‹ Clinique de l’Hôpital des enfants maladesChapitre 9 sur 26 · De l’érysipèle après la trachéotomie · texte numérisé non relu

De l’érysipèle après la trachéotomie

11 est peu de médecins qui n’aient observé la complication d’érysipèle après la trachéotomie, mais c’est là, en général, un accident rare de l’opération. J’en ai observé six exemples en quatre mois, et, chose un peu plus étonnante, ces faits se sont passés à l’hôpital, dans le pavillon d’isolement tout neuf de la diphthérite. Dans un bâtiment de construction récente, bien aménagé, avec un matériel nouveau qui n’a pas eu le temps d’être infecté par aucune maladie contagieuse, un aussi grandnombre d’érysipèles devaitforcément attirer mon attention. J’ai dû réfléchir sur les causes de cette complication, et, en raison des découvertes récentes qui ont été faites sur l’origine parasitaire de cette maladie, il m’a paru nécessaire de prendre des mesures capables d’en prévenir le retour.

Je dirai d’abord quelques mots des recherches qui éclairent la pathogénie de l’érysipèle. D’après Hueter, Nepveu, Wilde, Orth, Pitoy, Dupeyrat, Fehleisen, etc., le développement de cette maladie résulterait de la production de bactéries spéciales, qu’on trouve dans les plaques érysipélateuses et dans le sang, ce qui ferait de cet exanthème une affection parasitaire.

M. Dupeyrat décrit cette bactérie ( Gazette des sciences de Montpellier ), et il indique comment on peut la distinguer

des autres éléments plus ou moins figurés qu’on pourrait rencontrer. Ces bactéries peuvent présenter divers mouvements, elles naissent et se multiplient ; mais pour bien comprendre les altérations morbides auxquelles elles donnent lieu, il faut savoir les étudier sous ces divers aspects et les suivre dans leurs transformations.

« Les bactéries se reproduisent par scissiparité et leur rapide multiplication nous explique comment, au bout d’un temps relativement court {période d'incubation), l’organisme arrive à être saturé de ces infimes agents de transformation ( période d'état ).

« Les températures moyennes, c’est-à-dire comprises mtre 25 et 40 degrés, sont généralement favorables au développement de ces êtres. »

Les bactéries de l’érysipèle sont des champignons de la liasse des schizomycètes, du genre des bactériacées, de la ribu des microsphôres ; c’est en un mot la bactérie-point bac ter mm - punctum ) .

Sous forme de grains arrondis, isolés en petits îlots, les >actéries de l’érysipèle se présentent aussi comme des tubes tranglés qui ont assez bien l’aspect de petits vers ou la errne en chapelet ; mais un de leurs caractères principaux st l’immobilité.

Comme on le voit :

1° L’érysipèle est produit par un élément figuré;

2° Cet élément est le seul actif dans la genèse de l’érysi- 'jjèle, et il ne faut pas accuser le liquide de produire les «ymptômes que l’on observe.

3° Cet élément est une bactérie sphérique ( bacterium mmcttim) isolée ou réunie en chapelet, mais toujours im- Ifiobile ;

4° L’immobilité est un caractère qui paraît pathognomolique du microbe de l’érysipèle ;

5° La bactérie sphérique et immobile est la seule qui -uisse produire l’érysipèle;

6° L érysipèle artificiel obtenu chez les animaux ne vient as du procédé expérimental.

t Ces recherches concordent avec celles qui ont été faites

par Fehleisen. Ce médecin a constaté l’existence du même parasite dans plusieurs cas d’érysipèle ; il l’a cultivé en dehors de l’organisme dans un milieu de gélatine. Et ces microbes de la quatrième génération, inoculés à une pauvre femme, lui ont donné un érysipèle.

Il semble donc établi que l’érysipèle a pour origine des bactéries spécifiques et que c’est par ces microbes que ; se propage la maladie, sous forme épidémique et par contagion directe.

