De la névrite optique dans ses rapports avec les
maladies intra-crâniennes.
Si Ton connaissait jadis les amauroses dues à des maladies chroniques du cerveau et à des tumeurs cérébrales coïncidant avec Tatrophie du nerf optique, ce n'est qu'en 1852 qu'on a commencé à faire des recherches ophthalmoscopiques sur les lésions du nerf optique, de la rétine et de la choroïde produites par les maladies aiguës du cerveau.
Ainsi, en 1859, Desmarres père, et Sichel ont signalé rinfiltration du nerf optique et son atrophie à la suite de sa compression par des tumeurs cérébrales.
En 1800, Stelwag von Carion a parlé de l'infiltration du nerf optique et de sa destruction dans les cas de tumeurs du cerveau.
En 1860, Ogle a publié deux observations de tumeurs du
cerveau ayant produit Tatrophie du nerf optique et, la même année 1860, à la Société de Biologie^ M. de Graefe sous le titre : De9 excavations et des saillies de la papille du nerf optique ne parle encore que des lésions de la papille dans les tumeurs cérébrales et d'encéphalite chronique.
Pour lui un lien très indirect expUque la causalité des
lésions de Tœil et du cerveau, • savoir : rhypéiémie
mécanique qui provient de la compression des sinus caverneux et qui produit la dilatation des vaisseaux veineux et une infiltration œdémateuse » (page 153) Société de Biolo^ gie.
M. de Graere ajoute qu'il y a d*autres altérations de la rétine et du nerf optique à distinguer des précédentes, et qui se combinent avec des maladies intra-crâniennes. Là aussi le nerf optique est malade. C'est une névrite descendante, caractérisée par c .... des groupes de points blancs, des plaques blanches, de nombreux foyers apoplectiques, en un mot des altérations semblables à celles qu'on rencontre dans la maladie de Bright. C'est cette forme qui complique les encéphalites et qui explique souvent la cécité double ou unilatérale qui les accompagne... ..)> (page 154.)
Ce sont ces indications encore bien incomplètes qui me donnèrent l'idée de voir si, dans les maladies aiguës des méninges et du cerveau, dans toutes les maladies cérébrales et spinales, dans les névroses enfin, il n'y aurait pas de lésions du nerf optique, de la rétine ou de la choroïde, qui pourraient par leur fréquence et leur constance servir au diagnostic de ces maladies.
En 1862, je publiai, le 15 mai, dans la Gazette des Mpitaux, mes premières observations sous ce titre : La méningite étudiée à tophthalmoscope et elles ont été suivies en 1865 par la publication d'un volume iutitulé : Traité de diagnostic des maladies du système nerveux par Vophthal^ moscope, avec atlas. Depuis lors, je n'ai cessé de recueillir des faits semblables observés à ma clinique et dont le diagnostic a été contrôlé par l'autopsie. J'ai ainsi rassemblé plus de 1,200 observations de cas les plus variés.
De ces recherches ophthalmoscopiques dans toutes les
névroses, dans les névralgies ou paralysies et dans les maladies aiguës ou chroniques des méninges du cerveau et de la moelle, il est résulté un fait général, ou une loi de coïncidence qui doit avoir une grande importance pour le diagnostic médical et qui peut se formuler ainsi :
Toutes les maladies graves des méninges du cerveau et de la moelle se traduisent au fond de Tœil par des lésions du nerf optique, de la rétine et de la choroïde, que Ton doit rechercher à Tophtbalmoscope, afin de donner plus de pré* cision au diagnostic de ces maladies.
Maintenant, avec cette loi pathologique et clinique, il y a comme corollaires quatre faits secondaires distincts qui expliquent comment se forment les altérations du fond de Tœil dans les maladies cérébro-spinales, et qui en révèlent la nature.
