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CHAPITRE IV

EXTRACTION DES DENTS

Article Ier. — Considérations générales.

L’extraction a pour but d’expulser de son alvéole une dent considérée comme nuisible.

EXTRACTION DES DENTS

Extraction simple. — Des deux parties dont se compose la dent, couronne et racine, une seule, la racine, est incluse dans l’alvéole jusqu’au collet ; la couronne est libre.

L'action de l’opération porte seulement sur la racine. Il est alors possible de faire abstraction de la couronne, de supposer qu’elle n’existe pas (fig. 49).

Fig. 4;)-— Représentation schématique des racines de la série dentaire, les couronnes ayant été sectionnées au collet (Godon),

Aussi les instruments bien faits sont-ils construits de façon à éviter les couronnes. Il est donc admissible de supposer toutes les dents dépourvues de leurs couronnes et de ne considérer à extraire dans la mâchoire que les racines.

La membrane péridentaire, placée entre la racine et son alvéole, ne constitue pas non plus un obstacle sérieux.

L’opération de l’extraction peut donc être formulée ainsi : « Faire sortir de leur alvéole les racines qui y sont implantées. »

Ces racines, généralement coniques, sont implantées dans des alvéoles de même forme, puisque leurs parois se moulent exactement sur elles; elles sont donc coniques également.

DENTISTERIE OPÉRATOIRE.

Prenons comme exemple la prémolaire inférieure, dont la racine se rapproche le plus du type normal, un cône régulier, dont la hase est au bord libre de l’alvéole. 11 faut faire sortir ce cône plein du cône creux qui lui sert de loge.

Il suffit d’enfoncer l’extrémité aplatie d'un levier résistant entre la paroi alvéolaire et la racine, d’exercer sur celte dernière, par des mouvements appropriés, des pesées répétées pour déchirer ses adhérences et l’obliger, par un dernier mouvement de renversement du levier, à sortir de l’alvéole dans lequel elle est implantée. L’instrument qui remplit cette condition est l' élévateur , dit langue de carpe, ou encore Y élévateur de Coleman, que nous examinerons plus loin p. 232 . Il constitue, comme le pic du paveur, un levier du premier genre, ayant la résistance à l’extrémité aplatie de l’instrument, le point d’appui à un centimètre environ de cette extrémité, sur l’alxréole, et la puissance à l'autre extrémité (manche ou poignée) dans la main de l'opérateur.

Les mouvements ainsi produits pour l’extraction de la racine, sont au nombre de trois :

1° L’engagement de l’instrument;

2° L’ébranlement du levier pour la luxation de la racine ;

3° Le renversement du lexier pour Yélévation de la racine hors de son alvéole, d'où le nom IC élévateur.

Extraction composée. — La théorie que nous venons d’exposer s’applique à l’extraction des dents à racine unique et régulièrement conique.

Mais quelques dents ont des racines qui diffèrent de la forme prise comme type : telles sont les racines d’incisives inférieures, qui sont aplaties latéralement, les racines des premières bicuspides supérieures, qui sont bifides et enfin les racines des molaires, qui sont multiples.

EXTRACTION DES DENTS. 249

L'opération de l’extraction devient alors plus compliquée.

Les trois mouvements du levier ou élévateur r engagement , ébranlement et renversement, ne suftisent plus pour forcer la racine hors de son alvéole.

La résistance étant plus grande, il est nécessaire d’augmenter la puissance. On obtient ce résultat en attaquant la racine de deux côtés à la fois par un double levier. La force est ainsi plus grande pour produire la luxation. Et si l’on suppose les deux leviers, ou élévateurs, croisés au-dessus de la racine et réunis par une charnière, on a le davier.

Cet instrument peut ainsi être considéré comme' un double élévateur. En effet, chacune des deux parties du davier comprend, comme l’élévateur, uneextrémité aplatie destinée à glisser entre la racinede la dent et son alvéole (mors), une extrémité renflée destinée à former le manche ou la poignée de l'instrument (branches). Seulement les extrémités aplaties de ces deux élévateurs ont pour but de s’appliquera la racine sur ses deux faces opposées et depouvoirainsi la saisir (fig. 50).