C’est de cette manière qu’on peut expliquer ainsi la présence des érysipèles dans les salles de chirurgie et cela fait comprendre pourquoi, à certains moments, on ne peut donner un coup de bistouri, ni faire une opération sans qu’un érysipèle se déclare. L’atmosphère y est peut-être pour quelque chose, mais la propreté des instruments et des objets de pansement doit y être pour une forte part. C’est là où je voulais en venir au sujet de ces six trachéotomies que je viens de voir compliquées d’érysipèle. — On ne fait peut-être pas assez attention, dans nos trachéotomies, à avoir un bistouri, un dilatateur, ou des canules suffisamment propres et convenablement désinfectées. — Tous nos instruments sont propres en apparence, mais ils ne sont pas lavés à l’alcool où à l’acide phénique, et je crois que ce serait une précaution très utile à prendre lorsqu’il s’agit de faire une trachéotomie. — Etant donnée la nature parasitaire, contagieuse et inoculable de l’érysipèle, il est évident que c’est là le meilleur des moyens prophylactiques à mettre en usage.

39. — Pérityphlite. — Abcès communiquant avec le côlon ascendant.

La typhlite et la pérityphlite ne sont pas des maladies très communes, surtout chez les enfants. J’en ai observe , une douzaine de cas, dont deux cette année qu’on a pu voir

dans mon service. Dans l’un, le phlegmon a guéri par résolution, et dans l’autre la suppuration a eu lieu.

Chez ces deux enfants, le mal a été subaigu et a suivi ses i phases en quelque mois. C’est à ce point qu’on pouvait se demander s’il n’y avait pas au lieu d’un phlegmon iliaque de pérityphlite, une adénite interne analogue à celles qui ont été décrites récemment.

Dans le cas dont je vais parler, la maladie a duré plusieurs mois. La véritable cause est restée inconnue. Habituellement c’est à la constipation et à l’obstruction stercorale du icæcum, à des corps étrangers del’intestin irritant le cæcum, ou a des corps étrangers de l’appendice ileo-cæcal qu’on (rapporte ces phlegmons iliaques. Il n’est pas impossible iqu’il en ait été ainsi dans le cas qu’on va lire, mais le fait «ai’est pas établi. Il n’est que probable. En effet, ce qu’il y a |de petits fragments d’os aigus, de pépins, de petites pierres, (etc. , dans les excréments est inimaginable, et il n’y a pas jlieu d’être surpris si un corps étranger irritant le cæcum amène l’inflammation du tissu conjonctif voisin, c’est-àdire la perityphlite.

C’est sans doute là la cause de l’abcès iliaque constaté :hez notre malade, 'mais on ne saurait l’affirmer. Quoi qu’il 3ii soit, l’enfant a vu se développer graduellement une tuneur douloureuse de la fosse iliaque droite qui est restée longtemps stationnaire, puis cette tumeur s’est ramollie, a idéterminé la fièvre hectique de suppuration, et il a fallu iv’ouvrir.

; La nommée Compois (Marie-Alice), âgée de 14 ans, entrée le r février 1882, salle Sainte-Catherine, lit n° 8, dans le service de >H. Bouchut, a encore son père et sa mère qui sont bien portants, slette petite fille, non formée, d’une constitution assez robuste, a commencé à être malade quatre mois avant son entrée à l’hô- ; ! ital ; elle a eu à ce moment des coliques, des vomissements ■limentaires et bilieux et une constipation opiniâtre que les purgatifs n’arrivaient qu’à faire disparaître momentanément. Elle loîssentait de temps à autre des douleurs de ventre assez fortes our être obligée de se rouler par terre. Le soir, elle avait de smps en temps de légers accès de fièvre. L’appétit manquait dosolument.

Tel fut l’état de la malade pendant une quinzaine de jours: au j bout de ce temps, on s’aperçut qu’elle avait une tumeur dans le côté droit du bas-ventre. On recommence alors à lui administrer de l’huile de ricin-, mais les purgatifs étaient vomis, et une fois arrivée à un certain volume, la tumeur, à ce qu'affirme la malade, n’aurait subi aucun changement dans son apparence.

