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Nouveaux motifs de l’allaitement de femme

Un fait nouveau vient de se produire. C’est la découverte par M. Béchamp d’un élément nouveau du lait de femme, inconnu jusqu’ici, et qui vient d’une façon éclatante dissiper les obscurités de l’empirisme sur certains points de l’allaitement maternel.

Il en résulte que le lait de femme diffère essentiellement du lait de vache et d’ânesse, non seulement par la densité, la quantité de sucre de lait, de beurre, de sels et d’eau, mais ( par la présence d’un ferment spécial et spécifique qui modifie considérablement ses qualités digestives ou sa digestibilité.

Ce ferment est appelé symase par M. Béchamp, et son histoire se rattache à l’histoire générale des microzymas, que ce savant considère comme partie intégrante des tissus normaux de l’organisme. D’après lui, ce seraient ces microzymas qui deviennent malades, se convertissent en bactéries et donnent lieu aux maladies générales.

Pour ne parler que de la zymase du lait de femme, cet élément aurait pour propriété de saccharifier l’empois, phénomène signalé pour la première fois, et qui ne se produit pas avec le lait de vache, d’ânesse et des autres mammifères.

Le lait de vache contient, outre la caséine, deux matières albuminoïdes distinctes ; l’une de ces matières reste soluble dans l’eau après qu’elle a été précipitée par l’alcool; c’est la galactozymcise, substance capable de fluidifier

l’empois de fécule sans en saccharifier la matière amylacée.

Cette zymase est différente de celle du lait de vache, non seulement par son pouvoir rotatoire, qui est bien plus grand, mais par sa propriété de saccharifier la fécule.

Pour mettre en évidence la propriété saccharifiante de cette zymase, il n’est pas nécessaire de l’isoler à l’état de j pureté, il suffit d’opérer comme ceci :

Le lait de femme étant normalement à réaction alcaline,

on l’acidifie légèrement par l’acide acétique et on y ajoute au moins trois fois son volume d’alcool à 90° centésim. Le précipité albumineux, très volumineux, est recueilli sur un filtre, lavé à l’alcool plus faible (pour enlever le sucre du lait), bien épuisé des corps gras par l’éther et repris par l’eau distillée. Après quelques heures de contact on filtre; la solution obtenue possède, à un haut degré, la propriété de fluidifier et de saccharifier l’empois de fécule. Pour étudier la nouvelle zymase, Béchamp a dû opérer sur plus de 500 centimètres cubes de lait; mais, pour vérifier le fait, 20 à 30 centimètres cubes suffisent et si, pour reprendre le précipité on n’a employé que 10 centimètres cubes d’eau, la solution obtenue peut fluidifier et saccharifier 20 à 30 centimètres cubes d’empois au vingt-cinquième de fécule.

Pour se mettre à l’abri des causes d’erreurs, il est bon de laver le sein et le mamelon avec de l’eau légèrement créosotée ou phêniquée et de recevoir le lait dans des vases lavés de même.

Avec le lait qui a séjourné dans la glande;” puis avec le lait pris après que l’enfant a teté ; enfin, avec du lait qui a été recueilli après une seconde succion de 1 enfant, après 16 minutes de succion ou de traite, les résultats sont les mêmes.

Donc, le lait de femme contient une autre zymase que le lait de vache, et comme le lait de plusieurs traites successives contient la zymase douée de la même activité, il en résulte qu’elle est le produit de la fonction propre de la

glande et non pas le résultat de quelque altération subie par le lait à la suite de sa stagnation dans cette glande.

J’ai voulu savoir à quoi m’en tenir sur ce point, et j’ai contrôlé les affirmations de M. Béchamp, avec le pharmacien de mon service M. Brissonnet. J’ai pris une certaine quantité de lait à une nourrice dont voici la quantité, et les résultats ont été les suivants :

Action du lait de femme sur V amidon.

Opéré sur 12 gr. lait de femme, le 11 mai, divisé en deux parts :

N° 1. 6 gr. lait de femme, seul.

N° 2. 6 gr.. — + 0,20 amidon.

