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De la chorée électrique

La chorée électrique, ainsi nommée par Bouteille et depuis par tous les médecins qui ont écrit sur les maladies de

l’enfance(voirE. Bouchut, Traité des maladies des nouveaunés et de la seconde enfance. Septième édition), est ainsi nommée à cause des mouvements involontaires en secousse subite, plus ou moins fréquents, et analogues à ceux que produirait une décharge électrique. Est-elle, oui ou non de la chorée? et si ce n’est pas de la chorée, qu’est-elle?

' Quelques médecins disent que ce n’est pas de la chorée et l’appellent névrose rhythmique. Ils croient que ce changement de nom indique quelque chose de nouveau, et ils ne semblent pas voir qu’ils font quelque chose de plus obscur, de plus vague et de plus confus que ce qui existe. Personne ne dit que la chorée électrique ou rhythmique soit de la chorée ordinaire, seulement, chacun lésait, si chaque maladie a son type principal, elle nous offre à côté de ce type des variétés plus ou moins nombreuses relativement à l’étendue ou aux apparences extérieures. De là la distinction de chorée générale, de chorée hémiplégique, de chorée monoplégique, de chorée partielle, de chorée symptomatique consécutive à une ancienne lésion cérébrale, enfin de chorée en secousses intermittentes, électriques ou rhythmiques, comme on le voudra.

L’avantage de cette manière de rattacher les formes plus ou moins bizarres d’une maladie à son type principal est évident, car cela permet de comprendre clairement ce que l’on dit ou ce que l’on écrit. Au contraire, lorsque sans preuves d’anatomie pathologique, uniquement par hypothèse, on veut créer une maladie nouvelle, en l’appelant d’une façon aussi confuse, névrose convulsive rhythmique , on ne présente rien de net pour l’esprit. Or, ce n’est pas la peine de changer ce qui existe et ce qui est clair pour ce qui le serait moins. A mon sens, la chorée électrique ou rhythmique doit rester dans le chapitre de la chorée à l’état de variété particulière jusqu’à ce qu'un savant nous révèle la nature du mal d’une façon précise et autrement que par udc nouvelle dénomination qui n’apprend rien.

La chorée électrique ou rhythmique est surtout caractérisée par des mouvements involontaires se produisant sous forme de secousses assez rapprochées. Ces mouvements

sont, comme ceux de la chorée, partiels, hémiplégiques ou monoplégiques. Je les ai ai vus dans la hanche et dans les membres inférieurs, dans le cou, dans les bras. Ils se reproduisent tout le jour et cessent la nuit. Ils ne s’accompagnent d’aucun troublede la sensibilité ni de l’intelligence. Ils ne sont pas accompagnés de fièvre ni de troubles des fonctions digestives. Enfin, ils ont une durée variable, indéterminée, comme celle de la chorée à laquelle ils appartiennent.

Voici deux observations intéressantes de ce genre de chorée.

Chorée électrique ; angine couenneuse intercurrente-, guérison

Meurdera (Marie), âgée de 10 ans, est entrée le 23 octobre 1876 à l’hôpital des Enfants. Elle a eu une convulsion qui a duré pendant cinq heures à l'âge de 3 mois, la rougeole à 7 ans, des douleurs rhumatismales à 9 ans, puis trois mois après, une première attaque de danse de Saint-Guy qui a duré trois mois.

Depuis six mois elle a une rechute de danse de Saint-Guy et ses mouvements sont tout à fait particuliers. A chaque instant elle semble ressentir une secousse dans la colonne vertébrale qui se redresse violemment et les bras se soulèvent aussitôt en montant au-dessus de la tête et une petite secousse occupe les membres inférieurs en faisant fléchir un peu l'articulation du genou. Parfois, lorsque la flexion du genou était trop forte, elle tombait; ces secousses n’étaient pas douloureuses et représentaient quelque chose d’analogue à ce que l’on produirait avec une décharge électrique. L’étatgénéral est excellent, mais il y a à la base et vers la pointe, du côté de l’aisselle, un bruit de souffle au premier temps.

Elle a été traitée par l’arséniate de soude et était à peu près guérie, lorsqu’il est survenu une angine couenneuse, le 3 novembre; celte angine envahissait tous les jours et était caractérisée par une exsudation épaisse, blanchâtre, couvrant les amygdales, la luette, avec léger engorgement ganglionnaire cervical, pas d’albuminurie.

Des douches de coaltar, du chlorate de potasse, du cognac et une forte nourriture l’ont guérie complètement et elle sort le 18 novembre 1876.

Chorée électrique; guérison par le tartre stibié à dose vomitive.

Juliette Ch..., âgée de 14 ans, entre le S mars 1880 salle. Vatleix, lit n° 20, hôpital Sainte-Eugénie, service de M. Triboulet

Il y a deux ans environ, elle fut prise de mouvements choréiques dans les muscles du cou du côté droit. Ces secousses musculaires persistèrent sans toutefois augmenter d’intensité.