Depuis les premiers jours de janvier 1882, la malade ne vomit plus, mais la constipation est toujours opiniâtre; on lui applique i sur le ventre deux vésicatoires volants. Cela se fit un mois avant l’entrée à l’hôpital.

Etat actuel. — A son entrée on remarque d’abord que la malade marche courbée en avant. De plus, elle accuse des douleurs assez fortes dans l’abdomen. La constipation dure toujours; mais il n’y a plus de vomissements. — Langue saburrale. A l’inspec- • tion on trouve dans la fosse iliaque droite une tumeur en forme de gros fuseau, allongée de bas en haut et indiquant bien la forme et la direction du cæcum; on ne peut pas délimiter nettement la tumeur dans le sens latéral. A la palpation on sent une i masse assez volumineuse donnant la sensation d’un corps solide, ii Pas de fluctuation nette. La percussion donne une zone de matité, dessinant la forme de la tumeur. La percussion et la palpation sont assez douloureuses.

L’examen attentif démontre que le psoas est absolument sain, ainsi que l’articulation coxofémorale. Rien dans la colonne vertébrale. L’auscultation du cœur et des poumons ne donne rien.

Traitement. — Le 9 février, 15 grammes d’huile de ricin ; peu de résultats. Des purgatifs, administrés deux ou trois fois, ne donnant que peu de résultats, on laisse la malade tranquille en lui mettant simplement sur le ventre des cataplasmes laudanisés.

La tumeur augmentant et devenant fluctuante, je me décide à intervenir, et à faire l’ouverture de l’abcès.

Le 15 avril on endort la petite fille, et on ouvre la tumeur, d’où s’écoule un flot de pus. Près d’un litre de pus sort de la poche. Un drain est mis dans la poche et chaque jour des injections antiseptiques sont administrées plusieurs fois par jour et des compresses phéniquées appliquées sur la plaie.

Le 18 avril on remarque que, la malade ayant de la diarrhée, il sort quelques matières ressemblant à des matières fécales. Les H jours suivants même phénomène, les matières ont la couleur et l’odeur des matières fécales. On donne alors une potion conte-

nant de la fuchsine. Le pus sort coloré, ce qui prouve l'existence d’une ouverture de l’intestin communiquant avec le foyer de l’abcès. — On remarque aussi une intermittence dans la sortie des matières fécales par la plaie. Il en sort toutes les fois que les matières sont molles et diarrhéiques; mais si la diarrhée cesse et si les matières fécales deviennent dures, le phénomène cesse. A partir de ce moment-là la fistule n’a cessé de couler et l’état général, qui était devenu excellent pendant quelques jours, s’altéra de nouveau. Par suite de la diarrhée permanente il est survenu un amaigrissement énorme et l’enfanta succombé après avoir présenté, pendant huit jours, des phénomènes de péritonite aiguë caractérisée, l’altération profonde des traits, le refroidissement des extrémités, une douleur très aiguë du yentre, du ballonnement et des vomissements répétés verdâtres, une grande fréquence du pouls devenu à peine appréciable, — enfin, une syncope. — L’autopsie n’a pu être faite par suite d’opposition formée par la famille.

40. — Un nouveau pavillon d’isolement à l’hôpital des Enfants; — son utilité; — statistique des cinq premiers mois pour le traitement du croup par l’émétique et par la trachéotomie; — nouveau procédé de trachéotomie.

