‹ Clinique de l’Hôpital des enfants maladesChapitre 5 sur 26 · GO · texte numérisé non relu

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C’est indispensable, et c’est la dernière indication par laquelle je clos cette conférence : vous la remplirez en variant la forme suivant la nature des malades, n’oubliant pas le vieil adage : « Il n’y a pas de maladies, mais des malades ! »

Cérébroscopie; diagnostic immédiat de méningite par

l’ophthalmoscope en l’absence de tout autre renseignement.

10. — On amène à l’hôpital des Enfants Malades, le 10 octobre 1879, une jeune fille X..., âgée de onze ans, au n° 5 de Sainte-Catherine, sur laquelle il n’y a aucun renseignement. On dit seulement qu’elle est malade depuis quinze jours et que le médecin a cru qu'il s'agissait d’une fièvre typhoïde.

A la visite, nous trouvons une enfant amaigrie, dont le ventre est aplati, douloureux, sans diarrhée ni vomissement. Elle est dans un grand état de prostration, sans somnolence, a du délire, de l’embarras de la parole, de l’hyperesthésie des cuisses. Elle ne tousse pas, n’a dans les poumons que du râle muqueux, et rien au cœur. Son pouls est régulier 120, et la température 37,6.

Ne croyant pas à une fièvre typhoïde et pouvant supposer une méningite tuberculeuse ou une tuberculose générale, je voulus voir dans l’œil si quelque lésion ne révélerait pas une maladie du cerveau ou des méninges.

L’ophthalmoscope a révélé une névrite commençantedans l’œil droit, et une névro-rétinite exsudative grisâtre dans l'œil gauche où il y avait dilatation et flexuosité des veines, des stases veineuses et des tubercules de la choroïde en très grand nombre.

C’en était assez. Le diagnostic était fait. Il avait suffi de regarder dans l’œil pour voir l’état du cerveau, et pour affirmer l’existence d’une méningite et de granulations tuberculeuses cérébrales.

On ne se trouve pas habituellement dans ces conditions

— (il

de diagnostic. Les symptômes éclairent déjà la nature et le siège du mal, lorsque l’ophthalmoscope permet de lui donner un nom précis. Mais ici, en l’absence de renseignements, il fallait cependant faire un diagnostic. Ce diagnostic pouvait se lire dans le miroir oculaire et il ne s'agissait que de savoir y regarder.

Au reste, l 'autopsie a confirmé les données de l’ophthalmoscopie. — Les méninges étaient infiltrées de sérosités opalines ; près de la scissure se voyaient d’innombrables granulations tuberculeuses isolées ou réunies en plaques irrégulières le long des vaisseaux. A la base, la pie mère était infiltrée de pus, et il n'y avait que peu de sérosité dans les ventricules latéraux. Dans l’œil droit, on pouvait constater la névro-rétinite observée pendant la vie, et il y avait dans la choroïde 10 granulations miliaires tuberculeuses. L’œil gauche n’a pas été ouvert et a été conservé pour l’étude. La gaine du nerf optique renfermait une petite gouttelette de sérosité dans le renflement sclérotical. Les poumons, le foie, la rate et les reins sont criblés de granulations tuberculeuses.

Comme on le voit, la cérébroscopie a tenu ici tout ce que j’ai promis pour elle et j’en suis heureux, car c’est là une découverte française importante. En effet, avantl’année 1802, il n’avait pas été publié un seul fait de méningite où l’ophthalmoscope ait été employé comme un moyen de diagnostic. J’en ai publié cinquante cette année là, et ils se trouvent dans mon Traité de diagnostic des maladies du système nerveux par l'ophthalmoscope. On a d’abord dit que l’auteur ne disait pas vrai, puis, à présent, que l’étranger, nous empruntant la découverte, dit que la chose est bien réelle, 'on trouve que l’auteur ne doit pas être l’inventeur de cette méthode, et on s’évertue à établir que le fait était connu depuis longtemps.

De l’entéro-colite et de son traitement.

Dyspepsie; consomption ; cachexie; phthisie intestinale , etc., causées par V enter o-colüc des enfants à la mamelle.

il . — Le hasard amène ce matin dans nos salles, 1° un enfant âgé de 9 mois, et qui est dans un état de dépérissement remarquable, ainsi que vous avez pu vous en convaincre à la plus légère inspection ; et 2° un autre enfant de 3 ans à peu près dans le même état, car il ne pèse que 5 kil. 300.

Ces faits vont me fournir l’occasion de vous entretenir quelques instants de l’entéro-colile des jeunes enfants, affection très-fréquente chez les enfants à la mamelle, ou plutôt chez ceux qui n’y sont pas.

Fréquente, vous ai-je dit ; en effet, il n’est point une de nos consultations hebdomadaires où il ne nous soit donné d’en observer une vingtaine de cas au minimum, et d’entendre de la bouche des parents eux-mêmes le lamentable historique qui a déterminé la grave affection dont je veux vous entretenir. Je saisis avec d’autant plus d’empressement l’occasion qui m'est offerte aujourd’hui, qu’au résumé, cette maladie est rare dans mes salies, où, comme vous le savez, les enfants sont âgés de 2 ans au moins. Or, l’affection dont je veux vous entretenir est essentiellement une maladie des nouveau-nés ou des enfants à la mamelle ; c’est pourquoi je crois utile de fixer votre attention sur ce point. Voici d’abord l’observation de l’enfant qui est dans nos salles :

Entéro -colite chronique; marasme ; malformation dite syphilitique observée sur les dents ; mort; autopsie.