Les deux premiers mouvements restent les mêmes :

1° Engagement des deux extrémités de l’instrument (mors) entre l’alvéole et la racine ;

2° Ébranlement de la racine par des mouvesments de va-et-vient (de dedans en dehors) ou

Fig. 5o. — Transformation de. l’élévateur en davier pour l'extraction composée (Godon).

DENTISTERIE OPÉRATOIRE.

un léger mouvement de rotation pour la luxation ;

3° Le dernier mouvement de renversement du levier, pour l’élévation de la racine, se transforme en un mouvement de traction de la racine hors de son alvéole.

Ce mouvement est rendu possible par le rapprochement des deux branches, amenant le rapprochement des deux mors, entre lesquelles la racine se trouve ainsi fortement pressée.

Cet instrument est, comme le précédent, un levier du premier genre, destiné à donner une prise solide. La résistance est à une des extrémités (mors , la puissance à l'autre (branches , seulement le point d’appui, au lieu d'étre sur l'alvéole, est alternativement sur l’une ou l’autre face de la dent dans les mouvements d’ébranlement; en négligeant le bras et le corps de l’opérateur, on peut dire que le point d’appui dans la traction est sur la charnière de l’instrument.

On comprend aisément qu’avec cet instrument, agissant sur les deux côtés de la racine en même temps, il soit plus facile de vaincre une plus grande résistance par le mouvement de traction qu’il permet qu'avec le renversement du simple élévateur agissant d’un seul coté de la racine.

Nous venons de passer en revue la forme et le mode d’action des instruments, le choix des points d’appui. Il reste à indiquer la meilleure utilisation de la force.

On comprend combien il est facile de diminuer ou d’augmenter la puissance du davier par des modifications appropriées sur une des parties qui le composent.

Une adaptation parfaite des mors à la périphérie de la racine, telle que Tomes l’a comprise et indiquée, diminue la résistance, en permettant aux trois

EXTRACTION DES DENTS

mouvements, engagement, ébranlement et traction, de s’opérer plus facilement, plus économiquement, car l'effort est mieux utilisé. Exemple : les daviers dits anglais.

Les différentes courbures qui allongent les branches, allongent le bras du levier et, par suite, augmentent la puissance, en exigeant une moindre dépense de force musculaire; tels sont les daviers dits américains.

Enfin, des modifications dans l’articulation peuvent avoir pour conséquence d’augmenter la force du point d’appui : tels sont les daviers à bec de faucon, les daviers à mors parallèles, etc.

On a vu par ce qui précède que le clavier est un élévateur complété et perfectionné. Aussi est-il devenu l’instrument le plus généralement employé pour l’extraction des dents, l’emploi de l’élévateur se trouvant restreint aux seuls cas où l’emploi du davier est impossible.

De cette explication il résulte que les multiples instruments d’extraction se réduisent à deux instruments types :

i° Le levier ou élévateur simple (type : la langue de carpe) ;

2° L’élévateur double ou davier.

Dans la première classe, rentrent tous les instruments qui n'ont d'action, dans l’extraction, que sur un côté de la racine à extraire, tels que la langue de carpe, le pied de biche et les autres élévateurs de différentes formes.

Nous devons ajouter pourtant que le pied de biche agit un peu différemment de l’élévateur proprement dit; enfoncé dans l’alvéole, il fait sortir la dent comme un coin et non comme un levier. C’est le point de l'alvéole diamétralement opposé à celui où la pointe du pied de biche a été introduite qui sup-

DENTISTERIE OPERATOIRE.

porte l'effort de la puissance. A la fin de l'opération, au moment du renversement, le pied de biche se •comporte comme l’élévateur.

Dans la clef de Garengeot, le deuxième temps est une sorte de mouvement de traction. Mais JLous ces instruments ont cela de commun qu'ils n 'agissent que sur un seul point de la dent, point d'application de la résistance, qui par suite doit présenter une .grande solidité.

Dans la deuxième classe, se trouvent les instruments qui sont destinés à agir >ur deux côtés de la racine en même temps, ce sont toutes les collections de daviers, quelque forme qu'ils affectent.

Si l’on jette un coup d’œil sur les instruments anciens employés, pour la chirurgie dentaire, au xvie siècle, par exemple, on y trouve l'application de la classification que nous venons d'indiquer. C’est ainsi que le poussoir d'Ambroise Paré prend place dans la première classe et son davier dans la seconde. Quant au polican, plus tard pélican, prédécesseur de la clef de Garengeot, il doit, comme celte dernière, être rangé dans la première classe, •quoique, tout en s’appliquant sur la racine d'un seul côté, il contienne en germe le mouvement de fraction du davier.

