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CONSÉQUENCE DE LA POSITION DANS LE TRAITEMENT

M. Maisonneuve présente à la Société une pièce anatomiijue sur laquelle on remarque une luxation récente de la tête de l'humérus en arrière.

Le sujet sur lequel celte pièce a été recueillie est un carrier qui, en tombant d'une hauteur de dix mètres envh'on, s'était, entre autres lésions, luxé l'épaule en arrière. La luxation avait été reconnue sur le vivant, et réduite .-ans difficultés notables. D'autres lésions graves du côté du cerveau et de la poitrine ayant au bout de quelques heures amené la mort du malade, il a été possible, d'observer la luxation libre encore de tout travail réparateur.

La tête de l'humérus, sortie de sa cavité glenoïde, repose par sa partie interne sur la l'ace postérieure du col de l'omoplate, immédiatement audessous de l'apophyse acromiale; la capsule fibreuse de l'articulation est déchirée dans la partie supérieure externe et postérieure. La grosse extrémité de l'humérus, entièrement arrachée, est restée adhérente aux tendons des muscles sus-épineux et sous-épineux, et est entraînée par eux au-dessous de la voûte acromio-claviculaire.

Les muscles petit rond el sus^scapulaires ont conservé leur insertion bumorale. Le tendon de la longue portion du biceps a déchiré la gafrie fibreuse qui le retient dans la coulisse; le nerf circonflexe est intact, ainsi que le deltoïde.

I n l'ail curieux, dit M. Maisonneuve, ressort d'une manière 1 Gazelle des Hôpitaux, 1852, p. 520.

patente de l'examen de cetlc pièce, c'esL que si l'on réduit la luxation et qu'on laisse le bras appliqué contre le tronc, la grosse tubérosité de l'humérus, entraînée par les muscles qui s'y insèrent, reste éloignée de trois centimètres de son point d'arrachement, tandis que le contact parfait des fragments est obtenu quand on place le membre dans l'élévation à angle droit.

En réfléchissant à ce fait, dit M. Maisonneuve, il me paraît possible d'en tirer des conséquences pratiques de la plus haute importance pour l'histoire et le traitement de certaines luxations de l'épaule. Il n'est aucun de nous, en effet, qui, dans le cours de sa pratique, n'ait eu l'occasion d'observer des luxalions scapulo-humérales, lesquelles, réduites et traitées suivant les règles de l'art, n'en ont pas moins entraîné une perle plus <»u moins complète des mouvements du membre. On a cherché l'explication de cet accident dans la paralysie du deltoïde, dans le développement d'une arthrite consécutive, etc.

Or, en rapprochant le fait que nous avons sous les yeux de plusieurs autres que nous avons déjà eu l'occasion de voir dans celle enceinte, et d'un grand nombre que chacun de nous a certainement vus dans sa pratique, je crois qu'il est bien plus exact d'attribuer l'impotence du membre, après certaines luxations de l'humérus, à l'arrachement de la grosse tubérosité. En effet, outre que cet arrachement prive l'articulation de l'action si importante des muscles sus-épineux et sous-épineux, il doit donner lieu à la formation de stalactites osseuses irrégulières qui opposent un obstacle mécanique au mouvement d'élévation du membre.

Celte explication n'est point une hypothèse; il m'a été donné de constater le fait plusieurs fois, entre autres chez un homme qui s'était luxé les deux bras, et qui, à la suite de celle double luxation, eut une fausse ankylose des deux articulations scapulo-humérales, bien que la réduction eût été opérée et (pie le traitement consécutif eut été dirigé suivant toutes les règles.

Jusqu'à présent, je ne sache pas que personne ail donné des préceptes efficaces pour préserver d'un tel malheur.

En examinant avec attention la pièce que j'ai l'honneur de soumettre à votre examen, je crois que l'on peut en déduire des règles de thérapeutique nouvelles.

Vous pouvez voir que si, cette luxation étant réduilc, on laisse le bras appliqué contre le tronc, les fragments se trouvent dans le plus grand écartement possible, et que par conséquent toutes les conséquences désastreuses dont je viens de parler doivent survenir inévitablement, tandis que, si le bras est maintenu dans l'élévation à angle droit, les surfaces delà fraeture se trouvent dans un contact parfait, qu'elles se consolideront d'une manière correcte, et que, plus tard, il deviendra possible d'abaisser graduellement le bras et de rendre à l'articulation tous les mouvements.

Je crois donc qu'il conviendrait de poser le précepte: que dans la luxation scapulo-humérale, où l'on soupçonnerait l'existence de 1 arrachement de la grosse tubérosité de l'humérus, le bras devrait être, après la réduction maintenue, non plus appliqué eontre le tronc, comme on lofait toujours, mais dans un état d'élévation forcée ou tout au moins dans une position telle qu'il fit avec le tronc un angle droit.

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