LUXATION DU COUDE. RÉDUCTION
malade est une femme âgée de quarante et un ans, qui porte, au coude du côté droit une lé-ion traumatique récente. Celle femme, rentrant chez elle dans un étal d'ivresse, tomba dans son escalier. Par un mouvement instinctif, la main droite se porta en avant pour parer la chute et supporta le premier choc, ce qui n'empêcha pas la malade de rouler plusieurs marches. Elle ne s'aperçut pas à l'instant de sa blessure ; mais quand les fumées du vin furent dissipées, (die ressentit au coude une douleur vive, qui la détermina à entrer à l'IIotcl-Dicu, où elle occupa le numéro 5 de la salle Saintl'aul.
1 Gazette des Hôpitaux. 1841, p 156
La partie supérieure do l'avanl-bras, le coude et la partie Mérieuré du luas sont le siège d'une, tuméfaction médiocre et d'une douleur tejisive assez obtuse, tant qu'on n'imprime aucun mouvement au membre. Celui-ci paraît peu déformé. Chacune de ces brisures a conservé sa longueur normale. On peut suivre dans toute leur longueur le cubitus et le radius, qui ne présentent aucune lésion do continuité. L'humérus est accessible à l'exploration depuis la tète jusqu'à Tépitrochlée ; dans tout ce trajet il est intact. La lésion paraît concentrée au niveau de l'article.
Le mouvement de flexion est impossible; celui d'extension est incomplet; l'avant-bras forme avec le bras un angle de cent soixante degrés, qui peut être ramené à cent trente, mais pas au delà; aucun mouvement latéral ne peut être exécuté. L'olécrâne fait en arrière une saillie anormale, au-dessus de laquelle les doigts sentent un vide profond et ne peuvent rencontrer l'humérus, elle s'élève à six millimètres au-dessus de l'épi trochlée.
Au côté externe et à la base de l'olécrâne on distingue la tète du radius; on la sent rouler sous les doigts quand on imprime à la main des mouvements de pronation et de supination qui se font régulièrement ; il est même possible de reconnaître la petite capsule supérieure de cette tête et d'y introduire le doigt; les recherches les plus minutieuses ne peuvent faire retrouver ni le condyle de l'humérus, ni l'épicondyle.
A la partie antérieure, le pli du coude est le siège d'une tuméfaction diffuse, régulière, et d'une densité remarquable; elle a évidemment pour base des parties osseuses; mais les couches musculaires qui la constituent superficiellement empêchent d'en reconnaître les saillies et les anfractuosités.
Eu présence de ces symptômes, dit M. Maisonneuve, il est difficile de méconnaître la nature de la lésion que porte cette femme : c'est une luxation simple de l'avanl-bras en arrière. L'absence de crépitation, la rigidité extrême des mouvements, excluait toute idée de fracture, soit de l'extrémité articulaire de l'humérus, soit de l'apophyse coronoïde du cubitus. Les muscles biceps et brachial antérieur ne sont même pas rompus, ainsi que le prouve la tension extrême de leurs fibres à la partie antérieure et le peu de déplacement de l'olécrâne. Cette circonstance est favorable pour le pronostic, en ce sens qu'après la réduction les mouvements pourront se rétablir avec facilité; mais elle rend cette réduction plus difficile. Cependant, ajoute M. Maisonneuve, la malade n'a pas un système musculaire très-développé ; et tout porte à croire que nous obtiendrons un plein succès par des manœuvres sapement dirigées.
La malade, à laquelle on vient de pratiquer une large saignée, est introduite; le chirurgien la lait asseoir sur une chaise, fixe deux lacs contreoxtensifs, l'un au-dessous de l'aisselle, l'autre au bras même du côté malade, et fait passer ces lacs dans une boucle de 1er scellée au mur; deux aides soilj chargés d'en tenir les extrémités; un troisième lacs, destiné à l'extension, est
fixé à l'avant-bras, au-dessus du poignet, et confié à quatre aides; le chirurgien se place à la partie interne du membre, saisit le coude à deux mains, et donne le signal d'une extension douce d'abord, puis de plus en plus énergique, dans la direction même de l'axe du membre. Après quelques instants d sent les muscles céder; tout à coup un bruit sec de frottement articulaire l'avertit que les surfaces ont repris leurs rapports: l'extension cesse brusquement, et l'avant-bras est porté dans la llexion. L'opérateur fait alors observer la disparition complète des pbénoinènrs morbides, constate la bonne conformation du membre, et s'assure de la parfaite réduction en invitant la malade à exécuter elle-même divers mouvements. Le bras est ensuite enveloppé d'une bande imbibée d'eau végéto-minérale, et soutenu par une écbarpe.