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NOUVEAU PROCÉDÉ POUR LA RÉDUCTION DES LUXATIONS DU COUDE EN ARRIÈRE

Picbard (François), âgé de quinze ans, demeurant rue Saint-Médard, numéro 19, à Plaisance, entre à l'hôpital Cochin, le 7 novembre 1848, pour une lésion grave du coude gauche, qui l'empêchait entièrement de se servir de son membre. Le 20 septembre, dit-il, il fit une chute d'environ deux mètres de haut, et ressentit, immédiatement une violente douleur dans l'articulation du coude gauche. Tout mouvement de l'avant-bras était devenu impossible. Les parents, néanmoins, ne crurent devoir réclamer les secours de l'art que quatre jours après, alors que le gonflement était fort considérable. Le chirurgien auquel ils s'adressèrent crut à l'existence d'une fracture de l'un des condyles de l'humérus, et mit le membre dans un appareil dextriné, où il resta cinq semaines. À la levée de l'appareil, le membre, à demi étendu, restait fixe dans celte position; toute flexion spontanée était impossible; les pressions les plus fortes ne pouvaient le ramener à l'angle droit. C'est dans cet état que le petit malade fut rendu à ses patents; ('/est ainsi dans cet état qu'il vînt à l'hôpital Cochin réclamer de nouveaux secours.

M. Maisonneuve reconnut promptement l'existence d'une luxation complète du coude en arrière, caractérisée par la saillie considérable de l'olécrâne, le relief du tendon du triceps dans les efforts de llexion, la présence sous la peau de la cupule du radius, que l'on pouvait sentir rouler et

' Gazelle des Hôpitaux, 1849, p. 92.

dans laquelle le doigt pénétrait; le raccourcissement de la l'ace antérieure de l* avant-bras, et enfin l'impossibilité du mouvement d'extension complète et de flexion, même à angle droit, ce qui rendait le membre à peu près iuulile au malade.

Malgré le temps considérable écoulé depuis l'accident, M. Maisonneuve, convaincu que, livré à lui-même, le petit -malade était voué à une infirmité incurable, résolut de tenter la réduction.

Un lac fut passé sous l'aisselle, un autre fixé au-dessus du poignet; le malade fut soumis au chloroforme, puis on commença les tractions. Celles-ci furent assez énergiques, mais n'amenèrent aucun résultat.

C'est alors que, tout à coup, M. Maisonneuve, inspiré par une idée heureuse, fit enlever les lacs extenseurs et contre-extenseurs, pour les replacer d'une manière aussi rationnelle qu'ingénieuse.

1° Au lieu de passer sous l'aisselle, le lacs contre-extenseur fut fixé au bras lui-même, immédiatement au-dessous du deltoïde, dont la saillie lui servait de point d'appui.

2° Au lieu d'embrasser le poignet, et par conséquent de n'agir sur le cubitus que par l'intermédiaire des articulations radio-cubitales, le lac extenseur fut fixé directement sur Polécrâne, les deux chefs ramenés en avant furent croisés sur la face antérieure de l'avant-bras, puis ramenés en arrière et croisés une seconde fois sur la face postérieure de cette partie. Ce lac embrassait ainsi F avant-bras dans un double cercle représentant un 8.

Tout étant ainsi disposé, les tractions commencèrent avec douceur d'abord, puis un peu plus fort, et la luxation se trouva réduite bien avant que l'on eût porté les tractions aussi loin que la première fois.

Aucun accident ne suivit cette réduction heureuse, il fallut seulement exercer l'articulation pendant une quinzaine de jours, pour lui rendre sa souplesse; et le malade sortit parfaitement guéri, le 14 décembre.

Le procédé dont nous venons de faire usage, dit M. Maisonneuve, ne me parait ressembler à aucun de ceux que l'on emploie habituellement, el cependant il me parait avoir sur eux de notables avantages

Les procédés anciens ont pour base :

1° Des tractions exercées sur le poignet et sur l'aisselle;

2° Une pression exercée sur l'olécrânc par les pouces de l'opérateur..

Il en résulte :

1° Que des' forces exlensives appliquées sur le radius el le poignet ne peuvent arriver au cubitus qu'en traversant les arli-

dilations radiocarpienne ou radio-cubitale, dont la résistance est insuffisante;

"1" Que les Forces contre-exfensives, quoique plus efficaces, perdent encore une partie de leur puissance en traversant l'arfcieulation scapulo-humérale.

Aussi ne faut-il pas s'étonner si, sous l' influence de semblables movens, un grand nombre de luxations du coude restent irréductibles.

Dans le procédé nouveau, le point d'appui de l'extension est l'humérus lui-même. La saillie que forme le deltoïde lui donne un degré de fixité absolue.

Rien n'est donc perdu dans la puissance contre-extensive. Aucune articulation ne peut avoir à souffrir de l'énergie des tractions. L'action des forces extensives est mieux dirigée encore; ces forces agissent directement sur l'os déplacé. Elles agissent par impulsion au lieu d'agir par traction; ce qui leur donne un immense avantage, et ce qui en empêche la moindre déperdition.

11 ne serait donc pas étonnant qu'à l'aide de ce simple procédé il nous fût permis de réduire les luxations du coude les plus anciennes et les plus réfractaires.

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