Ainsi les lésions produites par les maladies des méninges du cerveau ou de la moelle sont : 1* mécaniques ; 2* inflammatoires ; S^ diathésiques ; 4® sympathiques ou réflexes.
lAfsions mécaniques du fond de Vœil. — Toutes les foii qu'il se produit une forte compression cérébrale ou un réel obstacle à la circulation intra-crànienne, tel qu'un épanchement iiitra-ventriculaire, ou arachnoïdien, une tumeur du cerveau, ou des os du crdae. une grosse hémorrhagie du cerveau, une thrombose des veines méningées ou des sinus de la dure-mére, le sang veineux de Tœil ne rentra que très difficilement dans les sinus, et il en résulte Vhypet' émic ou V œdème de la papilie, la dilatation des veines ntiniennes^ la flejc^uosité de ces veines, leur rupture et les hémorrhagics de la rétine, etc. C'est ce qu'on observe dans la méningite tuberculeuse, dans la grande hémorrhagie cérébrale, dans l'hydrocéphalie aiguë et chronique, dans les tumeurs du cerveau, dans les thromboses des sinus, etc.
Quelques médecins ont pensé que l'obstacle à 1^ circulation vuineuse des veines rétiniennes et de la papille n'était ni dans le crâne, ni dans les sinus, et qu'il avait pour siège la gaine du nerf optique, infiltrée de sérosité en quantité sufiisante pour étrangler ce nerf à son passage danslalamu criblée de la sclérotique. Je ne crois pas qu'il eu soit ainsi.
Dans mes nombreuses autopsies de méningite, j*ai trouvé dans cette gaine une petite goutte à peine visible de sérosité ; mais pour étudier le fait, je Tai recherché comparati* vement dans d'autres autopsies : sur 24 cas de croup, d'angine couenneuse, de pneumonie etc., dans lesquels, durant la vie, il n*y avait pas eu de troubles nerveux, j'ai rencontré la même quantité d'inflltration séreuse de la gaine. Il en est résulté pour moi celte opinion que normalement la gaine du nerf optique renfermait un peu de sérosité et que ce n'était pas là qu'il fallait chercher la cause des œdèmes I>apilleux qu'on rencontre dans la méningite.
Lésions inflammatoires du fond de VœiL — A côté des lésions qui sont produites d'une façon mécanique dans le nerf optique par les obstacles à la circulatioji du ceiTeau, . il en est d'autres qui sont de nature dilTérente et qui dépendent de rinflammation aiguë ou chronique du cerveau, qui se propage de l'intérieur du crâne ou du centre de l'orgaue malade dans l'œil par le nerf optique.
C'est ainsi que l'encéphalile aiguë et chronique, la méningo-encéphalite, la méningite tuberculeuse, les tumeurs du cerveau qui provoquent Tinflammation de la substance cérébrale, la congestion cérébrale permanente qui résulte des maUdies avancées du cœur, amènent une hypérémie permanente plus grande du nerf optique et des lésions hypérémiques ou ezsudatives, avec ou sans dilatation des veines de la rétine. C'est une névrite descendante.
Lésions diathésiques du fond de fœil. — Les tubercules do la choroïde, ou de la rétine sont l'effet d'une diathèse ; et, comme ils révèlent soit la tuberculose générale, soit la tuberculose des méninges et du cerveau, la constatation de celte altération est de la plus haute importance clinique. 11 en est de même des lésions spéciales produites par la syphilis, par la leucocythémie, par le scorbut et le purpura, par Talbuminurie chronique et la glycosurie.
Lésions sympathiques du fond de VœiL — Je parlerai enfin des lésions de la rétine, de la choroïde et du nerf optique qui ne sont ni diathésiques, ni inflammatoires, ni mécaniques. Ce sont celles qui accompagnent les maladies de
la moelle épinière. Ici, le mécanisme de la névrite opl^[a0 est lout difiërent de ce qu'il est dans les antres maladtos des centres nerveux, et je crois être le premier qni en aie
fait la découverte.
Dans les maladies de la moelle, il n'y a pas d'obstacle à la circulation intra-crânienne qui gêne la circulation de la rétine, ni dlnilammation descendant du cerveau. C'est au contraire une action ascendante, réflexe de la moelle épinière sur le fond de Tœil par Tintermédiaire du grand sympathique qui a ses racines dans la moelle dorsale. Alors il se passe, sous Tinfluence des maladies de la moelle, ce qui se produit quand on irrite le grand sympathique au cou, à la façon de Cl. Bernard. En même temps que le côté correspondant de la face rougit et s'échauffe, le fond de l'œil rougit également. Si l'hypérémie du nerf optique dore bien longtemps, ce qui arrive lorsque la souffrance de 11 moelle se prolonge, alors son tissu s'altère, il s*y forme de rinûltration séro-sanguine, et il finit par s'atrophier. C'est ainsi que certaines chorées violentes, que la myélite et Tataxie locoînolrice entraînent d'abord une hypérémie du nerf optique, qui peut aboutir à l'atrophie et à Tamaurose.