V..., âgée de 2 ans 1/2, entrée le 12 juin 1879, morte le 20. Elevée au biberon, ayant des alternatives continuelles de constipation et de diarrhée; sa maigreur est extrême; elle est aussi petite qu’une enfant de 8 jours; elle pèse 5 kil. 300 et a douze dents. Ses incisives supé-

rieures sont courtes, échan crées, concaves au bord libre, comme on dit qu’elles le sont dans la syphilis, et elle n'en porte aucune trace. L’enfant a de la diarrhée en ce moment, et elle est dans un tel état de marasme qu’elle doit succomber.

A Y autopsie j on a trouvé quelques ulcérations très-petites dans l’intestin grêle au niveau de plaques d’arborisation capillaire, et dans le cæcum et le gros intestin une innombrable quantité de follicules noirâtres ardoisés avec un point blanc central qui est l’orilice du follicule. Vers la fin du gros intestin, la muqueuse plissée est rouge au sommet des'plis et offre quelques ulcérations superficielles. Pas de tubercules de l’intestin ni du mésentère.

Les poumons sont remplis de noyaux de pneumonie lobulaire et offrent des parties atélectasiées, sans tubercules.

Le cœur présente de l’endocardite végétante mitrale et tricuspide.

Le cerveau ne présente rien de particulier.

Qu’on appelle cela comme on voudra, diarrhée, cacochymie ou autrement, ce sera un tort, car le vrai nom est enter o-colite .

L’autre malade est amené par sa mère qui va le remporter. Ecoutons son récit :

L’enfant a perdu son père, qui est mort phthisique. Elevé au biberon, il pesait au moment de sa naissance 2 kil. 500, c’est-à-dire environ 2 livres de moins que le poids habituel d’un enfant venu à terme et bien conformé, ainsi qu’il résulte des pesées que nous avons l’habitude de faire. Presque dès le début de l’allaitement il fut pris de diarrhée, sur laquelle je reviendrai dans quelques instants; concomitamment se montrèrent des vomissements qui bientôt devinrent très-fréquents, et sous cette double influence la nutrition souffrit à tel point que ce malheureux petit être, âgé aujourd’hui de 9 mois, ne pèse que 8 livres. Or, vous n’êtes pas sans savoir qu’un enfant qui est bien nourri doit augmenter de 20 à 25 grammes par jour pendant les cinq premiers mois, et de 12 à 15 grammes du cinquième mois à un an. Voyez maintenant tout ce qui manque à notre petit malade*

Churchons-cn la cause : Pourquoi cel enl'ant es'.-il cachectique, cacochyme, athreptique? pour me servir d’une dénomination récemment introduite dans la science, sans grand profit pour elle. On se demande en effet le pourquoi de ce néologisme grec athrepsie , qui signifie en français défaut de nutrition; de quelle utilité est-il? Non-seulement il est superflu, .mais il va à l’encontre du but poursuivi par le savant. Aujourd’hui, en effet, le médecin doit s’efforcer de faire disparaître cette nomenclature symptomatologique des dyspepsies, cacochymies, cachexies, consomptions, diarrhées, convulsions, contractures, douleurs, dyspnée, etc., bonne pour les médecins du siècle dernier, mais indigne du nôtre. Cette classification doit céder le pas à la nomenclature anatomique, la seule rationnelle et à coup sûr la seule scientifique et véritablement digne de ce nom. A quoi bon les patientes et nombreuses recherches de nos illustres anatomo-pathologistes, de nos savants histologistes, si tous ces efforts doivent aboutir à créer des entités morbides qui n’en ont que le nom? Laissons à Bayle et à ses prédécesseurs étendre le champ des phlhisies pour établir l’unité de la tuberculose, et voyez de suite s’il en est un parmi vous qui ne rue comprenne admirablement lorsque je dis : Tuberculose pulmonaire, intestinale, péritonéale, etc. Est-il rien déplus clair, je vous le demande, que cette classification, et votre esprit n’est-il pas satisfait lorsqu’on vous dit : Sclérose des cordons postérieurs à la place de paraplégie; -—pleurésie à la place de pointde côté, — péritonite? Mais je m’arrête.

Conservons donc, Messieurs, ou mieux restituons aux maladies leur nom anatomique, et appelons entèro-colite l’affection de nos deux petits malades. Gardons la classification de symptômes pour les affections non localisées, dont le domaine anatomique nous est caché, rien de mieux. Coqueluche, tétanie, chorée, satisfont mon esprit jusqu’à plus ample informé; mais encore un coup mettons l’étiquette anatomique là où nos investigations patientes nous y autorisent.