Pour répondre aux vœux cent fois répétés du corps médical des hôpitaux, et pour faire disparaître l’étonnement des médecins étrangers qui visitent nos établissements hospitaliers, l’administration de l’assistance publique vient de faire construire un pavillon d’isolement pour la diphthérite à l’hôpital des Enfants- Malades. Elle avait déjà fait construire un pavillon semblable, dans le même but, à l’hôpital Ste-Eugénie. On ne saurait trop la remercier de cet acquiescement aux désirs des médecins contagionistes, bien qu’il soit possible de se demander si ce procédé prophylactique ne pourrait pas être remplacé par d’autres moyens, tels que l'atmosphère antiseptique créée dans les salles de malades. Quoi qu’il en soit, un nouveau pavillon d isolement pour la diphthérite a été construit dans le but

d’éviter les oas de contagion intérieure. A-t-on réussi et 1 éussira-t-on dans ce but si désirable? C’est ce que nous allons voir. Cette construction supprimera-t-elle la diphthérite ou doit-elle l’augmenter ? Autre question qu’il faut se poser et résoudre. C’est ce que nous allons dire.

Avant toute chose, on peut dire que le pavillon est élégant, spacieux et bien approprié. Mais il n’est pas complet, et si l’architecte eût pris 1 avis du corps médical, il aurait, à côté du pavillon d’isolement, réservé à la diphthérite seule, construit de petites chambres secondaires d’isolement pour la diphthérite, unie à la rougeole, à la scarlatine, à la coqueluche et aux ophthalmies. Je sais bien que l’architecte n’est pas obligé de savoir qu’on peut avoir la coqueluche ou la scarlatine et la diphthérite, et que ces maladies, placées dans une salle commune, propagées à des sujets n’ayant que la seule diphthérite, feront périr des croups qui auraient guéri sans cette complication. Je sais bien qu’un architecte ne se doute pas qu’une ophthalmie purulente ayant le croup et placée dans le pavillon, amènera d’autres ophthalmies purulentes capables de rendre aveugles des enfants amenés là pour la seule diphthérite. Mais ce sont choses que l’on peut apprendre en demandant l’avis des médecins compétents, et il ne coûtait rien de s’informer des nécessités de la construction à établir. Ce qui n’a pas été fait le sera sans doute, et il nous a sufü d’indiquer cette lacune de la nouvelle installation à l’administration centrale, pour savoir que de petites chambres secondaires d’isolement seront plus tard installées dans le voisinage du grand pavillon.

Pouvait-on se passer de construire le pavillon d’isolement de la diphthérite? Je crois que oui. En effet, les pavillons de la diphthérite ne font que déplacer la résidence des croups en les isolant, mais ils ne suppriment pas les cas intérieurs de l’hôpital, car depuis l’ouverture, on a constaté 37 diphthérites intérieures contractées à St-Ferdinand, àSte- Thérèse,à Ste-Geneviève, à St-Come, à Ste-Marthe, à St- Louis, àSte-CécileetàSt-Michel. Iln’y aquela salleSte-Catherine qui ait été épargnée; je dirai pourquoi dans un in-

tant. Sur ces 37 cas, il y a eu 18 guérisons et 19 morts.

Pourquoi, malgré le pavillon d’isolement, y a-t-il encore 37 cas intérieurs dans toutes les salles de l’hôpital et pas un seul clans la salle S te- Catherine, qui d’ailleurs depuis quinze mois n’en a pas eu. C’est que là, en attendant la construction du pavillon d’isolement et pour éviter les cas intérieurs, il a été installé un système de fumigations antiseptiques à bon marché qui a neutralisé ou anéanti les germes de la diphlhérite.

Là, trois fourneaux à pétrole constamment allumés vaporisent un mélange de goudron, de thymol, d’acide phonique et de camphre, qui, en vapeurs impalpables, imprègnent le plafond et le parquet, les murs et les rideaux, tous les objets de literie, de façon à détruire les germes invisibles de la diphthérite. Est-ce là une présomption mal fondée? l’avenir l’établira, mais quant à présent, ce qui a été fait à Ste-Catherine depuis dix-huit mois prouve que, puisqu’il ne s’y est pas développé de diphthérite. intérieure, c’est que l’atmosphère antiseptique qu’on y respire ne favorise pas le développement de cette maladie.