Article 11. — Instruments.

Clef de Garengeot. — Elle se compose d'une tige 'd’acier, surmontée d’un panneton portant un crochet mobile. L'autre côté de la tige est terminé par un manche ou poignée perpendiculaire. La forme des crochets mobiles varie suivant la nature de la dent.

Dans cet instrument, la résistance est au point d’application de la pointe du crochet, au collet de la dent, généralement à la face interne; le point d'ap-

EXTRACTION DES DENTS. 253

pui est sur la gencive, où est appliqué le panneton garni de linge, et la puissance, qui est considérable, par suite de la longueur du bras de levier et de la Position perpendiculaire de la poignée, se trouve à celte extrémité.

Les temps de l’opération se réduisent à deux : placer 1 instrument en appliquant le crochet et par un mouvement de torsion de la poignée renverser la racine de la dent en dehors de l’alvéole.

Cet instrument n’est presque plus usité. Nous ne saurions mieux le condamner qu’en rappelant l’expression de Brasseur, qui compare l’extraction avec la clet a 1 action d’un ouvrier, qui brutalement, pour arracher un clou, enlèverait en même temps une partie de la planche dans laquelle il est implanté.

Les nombreux accidents qu’il a provoqués l’ont relegue au nombre des instruments abandonnés.

Eievateurs. — Comme nous l’avons vu plus haut, 1 élévateur se compose généralement d’un manche plat ou rond, surmonté d'une tige terminée par une partie aplatie ou creusée en gouttière de forme variable.

Les deux variétés communément employées sont •

La langue de carpe, qui est caractérisée surtout par 1 aplatissement de la pointe (en forme de bêche) disposition qui permet de la faire passer entre les dents et l’alvéole. Le manche est quelquefois rond

quelquefois plat, et d’autres fois perpendiculaire à la tige.

Le pied de biche, dont l’extrémité est en forme de curette à une ou deux pointes et le manche analogue a la langue de carpe.

Nous signalerons en passant la vis, qu’on emploie soit seule, soit prise entre les mors d’un davier spécial. Son usage est restreint à l’extraction des racines très excavées.

Codox. — Clinique dentaire. Ijj

DENTISTERIE OPÉRATOIRE.

Daviers. — Comme nous l'avons vu, on appelle daviers, des pinces forles, droites ou recourbées, dont les mors ont une forme appropriée à chaque déni et qui forment un double élévateur.

Le davier se compose de trois parties distinctes :

Les branches sont la partie de l’instrument qui est tenue en main. Elles sont droites ou recourbées.

L'articulation réunit les branches aux mors et permet l'ouverlure ou la fermeture de l'instrument.

Les mors terminent l'instrument et consistent en deux pinces, de formes variées, qui enchâssent la dent et la maintiennent serrée jusqu’à sa sortie de l'alvéole.

Les principales formes de daviers employés sont les suivantes :

Les daviers petits de branches avec des mors ajustés au collet des dents sont dits anylai*. Ils forment une collection très appréciée d’après les modèles de Tomes. Les mors s'adaptent parfaitement au collet des diverses dents pour l'extraction desquelles elles sont destinées.

Les daviers américains sont de forme plus volumineuse. Leurs branches sont recourbées et l'une d’elles remonte au-dessus de la face dorsale de la main. Avec ces instruments l'effort est amoindri par la masse et la dent est plus facilement arrachée après la luxation.

Les daviers à branches superposées. Une des branches est creusée, au niveau de l'articulation, d une fente quadrangulaire dans laquelle passe l’autre branche. Le mouvement de fermeture et d'ouverture est vertical. Dans un dernier perfectionnement de l’instrument, on a facilité le retrait de la vis qui réunit les deux branches, ce qui permet un nettoyage complet de l’instrument par suite de sa sépa-

EXTRACTION DES DENTS

ration en deux parties. Les mors sont perpendiculaires aux branches et affectent une forme spéciale dite à’ bec de faucon. Ce davier est généralement employé pour les molaires inférieures. La force de l'opérateur est augmentée par suite de la longueur du bras de levier.

Le mode d’emploi et l’usage particulier de chaque espèce de daviers sont indiqués plus loin.