Ainsi, démonstration de la loi de coïncidence des maladies aiguës ou chroniques du cerveau, de la moelle et des méninges avec les lésions du nerf optique, de la rétine et delà choroïde, voilà le premier fait autour duquel il faut ratiachor comme corollaires la nature mécanique^ inflam' maloire^ dtath(fstque et sympathique de ces lésions.
D'ailleurs, ce que la clinique m'a conduit à établir a reçu sa consécration par les résultats des nécropsies et de Thistologic. Si dans quelques cas de névrite au début, on ne trouve pas de lésion au microscope, le plus ordinairement, on trouve une altération des tubes nerveux du nerf optique, qui sont comprimés, qui offrent plus de granulations dans la myéline, dont les espaces sont augmentés, et qui plus lard présentent des fibrilles coiijouctives étouffant les tubes et amenant la sclérose du nerf. Les caractères de la névTÎte sont là au complet. Dans les veines ce sont des thromboses, ou des anévrysmes faux, primitifs avec épanchement de
sang dans la gaine externe, ou des déchirures avec hémorrhagie voisine. EnSn, dans la choroïde c'est une dépigmentation évidente ou des tubercules à différents degrés d'évolutiou, comme ceux que j'ai montrés à différentes reprises depuis plusieurs années.
Ainsi comprise^ Tophthalmoscopie appliquée à la médecine et au diagnostic des maladies cérébro-spinales conduit à des applications de détail extrêmement importantes :
En chirurgie^ l'ophthalmoscopie permet de distinguer la compression par un épanchement de la commotion du cerveau, à la suite des coups ou des chutes sur le crâne. De plus, dans les plaies du sourcil, il montre Taction réflexe de ce traumatisme sur le nerf optique qui est hypérémié, ce qui amène à la longue, Taltération de son tissu, et Tétat scléreux d'où sortira plus tard l'amaurose.
Eninédecine^ Tophthalmoscopie est pour le cerveau ce que Tauscultation et la percussion sont pour le cœur et les poumons; sans donner aucun caractère pathoguomonique, elle révèle des lésions inconnues jusqu'ici qui, jointes aux symptômes de la maladie, permettent d'en faire un diagnostic plus exact et plus précis.
Ainsi, les bypérémies et les œdèmes papillaires, avec dilatation et flexuosités des veines de la rétine, les hémorrhagies rétiniennes, dans une maladie aiguë qu'on peut supposer être une méningite, permettent d'affirmer le diagnostic de maladie des niénir.ges.
Entre Thydrocéphalie chronique et le rachitisme à grosse létc, accompagné de troubles nerveux, l'ophthalmoscope laisse voir dans le premier un œdème papillaire ou une atrophie qui n'existe pas dans l'autre. Dans les fortes hémorrhagies cérébrales, il y a une dilatation des veines rétiniennes et une hypérémié papillaire considérables, qui ^'existent pas dans le ramollissement du cerveau ou il n'y a que de Tœdème papillaire, le reste du fond de Tœil étant normal.
Dans les tumeurs du cerveau, du cervelet et de la protubérance avec ou sans eucéphaUte circouvoisiue, avec paral>^sie partielle des nerfs, il y a sur le nerf optique et dans la
rétine une infiltration blanche opaline ou une at qu'on ne trouve pas dans les paralysies essentielles.
Dans la syncope, dans la catalepsie et dans la léthai^, qui simulent la mort, le fond de l'œil est rouge et la papille du nerf optique très distincte, tandis que si la mort nt réelle^ le fond de Vœil pâlit et le disque du nerf optique dis» paraît, en même temps que la colonne des veines s'inter^ rompt en divers points par des bulles d'air.
