SIXIÈME OBSERVATION
Delirium tremens. — Anti-phlogistiques. -- Guérisono
Jean Reissenf, porte-faix, né à Montpellier, âgé de 60 ans , fut porté dans la maison des aliénés , le 20 août 1828. Grand , d'une forte constitution , d'un caractère très-doux , il n'avait jamais été malade. De bonne heure il s'adonna à l'ivrognerie ; peu à peu le vin devint une boisson trop faible pour lui , et il ne but que de l'eau-de-vie ; il s'enivrait régulièrement, tous les jours avec cette liqueur , depuis plusieurs années , iorsqu'enfm il survint une grande irritabilité , du désordre dans les idées et une fureur extrême. Quelques actes de violence qu'il coîïimit , forcèrent à l'isoler.
Outre les symptômes énumérés , nous reconnûmes un grand tremblement des membres pendant les momens de calme ; la face était rouge , le pouls grand et plein ; il y avait insomnie. Deux jours après son entrée , on pratiqua une saignée de six à huit onces , et l'on prescrivit des bains tièdes : au bout de huit jours le calme avait reparu ; il y avait beaucoup plus de suiie dans les idées. On continua l'usage des bains, et le 12 septembre, Reissent avait re~ couvi'é son état naturel : il ne lui restait qu'un.
grand affaissement et un le'ger tremblement dans les extrémités.
Le 2 3 du même mois , il y eut agitation , dégoût et insomnie ; face rouge et pouls élevé. On fit appliquer seize sangsues derrière les oreilles , et tout rentra dans l'ordre.
Le 5 octobre , nouvelle agitation ; nouvelle application de sangsues derrière les oi'eilles : guérison complète. L'usage des bains tièdes n'avait pas été discontinué. Reissent a repris son travail accoutume , depuis le i'^'' novembre.
Celte observation est un exemple de la maladie que les anciens avaient confondue avec la phrénésie ou avec la fureur , et dont les modernes ont fait une espèce particulière de manie , qu'ils ont appelée delirium tremens. Ils lui ont assigné vuie cause spéciale : l'abus des liqueurs spiritueuses ; des symptômes propres , un délire tranquille ou avec fureur et le tremblement des exlrémités ; enfin , un traitement spécifique , l'emploi de l'opium. Cette opinion est-elle bien fondée ? Je ne saurais le dire , le fait que je viens de rapporter étant le seul que j'aie jamais eu occasion d'observer. Je l'ai cité 'seulement pour montrer que ce serait être trop absolu que d'assurer que l'opium est le seul remède efficace, et que les saignées sont nuisibles : Picissent ne prit pas un grain d'extrait tbébaïque ; on lui pratiqua trois saignées lo-
cales ou générales , et 11 n'en est pas moins parfaitement guéri. Je fus amené à préférer celte dernière médication , par la rougeur de la face , la force et la plénitude du pouls , ainsi que par la méfiance continuelle dans laquelle je me suis placé relativement aux règles thérapeutiques que l'on présente comme absolues : je n'en connaissais point encore , et je m'assurai que celle-ci ne faisait pas exception. Le delirium tremens est une maladie rare dans nos pays, quoique le vin y soit assez abondant et assez généreux pour qu'il y ait beaucoup d'ivrognes : il est vrai qu'ils s'en contentent et n'ont guère recours à l'eau-de-vie. Quoi qu'il en soit , si un nouvel exemple s'offrait à moi , je le traiterais par l'opium , pour en apprécier l'efficacité ; et c'est même encore , du reste , le remède que je prescrirais avec le plus de confiance , étant bien persuadé que quelques faits épars ne doivent point élre mis en balance avec l'autorité de plusieurs médecins distingués. '