Article III. — Principes de l’extraction.

D’après Tomes, on peut résumer ainsi les conditions générales d’une bonne extraction :

1° Enlever en totalité l’organe considéré comme • nuisible.

2° Blesser aussi peu que possible les tissus dans lesquels l’organe à extraire est implanté.

3° Éviter toute douleur inutile.

L'opération de l’extraction comprend six périodes : la position du patient et de l’opérateur; l’examen de la dent; le choix de l’instrument; l’extraction proprement dite avec le davier ; le mode d’opérer pour chaque cas particulier; enlin l’extraction des racines.

§ 1er. — Position du patient et de l’opérateur.

Le patient est assis dans le fauteuil, la tête solidement placée dans la tètière.

Le fauteuil doit être aussi bas que possible pour les dents inférieures; un peu élevé et renversé, pour les supérieures.

L’opérateur, pour l'extraction des dents supérieures, se place à droite, entoure du bras gauche la tête pendant qu'il opère de la main droite.

Pour les inférieures, il se place en avant et un peu à droite, en maintenant la mâchoire inférieure de la main gauche.

DENTISTERIE OPÉRATOIRE.

Quelques opérateurs se placent exceptionnellement à gauche pour les molaires inférieures, surtout lorsqu’ils emploient les daviers à bec de lançon ou les élévateurs.

S 2. — Examen de la dent.

La dent doit être examinée principalement au point de vue de la somme de résistance qu’offrent se- parois coronaires restantes. Cet examen est important, surtout dans l’extraction des dents dont la carie a profondément excavé la couronne et la racine.

La forme anatomique de la dent, qu’on doit toujours avoir présente à l’esprit, sa position, permettent de déduire les procédés à employer. Dans le cas d’anomalies coronaires ou radiculaires ou lorsqu’on soupçonne des processus pathologiques tels que l’exostose, on doit opérer avec beaucoup de prudence.

Les indications offertes par la fragilité des parois qui pourraient être rompues par une trop forte pression et compromettre la bonne exécution de l'opération, sont les plus importantes pour le choix judicieux de l’instrument.

§ 3. — Choix de l'instrument.

L’examen de la dent a pour but de fixer l’opérateur sur le choix de l’instrument.

Toute dent pouvant s’extraire avec le davier doit être enlevée avec cet instrument; les autres instruments doivent être réservés pour les dents qui présentent des contre-indications spéciales à l'emploi du davier (Dr Busch).

Lorsqu’il ne reste qu’un bord de la dent, l'emploi du davier est contre-indiqué et les élévateurs seuls pourront agir avec efficacité.

Les principes suivants, avec les cas particuliers qui s’y rapportent, fixeront nettement sur le choix et le mode d'opérer de chaque instrument.

EXTRACTION DES DENTS

ii 4. — Extraction proprement dite avec le davier.

L’opération de l'extraction avec le davier comprend trois temps:

Placement de l’instrument. — Le davier est pris à pleine main, les doigts rabattus sur les branches, le pouce placé entre elles près de la charnière, afin de modérer la pression. Les mors écartés ne doivent se rapprocher que lorsqu'on est sûr de saisir la dent aussi intimement et aussi profondément que possible.

Luxation. — Dans ce second temps, le poignet seul doit agir sans le secours du coude. Ce mouvement a pour but de détacher la dent de ses adhérences et varie suivant la forme des racines. C’est un mouvement de rotation ou de demi-rotation, dans les racines coniques; de dedans en dehors, pour les dents à racines multiples.

Traction. — C’est le retrait de la dent de son alvéole. Celte traction ne doit s’opérer qu’aprés complète luxation et sans violence. Elle se pratique de bas en haut ou de haut en bas, de dedans en dehors ou de dehors en dedans, suivant la mâchoire sur laquelle on opère et l’instrument employé.

Le davier doit être appliqué de manière que ses mors embrassent complètement la dent à son collet, le plus loin possible sur la racine et sous la gencive, mais, quand il n’y a pas possibilité d’embrasser les racines, on peut faire pénétrer les mors du davier à travers le rebord alvéolaire (Telschotv).

Le nombre de daviers dont l’usage parait le plus indispensable est le suivant :

1° Pour les dents temporaires :

Dents supérieures

Dents inférieures..

res. .

