DATANT DE TROIS MOIS. — RÉDUCTION
Les hixalions anciennes, dit M. Maisonncuvc, considérées par la plupart des chirurgiens comme impossibles à réduire, ne devaient ce funeste privilège qu'à la manière défectueuse dont les moyens de réduction élaienl généralement dirigés. Avec le chloroforme, dit-il, il ne doit pas y avoir de luxation irréductible : toute la question est de savoir s'y prendre.
1 Gnzeltedct Hôpitaux, 1850, p. 471.
W LUXATIONS U1VEKSKS.
Les luxations anciennes, en effet, ne diffèrent des luxations récentes que par les adhérences que les os ont contractées avec eux ou avec les parties voisines. Or, avec le chloroforme et les moyens mécaniques dont l'art dispose, il doit être toujours possible de rompre les adhérences saris compromettre ni la peau, ni les os, ni les organes vasculaires et nerveux.
Quand, par des mouvements prudents mais énergiques, on a déchiré les brides fibreuses, distendu les muscles raccourcis, rendu enfin aux surfaces leur mobilité, il faut encore savoir donner au membre la position la plus convenable, apporter un soin minutieux dans l'application des lacs extenseurs et contreextenseurs, et surtout diriger avec intelligence et sagacité les efforts de réduction. Or, dit M. Maisonneuve, toutes ces choses sont généralement traitées avec une sorte de dédain par les chirurgiens les plus éminents.
Un homme, âgé de trente-cinq ans, se luxa le coude en faisant une chute de sa hauteur, et alla consulter la Dame-blanche de Gliâtillon, laquelle, croyant à une fracture, lui appliqua un appareil contentif ; après un mois de ce traitement l'appareil fut levé, et le bras déformé ne pouvait exécuter presque aucun mouvement. C'est seulement deux mois après la levée de l'appareil que, ne voyant aucune amélioration dans son état, le malade consulta un médecin. Il s'adressa à M. le docteur Boinet, qui l'amena à la consultation de M. Maisonneuve, le 25 septembre 1850.
M. Maisonneuve fait asseoir le malade sur une chaise, applique une alèze mouillée et pliée en cravate au-dessous du deltoïde, et la maintient avec une bande : une seconde alèze mouillée est appliquée sous l'aisselle, dont le creux est préalablement garni d'un coussin; une troisième embrasse le poignet; une quatrième est appliquée par son plein sur la saillie de l'olécrâne, et ses deux chefs viennent se croiser au-devant l'avant-bras. Ces quatre alèzes sont destinées à l'extension ; une cinquième, destinée à la contre-extension, es! mise en réserve.
Tout étant ainsi disposé, le malade est soumis à l'inhalation du chloroforme, jusqu'à résolution complète. L'avant-bras est ensuite porté avec énergie dans l'extension forcée, puis dans la flexion, puis dans les sens latéraux. Ces mouvements; exécutés par M. Maisonneuve lui-même pendant cinq à six minutes, donnent lieu à la déchirure des adhéfencesel des brides fibreuses, à l'élongation des muscles; d'où une mobilité extrême dans l'articulation, Alors seulement on procède aux efforts de réduction.
Pour cela, l'avant-bras est fléchi autant que possible. La cinquième alèze,
dont le plein ombrasse le pli du coude, el 1rs chefs sont passés dans une boucle seelléeô la muraille, qui seut à la contre-extension. Pour l'extension, deux aides sont attelés aux alèzes supérieures, celles qui embrassent le bras el l'épaule; deux autres sont chargés des alèzes inférieures fixées sur l'olécrâne elle poignet. Ces deux Hunes de traction font entre elles un angle de soixante-cinq degrés environ.
Pendant que les aides tirent avec modération, le chirurgien embrasse de ses deux mains le pli du coude, tandis que ses pouces pressent sur l'olécràne.
Quelques minutes de tractions modérées suffirent pour abaisser l'olécràne jusqu'à sa position normale et opérer la réduction. Aussitôt on enlève les lacs. Dans ces mouvements la luxation se reproduit, mais elle esL aussitôt réduite par la simple pression des pouces. L'avant-bras est ensuite maintenu dans la flexion forcée, la main sur l'épaule opposée, et le tout est maintenu dans cette position au moyen d'une bande roulée, comme le bandage de M. Velpeau pour la fracture de la clavicule.
Deux jours après la réduction, les mouvements étant complètement rétablis, le malade est sorti de l'hôpital.
DÉCOLLEMENT DE L'ÉPIPHYSE INFÉRIEURE DE L'HUMÉRUS AVEC ISSUE DE L'OS A TRAVERS LES CHAIRS