SI
cherches commencées sur les actions réflexes que le système nerveux auditif exerce sur les fonctions cérébro-spinales et la forme inusitée d’accès de délire aigu ajoute à leur intérêt.
Dans ces cas, le trouble est purement fonctionnel, puisqu’il peut cesser pendant des heures et des journées entières et qu’il est de nature à guérir.
Est-ce de l’ischémie cérébrale ou de la congestion encéphalique? D’après ce que j’ai vu, la pâleur du visage chez l’adulte dont j’ai parlé et chez le premier enfant dont il est ici question, me ferait croire à de l’ischémie cérébrale. Chez l’adulte, pas plus que chez l’enfant il n’y avait de phénomènes congestifs de la tête pendant le vertige syncopal ou pendant l’attaque de délire. Les accidents semblaient de nature anémique, mais il est impossible de dire s’ils étaient dus à uu spasme des vaisseaux encéphaliques ou à un défaut de la contractilité cardiaque. C’est une étude de détail à faire pour laquelle un supplément d’observation est, indis pensable.
Dans ces deux cas de délire aigu labyrinthique , la médication employée a été les injections de chlorhydrate de morphine à faible dose chez le premier enfant et à haute dose chez le second. Dans le premier cas, il n’y a eu qu’a- : Amélioration, mais le traitement ayant été interrompu, on q ne peul savoir ce qui en serait résulté. Dans le second, au ■ contraire, une injection hypodermique de 2 milligrammes
ide morphine matin et soir a réussi à déterminer la guérisou.
Voici maintenant : 1° un exemple de convulsions ; 2° un exemple de vertige avec céphalée et paralysie fugitive générale ; 3° un exemple de crise épileptiforme avec folie.
Otite aiguë. — Convulsions réflexes. — Une fi lie de 5 ans, à grosse tête, suite de rachitisme guéri, ayant eu des convulsions à l’age de 10 mois et jamais depuis cette époque, tomba malade le 25 février 1878; elle eut une otite aiguë avec fièvre, douleurs i violentes à crier et empêchant le sommeil. Cette otite était la •suite d’une amygdalite. Il n’y eut pas de perforation du tympan
MALADIES DES ENFANTS. 31
ni d’écoulement. Le 28, trois convulsions violentes de dix minutes avec perte de connaissance et insensibilité suivies de mouvements convulsifs do tous les membres, puis accablement et sommeil do une heure et demie, fièvre très vive, pouls fréquent régulier. Mme Broodh,.., sa tutrice, me fit appeler. On craignait une méningite. Il n’en fut rien.
Bromure de potassium, 2 grammes.
L’enfant n’eut pas d’autres convulsions, son oreille coula un peu pendant deux heures, et le tout guérit en quelques jours.
J’ai revu et je revois à chaque instant cette petite fille qui n’a i rien conservé de ces accidents convulsifs.
Dans ce cas, on avait cru à une méningite. La marche des ac- I cidents prouve bien qu’il n’existait rien de pareil. A la suite 1 d’une amygdalite aiguë,' l’enfant a eu, comme cela est très or- ' dinaire, une otite aiguë semblable à toutes les otites aiguës de I l’enfance. Mais, sous l’influence de la douleur prolongée, de violentes convulsions, suivies de somnolence, se sont produites. Elles étaient accompagnées de beaucoup de fièvre, et le pouls ; était très fréquent et régulier. Ce Tut assez pour me permettre 1 d’éloigner l’idée de méningite et d’établir le diagnostic d’otite aiguë avec convulsions réflexes.
Les événements ont justifié cette prévision.
Vertige auriculaire réflexe chez un enfant. — Parésie générale su - : bite avec chute sur le sol. — Voici un autre fait où il ne s’agit que de céphalalgie, de vertiges avec chute sur le sol sans perte de I connaissance par suite d'une parésie subite de tout le système i musculaire. Ici, la maladie était chronique et le sujet avait 13 : ans. Ce sont déjà des accidents qui se rapprochent un peu de ceux qu’on observe chez l’adulte.
X..., garçon de 13 ans, pâle, petit, maigre, a des dents d’homme superposées et mal rangées dans une mâchoire qui a les dimensions de celle d’un enfant.