I Molaires

; Incisives et canines

j Molaires

j Incisives et canines

DENTISTERIE OPÉRATOIRE.

2° Pour les dei\ts permanentes.

Denis supérieures.

Dents inférieures. .

Pinces à racines. . .

Incisives

' Deuxièmes prémolaires

I Molaires (droite et gauche .

y Dent «le sagesse

/ Incisives

N Prémolaires

! Molaires

\ Dent de sagesse

I Supérieures

1 Inférieures

Total

§ b. — Mode d'opérer pour chaque cas particulier.

Dents temporaires. — Leur avulsion peut être généralement pratiquée avec le davier employé comme pour les dents permanentes :

Incisives et canines supérieures. — On emploie le davier droit.

Molaires supérieures. — Davier à mors droits et à branches courbes. Il sert également pour les deux côtés et pour la première et la deuxième molaire.

Incisives et canines inférieures. — On peut se sertir du même davier que pour les supérieures ou employer le modèle à mors recourbés à angle droit avec les branches.

Molaires inférieures. — On emploie pour la première et la deuxième molaire et pour les deux côtés comme pour les molaires supérieures, le même davier.

Dans le cas de carie précoce, lorsque les molaires sont trop avariées, lorsque les racines sont séparées, il est préférable de faire usage d'un élévateur, quelquefois même d'une simple rugine, dont on se sert comme d’un élévateur.

Dents permanentes. — Incisives supérieures. — On emploie le davier droit à mors larges et égaux (lig. 51). La dent doit être saisie solidement,

EXTRACTION UES DENTS

tordue par un tour ferme de poignet et tirée avec un léger effort obliquement de dedans en dehors.

Incisives inférieures. — Le davier a les mors courbés relativement à la poignée et la poignée droite. Le mors qui doit attaquer la face postérieure de la dent est plus petit que celui de la face antérieure. La dent, après de légers mouvements de rotation, puis de dedans en dehors, est tirée en dehors.

Canines supérieures et inférieures. — On se sert des mêmes daviers que pour les incisives, à la différence que leurs mors peuvent être plus forts.

Les mouvements sont les mêmes que pour les incisives, mais beaucoup plus prononcés.

Pour les dents irrégulièrement placées, on se servira de daviers à mors de largeur inégale.

Fig. Si. — Extraction d'une incisive supérieure avec un davier droit. (Sewill.)

Bicuspides supérieures.

— Elles offrent celte particularité d'avoir leur collet comprimé latéralement. Les mouvements de luxation doivent avoir lieu de dedans en dehors, angulairement à l'arcade, pour rompre les connexions de l’organe 'et non pour Y extraire, car on s’exposerait, dans ce cas, à une rupture. La traction sera toujours opérée de haut en bas et en dehors, lorsque la dent sera suffisamment détachée de son alvéole.

DENTISTERIE OPÉRATOIRE.

On peut employer pour la première bi&cupide le davier droit îles incisives et pour la seconde bicuspide le davier à branches courbes.

Bien se rappeler que les racines de ces bicuspides sont presque toujours bifides, extrêmement grêles et faciles à fracturer.

Bicuspides inférieures. — Ces bicuspides ont leurs racines plus coniques que leurs antagonistes supérieures. La luxation pourra donc être opérée par rotation, jusqu’à ce que l’on sente les attaches se rompre. On procédera ensuite comme pour les incisives inférieures.

Molaires supérieures. — Elles présentent trois

racines divergente^ :deux

externes et une interne.

Leur point de réunion au collet présente, par cela même, une certaine divergence. C'est à ce point qu'il faut appliquer le davier. La forme de l'instrument est spéciale. Les mors sont inégalement construits. La partie qui doit s’appliquer à la face jugah porte deux sillons et celle qui attaque la face palatine est seulement scmilunairc , ce qui nécessite deux daviers, un pour le côté droit et l'autre pour le côté gauche.

La poignée est légèrement courbée.

* Pour l’extraction on procède de la sorte : Après avoir convenablement

Fig. 52. — Extraction d'une prémolaire inférieure avec un davier. (Sewill.)

EXTRACTION DES DENTS

saisi la dent au collet, en engageant les mors conformément à leur disposition, on lui imprime tout d abord un mouvement de luxation en dedans, pour détacher les deux racines antérieures de leur alvéole. Le même mouvement sera ensuite exécuté en dehors et en bas. On répète ces mouvements jusqu’à ce que les racines soient suffisamment détachées, puis l'on sort la dent en dehors.

