Kyste du canal cholédoque
La nommée Joam(Pauline), âgée de 9 ans 1/2, entrée le 26 mars 1881, salle Sainte-Cathérine, lit n° 23, service de M. Bouchut, morte le 7 avril,
Cette enfant n’a jamais eu d’autre maladie sérieuse qu’une fièvre typhoïde, il y a quatre mois, dont elle s’est assez bien remise.
Depuis trois mois environ, elle a jauni insensiblement et a vu en même temps son ventre augmenter de volume, sans qu’elle éprouvât aucune douleur abdominale, ni aucun trouble appréciable du côté de l’appareil digestif.
C’est dans le milieu du mois de janvier que les parents se décident à, venir à la consultation et laissent sur notre conseil l’enfant à l’hôpital.
A son entrée, la petite malade présente une teinte ictérique de la peau qui n’est pas très prononcée.
Le ventre est augmenté de volume, mais à l’inspection seule, on se rend compte que cette augmentation porte surtout sur la moitié supérieure et di’oite de l’abdomen.
A la palpation, on délimite facilement une tumeur dont la moitié se continue avec celle du foie. Cette tumeur occupe l’hypochondre droit et le flanc du même côté; elle suit dans la respiration les mouvements du diaphragme; elle est rénitente et présente en un point une fluctuation manifeste. Pas de frémissement hydatique. Pas d’ascite. Pas de troubles digestifs.
On s’arrête au diagnostic ; Kyste du foie, probablement kyste hydatique.
Le surlendemain, ponctions avec l’aspirateur. On retire 500 grammes d’un liquide verdâtre qui donne les réactions de la bile. L’examen microscopique ne révèle pas la présence de crochets. On abandonne l’idée de kyste hydatique pour s’arrêter à celle de kyste biliaire, ou de dilatation de la vésicule.
Les jours suivants, la teinte ictérique s’efface de plus en plus, mais le kyste augmente de volume. On fait deux autres ponctions de 700 grammes chacune. , >
Au bout de quinze jours de séjour à l’hôpital, sa lèvre inférieure légèrement cxulcérée est recouverte d’une large plaque d i ph thé— rique, blanchâtre, épaisse, la petite malade s'ennuie, et 1 on se voit forcé de lui donner son exeat.
Du 10 février au 26 mars, elle vient à l’hôpital à deux reprises différentes pour se faire ponctionner. On retire chaque fois 700 gr. de liquide présentant les mêmes caractères que celui des autres ponctions.
Mais, comme le ventre augmente de plus en plus, et que la malade maigrit et perd l’appétit, les parents se décident à la faire rentrer à l’hôpital le 26 mars.
Le kyste a atteint un volume considérable ; il occupe une grande partie de l’abdomen.
On observe en outre, en faisant parler et souffler, une paralysie d’une moitié de la lèvre inférieure du côté où siégeait la fausse membrane diphthérique.
On fait quatre ponctions. On retire chaque fois 15 à 1,700 gr. grammes de liquide verdâtre.
La malade garde le lit; ses forces diminuent et son intelligence baisse sensiblement. Bientôt elle se plaint de douleurs vives de ventre; on perçoit alors du froissement péritonéal à la palpation. Pas de vomissements. Constipation.
Le 7 avril, la prostration a augmenté ; la malade meurt le lendemain.
Autopsie le 9 avril. — A l’ouverture de l’abdomen, on remarque les intestins rejetés du côté gauche par une énorme tumeur qui ne compte pas moins de 20 cent, de long et 15 cent, de large. Elle s’étend du septième cartilage costal jusqu’au petit bassin.
La surface extérieure du kyste est recouverte de fausses membranes blanchâtres de péritonite. Elle présente aussi des adhérences intimes avec les anses intestinales et à droite avec la paroi abdominale.
On trouve toutes les autres lésions de la péritonite (adhérences, pus, fausses membranes) sur l’intestin.
L’uretère droit comprimé par le kyste au niveau du bassin présente en amont une dilatation considérable.
Ce kyste eslappendu à la face inférieure du foie. Il est en rapport en avant avec la vésicule biliaire ratatinée et remplie de liquide muqueux.
A l’ouverture, il s’écoule 400 à 500 grammes environ de liquide verdâtre. La surface intérieure est gris blanchâtre, mais est parsemée de taches verdâtres se détachant nettement sur le fond
MALADIES DES ENFANTS
blanc. Cos tachos semblent constituées par un dépôt do matière colorante biliaire.
Ce kyste communique d’une part avec la vésicule biliaire par l’intermédiaire du canal cystique, d'autre part avec le canal hépatique, ces deux canaux s’ouvrant franchement dans la poche. On a donc affaire ici à une dilatation considérable du canal cholédoque. Cependant, on cherche en vain l’ampoule de Vater; les rapports sont tellement modifiés qu’il est impossible de retrouver la seconde partie du duodénum.
L’aspect extérieur du foie est normal. À la coupe, les canaux biliaires intra-hépatiques présentent une énorme dilatation. Le foie semble rempli de kystes biliaires. Nulle part on ne trouve de calculs.
A la surface de section, la glande hépatique sembla légèrement cirrhosée.
La rate et les reins sont normaux.
Dans la poitrine, congestions hypostatique des deux poumons; un peu de pleurésie à gauche.
Cœur normal.
Rèjjexions. — > Sauf les kystes du canal cholédoque, qui résultent du développement et de la migration des tumeurs hydatiques du foie, et que j’ai rencontrés plusieurs fois, les autres espèces de kystes sont très rares. Celui-ci semble être un kyste biliaire dû à l’oblitération incomplète de l’ouverture du conduit dans le duodénum. Il en est résulté, comme on l’a vu, une dilatation de tous les conduits biliaires et une rétention de la sécrétion hépatique légèrement modifiée dans sa composition.
L’enfant avait de 1 ictère, les ponctions successives de ce kyste au nombre de neuf donnaient issue à 500, 700 et 1,700 grammes de bile claire très liquide, puis une péritonite amena la mort.
C’était là un kyste biliaire par oblitération du canal cholédoque.