Une preuve que le procédé est utile, c’est que, ayant déjà ces résultats acquis, je voulus essayer les fumigations d’éther nitreux qui m’étaient recommandées par M. Bapst, comme étant préférables à mes fumigations. L’expérience commença le lor janvier 1882 et dura jusqu’à la fin de mars. Pendant ces trois mois, il y eut dix cas intérieurs. Je cessai les fumigations d’éther nitreux pour reprendre les fumigations antiseptiques hydrocarburées et depuis lors, dans les neuf derniers mois de 1882, il n’y a pas eu un seul cas de diphthérite développé dans la salle.

On peut donc s’affranchir delà diphthérite dans les salles d’un hôpital par l’atmosphère antiseptique, sans construire de pavillon d’isolement, ce qui ne m’empêche pas d’applaudir à cette construction, désirée de tous.

Mais ces pavillons d’isolement dans un hôpital sont autant de foyers qui rayonnent sur les quartiers voisins et les infectent. Un coup d’œil sur la statistique municipale hebdomadaire montre que les arrondissements voisins de

l’hôpital des Enfants-Malades, des Enfants-Assistés et de Ste-Eugénie, sont plus éprouvés par la diphlhérite que les arrondissements plus éloignés. Ces pavillons de concentration diphtéritique seront ils plus nuisibles pour le voisinage que la diphthérite disséminée dans plusieurs salles? On ne saurait le dire, mais si cette question reste en suspens, la solution delà question de contagion à distance ne l’est pas pour moi. Je crois qu’on peut l’éviter en créant dans ces pavillons d’isolement l’atmosphère antiseptique que j’indiquais tout à l’heure. Si cette atmosphère a pu tuer les germes diphthéritiques de la salle Ste-Catherine, elle tuera les germes du pavillon d’isolement qui pourraient porter la contagion au dehors, dans les quartiers voisins de l’hôpital. C’est ce que j’ai fait, et pendant les cinq mois qui viennent de s’écouler, dans le pavillon d’isolement, des fourneaux à pétrole ont constamment vaporisé le mélange antiseptique dont j’ai parlé tout à l’heure, en même temps qu’on lavait le parquet de bois tous les jours avec une solution de so blimé au millième. Est-ce à cela qu’il faut rapporter les résultats assez favorables du traitement des angines et des croups pendant cette période? L’avenir l’apprendra. Je vais indiquer maintenant par des chiffres le mouvement des malades qui ont passé dans le pavillon sous ma surveillance. Ce relevé a été fait par mon interne M. Durup.

Du 15 juillet 1882 au 31 décembre, il est entré 296 enfants atteints de diphthérite se décomposant comme il suit : 141 angines et 155 croups.

De ces 155 cas de croup, 130 ont été opérés et ont fourni 29 guérisons. Il y en a 25 qui ont échappé à l'opération à l’aide du traitement par l’émétique et qui ont guéri. Cela fait, sur 155 croups, un chiffie de 54 guérisons, soit environ un sur trois, et si l’on ne cherche que le nombre des succès par opération, il y a eu 29 guérisons sur 130 opérés, soit un sur quatre et demi.

Tableau des entrées de diphthérite :

Garçons.

Filles.

Total.

Angines diphthéritiques

Croups opérés.

Croups guéris par l’émétique

Total....

Tableau des cas intérieurs de diphthérite et du croup :

( 20 guérisons.

01 I 17 morts.

Tableau des croups opérés :

Croups opérés.

Sans rougeole..

Après rougeole.

Guérisons

Morts. . .

Au-dessous

Au-dessus

do 3 ans.

de 3 ans.

Filles. . .

( Guéries. 2

l Mortes.. 14

Garçons.

( Guéris. . 0

( Morts. . . 11

Filles. . .

t Guéries. 0

( Mortes.. 3

Garçons.

$ Guéris. . 0

/ Morts.. . 3

( 13 filles.

( 16 garçons. ( 50 filles.

1 51 garçons.

Total des opérations... 130

Proportion générale : 22,3 guérisons p. 100.

Tahleau des croups opérés et résultats d’après l’âge des

enfants :

Au-dessous de 3

ans.