Au bout de neuf jours, l’analyse indiquait :

N° 1 contenait 0,28 sucre.

N° 2 — 0,28 — -f- 0,049 glucose.

Dans les mêmes conditions, 100 gr. de lait de femme auraient donné 0,816 glucose provenant de l’amidon.

Dans les mêmes conditions, le lait de vache n’a pas présenté de changement, et les deux numéros contenaient 0,21 sucre de lait.

Cette découverte a un autre mérite à mes yeux ; elle apporte à la physiologie et à la pathologie générales une notion scientifique sur la spécificité des organes et sur les idiosyncrasies de nourrice. Elle montre que les produits de sécrétion d’un organe glandulaire anatomiquement semblable varient selon l’espèce et le but à remplir, sans dépendre delà texture d’une façon absolue. De plus, d’après la composition variable du produit, elle indique des idiosyncrasies de nourrice qui font comprendre les différences d’assimilation du lait provenant de différentes nourrices.

Les conséquences pratiques de la découverte de Béchamp sur la zymase du lait de femme saccharifiant l’amidon, c’est-à-dire la fécule et les féculents, ne tarderont pas à se faire sentir dans la pratique de l’allaitement.

En premier lieu, il est bien évident qu’il ne faut plus songer à remplacer le lait de femme par du lait de chienne comme l’a faitParrot; par du lait d’ànesse, selon Tarnier,

ou par du lait de vache coupé d’eau. Tous ces laits et tous ces mélanges resteront très éloignés du lait de femme; de là un argument considérable contre l’allaitement artificiel au verre et au biberon, quelque soit le lait employé. Ce sera, au contraire, une forte raison pour encourager l’allaitement maternel ou par les nourrices, et le médecin sera bien plus fort que par le passé lorsqu’il voudra démontrer les avantages du lait de femme.

En second lieu, on trouve dans les propriétés saccharifiantes de la fécule par le lait de femme, l’explication d’une pratique ancienne de l’alimentation des jeunes enfants. En général etlorsque, à 4 ou 5 mois, on commence à faire manger de la bouillie de froment, de la farine lactée, de la farine de gruau d’avoine de Morton, des biscottes, des panades passées, après ce potage, les nourrices donnent un peu à teter. Cela semblait une superfluité ou même une chose dangereuse. Il n’en est rien.

Au contraire, par le fait même de nos connaissances, et d’après mes expériences, une tetée de 50 grammes donnerait assez de zymase pour faire 40 centigrammes de glucose. Cette action saccharifiante, qui vient s’ajouter à l’action sacchanfiante de la salive et du fluide pancréatique, montre qu’il y a chez l’enfant à la mamelle trois produits de sécrétion au moins capables de transformer l’amidon en glucose de façon à faciliter son absorption.

Tels sont les faits nouveaux de l’alimentation des jeunes enfants qui résultent de la découverte de la zymase du lait de femme. Ils peuvent se résumer comme il suit :

1° Le lait de femme renferme un ferment de nature à saccharitier l’amidon cru ou cuit;

2° La spécificité du lait de femme, due à la présence de la zymase, le rend préférable à tout autre ;

3° On ne peut songer à trouver l’équivalent du lait de femme dans le lait de vache, de chienne ou d’cânesse ;

4° Le lait des animaux domestiques, pur ou mélangé, peut être pris à défaut de lait de femme, mais il ne le vaut pas;

5° On doit autant que possible nourrir les enfants au

sein, de préférence à tous les procédés d allaitement et de nourriture artificielle ;

G0 Lorsque les enfants sont arrivés à l’âge de prendre des potages féculents, le lait de femme peut encore être utile pour aider à la transformation de l’amidon en sucre.

47. — Névroses avec vertiges, folie, délire, paralysie, convulsions épileptiformes, produites par les maladies de l'oreille interne, chez les enfants.

Dans le numéro du Paris-Mèdical du 21 juillet 1883, se trouve une observation de vertiges et de nausées produits par une otite aiguë suivie d’abcès et de perforation du tympan. C’est ce que j’ai appelé une maladie aiguë de Ménière, pour honorer la mémoire de celui qui, le premier, a fait connaître les troubles nerveux produits parles Maladies chroniques de l’oreille interne.

