Céphalématome traumatique du frontal
Ostéite. — Mort par méningite consécutive.
Le céphalématome est une maladie des nouveau-nés qui comprend toutes les bosses sanguines du crâne produites dans le travail de l’accouchement. Mais il faut distinguer r un vrai céphalématome dans lequel le sang est déposé entrœ le périoste et le crâne et un pseudo-cèphalématome formé par un dépôt sanguin sous la peau au-dessus du périoste. Celui-ci n’a aucune importance.
Le vrai céphalématome résulte en général de certaines difficultés du travail. Lorsque la tête est engagée et laisse longtemps une partie de la peau du crâne non comprimée#, alors que tout le l’este de la tete est fortement seiie, il sôj<! fait sur ce point, où la pression n existe pas, une hypeihémiw mécanique qui amène la transsudation du sang et la formation d’une bosse sanguine plus ou moins considérable. Delà, des lésions particulières du périoste décollé, la formation d’un bourrelet périostique rempli d’ostéophytes autour du foyer, la résorption de l’hémorrhagie, ou bien la sup- : puration du foyer et quelquefois des accidents mortels.
Tel est le cas ordinaire des céphalématomes vrais chez le nouveau-né, à la suite du Lravail de l'accouchement. Mais un fait rare, c’est le céphalématome vrai dans la seconde enfance, chez les enfants, à la suite d’une contusion de la tête. En voici un exemple chez une enfant de dix ans. Il est d’autant plus intéressant qu’après la formation de cette bosse sanguine entourée d’un bourrelet périostique, il y a eu suppuration, ostéite et pénétration de l’inflammation osseuse aux méninges.
La nommée Rozière (Marie), âgée de 10 ans 1/2; entrée, le 18 décembre 1882, dans la salle Sainte-Catherine, lit n° 26, service de M. Bouchut.
Cette enfant entre à l’hôpital avec une fièvre typhoïde datant de dix jours, elle a du délire, et le lendemain de son entrée, malgré les précautions prises à son égard, elle tombe de son lit et se fait à la région frontale du côté gauche une bosse sanguine énorme, sans changement de couleur à la peau. Cette bosse est fluctuante dans son milieu ; à la périphérie on sent un gros bourrelet périostique comme dans le céphalématome.
Cet état de choses dure deux jours. A ce moment on met un bandeau compressif assez fortement serré, et le lendemain on constate une infiltration sanguine de toute la conjonctive et de la paupière gauche, en même temps qu’une extension de l’ecchymose du côté du cuir chevelu.
Les jours suivants, au niveau de la partie contuse, une réaction inflammatoire se produit; on incise l’abcès, et dès le lendemain apparaît une eschare de 3 centimètres, après la chute de laquelle l’os se trouve à nu sur la largeur d’une pièce de 5 francs. A côté de cette surface dénudée on en voit un autre moins large, et entre les deux se trouve un pont cutané sous lequel on peut faire passer une sonde cannelée. Applications d'iodoforme et, par lessus, cataplasmes phêniquès.
Pendant ce temps, la fièvre typhoïde avait suivi son cours et au Ier janvier la malade commençait à s’alimenter un peu.
La plaie est pansée avec de la poudre d'iodoforme.
Dans les premiers jours de janvier, la peau tout autour de la )laie était décollée sur une largeur de 3 centimètres au moins, a suppuration était abondante, l’état général peu satisfaisant.
Le 6 janvier, la fièvre qui avait disparu se rallume, la malade levient pale, on trouve sur les membres inférieurs des taches
ecchymotiques ou infarctus sous-cutanés provenant probablement d’embolies sous-cutanées : nous pensons à des phénomènes de résorption putride ; la région hépatique et la région splénique ne sont pas douloureuses.
Ces phénomènes durent deux à trois jours, après quoi la situation semble devenir meilleure. Sous l’influence du pansement à l’iodoforme, la peau s’est recollée, la plaie a pris un meilleur aspect, un séquestre semble se former pour s’éliminer.
On pouvait espérer une heureuse terminaison. Alors, la malade fut prise de fièvre, d’accès avec frissons le soir, de diarrhée cholériforme, produisant sept à huit selles par jour. En même temps j elle paraissait dans un état d’hébétude telle que nous croyions J son intelligence fortement atteinte.
Le 30, dans la soirée, elle eut une attaque de convulsions avec des mouvements plus accusés à gauche; à la suite de cette attaque la malade resta dans une sorte de coma et dans la nuit elle succomba.
Autopsie. — La cavité crânienne est ouverte par un trait de scie qui comprend en même temps la substance cérébrale de façon à conserver intacte la plaque d’ostéite pour pouvoir examiner ses rapports avec le cerveau.
La dure-mère au niveau de la plaque d’ostéite est recouverte d’une membrane fibrineuse peu épaisse et qui se laisse enlever assez facilement. La dure-mère elle-même se détache sans difficulté de la calotte crânienne ; on aperçoit alors sur la table interne du frontal, à l’endroit correspondant à la plaie, une arbo j risation vasculaire assez prononcée, de la largeur d’une pièce j de 2 francs environ.
Du côté du cerveau, tout le lobe frontal droit est recouvert d’une substance louche fibrineuse qui est franchement purulente vers ! la partie antérieure et tout le long de la scissure interhémisphé- ! rique. On trouve même du pus le long de la scissure interhémisphérique du côté gauche. La substance cérébrale sous-jacente est I ramollie; en avant elle est le siège d’un encéphalite bien évidente.