Au-dessus de 3 ans.

Guérisons

2 filles.

Guérisons

filles.

0 garçons

garçons

Morts ,

17 filles.

Morts

filles.

14 garçons.

garçons

Total des opér. ..

Total des opér..

6,06 guérisons p. 100. 27,83 guérisons p. 100.

Tableau des croups guéris par l'émétique

Au-dessous Au-dessus de 3 ans. de 3 ans.

Filles 3 9

Garçons 5 8

Total.

Tableau des angines diphthéritiques :

Filles. .

Garçons

Au-dessôus

Au-dessus

de 3 ans.

de 3 ans.

[ Guéries...

( Mortes....

( Guéris....

( Morts

Total, j

( Morts.

Total.

Sans vouloir tirer aucune conclusion entre ces résultats et ceux du commencement de l’année, c’est-à-dire du 1er janvier 1882 au 15 juillet, jour de l’ouverture du pavillon d’isolement des croups, il m’a semblé que les chiffres du commencement de l’année étaient intéressants à connaître. Les voici :

Tableau des croups du ie;' janvier 1882 au 15 juillet 1882 1

Croups opérés. . .

Total

Filles. ..

Guéries. . .

1 Mortes....

Garçons.

Guéris. . . .

Morts

Guéris. . . .

Morts

Soit une proportion de 3! guéris par 175 opérés, environ 1 succès sur 6 opérations.

En examinant ces tableaux avec soin, on voit que dans ce traitement de la diphthérite, il faut tenir grand compte de l’âge et du milieu où se trouvent les malades, ainsi que des effets obtenus par le traitement médical ou chirurgical.

En effet, au-dessous de 3 ans, le pronostic est très grave, puisque dans la série que je viens d’observer, deux enfants de cet âge seulement ont guéri sur 33 opérés.

Quant au milieu, je pense qu’une proportion de guérison plus grande que la proportion habituelle pourra être obtenue en entretenant jour et nuit dans les salles une atmo * sphère antiseptique de la nature de celle dont je viens de parler. Cette atmosphère n’est pas faite par pulvérisation, ce qui ne donne aucun résultat appréciable, mais par vaporisation, ce qui est très différent. Sous la forme de vapeur, les substances antiseptiques se répandent partout.

La question relative aux effets avantageux de l’émétique dans le traitement médical du croup, si contestés par quelques médecins, se déduit encore de la lecture de ces tableaux.

Le traitement du croup par l’émétique est très ancien. Il est en usage depuis vingt-cinq ans dans mon serivce, m’a donné plus de deux cents guérisons sans que j’aie eu à regretter aucun accident. Beaucoup de médecins, à Paris et en province, emploient cette médication avec le même succès, et on peut dire que ceux qui savent convenablement se servir de l’émétique, relativementà sa dose et à son mode d’administration, n’en retirent que des avantages. Pour n’en donner qu’une idée sommaire, je dirai que cette année, sur les 130 cas de croup venus dans le pavillon d’isolement diphthéritique, il y en a eu 25 qui ont échappé à l’opération au moyen de l’émétique.

Tous les faits de dépression des forces chez les enfants et de diarrhée cholériforme attribués h cette médication sont possibles et vrais si l’émétique est mal administré. Ils ne s'observent pas sous la surveillance des médecins qui connaissent l’emploi du médicament. On ne les rencontre jamais dans mon service.

Quelle est donc la manière d’administrer l’émétique dans le croup pour en tirer tous ses avantages et pour en évaluer les inconvénients ? Le procédé est bien simple. Il faut éviter de faire boire les enfants après qu’on a donné la potion, de manière à ne pas diluer le médicament. Si les enfants ont

soif, une cuillerée d’eau sucrée peut les satisfaire. De celte façon, le médecin obtient ce qu’il désire, il a un médicament émétique, contro-stimulant et non un médicament purgatif. S’il désire avoir l’action purgative, il n’a qu’à faire boire de l’eau chaude en abondance, et la purgation, ou des accidents de diarrhée cholériformes auront lieu.