Je vais compléter cette étude par l’exposition des faits analogues que j’ai observés chez des enfants affectés d ’ otite chronique.

On sait à présent que les maladies de l’oreille, moyenne et interne, ont sur le cerveau un double retentissement. L’un, qui est direct , résulte de l’altération des os du rocher et d'une propagation à la dure-mère et à l’encéphale, connue sous le nom de pachy-mêningite . L’autre, qui est réfier, e, résulte de l’irritation encéphalique fonctionnelle, transmise par la maladie du rocher et, dans ce cas, il n’y a pas de lésion de la substance nerveuse crânienne, ni des méninges. — Les autopsies de Ménière, de Saissy, de Yiricel et de Triquet ont montré que, dans ces cas de vertige auriculaire apoplectique , suivi de mort, le cerveau, le cervelet et la moelle n’offraient pas de lésion appréciable, tandis que les canaux demi-circulaires étaient seuls altérés. Leur membrane nerveuse interne était épaissie et leur intérieur obstrué par une matière rougeâtre, épaissie, compacte.

Burggraeve, Hillairet, et un assez grand nombre d’autres

médecins ont vu des faits semblables, qui, pour n’avoir pas eu la sanction de l'autopsie, n’en sont pas moins dignes d’attention. — On y remarque une otorrhée chronique en rapport avec des vertiges, des mouvements de propulsion en avant ou sur le côté. — J’ai vu des faits semblables chez l’enfant et chez l’adulte. Le dernier a été observé par moi sur un jeune homme de trente ans environ placé à la tête de l’administration d’un de nos départements et qui avait un écoulement de l’oreille gauche avec surdité, le tout datant de deux ans. — Depuis six mois, il avait à chaque instant des vertiges subits avec perte de connaissance, chute sur le sol, agitation convulsive des membres et tout cela se calmait au bout de quelques minutes, lui laissant un peu de fatigue dans l’organisme. On le croyait épileptique. C’était un vertige apoplectique dû à une lésion de l’oreille, En effet, après un séjour de quelques semaines aux eaux de la Bourboule, un traitement arsenical à domicile et l’usage du bromure de potassium, l’écoulement de l’oreille cessa et les crises nerveuses disparurent.

A ces formes d’accidents nerveux de vertige labyrinthique et réflexes produits par l’otite interne, il convient désormais d’en ajouter une autre plus rare mais non moins curieuse. — Dans cette forme, le trouble fonctionnel porterait non plus sur la faculté d’équilibre des mouvements des membres, ni sur la sensibilité générale, mais sur l'intelligence qui serait, par crises violentes, momentanément et profondément troublée. — Ce serait la folie labyrinthique .

Je ne sais si beaucoup de cas de ce genre ont été publiés, mais il y en a un dans la Gazette me'dicale de 1877 (1). L’on sait que les animaux qui ont une mouche dans l’oreille tombent dans un état d’agitation et de fureur qui ressemble à la folie. — Tous ces faits sont très curieux à rappeler, et, comme ceux que j’ai observés m’ont paru très intéressants, je vais les raconter ne serait-ce que pour en multiplier le nombre.

(1) Manie consécutive à un abcès. — Guérison par l'ouverture de l'abcès. (Gaz. méd., 1877, p. 357.)

Obs. I. — Délire et folie par lésion de l'oreille. — Une Anglaise, femme d’un officier de marine de l’Angleterre, m’amène au mois de juillet 1877 son enfant D... âgé de 6 ans. Ce garçon a eu la rougeole il y a trois ans, et une bronchite chronique il y a un an, pour laquelle on l’a envoyé à Nice. Là, il a eu la scarlatine, et, après guérison et desquamation complète de la peau, il a eu une otorrhée à gauche qui dure depuis trois mois.

Depuis cette otorrhée, il entend mal de cette oreille, il souffre quelquefois de la tête et il a des crises nerveuses, fréquentes, tous les jours ou plusieurs fois par jour et même la nuit. Il n’a pas de vertiges, ni de perte de connaissance, ni de vomissements de propulsion.