Dans c^ qu'on appelle des névroses, rophthalmoscope permet de voir qu'il en est un certain nombre qui s'accompagnent de lésions du nerf optique ou de la choroïde, ce qui indique une lésion cérébrale profonde et révèle leur véritable nature.
Ainsi, les convulsions Unales des malades de longue du* rée et le délire ultime des maladies chroniques sont généralement attribués à l'anémie et à la viduité du cerveau, tandis que rophthalmoscope, en montrant des signes d'obstacle à la circulation veineuse rétinienne, laisse supposer qu'il y a une lésion intra- crânienne.
Les autopsies sont d'accord avec la donnée ophthalmoscopique, car, dans tous les cas, il y a thrombose cachectique des sinus de la dure-mère et des caillots plus ou moins décolorés^adhérents aux parois,faisant obstacle au cours du sang et amenant la congestion du cerveau productrice du délire et des convulsions.
De même, par rophthalmoscope, on distingue Tcpilepsie essentielle et l'épilepsie symptomatique, la léthargie ne^ veuse de la léthargie par lésion au cerveau, les hallucinations fonctionnelles des hallucinations symptomatiques,le8 convulsions essentielles et réflexes des convulsions de cause organique, la chorée simplede la chorée qui résulte d'unehyperémic spinale, etc. En quelques mots, et pour finir, jo dirai que les recherches d'ophthalmoscopie médicale permettent de fonder une nouvelle méthode de diagnostic des maladies nerveuses et cérébro-spinales, basée sur ce fait que l'œil est le miroir du cerveau et que dans les troubles du système nerveux, les lésions du nerf optique, de la rétine et de la choroïde, étudiées avec soin, sont si constantes^ qu*elto
doivent désormais faire partie de Tobservation cliuiqae, et il suffit d'apprendre à en faire la traduction dans les maladies nerveuses.
Ainsi, 1<^ Tœdème et le gonflement papillaire hypérémiquo annoncent Toedème de la pie-mère et une forte congestion cérébrale.
2^ Les stases veineuses rétiniennes, les thromboses, les flexuosités des veines de la rétine annoncent une réplétion des veines méningées avec thrombose des sinus.
30 La pneumatose des veines rétiniennes indique la pneumatose des veines méningées et par conséquent la mort.
4** Les exsudais inflammatoires de la papille avec ou sans hémorrhagie indiquent un point d'encéphalite.
&» L*anémie de ToBil avec décoloration complète indique la cessation du cours du sang dans le cerveau.
6^ La dépigmentation cachectique de la choroïde indique Tétat cachectique du sujet.
70 Les tubercules de la choroïde indiquent les tubercules du cerveau ou des méninges et en même temps la tuberculose miliaire des poumons.
8^ La sclérose du nerf optique indique la sclérose d*uu point du cerveau ou de la moelle épiuière.
S'il y a vingt ans on a pu trouver téméraire de m'enten* dreaffirmer qu'on pouvait découvrir au fond de Tœil les signes de ce qui se passe dans le cerveau, cette proposition ne saurait plus choquer personne aujourd'hui. En effet, dans toute l'Europe savante et ici, parmi les représentants les plus distingués de l'ophthalmologie, cette méthode nouvelle a trouvé des approbateurs.
tu. — De la syphilis dans ses rapports avec le rachitisme et les malformations dentaires.
Par suite de l'état cachectique qui l'accompagne si habituellement, la syphilis infantile héréditaire peut être une
MALÀDIIS DBS INPANTt. 23
cause de rachistime et de malformation dentaire'; c'est Top- Dion d'un grand nombre de médecins. Mais le rachitisme reconnaît bien d^autres causes, leur nature mérite d*être indiquée avec soin et puisque la question est mise à Tordre du jour du Congrès médical international de Londres, j vais dire l'opinion à laquelle je me suis arrêté.
Je parlerai : 1® des mal formations dentaires cachectiques attribuées à la syphilis; 2^ du rachiiisme con^iàéré comme la manifestation constante d'une diathèse syphilitique.