J’arrive à mon sujet, après cette longue, mais nécessaire digression. Pourquoi et comment, vous disais-je, ces enfants

sont-ils dans l’état de consomption où nous les voyons? La première de toutes les causes à invoquer est le ge’nre d’allaitement auquel ils sont soumis. Ils sont nourris au biberon et ils en sont victimes. Vous savez en effet, par les relevés statistiques, combien la mortalité du nouveau-né est plus considérable lorsqu’il est prématurément détaché, en dehors de toutes les lois naturelles, du sein qui est et doit rester son seul aliment. Mais, Messieurs, vous vous heurterez, et cela dès le début de votre carrière, à ces difficultés. Tantôt ce sera la misère qui éloignera la mère de son enfant, celle-ci étant forcée d’aller gagner son salaire hors de chez elle ; tantôt ce sera le fruit d’une union illégitime qu on aura confié à des mains mercenaires ; enfin, plus souvent encore, ce sera l’ignorance qu’il faudra accuser. Beaucoup de gens, et je ne parle pas seulement de la classe ouvrière, mais bien des gens intelligents, ou soi-disant tels, s imaginent qu on peut élever indifféremment un enfant au sein ou au biberon ; c’est une erreur, car ce dernier moyen est une des causes majeures de la gastro-entérite et del entéro-colite. A côté, plaçons en regard une cause qui, Pour mut opposée qu elle soit, agit de même; je veux parler de 1 alimentation prématurée, grossière, donnée à des enfants âgés de quelques mois. Rien de plus commun dans nos campagnes, et dans nos villes aussi, il faut bien le dire, que de voir des nouveau-nés participer en tout ou partie à l’alimentation de la famille, viande, féculents, vin, quand ce n est pas l’alcool lui-même qui intervient!

Dans de telles conditions, quoi de plus naturel que de voir s’établir, comme chez notre enfant, les vomissements. Précédés en général de régurgitations laiteuses, ils s’établissent définitivement. Constitués en général par du lait caillé, ils répandent une odeur sui generis , butyreuse, fortement acide. La muqueuse buccale nous traduit fidèlement 1 état de l’estomac; elle rougit fortement le papier de tournesol et présente l’état connu sous le nom à! acescence.

r’ ' ous savez> 1 état d’acidité du liquide buccal constitue un excellent terrain pour le développement de la mucécimee du muguet, les observations de Dutrochet et de tant

MALADIES DES ENFANTS. c:

d’autres l’ont surabondamment démontré. Et la preuve qu’il en est ainsi, c’est que le traitement par les alcalins a souvent raison de ces vomissements. L'eau de chaux (15 à 30 grammes par jour) est conseillée quotidiennement avec succès. Précédant souvent les vomissements, s’y greffant toujours, se montrent les modifications dans les selles, qui d’abord augmentent de nombre, et qui de 2 à 3, chiffre maximum du nouveau-né sain, s’élèvent à 7 et 8. Avec le nombre la qualité varie. Tandis que chez le nouveau-né bien portant, les selles sont demi liquides, homogènes et nettement jaunâtres, elles deviennent, dans le cas qui nous occupe, d’abord blanchâtres , puis légèrement verdâtres, acides et corrodant le linge, enfin ocreuses, teintées de vert et d’une fétidité cadavérique. Ici, comme tout à l’heure à prppos de l’estomac, ce sont les qualités des sucs nourriciers qui sont en défaut. De même que le suc gastrique est trop fortement acide, et conséquemment ne joue plus son rôle dans la chymification, de même, dans ce long travail de la digestion intestinale, le suc pancréatique, le suc intestinal ne transforment plus l’aliment de telle façon qu'il puisse être assimilé, et il est remplacé par le suc mucipare folliculaire acide. Donc si le lait avalé par l’enfant passe dans le tube digestif comme dans un tube inerte, vous comprenez sans peine combien la nutrition va s’en ressentir, et c’est ce que vous observez dans la lientérie , où le lait est rendu coagulé, presque à l’état naturel.

C’en est assez, Messieurs, pour vous faire bien saisir nonseulement tout le petit drame pathologique auquel .vous allez assister si vous n’intervenez pas activement et rapidement. L’appétit, qui au début était conservé, devient paresseux, languissant; l’enfant prend encore son biberon, mais peu à la fois. S’il est au sein, vous ie voyez prendre quelques gorgées de lait qu’il régurgite, puis il cesse comme fatigué de cet effort. C’est alors que l’enfant change, et cela rapidement, il perd 5 à 10 grammes par jour de son poids et l’amaigrissement fait des progrès incessants. La face traduit aux yeux les moins expérimentés le délabrement profond de tout l’organisme : petite, ratatinée, vieil-

lotte, elle inspire la pitié. Le reste du corps est amaigri* la peau, comme un vêtement trop ample, forme des plis, elle semble avoir perdu toute tonicité, et cette cachexie cutanée se traduit par l’érythème des parties génitales, 'des fesses, de la face interne des cuisses ; c’est cet état qu’avait vu Yalleix coïncider avec le muguet et dont il avait fait un symptôme, tandis que ce n’est qu’une partie de tout ce syndrome pathologique dont le siège anatomique est le tube digestif, depuis la cavité buccale jusqu’à l’anus.