Quelques mois après, elle vit apparaître des mouvements de même nature dans le bras du môme côté.

2 octobre 1880. Elle entre à l’hôpital Sainte-Eugénie, salle Valleix. Douche froide chaque jour et vers la quinzième il y eut une grande amélioration. Les mouvements cessèrent complètement, et l’enfant sortit guérie le 13 décembre 1880.

Elle fut reprise, sans cause connue de mouvements choréiques au commencement de janvier 1881.

15 janvier 1881. Elle entre de nouveau à l’hôpital Sainte-Eugénie, salle Valleix.

Les mouvements du membre supérieur sont aussi intenses que la première fois; ils s’étendent aussi aux muscles du membre inférieur du côte droit, mais les muscles du cou n’en sont pas atteints, douches froides.

L’enfant fut rapidement améliorée et le 31 janvier fut envoyée en convalescence à Epinay, complètement guérie; elle y séjourna environ un mois.

5 mars 1881. Juliette Ch... retourne à l’hôpital Sainte-Eugénie, même salle.

Elle vient d’être reprise sans raison apparente de mouvements limités cette fois au membre supérieur.

Elle est robuste, d’une bonne santé, et paraît très intelligente.

Le père s’est toujours bien porté; la mère est morte depuis longtemps, et nous n’avons pu recueillir aucun renseignement à son sujet.

Pas d’antécédents de rhumatismechez le père, ni chez l’enfant, qui ne présente aucune altération cardiaque.

Les mouvements dont elle est atteinte lui permettent bien de s’habiller, boire, manger sans difficulté, mais tout travail nécessitant une application prolongée du bras est devenu impossible.

Les secousses sont telles que, comme dans notre précédente observation, elles semblent être l’effet d’une décharge électrique; elles sont continuelles, rhythmiques, et leur nombre est d’environ trois par minute.

Elles ne sont augmentées ni en intensité ni en fréquence pai les mouvements volontaires; il en est de même lorsque 1 enfant ; se sait observée.

Elles ne rendent pas non plus le sommeil impossible et cessent lorsqu’il est arrivé.

L’enfant ne ressent aucune douleur spontanée, mais la presi sien provoque une douleur assez vive au niveau de la septième vertèbre cervicale.

L’ensemble des contractions consiste en une extension de r l’avant-bras sur le bras avec rotation du membre en dedans, les j doigts éLant fléchis; on observe aussi une légère projection de ; l’épaule en avant.

Les muscles qui se contractent avec le plus d’énergieparaissent - être ceux de l’avant bras et. parmi ces derniers, le long supinai teur; il y a aussi de fortes contractions du grand pectoral. Les secousses sont si rapides qu’elles rendent impossible une des- ; cription plus détaillé des muscles qui se contractent, douche i froide chaque jour. Sous cette influence, il se produisit une légère amélioration.

14 mai. Tartre stibié, 0,75 milligrammes.

Le soir, les secousse électriques ont presque entièrement disparu.

Les douches froides sont continuées et la malade sort guérie le ; 23 mai.

Le traitement de la chorée électrique est à peu près le même que celui delà chorée ordinaire. Il faut prescrire les bains sulfureux, trois par semaine, la gymnastique, les douches froides, lernassage,lafaradisationpendant quelques minutes chaque jour, et à l’intérieur le tertre stibié à dose contro-stimulante selon la méthode Gillette à la dose de 10 à 15 centigrammes par jour, par cuillerées, toutes les deux heures, l’arséniate de soude à 10 et 15 milligrammes par jour, le bromure de potassium à 2 et 3 grammes, le sulfate d’atropine à la dose d’un demi- milligramme par jour, au besoin d’un demi-milligramme matin et soir, et enfin les injections hypodermiques de morphine à un demi-centigramme ou un centigramme chaque fois selon l’âge des enfants.

34. — Méningite tuberculeuse guérie ; hydrocéphalie chronique consécutive ; mort ; autopsie.

La guérison de la méningite tuberculeuse est rare et quand le médecin donne des soins à un enfant qui guérit, il se demande s’il ne s’est pas trompé. C’est qu’il y a tant de pseuclo-méningites qu’on peut prendre pour des méningites, et celles-là guérissent, qu’en vérité, pour soi-même et pour les autres, on doute toujours un peu de la guérison d’une méningite véritable. Malgré ces doutes que légitime une longue pratique, il me faut admettre que la méningite peut ne pas toujours entraîner la mort et se terminer par la guérison complète ou par le passage à l’état chronique, entraînant la surdité, l’amaurose, les paralysies partielles, les contractures et l'idiotie ou l’imbécillité.