\^ Malformation cachectique ou marastiqtâe des dents ches les enfants. — Les malformations dentaires chez les enfants ont été depuis quelques années, et surtout depuis qu*Hut* chinson a signalé une malformation présumée syphilitique, l'objet de controverses intéressantes et dignes de l'attention des médecins.
On avait remarqué depuis assez longtemps, sans trop 8*en rendre compte, que les dents incisives permanentes étaient souvent altérées et déformées. Ces altérations étaient attribuées à un vice de nutrition des germes dentaires; mais elles n'avaient pas été envisagées comme lamanifestation et Texpression d'une diathèse particulière. En les étudiant à son tour, Hutchiuson se crut en droit de rapporter à la syphilis une malformation dont il a donné les caractères particuliers, mais sans établir de diagnostic différentiel entre cette malformation et les autres, de ^ortc que les médecins ont pu supposer que sa dtiscription avait un caractère général s'appliquan ta toutes les inalformalious delà seconde dentition. Des observations analogues ont été publiées par quelques autres médecins. On a, depuis lors, considéré presque tous les sujets dont les incisives permanentes étaient piquées, rougies ou échancrées, comme atteints de syphilis héréditaire. C'est là une affirmation de sémiologie et de
diaguostic qui est iTop absolue et sur laquelle il impoite de faire des réserves.
Magitotadéjà fait remarquer que les dents incisives permanentes, offrant l'ai tération décrite par Hutchinson, n'appartenaient pas à des sujets syphilitiques. W.'Nicati en a dit autant, et ,dans un travail très intéressant,a montré que certaines malformations des incisives permanentes étaient dues au rachitisme plutôt qu'à la syphilis, et qu'il fallait établir un diagnostic différentiel des unes et des autres. Cela est, à mes yeux, un pas vers la vérité, mais ce n'est pas la vérité tout entière.
J'ai observé très souvent les altérations et les malformation des dents de première et de seconde dentition chez les enfants. Mes conclusions difièrent totalement de celles d'Hutcbinson, et se rapprochent beaucoup de celles au contraire de W. Nicati. Je vais m'expliquer à ce sujet, lorsque j*aurai dit quelques mots des altérations des premières dents dites dents de lait.
Ces dents s'altèrent avant ou après leur sortie de la gencive. Avant leur sortie, elles peuvent s^altérer dans leur germe et dans leur évolution si l'enfant a des convulsions, ce qu*a signalé Magitot; s'il a du rachitisme congénial, enfin s'il a de Vosiéoporose ou rachitisme acquis par suite d'une dyspepsie prolongée, d'une cnlérite grave ou d'une autre maladie. Dans ces dilTérents cas, les premières denlssortont tard, sortent mal, sortent irrégulièrement, sont jaunes, altérées dans leur émail et tombent parfois prématurément.
Après leur sortie des gencives, les dents de lait s'altèrent si les enfants sont gravement malades, s*ils ont une entérite prolongée avec acescence buccale. Elles se noircissent, se corrodent au niveau du collet, se creusent e se cassent au bord de la gencive.
Si les enfants ont une stomatite ulcéreuse qui ronge la gencive, et la détruit par son bord libre, dans une plus ou moins grande hauteur, les dents s'allongent et on en voit la racine dans une assez grande éteudue.
Mais les malformations les plus curieuses sont celles de la seconde dentition. Elle < portent principaleii.ent sur les
incisives permaneDles. Biles résultent d'une malaiiie de U première enfance qui a modifie la nutrilion des genaos deutaires. Quelle est cette maladie?
Cette maladie est-elle diathésique et donne-t-^Ue uua forme particulière à la malformation des dentsî
D'après ce que J'ai vu, il n'y a pas de maladie spéciale diathésique qui produise la malformation spécifique des incisives permaneiites. Toute maladie grave el prolongée de la première enfance produit ce résultat. La syphilis pas plus que le rachitisme, ou querenlérile chronique n"a d'action parlicuUère. Oui,ia syphilis héréditaire, oui, le rachitisme déterminent la malformation des incisives permanentes, mais ce n'est pas comme syphilis ou comme rachitisme, c'est comme un état cachectique. J'en donne pour preuve les mêmes malformations observées par moi à la suite de renlérite chronîquetit des suppurations prolongées du premier âge. Ces altérations des dents sont des mal/ormationt marastiques ou cachectiques et pas autre chose.