Voilà, Messieurs, très en raccourci, ce que vous observerez comme symptômes principaux. Chez notre enfant il y a d’autres phénomènes habituels, mais d’une importance moins grande. G est ainsi qu’il a le « gros ventre, » comme disent les mères, et cela tient tout simplement à une tvmpanite que la percussion révèle facilement. Mais, malheureusement pour lui, il présente des phénomènes aussi du coté de l’appareil respiratoire qui assombrissent encore mon pronostic. Je trouve à droite un peu de matité avec une respiration rude et des râles muqueux dans toute la hauteur; vous concevez combien cette bronchite m’est suspecte, vu les antécédents héréditaires et l’état de faiblesse ou il se trouve du fait aussi de son allaitement.

, GePendant il n’a pas de lièvre, le pouls est rapide, mais c est la réglé à cet âge, et en somme il paraît être à cette période de la gastro-entérite où le médecin peut encore intervenir efficacement.

Eli bien, Messieurs, l’inventaire anatomo-pathologique de cet enfant vivant étant- fait, que pouvons-nous pour lui»

Il a des vomissements et nous pouvons, sans crainte de nous tromper, les rapporter à V acidité des premières voies ■ eau de chaux fera merveille. L’estomac ne digère pas, lé ait caille vomi en est la preuve, suppléez-y dans la mesure de vos moyens. 3 ou 4 cuillerées k café de pepsine en poudre delayee dans de leau ou 5 grandes cuillerées de sfrop de

dïsüf C’ëst f T1'?™1? heures aideront “ travail vent ë ; 6 meme iUt quu vous l'associerez sou-

cas deuJérCrTne d0"née aUÏ mênles doses’ da“ Iss de hentene. Je suppose qu’avec ces moyens, la glace

aidant, vous ayez triomphé du vomissement, reste la diarrhée. Contre elle, vous prescrirez le sous-nitrate de bismuth à la dose de 2 à 3 grammes, soit dans le lait, ou mieux associé au sirop de coings, ou de grande consolide. Enfin, si vous n’êtes pas timoré, comme le sont la plupart des médecins, vous pourrez ajouter à cette potion une goutte de laudanum, en espaçant les doses d’heure en heure. Là est la sécurité. Je ne crains pas de dire que souvent ces moyens seront suffisants, et lorsque vous aurez tiré vos enfants de la situation redoutable que leur causait ce défaut de nutrition, il vous restera à en préserver le retour, et pour cela il n’existe qu’un moyen : donner une bonne nourrice, et si, comme cela est trop fréquent, vous vous heurtez à une impossibilité, surveiller avec sévérité l’alimentation artificielle, et empêcher, cela va sans dire, toute alimentation disproportionnée à l’âge de l’enfant.

C’est ce que vous m’avez vu faire, Messieurs, ce matin pour notre petit malade, mais, je m’empresse de le dire, sans grand espoir. Je vous le répète, cet enfant est en instance de tuberculisation, et vous ne le savez que trop, la lutte est bien difficile. Il est donc doublement cachectique, du fait de ses antécédents pathologiques et de son alimentation. Il n’est pas que la tuberculose qui pourra nous mettre dans la cruelle nécessité de porter un pronostic fâcheux, la syphilis infantile, si fréquente à notre époque, constitue pour le nouveau-né qui en est porteur une cause, de déchéance manifeste, mais dont vous triompherez quelquefois, souvent même, avec la liqueur de Yan Swieten, aux doses de 5, 10, 20 gouttes, suivant l’âge.

Telles étaient, Messieurs, les considérations sommaires que je voulais vous présenter sur la gastro-entérite et l’entéro-colite des enfants à la mamelle, assuré d’avance qu’il vous sera donné d’observer avec une trop grande fréquence cette affection qui décime avec tant d’acharnement la plus petite population hospitalière de la salle où sont nos berceaux, et aussi, retencz-le bien, la population des grandes villes dans presque toutes les classes de la société.

Des hémorrhagies de la rétine dans les maladies du cerveau, dans le typhus , dans la diathèse hémorrhaghique et dans le purpura.

12. — L’enfant atteinte de purpura qui est au n° 17. et à laquelle j’ai fait la transfusion, présente de nombreuses hémorrhagies de la rétine. C’est l’occasion d’étudier ce sujet et je vais vous exposer le résultat de mes études sur les hémorrhagies rétiniennes causées parles maladies du cerveau, par la fièvre typhoïde et par la diathèse hémorrhagique.

Mes premières observations remontent à 1862 et elles ont été publiées dans un volume spécial (1) et dans un atlas plus récent (2). Depuis lors j’ai poursuivi mes recherches et j’ai ainsi rassemblé 36 observations d’hémorrhagies de la rétine, dépendant de la méningite tuberculeuse et typhoïde, des tumeurs cérébrales, tuberculeuses ou gliomateuses, du typhus et du purpura hémorrhagica. Je ne parlerai pas ici de celles qui accompagnent l’albuminurie et la glycosurie parce qu’elles ont été bien décrites et qu’elles sont bien connues.

J’ai dessiné un certain nombre de ces hémorrhagies parmi les plus intéressantes et vous pourrez en juger par les 30 figures peinies que je soumets à votre appréciation. Permettez-moi de vous montrer en même temps une rétine que j’ai récemment préparée à l’aide de la glycérine et qui offre un exemple rare d’hémorrhagie rétinienne produite par le purpura hémorrhagica.

