, la maladie première a presque toujours été ou une synovite, ou une ostéite. »

. Ces opinions exclusives n'ont réuni qu'un petit nombre de partisans, et la plupart des auteurs admettent l'existence de plusieurs ordres de causes. Larrey par exemple, regarde col le maladie comme de nature scrofuleuse dans les premières années de la vie, tandis qu'il la croit toujours rhumatismale chez les adultes. Nous verrons que cette opinion se rapproche beaucoup de la vérité, seulement il n'accorde pas assez aux causes externes.

Quant à nous, nous pensons que la plupart des causes susceptibles de produire les tumeurs blanches dans les autres articulations peuvent aussi porter leur action sur l'articulation coxo-fémoralc, pour y déterminer une coxalgie.

1 Clinique chirurgicale, t. III. p, 531.

I" CAUSES PHlSniSl'OSANTF.S.

Age. — La coxalgie se développe à tout âge; d'après M. l'arise, c'est à cette affection que l'on devrait rapporter certaine^ luxations congénitales. Alors la coxalgie serait susceptible desa développer chez le fœtus. Bien que je ne puisse me prononcer à cet égard, je crois devoir rapporter une observation remarquable qu'il a consignée dans son excellent mémoire.

Obs. LUI. — Double luxation incomplète du fémur par hypertrophie du tissu adipeux cotyloïdien l. — Un nouveau-né du sexe masculin, âgé de dix jours, mort à l'hospice de En fan Ls- trouvés d'une double pneumonie avec endurcissement du tissu cellulaire, nous a présenté une double déformation des articulations coxo-fémorales. Des deux côtés, l'altération est la même à très-peu de chose près; elle devient très-évidente, quand on compare ces articulations avec celles d'un sujet sain et de même âge. Le bassin, le fémur et les muscles n'offrent rien d'anormal; les parties articulaires seules sont modifiées. La tête du fémur, très-légèrement déprimée en arrière, ne correspond pas au centre de la cavité cotyloïde. Celle-ci a la forme d'un ovale dont la grosse extrémité est tournée en haut et en dehors. Son fond est occupé par une petite tumeur d'un rouge cramoisi, dont la coupe est uniforme et de consistance lardacée. Cette tumeur, évidemment formée par le gonflement du paquet adipeux cotyloïdien, a trois à quatre millimètres d'épaisseur; elle couvre une partie de la surface cartilagineuse, est comblée par une production pseudo-membraneuse blanchâtre, encore adhérente à la tumeur après plusieurs jours de macération. Le cotyle parait d'abord unique et fortement incliné en haut; mais, en examinant de plus près, on voit une ligne saillante qui sépare le tiers supérieur et externe des deux tiers inférieurs et internes. C'est dans la première partie que se trouve la tête du fémur, laquelle, repoussée en dehors par la tumeur, paraît avoir refoulé dans ce sens la paroi correspondante du cotyle, ainsi que le bourrelet fibreux attaché à son bord. Celui-ci paraît avoir subi une sorte de déplacement; car, tandis que, du côté supérieur et externe, il est aplati et déjeté en dehors, du côté interne il s'est avancé de deux à trois millimètres sur l'ouverture du cotyle. Le grand diamètre de la cavité est de seize millimètres, tandis qui l'opposé n'est, que de douze. La tête du fémur, dont, le diamètre est de quatorze millimètres, ne peut être reçue dans la moitié interne occupée pan la tumeur, et rétrécie par le déplacement du bourrelet cotyloïdien dont nous avons parlé. Elle correspond à la partie externe de la cavité, mais par

1 Pnriso, Arch. gin. deméd., quntrième série, t. II, p. 446.

DE LA COXALGIE. 25d

une portion de sphère moindre que dans une articulation à l'état normal. Elle n'offre d'ailleurs qu'un aplatissement léger par lequel elle appuie exactement sur la cavité, quand on place le fémur dans la flexion et 1: » rotation en dehors, à peu près dans la position qu'il occupe naturellement chez le fœtus dans l'utérus. Le ligament rond est un peu plus long que dans l'étal ordinaire. La capsule a sa disposition naturelle.

Cette observation, extrêmement remarquable, non-seulement prouve qu'au fond du cotyle peut se développer une tumeur fongueuse, mais elle semble rattacher à la coxalgie ces affeclions encore si obscures dans leur étiologie, connues sous le nom de luxation congénitales.

Il est extrêmement rare de l'observer chez le vieillard, ou du moins elle affecte alors une forme toute particulière : c'est celle connue sous le nom de morbus coxse senilis, que je ne crois pas devoir faire rentrer dans ce travail. C'est à cette affection que doivent se rapporter, selon toutes les probabilités, ces altérations remarquables, consignées dans le Calologue du musée Dupuyfreu et analysées par M. Lacroix.

C'est dans le jeune âge qu'on observe le plus souvent la maladie qui nous occupe ; elle affecte les très-jeunes enfants comme ceux d'un âge plus avancé ; très-fréquente encore chez les jeunes gens, elle devient plus rare chez l'adulte, pour disparaître à peu près complètement clans la vieillesse.

Le sexe ne paraît pas influer sensiblement sur son développement. Sur un relevé de plus de cent observations, nous l'ayons rencontrée presque aussi souvent chez un sexe que chez l'autre.

Il n'en est pas tout à fait de même des parties latérales d'un même individu ; la maladie s'est présentée un bien plus grand àombre do fois du côté gauche que du côté droit.

Page 1