Le médecin peut donc, à son gré, lorsqu’il donne l'émétique à un enfant, avoir un effet vomitif ou purgatif. S’il defend les boissons, et si on lui obéit, son émétique fera vomir ; si la mère de l’enfant ou les domestiques donnent trop à boire pendant les deux heures suivantes, l’émétique devient par ce lavage un purgatif plus ou moins énergique.

Gela étant dit, voyons de quelle manière l’émétique doit être donné dans le croup pour obtenir le chiffre de guérisons que j’ai rapporté.

Tous les jours, je donne le vomitif suivant :

Eau sucrée. ... 80 grammes;

Émétique 25 milligr., au-dessous de 10 ans.

— • 5 centigr., au-dessus de 10 ans.

À prendre en une fois, et ne pas boire avant une période de deux heures. On a ainsi des vomissements muqueux ou membraneux qui débarrassent les bronches et le larynx ; puis dans la journée laisser l’enfant manger des potages épais, des biscuits trempés dans du vin.

De plus, si le cas est grave, comme potion contro-stimulante, je donne :

Potion gommeuse 100 grammes ;

Sirop diacode. 20 —

Émétique. . 10 centigr.

A prendre uue cuillerée à café toutes les deux heures, sans donner beaucoup à boire aux enfants et en les laissant manger ce qu’ils désirent, tant que la respiration est gênée, fréquente, et que la toux reste croupale.

De cette façon, la tolérance de l’émétique s’établit et les enfants peuvent prendre cette potion pendant plusieurs jours de suite, tout en mangeant bien, et sans avoir ni vomissements ni diarrhée.

Si par hasard la tolérance ne s’établit pas, et si les enfants vomissent, ordre doit être donné aux parents d’arrêter l’usage de la potion pour éviter d’affaiblir les malades.

Tel est le traitement médical du croup par l’émétique. C’est le seul auquel j’attache une importance réelle, en raison des nombreux succès qu’il a donnés, et tontes les objections qu’on lui adresse sont pour moi sans aucune valeur. Ces objections tomberaient si, au lieu de généraliser des reproches d’après quelques traitements mal dirigés, on se conformait aux règles que je viens de tracer.

Au reste, comme ce que je raconte ici n’est pas écrit dans un but de glorification, de controverse personnelle, je me contenterai de dire :

En cinq mois, j’ai eu à soigner 155 cas de croup, 25 ont guéri par l’émétique employé comme je viens de le dire, et aucun n’a souffert de la médication. Ceux qui n’ont pu guérir ainsi, au nombre de 130, ont été opères et ont fourni 29 guérisons, de telle sorte que sur cet ensemble de croups, il y a eu 54 guérisons et 101 morts, soit environ 1 guéri sur 3 malades.

11 me reste maintenant à exposer mon nouveau procédé de trachéotomie à l’aide du dilatateur tranchant. C’est une simplification remarquable de l’opération.

Au lieu de ponctionner la trachée avec le bistouri que l’on est obligé de retirer pour placer le dilatateur, je ponctionne la membrane cricoïdienne avec un dilatateur tranchant sur la partie courbe de sa concavité, et du même coup je sectionne le cricoïde et un anneau. Alors, j’écarte les branches de l’instrument qui a fait l’incision du conduit aérien, et je place ma canule.

Cette manière de faire évite l’entrée du sang dans la trachée qui a lieu entre le moment de l’incision trachéale parle bistouri et l’introduction du dilatateur ordinaire. Déplus, il empêche les tâtonnements d’introduction qui ont souvent lieu pour retrouver l’ouverture de la trachée, tâtonnements pendant lesquels l’enfant asphyxie et succombe souvent sur la table. En un mot, incision et dilatation par l’instrument qui a servi à inciser, au lieu d’une incision qu’il faut re-

trouver et dans laquelle on cherche à introduire le dilatateur ordinaire et ensuite la canule.

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