Depuis trois ans, il a un double écoulement d’oreille intermittent et est toujours malade. Il a parfois de la surdité, puis de ■ fréquentes céphalalgies opiniâtres, parfois des vertiges et des chutes sur le sol sans perte de connaissance. Cela revient ainsi plusieurs fois par mois.
Le fond de la gorge est rouge et les amygdales grosses enchatonnées.
11 a en même temps une polydipsie et une polyurie très pro- ■ noncées.
Cet enfant, que j’ai vu le 2 juin 1877 à ma consultation pendant un quart d’heure, n’y est revenu qu’une fois. Je lui avais prescrit: des injections auriculaires de glycérine et de lait; du sulfate de quinine, 50 centigrammes par jour, le matin à jeun, et de bromure de potassium, 3 grammes en vingt-quatre heures.
A ces faits je veux enjoindre un assez curieux tiré de la presse étrangère, relatif à un enfant de 13 ans qui avait de violentes douleurs dans un côté de la tête et dont la cause avait passé inaperçue.
Hémicrânie terrible sous l'influence d'un corps étranger de l'oreille ayant séjourné neuf ans. — Un enfant de 13 ans souffrait de violentes douleurs de tète d’un seul côté, sans que rien ait pu le guérir. Le Dr Heidenrick (de Saint-Pétersbourg), trouvant un corps étranger dans le conduit auditif externe qui y séjournait depuis neuf ans, pensa que ce devait être la cause du mal. 11 en fit l’opération. C’était une graine de tournesol, et la guérison suivit de près l’opération.
Voici l’autre cas tiré de mon service et qui est relatif à une manie aiguë.
Otite. — Accidents nerveux épileptiformes. — Sulfate de quinine. — Guérison. — La nommée B..., âgée de 10 ans, entrée le 14 novembre 1877 à l’hôpital des Enfants-Malados, service de M. Bouchut, salle Sainte-Catherine, lit n° 1, est malade depuis trois mois. Elle est atteinte de très fortes douleurs de l’oreille droite, accompagnées d’un écoulement purulent. Au dire des parents, cette enfant a été prise depuis la même époque d’accidents nerveux qui, rares d’abord, se sont multipliés d’une façon effrayante depuis quelques jours. Dans ces crises (toujours d’après les parents), la malade devient pâle, les yeux restent ouverts. Elle s’agite et crie, mais il n’y a pas de perte de connaissance. Pas d’incontinence de l’urine ou des matières fécales. Bon appétit, pas de fièvre. Pas de maladies antérieures. L’écoulement d’oreille a disparu.
Dès le lendemain dé son arrivée, l’enfanta été prise d’une crise violente qui a duré plus de vingt minutes. Pendant tout ce temps, d’après la religieuse du service, elle a poussé de véritables hurlements, comme un chien , cherchant à mordre et à déchirer tout ce qui l’entourait. Il a fallu plusieurs personnes pour la contenir.
Bromure de potassium, 3 grammes par jour.
20 novembre. — Après s’ôtre bien portée depuis cinq jours l’enfant a été prise d’un nouvel accès, mais incomplet cette fois! La malade s’est tout à coup enfoncée dans son lit, la tète dans son oreiller, poussant quelques plaintes de temps à autre. Lorsqu’on lui parlait, elle s’agitait avec une sorte de fureur, repoussait violemment son interlocuteur, disantqu’on Yennuyait, qu’elle n'était pas malade , et qu’elle avait envie de dormir. Elle s’est endormie bientôt, en effet, pour se réveiller bien portante au bout de quelques heures. Elle ne se rappelle pas ce qui s’est passé.
Hydrate de chloral, 3 grammes par jour en une seule fois dans 80 grammes d’eau sucrée.
24 novembre. — L’enfant a été prise d’une crise terrible, semblable à la première, mais d’une durée ayant dépassé une heure. Elle a été très difficile à maintenir. Elle était, dit la religieuse, comme une enragée , voulant mordre, criant, se débattant avec une violence inouïe. A la suite de cet accès, sa raison est restée troublée pendant quelques heures. Elle prononçait des paroles incohérentes, riant et criant sans motif et en proie à un véritable accès de folie.