C'est comme état cachecliquo modifiant la nutrition dts germes dentaires que la syphilis héréditaire etlerachili&me déterminent l'altéralion des dénis permanentes et non comme maladies diathésiques; à cet égard elles se coofondeut avec toutes les autres maladies cachectiques du premier Age.
Il se passe dans les germes dentaires ce qui se passa dans les ongles, dans les cheveus et dans les os. La nutrilion de ces éléments s'altère dans les maladies.
Les ougles s'amincissent uu moment, s'épaississent torique l'eufant va mieux, et présentent ces sillons que Beau a faitconnallre dans la dyspepsie.
Les cheveux sont secs, palissunt, deviennent laougineui. étiques, et .comme on le dit: Les enfants ont mauvaitpoU.
Les os se gonflentau ui veau des épiphyses, ils se raréfient et otTrcnt de ïoil^oporose. Ils sont plus mous, se courbent bcUemeut et ne peuvent plusmomuntanément porter les enfants, qui veulent rester au lit après avoir déjà commencé de marcher. C'est le rachitisme.
Toutes ces altérations analogues sont de même nature et
rS^pendent de lYlal maraslique, cachectique, cacoehymtque
f é\, cacQthrtpsiqve comme on dit à présent.
Les gormcs dentaires de la seconde dentition subissent la loi générale et iU devieneni cachectiques avec le reste de réconomie, quelle que soit la cau^edu trouble nerveui dans la nutrition générale des sujets. Us souffrent quand tout souffre, et les dents qui en sortent sontmaladea, alléréesdans leur émail et leur ivoire quand la première enfance a été très longtemps et très gravement maladive.
D'après ce que J'ai observé, en dehors de la syphilis et du rachitisme proprement dit, on trouve les malformations dentaires signalées par Hutchinsou et par M. Nicati.conune appartenant à ces deux ma!adic9.
Ainsi, pourne ciler que quelques faits, je raconterai l'observation suivante relative à un jeune garçon dont je connais la Emilie et que J'ai suivi pendant dix ans. L'altération de ses dents incisives ressemble à la malformation décrite comme syphilitiqueparHutchinson, et cependant elle n'est que cachectique.
Obs. — Malformation eachtcUque dts dtntt. — L..., fils de M. L... rue des Jeûneurs, a failli mourir au moment de la naissance, il y n dix ans, d'une liéinorrhagie nasale pour laquelle j'ai été appuis en consullalion.
Il «si resté oisangue, et le perchlorure de fer employé comme hémostatique lui a laissé un coryza chronique qui dure encore et qui gène l« resiiîration. Cet enidnt a filé malade toute se première «nfance, et sans raohitiame ou syphilis, il est pâle, Irëa maigreel a fort mauvaise mine, malgré un ssseï bon état de santé.
Ses dents sont blanches, il a 4 incisives écartées cl les deux noyennea échancrée^ au bord tranchant sans altération de l'ématl. Il en est de même de la mâchoire inférieure. Il a ses premières molaires, mais bien qu'il ait lOans, iln'n pas de canines.
Sur une fille de 13 ans (nommée Kertzel], au n* 24 (salle Sainte Cathernie), sortie le 7 février guérie d'une scarlatine, qui n'a pas eu de syphilis ni de rachitisme et qui a été maladive dans le premier 2ge, on trouve les deux incisives médianes supérieures intactes dans les cinq sixièmes supérieurs, mais prfs du bord libre un sillon transversal pro-
fond, anfractueux qui amincit tout à coup la dent et forme comme un pas d'escalier. Les autres dents sont saines.
