DIAGNOSTIC DES DÉPLACEMENTS
Il est des organes dont la position superficielle et les caractères anatomiques tranchés rendent les déplacements si palpables qu'il suffit de la plus simple inspection pour les reconnaître : tels sont l'œil, la langue, etc.; mais tous ne sont pas dans ce cas, et souvent les signes que nous avons indiqués dans le paragraphe précédent exigent, pour leur appréciation, les connaissances anatomiques et physiologiques les plus exactes, eu même temps qu'une grande habitude d'exploration. (;,.s signes, en effet, sont dus principalement aux Caractères anatomiques spéciaux de l'organe déplacé ou des parties voisines.
Or, pour apprécier ces dispositions, il est indispensable d'en avoir mie idée nette, surtout si l'on observe que jamais l'organe
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déplacé n'apparaît à l'œil de l'observateur avec lous les caractères qu'on lui reconnaît sur le cadavre; que le plus ordinairement, recouvert par une certaine épaisseur de parties molles, il forme à peine relief à l'extérieur, et que les sens les plus exercés ont peine alors à en saisir les caractères les plus saillants. Joignons à cela que les parties molles voisines, irritées ou contuses dans l'acte du déplacement, présentent fréquemment une tuméfaction œdémateuse ou inflammatoire, qui rend encore plus difficile l'appréciation de ces signes. Combien de fois n'est-il pas arrivé, même à des praticiens exercés, de prendre une luxation de l'épaule pour une fracture du col de l'humérus, une hernie pour un bubon ! Ces difficultés ne se rencontrent pas seulement dans les cas où l'organe déplacé, profondément caché dans l'épaisseur des parties molles, se soustrait pour ainsi dire à nos moyens d'investigation; on les retrouve encore lorsque le déplacement a lieu à surface découverte, quand l'organe déplacé, complètement h nu, peut être examiné au doigt et à l'œil sur toutes ses faces.
Dupuytren faisant un jour l'amputation d'une tumeur saillante dans le vagin, ne resta-t-il pas jusqu'à la fin de l'opération dans l'idée cruelle qu'il pourrait avoir affaire à l'utérus déplacé, tandis que c'était simplement un polype; et d'autre part n'a-t-on pas vu des chirurgiens enlever l'utérus lui-même, en croyant n'extirper qu'une tumeur polypeuse? N'a-t-on pas vu, pendant des siècles, les chirurgiens de tous les pays méconnaître la fracture de l'extrémité inférieuredu radius, la prendre pour une luxation ou une entorse, et la traiter comme telle ; et n'a-t-il pas fallu toute l'expérience et la grande autorité de Dupuytren pour redresser cette erreur si profondément enracinée?
Pour arriver au diagnostic complet d'un déplacement, phisieurs questions importantes sont à résoudre : 1° constater l'existence. du déplacement; L2° déterminer l'organe qui en est le siège; 5° reconnaître la position qu'il occupe relativement aux organes voisins ; 4° spécifier les lésions qui L'accompagnent; 5° enfin, distinguer les causes qui l'ont favorisé ou produit, cl
celles qui le maintiennent. Toutes ces questions, en effet, sont d'un haut intérêt pour le pronostic et. le traitement.
Plusieurs de ces questions peuvent être résolues à la fois et par l'appréciation d'un petit nombre de signes. La connaissance de l'une entraînera souvent celle de l'autre; ainsi, dans un cas de chute de l'utérus, dès qu'on aura diagnostiqué l'identité de cet organe, on aura résolu la question du déplacement, de son espèce, souvent même des conditions organiques qui l'ont favorisé ou qui le maintiennent. Mais il n'en est pas toujours ainsi. Soit une hernie dans la région de l'aine, la circonstance de la sortie et de la rentrée de la tumeur permettra de reconnaître l'existence d'un déplacement. Pour déterminer l'organe déplacé, souvent une exploration plus attentive sera nécessaire; la forme, la consistance de la tumeur devront être appréciées avec soin. D'autres recherches seront encore indispensables pour arriver à savoir les circonstances particulières de cette lésion, telles que le trajet qu'a suivi la partie herniée, les rapports qu'elle présente avec les organes voisins, les lésions secondaires dont elle est le siège, etc. À moins d'entrer dans les détails de chaque déplacement en particulier, il est impossible d'indiquer avec précision la manière de diriger nos moyens d'investigation pour arriver à la solution de ces différents promûmes, il nous suffira de les avoir signalés.
ritO.NOSTIC DE.S DÉPLACEMENTS.