Hydrate de chloral, 3 grammes en une fois.
25 novembre. — Nouvelle crise, à laquelle nous avons assisté. L’enfant pousse des rugissements. Elle projette violemment ses bras à droite et à gauche. Elle bondit, cherche à mordre, et déchire ses draps. Son corps se convulse alternativement en avant, en arrière, ou latéralement. La sensibilité est intacte et les pupilles égales. Il est si difficile de la maintenir à quatre personnes, qui la meurtrissent et lui prennent les cheveux pour empêcher sa tête de frapper sur les fers du lit, que j’ordonne à l’instant de l’endormir par le chloroforme. Une compresse chloroformée placée sous le nez arrête l’accès en une minute. Au bout d’un quart d’heure, la malade se réveille. Elle est calme et, bien qu’un peu étourdie, elle répond très bien aux questions qu’on lui pose. En dehors des attaques, la santé est bonne, l’appétit excellent et les digestions régulières.
6 décembre. — Les accès se renouvellent de deux à trois fois par semaine. Ils ont toujours le même caractère et on s’en rend toujours facilement maître avec le chloroforme.
10 décembre. — Sulfate de quinine , 1 gramme tous les jours.
28 décembre. — Ce que n’ont pu faire le bromure de potassium et le chloral a été fait par le sulfate de quinine à la dose de 1 gr» par jour. Elle en prit 18 grammes en tout. A partir de ce nio-
ment, les crises ont diminué, et aujourd’hui l’enfant n’a plus d’accès, ni la moindre menace d’accès. Elle se lève, se promène, mange, boit et joue comme les autres. Elle paraît absolument guérie. Depuis deux jours, l’écoulement de l’oreille a reparu.
J’attends quelques semaines pour voir si la guérison se maintient, et, comme il ne se produit plus de crises, l’enfant est autorisée à sortir de l’hôpital.
Exeat le 10 février 1878. Guérison.
Cette observation est une des plus curieuses et des plus rares qu’il soit donné au médecin d’observer chez une enfant.
Le point de départ des accidents est une otite chronique de l’oreille droite accompagnée d’otorrhée sanieuse purulente.
Cette otite semble remonter à trois mois, mais la date n’est pas bien précise. Toutefois c’est depuis trois mois [ qu’existe la névrose réflexe auriculaire qui a surtout attiré l’attention des parents.
Quel nom donner à cette névrose? Cela est difficile, car t elle ne ressemble à aucun type déterminé. C’est un mélange : d’accidents nerveux formant un cas individuel au milieu i. des innombrables types connus de névrose.
En effet, après des douleurs d’oreille qui ont cessé aujourd’hui, l’enfant est prise d’un trouble des facultés intellec- : tuelles, sensoriales et motrices, qui dure une heure et dai vantage. Ce n’est ni de l’épilepsie, car il n’y a pas de perte ^ de connaissance, et ce ne sont pas de véritables convulsions, i car l’enfant saute et remue en hurlant. Cela ressemble non à de l’hystérie, mais à une véritable attaque de fureur mai niaque. Elle s’agitait, et, en proie à un trouble mental très c prononcé, elle poussait des cris qui n’avaient rien d’humain,î elle voulait mordre à droite et à gauche sans avoir coni science de ce qu’elle faisait, et elle semblait insensible aux meurtrissures produites par ses mouvements désordonnés.
Dans ces faits comme dans les autres que j’ai observés à l’hôpital ou en ville, on voit que chez les enfants, comme chez les adultes, les maladies d'e l’oreille et les corps étranf gers peuvent produire, en dehors des inflammations du
cerveau et des méninges, des névroses réflexes de forme variée.
Ce sont des vertiges avec titubation ou résolution paralytique passagère des membres, de la céphalalgie opiniâtre, des convulsions, et enfin des attaques de manie aiguë.