La méningite qui guérit complètement est celle qui n’a rien de tuberculeux. Quant à la méningite tuberculeuse, si elle paraît guérir, ce n’est qu’en apparence, car après un temps plus ou moins long, elle reparaît et entraîne la mort. Si elle ne fait pas toujours périr, elle laisse après elle un état qui ne vaut guère mieux, c’est la paralysie ou l’idiotie.

Comme on a très rarement l’occasion devoir une méningite tuberculeuse guérie et suivie de mort au bout de trois mois, pour avoir laissé après elle un état caractérisé d’idiotie et de convulsions, il me paraît utile de donner quelques détails sur le fait que l’on a pu observer dans mes salles sur l’enfant du n° 42 et qui vient de mourir dans ces conditions.

Cette petite fille, X..., entrée en avril à l’hôpital des Enfants-Malades, était en nourrice à la campagne. Là, elle a été prise au mois de janvier de vomissements, avec constipation, somnolence, plaintes et cris continuels. Elle a été traitée pour une méningite tuberculeuse. Son médecin, l’ayant considérée comme guérie, l’a renvoyée à Paris chez ses parents. Mais là au bout de deux jours elle a été prise de convulsions violentes et continues qui ne cessèrent que pour faire place à une contracture des extrémités. Le Dr Bouchut

la vit dans cet état. L’enfant tétait son biberon avec avidité, aie vomissait pas et allait régulièrement à la garde-robe, i Son pouls était régulier, 120 à 140. La température ôtait î normale. Elle ne paraissait pas avoir l’intelligence de ce qui l’environnait et ne semblait pas voir les objets exté- I rieurs.

C’est dans ces conditions qu’elle entre à l’hôpital dans la salle Sainte-Catherine. Sa tête avait le volume ordinaire Elle était renversée en arrière. Elle avait les bras et les : jambes raides, les doigts contracturés, mais pas de convulsions. Elle continua à téter sou biberon sans vomir, mais avait une forte constipation. Pouls régulier, 80, pas de fièvre .

A l'ophthalmoscope on trouvait les deux papilles absolument cachées, couvertes par un exsudât blanchâtre opalin;

■ les veines dilatées, flexueuses et des artères à peine visibles. Au bout de quelques jours parurent des convulsions générales des deux côtés du corps et elle succomba.

A l'autopsie on trouve le sinus longitudinal supérieur rempli par un caillot filiforme, pâle, décoloré, demi-transparent.

Le cerveau est très fluctuant et les circonvolutions fortement aplaties par une compression l’enserrant de dedans

■ en dehors. C’est qu’en effet les ventricules latéraux sont fort dilatés et très distendus par uue grande quantité de sérosité limpide incolore. Ils communiquent largement l’un avec l’autre par le trou de Monro. Leurs parois sont couvertes de capillaires et de veinules assez larges. La séreuse est lisse en apparence, mais, à la vue oblique, elle est couverte d’un sablé très peu rugueux. La substance cérébrale paraît saine et ne renferme ni tubercules, ni autres tumeurs.

La pie-mère est très épaissie à la base du cerveau et dans

■ les scissures. Elle est opaline et d’un côté présente quelques granulations fines, blanchâtres, laiteuses. Elle est également opaline à la surface supérieure du cervelet.

Les poumons, la rate, les reins et le foie sont sains.

Comme on le voit par la description de l’état du cerveau,

MALADIES DES ENFANTS

dos méninges épaissies, opalines, avec granulations miliaires laiteuses de la scissure de Sylvius, il y a bien là les preuves d’une méningite tuberculeuse guérie, et ayant laissé après elle une phlegmasie chronique de la séreuse des ventricules latéraux. En effet, cette séreuse ôtait restée très vasculaire et sa surface chagrinée était couverte d’une innombrable quantité de sablé fin, blanc, qu’on ne voyait qu’enregardant un peu obliquement au jour. Les cavités ventriculaires renfermaient beaucoup de liquide incolore et limpide comme de l’eau de roche. Et il n’y avait aucun ramollissement des parois ventriculaires. C’était donc là une hydrocéphalie chronique succédant à l’hydrocéphalie aiguë de la méningite constatée précédemment au mois de janvier, c’est-à-dire trois mois avant la mort.

La méningite tuberculeuse peut donc guérir, c’est ce cjue j’ai déjà écrit dans mon Traite des maladies des enfants. Mais comment guérit-elle? Dans quelques cas bien rares, l’enfant guérit tout à fait, restant tuberculeux, mourant quelque temps après de tubercules du cerveau ou de tubercules du poumon. J'en ai publié plusieurs exemples. Ou bien il guérit par le passage à l’état chronique, comme dans le cas qui précède, et alors on a des enfants idiots ou imbéciles, des enfants avec des paralysies générales ou partielles accompagnées de contracture permanente, empêchant la marche. Evidemment dans ces cas, pour l’enfant et pour les familles, la mort eût été une terminaison plus heureuse.

Leçon d' ouverture du cours d'èlé en 1882.

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