Il est rare qu'un déplacement compromette par lui-même a vie du malade. Cependant il peut être considéré souvent comme une Lésion grave, en ce qu'il est cause prédisposante de quelque autre affection. Ainsi, la hernie intestinale, qui, généralement, peut être regardée plutôt comme une infirmité que comme une maladie, occupe cependant, un des premiers rangs dans l'histoire dos affections chirurgicales, en ce qu'elle [tout devenir l'occasion de l'étranglement, et par suite de la gangrène de l'intestin, de l'inflammation du péritoine, etc. Du reste, pour mieux apprécier les variétés nombreuses qu'un
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déplacement peut offrir dans sou pronostic, nous allons passer rapidement en revue les modifications que peuvent imprimer h ce pronostic: 1° l'organe déplacé; t2° l'espèce de déplacement; 5° les causes qui l'ont produit; 4° le temps qui s'est écoule depuis son existence; 5° les complications qui l'accompagnent; 6° enfin, les ressources de l'art pour la guérison.
1° L'organe affecté. — Plusieurs organes peuvent se déplacer sans que leurs fonctions soient perverties ou même gênées. Tels sont la plupart des viscères qui se rencontrent dans les hernies. Quelques-uns cependant font exception à cette règle. La vessie, par exemple, quand elle est contenue dans un sac herniaire, ne se vide pas avec la même facilité, soustraite qu'elle est à l'action des muscles abdominaux, cl l'urine peut y former des dépôts, des eoncrétions pierreuses. L'utérus déplacé ne remplira ses fonctions qu'imparfaitement, souvent même en les remplissant, il compromettra la vie du fœtus et de la mère.
Les organes de la locomotion, et surtout les os, ne peuvent sortir de leur position normale, sans qu'aussitôt leurs fonctions ne soient anéanties ou du moins considérablement gênées. Au bout d'un temps plus ou moins long, la nature, par un travail admirable, peut jusqu'eà un certain point pallier les accidents! mais il est un phénomène qui, à moins de réduction, ne disparait jamais, c'est la difformité.
L2° Le genre de déplacement. — Un même organe peut se déplacer de plusieurs manières, et ces divers modes peuvent se: présenter à des degrés différents. Le simple prolapsus de l'utérus, par exemple, est moins grave que la chulc complété, el surtout que le renversement. La hernie inguinale, à l'état de bubonocèle, offre moins de gravité que l'oschéocèlc, qui distend le scrotum. Toutes les luxations du fémur ne sont pas graves au même degré; la luxation incomplète se. réduil plus facilement cl détermine moins de difformité que celle de la fosse iliaque externe ou de la fosse ovale.
o° Les causes des déplacements. — Considéré en lui-même, abstraction faite de ses complications, un déplacement prépare
de longue main par certaines disposi lions organiques vicieuses offre plus île danger qu'un déplacement de cause violente, parce que l'art, dans le premier cas, est souvent impuissant à le contenir, cl qu'il constitue presque toujours alors une difformité incurable. Telles sont les hernies formées lentement, el dues à la dilatation anormale de l'anneau, au défaut de résistance des parois abdominales, à la laxilé des ligaments de l'organe hernie. Telles sont aussi les luxations spontanées.
4° L'ancienneté de la maladie. — Toutes choses égales d'ailleurs, un déplacement récent offre plus de chances de guérison qu'un déplacement ancien. La présence de l'organe déplacé n'a point encore imprimé aux parties voisines ces modifications profondes que l'on trouve presque constamment au bout de quelques semaines, quelques mois. On sait combien les luxations deviennent, promptement irréductibles. Celle du pouce, au bout de quelques jours, résiste souvent aux efforts les mieux dirigés. Il en est de même des hernies; des adhérences s'établissent entre l'organe déplacé et les parties voisines; de plus, l'orifice herniaire se dilate outre mesure, et la maladie finit par devenir absolument incurable.
5° Les complications. — Certains déplacements, qui par euxmêmes ont peu de gravité, deviennent extrêmement difficiles à guérir par cela seul qu'ils coïncident avec une autre lésion du reste peu sérieuse de son côté. Telles sont les luxations compliquées de fracture, les fractures compliquées de plaies. D'autres fois, et le plus souvent, les complications, au lieu d'être de simples coïncidences, sont étroitement liées au déplacement lui-même. Telles l'engouement, l'étranglement des hernies, les adhérences, etc.
6° Enfin, les ressources de Vart pour la guérison. — Une maladie peu douloureuse, peu dangereuse par elle-même, est cependant quelquefois grave, par cela seul qu'elle est incurable. Dr, un grand nombre de déplacements se trouvent dans ce cas. Telles sont les hernies, contre lesquelles la chirurgie n'a que trop souvent d'autre ressource que les moyens palliatifs ou eontentifs. Certaines fractures, celles du col du fémur, chez les
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vieillards, sont graves par la médication même qu'elles réclament, tandis que certains déplacements violents, douloureux, sont, à cause de la simplicité des moyens thérapeutiques, regardés comme d'une importance secondaire. Telles sont les luxations scapulo-humérales, certains déplacements des muscles connus sous le nom de crampes, etc.