Comme on peut être certain que ces accidents ne dépendent pas d’une inflammation des méninges ou du cerveau, puisqu’ils sont intermittents et qu’ils disparaissent pour ' laisser plusieurs jours d’intervalle dans lesquels la santé \ est parfaite, il faut admettre que ce sont des névroses ré- j flexes dues à l’irritation des filets du nerf auditif. Mais comment une irritation périphérique des nerfs agit-elle sur •] le cerveau? Là est la difficulté d’inlerprélation. Cette irri- ; tation entretient-elle un état d’hyperhémie ou d’ischémie I capable de troubler les fonctions sensoriales, motrices et I intellectuelles? Il est évident que c’est l’un ou l'autre. Le- ‘ quel ? Dans ma pensée, je verrais plutôt dans ces cas des ] exemples de névrosé réflexe congestive que des cas de névrose ische'migue.
L’état du fond de l’œil, constaté avec l’ophthalmoscope, me le fait croire. En effet, on n’y trouve jamais d’ischémie, j et ce qu’on y rencontre, c’est l’état normal ou un état congestif très prononcé de la papille et des veines de la rétine, j
Or, comme dans les maladies du système nerveux le fond j de l’œil est le miroir du cerveau et représente les troubles j de circulation qui s’y trouvent, on peut conclure de l’hy- . perhémie rétino-choroïdienne à l’hyperhémie cérébrale, j C’est ce qu’on observe dans toutes les violentes céphalalgies j delà seconde enfance dues à l’action réflexe de la seconde : dentition.
Ici, ce que j’ai vu à différentes reprises me permet de tirer la même conclusion, et je pense que l’irritation périphérique des filets du nerf auditif peut, dans certains cas d’otorrhée ou de maladie de l’oreille interne, produire des névroses réflexes congestives , telles que le vertige, les convulsions, la céphalalgie et la folie observées dans ces circonstances.
Traitement. — Maintenant, quelles sont les indications thérapeutiques inspirées par cet état morbide?
Première indication. — Il faut extraire les corps étrangers, s’il y en a, enlever les amas de cérumen et les concrétions calcaires de cérumen endurci, tarir la suppuration de l’oreille moyenne.
L’extraction des corps étrangers se fait par les moyens connus, très nombreux, que nous avons exposés dans notre Dictionnaire de thérapeutique médicale et chirurgicale publié avec Desprès, et qu’il serait trop long d’énumérer ici. Je ne vais parler que des moyens médicaux.
Si cela est possible, il. faut faire le cathétérisme de la trompe d’Eustache et rétablir la communication interrompue. En cas de perforation de membrane du tympan, cela permet de chasser le muco-pus de l’oreille moyenne.
Il faut ensuite faire le curage de l’oreille externe avec la curette ou avec des injections tièdes poussées sans violence.
Ces injections seront faites avec :
Lait tiède, un demi- verre.
Glycérine anglaise, une cuillerée à café.
Ou bien avec des injections anti-putrides de :
Eau ordinaire. . . .• 1 litre.
Acide thymique 10 gouttes.
Ou bien avec de l’eau phéniquée au millième, du salicylate de soude 10 grammes par litre, ou enfin avec du salicol dans de l’eau au vingtième.
Je préfère ces solutions aux injections de guimauve et de graine de lin.
Deuxième indication. — Combattre les accidents nerveux sous quelque forme qu’ils se présentent.
Pour arrêter les vertiges, la céphalée, les convulsions et la folie produite parles maladies de l’oreille, on emploie le bromure de potassium à 2 et 3 grammes par jour et davantage ; la teinture de gelsemium sempervirens à la dose de 5 et 20 gouttes matin et soir dans un quart de verre d’eau ; les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine , un
demi-centigramme à 1 centigramme; Y hydrate de ch/oral, à la dose de 2 et 3 grammes, selon l’âge des enfants, en une fois; le chloroforme en inspiration anesthésique comme je l’ai fait avec succès sur l’une de mes malades ; enfin, d’après le conseil de Charcot, le sulfate de quinine à la dose do 50 centigrammes à 1 gramme par jour. C’est le moyen qui m’a le mieux réussi. Dans plusieurs circonstances, la céphalalgie et les vertiges ont disparu sous son influence. Chez la malade qui a passé trois mois dans une salle et dont vous venez d’entendre l’observation. c’est le seul qui ait donné de bons résultats. C’est à lui que nous devons la guérison de ce cas si grave et dans lequel la réussite était si douteuse.