Parmi ces cas d’hémorrhagie de la rétine deux seulement sont en rapport avec l’hémorrhagie cérébrale chez des sujets déjà âgés et tous les autres sont relatifs à des enfants de 3 à 14 ans.

(1) Traité de diagnostic des maladies du système nerveux par l'ophlhalmoscdpe. Paris, 1 vol. in-8, 1864.

(2) Atlas d ophthalmoscopie médicale et de cérébroscopie, avec fig, d’histologie et 129 figures chromolithographiées. Paris, 1 vol. in-4.

Aucun d’eux n’a été signalé à mon étude et â ma recherche par la manifestation de troubles visuels évidents de la nature de ceux qui d’habitude révèlent ces hémorrhagies chez les adultes. Soit à cause du jeune âge, et des difficultés d’appréciation qui enrésultent, soitàcause dusiègedes hémorrhagies loin de la macula, soit à cause de la maladie qui amoindrit l'intelligence, soit par absence réelle de symptômes, les enfants qui ont pu être interrogés ont tous répondu qu’ils n’éprouvaient aucune altération du sens de la vue. Sauf une légère obnubilation, constatée chez quelques enfants, nous n’avons observé aucun cas de diminution ou de destruction partielle du champ visuel, aucune tache noire empêchant la vision, ni aucune difficulté pour distinguer les caractères d’imprimerie à la distance habituelle. En un mot, nous n’avons jamais été provoqués à faire l'examen de l’œil par suite d’un trouble fonctionnel de la vision et c’est toujours l’examen ophthalmoscopique qui nous a fait découvrir une hémorrhagie que rien ne pouvait faire soupçonner.

Les hémorrhagies de la rétine produites chez les enfants par les maladies du cerveau n’ont jamais le volume et l’étendue des hémorrhagies rétiniennes des maladies du cœur chez l’adulte. Elles sont plus petites, isolées les unes des autres, quelquefois arrondies, souvent linéaires en flammèche, et frangées sur les bords. Elles occupent le segment postérieur de l’oeil, plus on moins loin de la papille, rarement dans la macula, car je n’en ai vu qu’un exemple dans cette région . C’était dans un cas de méningite chronique. Elles sont quelquefois associées à un exsudât inflammatoire préalable grisâtre et, dans ce cas, je les ai vues sur la papille elle-même ainsi que dans son voisinage. Il y en a deux exemples sur les figures que je présente. C’était chez des enfants atteints d’encephalite partielle située autour du noyau de la sixième paire avec paralysie de ce nerf.

Une autre fois à l’hôpital des Enfants malades, chez une enfant de 4 ans, afî'ectée par une méningo-eneéphalite partielle aigue que M. Meyer est venue voir plusieurs fois, les deux papilles tuméfiées, étranglées, dans l’anneau scléro-

tical, étaient couvertes par un exsudât gris, épais, dans lequel plongeaient et sortaient les veines entourées de taches blanchâtres et de nombreuses petites hémorrhagies. L’image changeait tous les jours. Peu cà peu les taches blanches et les hémorrhagies se résorbaient. Il en apparaissait d’autres qui disparaissaient à leur tour, et l’enfant finit par guérir au bout d’un mois.

Il en est de même dans certains cas de typhus et je présente ici des figures coloriées montrant les rétines normales d’une enfant, au moment de son entrée, les mêmes rétines couvertes d’hémorrhagies quelques jours après, et au moment de la guérison, le fond de l’œil revenu dans son état physiologique. Cette observation est une des plus intéressantes qu'on puisse rencontrer.

Lorsque l’hémorrhagie se rencontre avec les tubercules de la choroïde, elle appartient à cette dernière membrane plutôt qu’à la rétine et elle résulte d’une suffusion sanguine des capillaires autour delà granulation tuberculeuse. C’est ainsi du moins que j’ai cru devoir interpréter les cas de granulation tuberculeuse choroïdienne entourée d’une zone hémorrhagique comme cela se voit sur une des images que je présente.

Dans la fièvre typhoïde ataxique compliquée de cet état cérébral qu’on appell a méningite typhoïde, les hémorrhagies ont à peu près les mêmes caractères ophthalmoscopiques que celles qu’on rencontre dans la méningite tuberculeuse. Mais ici on peut suivre jour par jour la résorption de l'hémorrhagie quand la fièvre se termine d’une façon satisfaisante.

Dans le purpura hémorrhagica, les hémorrhagies se produisent, s’en vont, reviennent encore et se succèdent comme elles font dans la peau. Parfois elles sont accompagnées de taches blanchâtres centrales dont je ne connais pas la nature et qui se résorbent.

Chez la jeune fille dont voici les images ophthalmoscopiques et qui a guéri après deux transfusions, j’ai pu suivre jour par jour l’apparition des hémorrhagies de la rétine et des plaques blanches centrales, leur résorption complète

sans ecchymose prolongée et sans altération matérielle apparente de la rétine. L’enfant a d’ailleurs conservé ses facultés visuelles sans le moindre amoindrissement.