Dans un autre cas, encore à Thôpital en ce moment, il s'agitd'une jeune fille L... de 11 ans, couchée au n» 27 (salle Sainte Catherine), entrée le 30 décembre 1877 pour un vertige épileptique. Elle est petite, maigre, peu développée pour son âgo,n*a eu jamais de signe de syphilis héréditaire après la naissance ni postérieurement. Elle a toujours été maladive c t,dans la prem ière en tance,a ou de fréquentes diarrhées. Ses incisives supérieures présentent des érosions pointillées, c'est-à-dire des piqûres noirâtres au niveau desquelles l'émail est à peu près détruit en même temps que Tivoirc est altéré. Ces ponctuations sont au nombre de quatre eur chaque incisive et elles sont placées sur une ligne horizontale, près du bord tranchant qui est fortement ébrécbé par de fines dentelures. Au dessus de cette ligne de piqûres de Témail se trouve un relief transversal formant comme une marche d'escalier.
Ces lésions ressemblent à celles que M. Nicati attribue au rachitisme et cependant Tenfant n'est pas rachitique, elle n'a pas les côtes déformées ni la tête volumineuse. Elle ne l'a pas été. Elle n'a été que maladive et cachectique dans la première enfance.
Ob8. — Malformation cachectique des dents. — Sur une autre fille (Varnier) de 14 ans, non formée, couchée au n^ 53 de Saiata- Catherinc, et entrée le 30 janvier 1879, pour des crises nerreustf hy s téri formes; il y a aussi une malformation considérable des dents. Cette Olle a été maladive dans toute la première enfance, a eu des convulsions pendant longtemps, jusqu*à 6 ans, et puis sa santé est devenue plus robuste.
Aujourd'hui ses incisives sont étroites en haut et plus larges^ bas, échancrécs, concaves et mousses à leur bord libre ; rémail est au-dessus rugueux, piqué de points noirâtres et oiTre un sillon transversal déprimé.
Les incisives inférieures sont échancrées, concaves, à bord libre et mousse. L*émail est altéré et, au-dessous du bord, offre un sillon très déprimé noirâtre.
Les canines coniques et petites présentent une altération de rémail près de la pointe.
Obs. — Uantre enfant qui est un garçon est présenté à Thôpital (30 janvier 1879) à 19 mois. Celui-là offre une malformation des dents de lait qui sont au nombre de huit. La première est sortie à 7 mois, âge réglementaire. Cet enfant ne marche pas, ses membres inférieurs sont grêles, il a les symphyses chondrocostales tuméfiées de façon à offrir le chapelet rachitique. Il n*est pas sujet à la diarrhée, mais il tousse habituellement, il a la poitrine grasse et remplie de râles muqueux. La mère n'est pas syphilitique, on ne sait rien du père et lui-même n*a pas offert de traces syphilitiques héréditaires.
Chez lui, les deux dents incisives médianes supérieures sont écartées, jaunâtres, courtes, largement échancrées et mousses à leur bord libre. Les incisives supérieures latérales sont collées aux autres, coniques et jaunâtres.
Les incisives médianes inférieures sont également échancrées, mais ici elles se touchent et les incisives latérales sont plus courtes, coniques et jaunâtres. L*émaii n*est pas piqué mais il est un peu altéré dans sa couleur.
Ici la malformation a les caractères de ce que Ton a dit être la syphilis,mais elle est de nature cachectique par rachitisme.
Oes. — Une autre petite fille de 4 ans, au n® 31 de la salle Sainte-Catherine, hémiphégique à la suite de convulsions répétées survenues à Tâge de 16 mois, peut cependant marcher. Elle a 15 dents très mal formées et mal placées. Elle n'a ni rachitisme ni syphilis. Elle est cachectique.
A la mâchoire supérieure elle a deux incisives droites obliquement placées, la médiane assez large et jaune, et celle qui est à côté petite et conique, serrée contre la première. Les deux incisives de gauche sont également obliques et forment avec celles du côté opposé un V ouvert par en bas. Elles sont également de mauvaise nature, mais elles ne sont ni échancrées, ni piquées, ni dentelées.
Les dents incisives inférieures sont également mal rangées jaunes et très petites.
Ici pas de syphilis ni de rachitisme, mais bien un état maladif prolongé, suite de convulsions et de paralysie. C'est un des cas que Ton pourrait citer à Tappui de Topinion de Magitot, qui a dit que des troubles trophiques de la nutrition des germes dentaires pouvaient résulter de l'état convulsif.
Om. — Malformation cacheciiquê des dents. — Fillette de 16 ans