Rien d’apparent au niveau des noyaux gris.
A la oase du cerveau, l’exsudât purulent entoure le chiasma et accompagne la bandelette optique. Dans le sinus droit, nous trouvons un caillot blanchâtre qui se continue par les sinus latéraux jusque dans le golfe de la jugulaire.
Les poumons sont sains; cependant, au niveau de l'un des sommets, nous trouvons une petite cicatrice fibreuse et au milieu de cette cicatrice un noyau crétacé de la grosseur d’un pois.
Le cœur est normal, les valvules ne présentent aucune trace d’inflammation ni d’endocardite végétante, les cavités droites sont remplies de caillots fibrineux blanchâtres.
Les reins sont notablement augmentés de volume. P. 140 et 150 gr. ; la capsule se détache facilement, le tissu est blanchâtre ; à la coupe, la substance corticale est notablement épaissie et les pyramides ont presque disparu en certains endroits.
Du côté des organes digestifs, on trouve à la partie inférieure de l’intestin grêle la muqueuse hérissée de petites saillies blanchâtres formées probablement par des follicules isolés qui sont enflammés. Au niveau de la valvule iléo-cæcale, on rencontre une plaque cicatricielle provenant probablement d’une ancienne ulcération typhique. Plus haut les plaques de Peyer sont bien apparentes, mais ne présentent rien d’anormal.
Le foie est volumineux, un peu graisseux, ne présente pas d’infarctus. Sur les membres inférieurs, nous apercevons quelques taches noirâtres, et en faisant une incision à leur niveau, nous constatons qu’elles sont dues à un foyer hémorrhagique qui siège dans le tissu graisseux sous-cutané. Au milieu de l’un de ces foyers il semble y avoir un commencement de suppuration.
La peau des membres inférieurs est saine, et au-dessous on voit des taches bleuâtres dues à des infarctus sous-cutanés formés d’infiltration sanguine au centre desquels il y a un point noir central plus coloré que le reste.
Chez cette enfant, qui, clans son délire typhique, est tombée de son lit et s’est contusionné la bosse frontale droite, le premier phénomène a été une bosse sanguine énorme et fluctuante, sans changement de coloration à la peau. Au bout de deux jours, sous l’influence d’un bandage compressif, une large ecchymose s’est montrée et occupait la paupière droite. Puis le foyer sanguin a suppuré, la peau a rougi et il est devenu indispensable de faire une incision qui a facilité la sortie d’une certaine quantité de pus ensanglanté. Des cataplasmes phéniqués ont aussitôt été appliqués sur la plaie, mais le lendemain, la peau s’est mortifiée et a fait une large eschare dont la chute a laissé voir l’os frontal dénudé dans une assez grande étendue.
Par suite d’applications quotidiennes d’iodoforme'et de cataplasmes cuits dans l’eau phéniquée, la plaie semblait s’améliorer lorsque l’enfant a eu des accès de fièvre quoti-
diens annonçant la septicémie, de la diarrhée, une somnolence et une hébétude extraordinaires sans perte de connaissance. C’est dans cet état qu’elle a succombé, avec des convulsions dans le côté gauche du corps.
Comme on le voit dans l’autopsie, la nécrose extérieure du frontal était à l’intérieur, dans le point correspondant, remplacée par une hyperhémie osseuse énorme. Au môme point, à l’intérieur de la dure-mère, un exsudât fibrineux de pachyméningite, et dans la pie-mère de tout le lobe frontal une infiltration purulente considérable. C’était une méningite purulente, localisée dans le point correspondant au traumatisme de l’os frontal, de sorte qu’il n’y avait pas à douter de la corrélation des deux lésions et de leur rapport avec le cépbalématome primitif. A cet égard, le fait mérite d’être rapporté.
45. — Leucocythémie splénique. — Hypertrophie de la rate. — Mort.
Levai (A.), âge'e de 2 ans, entrée au n° 30 de la salle Sainte- Catherine, service de M. Bouchut, morte le 19 janvier 1883.
Cette enfant, sevrée depuis quelques mois, était en nourrice à la campagne et depuis cinq mois à Paris. Elle était toujours maladive, pâle, avec de fréquents accès de fièvre, mangeant mal, dépérissant beaucoup ; on l’amena à l’hôpital dans l’état suivant :
Pâleur extrême de la face et des téguments ; bouffissure des jambes et des mains, peu d’appétit, pas de vomissements, ni de diarrhée. Le ventre est très volumineux, ballonné, et on sent à la main dans le flanc gauche une tumeur mobile dure, à bord tranchant, facile à saisir dans la main, ayant environ 12 centimètres sur 8, non douloureuse, et qui n’est autre que la rate.
Le sang examiné au microscope présente un grand nombre de leucocytes, environ une vingtaine par chaque préparation mise sous l’objectif.
De temps à autre, d’une façon irrégulière, l’enfant a la fièvre, devient brûlante sur tout le corps, 39,6, mais n’a pas de frissons ni de sueurs. Ces accès durent quelques heures et disparaissent.
L’enfant est ainsi restée quelques semaines, puis s’est affaiblie et a succombé.
A V autopsie, on trouve une rate violacée, dure, d’un poids de 125 grammes. Le foie estun peu gras, décoloré. Tous les tissus sont pâles, infiltrés d’une petite quantité de sérosité, sans hémorrhagies. Les viscères thoraciques sont sains.
A l’examen histologique après durcissement, on rencontre dans Ja trame conjonctive du foie et de la rate un grand nombre de •6 leucocytes.