Dans un second cas terminé par la mort chez un jeune garçon, j’ai trouvé, avec le purpura intérieur dans les viscères, des hémorrhagies énormes, dansles deux rétines. L'un des yeux m’a servi pour l’étude histologique et je vous présente l’autre. Vous verrez sur cette rétine conservée par la glycérine, une hémorrhagie considérable infiltrée dans les éléments de la membrane, saillante du côté interne, mais n’ayant pas détruit son tissu pour le perforer et s’étendre entre la face externe et la choroïde.

En dehors des coïncidences pathologiques de l’hémorrhagie du cerveau avec les maladies de cet organe ou avec les diathèses, il v a encore à rechercher la cause directe de ces épanchements sanguins. Le microscope peut nous aider beaucoup dans cette recherche et, s’il ne révèle pas toujours la cause anatomique de l’hémorrhagie, ilia fait quelquefois connaître.

Chez quelques malades l’histologie de la rétine ne montre aucune altération de texture des veines; ailleurs au contraire il révèle la cause et le mécanisme de sa rupture vasculaire.

Dans le premier cas, s’il n’y a aucune altération des veines on peut admettre que la rupture est la conséquence d’un excès de pression phlébo-rétinienne, due à la stase sanguine et à la thrombose des sinus de la dure-mère et des veines méningées. C’est le cas le plus commun. Mais à côté de ces faits il y a ceux où le nerf optique est tellement gonflé qu’il s’étrangle dans l’anneau sclérotical et alors il en résulte un surcroît de pression dans les veines rétiniennes qui fait que le sang ne peut rentrer dans le crâne et qui produit la déchirure et l’hémorrhagie au milieu d’exsudats fibrineux blanchâtres. C'est ce que l’on voit sur deux des figures coloriées queje présente.

Dans quelques cas la déchirure des veines est incomplète, la tunique interne endothéliale et la moyenne s’amincissent au point deMisparaître et de se déchirerseules, ce

qui permet au sang de s’épancher sous la tunique celluleuse. Il en résulte un anévrysme faux ‘primitif de la veine. C’est une lésion qui n’a pas encore été très-étudiée et que j’ai signalée en 1862, d’après mes recherches avec Charles Robin. Je l’ai rencontrée dans 5 autopsies.

Chez quelques malades enfin, l’hémorrhagie rétinienne quoique liée à une affection cérébrale aiguë ou chronique, et n’étant pas compliquée d’albuminurie, trouve son explication dans la présence d’une altération granuleuse plus ou moins considérable des parois veineuses. Alors les parois sont souvent épaissies, infiltrées de granulations moléculaires graisseuses. Chez quelques sujets on ne distingue plus leurs différentes membranes. Ailleurs, sur quelques points, elles sont très-amincies et prêtes à se rompre.

Lorsqu’il n’y a ni excès de pression vasculaire dans les veines rétiniennes, ni altération granuleuse de ces veines, ce que j’ai constaté dans le purpura ou diathèse hémorrhaghique accompagnée d’hémorrhagie rétinienne, quelle est la cause de la suffusion sanguine? Il est difficile de le dire avec certitude : cependant, à titre d’hypothèse, n’est-il pas possible de croire, ainsi que le fait est admis pour d’autres régions, que les hématies de même que les leucocytes animés de mouvements amiboïdes peuvent sortir des capillaires sans qu’il y ait de rupture et produire des hémorrhagies par diapédèse. La chose n’est pas invraisemblable. Elle est possible et je pense que c’est ainsi qu’il faut comprendre le mécanisme de la multitude des hémorrhagies du purpura.

Pour terminer je n’ajouterai qu’unmol relatif à la terminaison des hémorrhagies rétiniennes. Chez quelques malades que j ai suivis jour par jour, il y a résorption complète de 1 hémorrhagie qui ne laisse aucune trace de sa présence momentanée dans la rétine. Chez d’autres, après la résorption de la suffusion sanguine, il reste une petite tache jaunâtre, rouillôe ou un exsudât blanchâtre qui forme une de ces taches et granulations blanches de la rétine que j’ai observées plusieurs fois. Cet exsudât se résorbe à son tour sans laisser de trace apparente, mais dans quelques cas, à la place de 1 hémorrhagie il reste une altération de la rétine

qui entraîne la destruction de ses éléments et dans laquelle il se forme un dépôt de pigmentplus ou moins considérable comme on le voit sur deux des figures ci-jointes.

Telles sont les considérations que je voulais vous présenter à l’occasion des hémorrhagies que j’ai observées dans la rétine dans le cours des maladies aigues et chroniques du cerveau chez les enfants ou chez les adultes, dans quelques cas de fièvre typhoïde à forme cérébrale et dans la diathèse hémorrhagique ayant la forme de purpura hémorrhagica.

Papaïne, pepsine végétale et plantes carnivores.

13. — Tous les naturalistes connaissent et racontent la singulière propriété qu’ont certaines plantes, appartenant pour la plupart à la familières Droseracèes , de saisir des proies vivantes pour les dévorer, c’est-à-dire de dissoudre et digérer les matières animales déposées sur leurs feuilles à l’aide d’un suc qui leur est propre. Ils ont vu que plusieurs d’entre elles ont dans leur structure, et par la présence de tentacules contractiles sur les feuilles, la faculté de saisir les insectes qui s’y déposent; c’est en quelque sorte la fusion des règnes végétal et animal considérés jusqu’à ce jour comme étant absolument distincts. Tous citent comme exemple le curieux spectacle de la Dionœa muscipula ou Dionée attrape mouches, qui, lorsqu’un insecte ou une mouche se pose sur ses feuilles, se sert de ses poils pour la capturer et ensuite la faire disparaître en la digérant.