Il semble égaré, furieux, se précipite sur sa mère pour la frapper des pieds et des poings ou avec ce qui lui tombe sous la main. Il vocifière bruyamment contre elle et demande un couteau pour la tuer. — Il casse tout autour de lui, puis cela se calme, il pleure, embrasse celle qu’il voulait tuer et la crise recommence bientôt avec les mêmes caractères.

Le bruit de la scène est si vif, qu’à l’hôtel de Normandie, à Paris, où sa mcre était descendue en revenant de Nice, le propriétaire l’a priée de chercher un logement ailleurs.

Je l’ai envoyé chez le Dr Thermes, avenue Malakoff, où il est resté pendant quelques jours, faisant là les mêmes scènes de violence que dans l’hôtel de la rue Saint-Honoré.

Je résulus de lui faire des injections de chlorhydrate de morphine à doses croissantes — et je commençai par un quart de centigramme. — J’en fis une deux jours après, puis une troisième. Ces injections produisirent une grande amélioration, puis la maman repartit pour l’Angleterre et je n’en ai plus entendu parler.

Au même moment, un de mes anciens élèves et amis, le docteur Laisné, qui était chez moi lorsque l’enfant y vint et à qui je disais ce que je venais d’observer, me raconte un fait identique dont il a bien voulu m’écrire la relation.

Obs. II. — Délire et folie par otite moyenne et otorrhée. — Il y a eu deux ans passés au mois de novembre, je fus mandé auprès d’un enfant de six ans, que les parents étaient fort alarmés d’avoir vu cinq ou six fois de suite pris d’accès subits de délire présentant des caractères de folie : perte complète de mémoire, délire aigu, frappant, battant ses parents qu’il ne reconnaissait plus,

criant, battant et brisant des meubles dans l’appartement, s’adressant aux murailles qu’il prenait pour des êtres vivants.

L’accès était sans fièvre appréciable, durait quelques heures et prenait dans la seconde partie de la nuit aussi bien qu’en jeur. — L'accès fini, i’enfant redevenait calme et récupérait toute sa connaissance, ne se plaignant que d’un peu de mal de tête.

Je ne pouvais attribuer cet état à une méningite, ni à un état épileptique : l’enfant s’étant toujours très bien porté et n’ayant eu jusqu’alors aucun symptôme nerveux.

En questionnant les parents, j’appris que l’enfant avait été exposé à un des premiers froids vifs de la saison, et que, depuis trois mois, à la suite d’une fraîcheur prise dans les bois pendant une promenade, il avait un fort catarrhe de l’oreille droite, catarrhe qui avait été supprimé par la dernière exposition au froid.

Bien que le cas fût singulier et quelque peu complexe, une partie des symptômes pouvait s’expliquer par l’otite et la myringite consécutive : l’enfant présentait une acuité de l’audition fort emarquable, ce qui me conduisit à penser à la possibilité d’une exagération violente de l’impression transmise au nerf auditif; au reste, toute la région du cou était fort sensible, avec des pointes d’exacerbation (sous-maxillaire, temporal, sous-occipital).

Je crus me trouver en face d’une névralgie intense portant l’enfant au délire avec l’appareil de la folie. — Dès lors, je n’hésitai pas à rassurer la famille et à faire au pelit patient, soir et matin, une injection de morphine de 2 milligrammes chaque fois ; un vésicatoire fut placé sur l’apophyse mastoïde et l’on fit des injections émollientes dans le conduit auditif.

Trois jours après le traitement : calme complet, rétablissement de l’écoulement que je fais cesser peu à peu d’une façon méthodique.

J’ai revu, dans le mois, l’enfant quatre à cinq fois, plus tard je le vis se promenant dans le quartier.

L’hiver passé, je le perdis de vue et comme les parents m’avaient payé à chaque visite je n’ai même pu garder leur nom.

Je ne crois pas me tromper en considérant ces faits comme étant de nature à intéresser ceux de mes confrères qui s’occupent spécialement des maladies mentales et des maladies de l’oreille. Ils y trouveront un complément des re-

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