Le même phénomène s’observe sur quelques Droseras rotundifilias , sur la Sarracenia purpurea, dont les racines sont regardées comme spécifiques contre la variole par les Indiens, contre la goutte par d’autres, et qui porte, au lieu de feuilles ordinaires, une expansion en forme de corne formée par la soudure de ses organes. A l’intérieur, se

trouve un liquide mucilagineux sucré qui endort les insectes assez imprudents pour boire à cette coupe perfide. Ils tombent dans ce liquide qui se charge de les digérer. Dans les Darlingtonias et les nêpenthès, existe un cornet analogue au précédent, et de plus muni d’une expansion foliacée en forme de couvercle qui se referme lorsqu’un insecte téméraire est entré dans son intérieur. Il est donc bien établi qu’il y a des plantes renfermant un suc capable de dissoudre les matières animales, ce qui leur permet de les absorber et d’en faire une nourriture. Ce sont des plantes carnivores.

En effet, les plantes douées de cette propriété prospèrent, par cette absorption, beaucoup plus que la même plante mise sous cloche et privée de cette alimentation.

Ainsi, en 1818, un jardinier anglais, Andrew Knight, racontait qu’un pied de Dionée sur les feuilles duquel il étendait de petites parcelles de viande était plus vigoureux qu’un autre pied que l’on abandonnait à lui-même.

Lindsay, cité par Belfour avait fait les mêmes observations qui ont été confirmées par Charles Darwin (Des plantes insectivores) et par Francis Darwin qui a renouvelé les expériences sur une très-grande échelle.

Cet observateur a pris 200 pieds de Drosera rotundifolia qu’il a cultivés dans des assiettes creuses remplies de mousse et dans chaque assiette il y avait une division er deux à l’aide d’une cloison de bois. Une moitié des Droseras recevait de la nourriture animale et l’autre moitié ne recevait rien. De plus, un dôme en toile métallique recouvrait le tout afin d’empêcher les insectes de venir se reposer sur les feuilles.

Pendant deux mois, tous les deux ou trois jours, chaque feuille d’une des moitiés de l’assiette recevait une ou deux parcelles de viande d’environ 3 milligrammes et il fut bientôt évident que les pieds de Drosera ainsi nourris prospéraient mieux que les autres. Leurs feuilles étaient plus vertes, plus nombreuses, plus brillantes et après dessiccation leur poids plus considérable. Leurs feuilles étaient plus belles et les graines plus fournies de matières dans la proportion de 100 à 379.

Certaines plantes renferment donc un suc analogue au suc gastrique et à la 'pancréatine, ayant parmi ses propriétés, celle de digérer la viande. Mais ce suc est en si petite quantité, qu’il est impossible de le recueillir et de s’en servir pour des expériences de digestion artificielle dans un laboratoire.

C’es.t sur les- feuilles de la plante vivante qu’il faut expérimenter.

Nous avons eu l’idée de recueillir des feuilles de Drosera et d’en préparer un extrait aqueux pour voir si nous retrouverions là les propriétés digestives du suc sécrété par la feuille vivante. Le résultat a été nul. On nous avait préparé 30 grammes d’extrait qui fut employé frais, dissous dans l’eau, et mis en contact avec de la purée de viande crue. A la température ambiante comme à une température de 40°, il n’y eut aucun travail de dissolution ni de digestion.

Toutefois, si les Droseras ne peuvent fournir la quantité suffisante de suc nécessaire à opérer des digestions artificielles, il est d’autres végétaux qui en fournissent davantage. Ainsi Gorup-Besanez et Will ont retiré des urnes du Népenthcs un ferment énergique, ne digérant les matières albuminoïdes qu’en solution acide et les transformant en peptones.

Sur quelques autres végétaux, on retire également des quantités considérables d’un suc carnivore, qui n’est qu’un ferment digestif. Nous ne savons s’il yen a beaucoup, mais nous pouvons dire qu’il en est un qui, sous ce rapport, est une véritable curiosité physiologique. C’est le Carica papaya, ou arbre à melon , qu’on pourrait appeler Y arbre à pancréatine.

C’est un arbre très-répandu dans l’ancien et dans le nouveau monde, dont la taille est assez élevée, et qui, de ses racines au sommet de la tige, dans ses fruits et jusqu’au bout de ses branches et de ses feuilles, renferme un suc dont nous avons pu extraire un ferment digestif dit papaïne , avec lequel on peut faire, dans un laboratoire,

la digestion artificielle d’une quantité considérable de fibrine et de viande, ou d’autres matières albuminoïdes.

On ne sait si cet arbre se nourrit des insectes qui viennent se reposer sur ses feuilles ; mais comme arbuste formant un suc carnivore, il sera difficile d’en trouver un qui fournisse un produit capable de digérer aussi parfaitement les viandes et les matières albuminoïdes.

Les phénomènes de digestion des viandes par le suc des Droseras, des Nepenthès et par le Caricci sont à peu près chimiquement les mêmes. Mais il y a cette différence que les Droseras se servent de leur suc comme moyen de 'digestion pour servir à leur accroissement, car elles absorbent les matières albuminoïdes de l’insecte dissous. Pour eux c’est une fonction digestive. Au contraire, dans le Carica papaya, le suc ne paraît pas servir à la nutrition de la plante qui s’alimente autrement que par des matières azotées. Elle vit par ses racines et son feuillage. Ce suc est un produit merveilleux, que l’homme peut utiliser à son profit, et la papaïne qui s’y trouve est à ce végétal, ce que la quinine, ladigitaline et l’atropine, sont aux quinquinas, à la digitale et à la belladone, ou ce que sont encore les différents alcaloïdes aux végétaux qui les renferment.

C’est un suc carnivore végétal, ou plutôt un ferment digestif analogue à la pepsine et à la pancréatine, dont les propriétés peuvent être utilisées en physiologie et en médecine, et dont il est difficile aujourd’hui de prévoir les applications thérapeutiques.

En présence d’un pareil fait, n’y a-L-il pas lieu de faire cette remarque générale : que les végétaux nous fournissent, sous des formes peu différentes, la plupart des principes immédiats et des produits de sécrétion physiologique que l’on trouve dans le règne animal. Il y a là un véritable trait d’union entre les deux règnes. Les végétaux nous donnent, comme les animaux, de la fibrine, de l’albumine, de la caséine, de l’amidon, du glycose; ils nous donnent, dans le gourgamadou ou cirier de Cayenne et de Pensylvanie , une cire végétale semblable à celle des abeilles, et avec laquelle

on fait dos bougies qui brûlent avec une odeur parfumée; ils forment, dans le brosimum galactodendron de l’Amérique centrale, arbro de la vache , pulo de leche , l’arbre au lait, un lait végétal ou plutôt de la crème de lait, étudiée par Humbolt et sur lequel Boussingault a fait, en 1878, une communication à l’Académie des sciences, dont voici le résumé.

Quand on pratique une incision dans son tronc, il en sort un liquide blanc, visqueux, d'une saveur agréable : c’est du lait végétal. De Humboldt fut très étonné de rencontrer dans son voyage un arbre donnant en abondance un lait, qui rappelait, par ses propriétés, celui des animaux. Dans une ferme, il vit les nègres de la plantation recueillir du lait végétal pour y tremper leur galette de maïs ou de carrare. Les Indiens des environs de la ferme venaient chercher ce lait dans des calebasses ; les uns le buvaient sur place, les autres le portaient à leurs enfants;

Lorsque M. Boussingault partit pour l’Amérique, De Humbold lui recommanda tout particulièrement de faire l’analyse du lait végétal.

M. Boussingault n’y manqua pas. La guerre de l’indépendance, a raconté depuis l’illustre académicien, touchait à sa fin. La forteresse de Puerto-Cabello était le seul point encore au pouvoir des Espagnols sur les côtes de la mer des Antilles; l’armée américaine en faisait le blocus. M’étant proposé de visiter les postes répartis sur le versant méridional de la Cordillière littorale, je partis des eaux thermales de Las Trincheras, où l’on voit encore des vestiges de fortifications élevées il y a plus d’un siècle par des boucaniers français, qui ravagèrent la ville de Neuva Yalencia. Parvenu au torrent de Naguanaza, je rencontrai quelques soldats portant des bidons. Je supposai, continue M. Boussingault, que ces hommes allaient chercher de l’eau; je leur demandai où ils allaient. Un . d’eux répondit qu’ils allaient traire l’arbre. D’abord, je ne compris pas; néanmoins, je les suivis. Après nous être élevés de 500 à 600 mètres, nous nous trouvions au milieu d’une forêt où abondaient de magnifiques brosimum yalactodendron , dont les racines ram-

pantes couvraient la surface du sol. La température de l’air était de 20 h 22°. Aussitôt arrivés, les soldats pratiquèrent, à coup de sabre, de nombreuses incisions pour faire jaillir du lait; en moins de deux heures les bidons était remplis; on reprit le chemin du campement.

M. Boussingault n’avait pu faire, à cette époque, qu’une analyse approximative du lait végétal; on lui en a envoyé dernièrement d’Amérique, et il a pu s’en procurer parmi les produits de l’Exposition de 1878. Il a pu, cette fois, déterminer exactement la composition de ce singulier produit. En voici l’analyse :

Cire et matière saponifîable 36.2

Sucre interverti réducteur 0.8

Sucre i nterver sible 0.7

Gomme facilement saccharifiable . . 1.3

Caséum, albumine 1.7

Terres alcalines, phosphates 0.5

Substances indéterminées 1.8

Eau 57.0

Il résulte de ces chiffres que le lait végétal se rapproche certainement par sa constitution générale du lait de vache, en ce sens qu’il renferme un corps gras, des matières sucrées, du caséum, de l’albumine ou des phosphates. Mais les proportions de ces substances sont bien différentes. La somme des matières fixes est trois fois plus forte que celle qui entre dans la composition du lait. Aussi, est-ce à la crème qu’il convient de comparer le lait végétal. Par exemple :

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