Molaires inférieures. — Les molaires inférieures

I ig. 53. Extraction d une molaire inférieure avec un davier dit à bec de faucon. (Sewill.)

ont deux racines: une médiane et une distane. Leur réunion au collet se présente sous la forme d'un N grossier, si l’on pratique une section transversale. Le davier qu on emploie (fig. 52) aies mors façonnés de taçon à embrasser ce 8, avec une légère proéminence au centre, pour mieux pénétrer dans les deux sillons que forme la réunion des deux racines.

Pour 1 extraction de ces molaires il faut enfoncer le davier jusqu’au bord libre des alvéoles, ce qui est facile par suite de la forme conique de cette partie de la dent.

DENTISTERIE OPÉRATOIRE.

La luxation doit se produire en dedans, ce qui détache la dent de la paroi externe de l'alvéole, puis la dent est .extraite par un mouvement en haut et en dehors avec le davier a bec de faucon (fig. 53), en haut et en dedans avec le davier ordinaire.

Dents de sagesse supérieures et intérieures. - On peut se servir, pour les dents de sagesse, des mêmes daviers que pour les autres molaires, mais on emploie généralement des daviers spéciaux, dont les mors forment avec les branches un angle plus obtus, afin de faciliter l'introduction de l'instrument.

Très souvent aussi, pour les dents de sagesse inférieures surtout, ou se sert de la langue de carpe, en cas de constriction des mâchoires par exemple.

§ 6. — Extraction des racines.

Extraction par les daviers. — Pour le- racine-, on emploie les daviers spéciaux dits à racines. Les mors de ces daviers doivent être assez minces pour pouvoir pénétrer assez profondément entre la racine et l’alvéole.

Racines des incisives supérieures. — Elles peuvent être extraites au moyen du davier droit à racines, par les mouvements déjà indiqués plus haut pour les dents ou à l'aide d’une pince à vis.

Racines de la mâchoire supérieure. — On emploie pour les racines des daviers en forme de baïonnette, qui entrent assez profondément dans l'alvéole et offrent beaucoup de prise.

On doit, dans un groupe de racines, commencer par la plus ébranlée ou la plus facile a saisir vu l’intégralité de ses bords, l'extraction delà première racine rendant plus facile l'extraction de la seconde.

Racines de la mâchoire inférieure. — On se sert, le plus souvent, de daviers à bec de perroquet.

EXTRACTION DES DENTS

Extraction par les élévateurs. — D’après les principes exposés plus haut, l’emploi des élévateurs est tout indiqué dans l’extraction «les racines qui n’offrent qu'un seul bord insuffisant pour la prise au davier.

On emploie le pied de biche, quand on veut agir sur la surface labiale ou jugale, ou la langue de carpe. Celle-ci s'introduit dans l’espace qui sépare une dent de l’autre. C'est un élévateur très puissant. Pour s’en servir, après avoir fait pénétrer dans l’interstice la pointe jusque dans l’alvéole, on commence par luxer la racine par des mouvements de demi-rotation de l'instrument sur son axe. On exerce ensuite un effort judicieux dans le sens de courbure des racines pour éviter les accidents de voisinage et on retire la racine par un mouvement de torsion de la poignée (Ronnet). Pour éviter le glissement de l’instrument, on enroule d’une serviette l’index de la main gauche et on maintient solidement la tête du patient, précaution nécessaire pour tous les élévateurs.

Dans beaucoup de cas, on se contente de luxer la dent avec la langue de carpe et on achève l'extraction avec le davier. Cet instrument s’emploie plus généralement pour l’extraction de la dent de sagesse inférieure.

On s’en sert aussi pour la supérieure, mais on risque de détacher la tubérosité.

Dans tous les cas, il est nécessaire de s’assurer préalablement de la solidité de la dent sur laquelle on prend le point d’appui.

Quand la pointe de l’élévateur, levier ou pied de biche, est enfoncée aussi profondément que possible entre l'alvéole et la racine du côté de son bord résistant jugal ou même lingual (élévateur de Martial Lagrange), on obtient l’extraction de celle-ci en poussant l'instrument dans la direction delà paroi

opposée de l’alvéole et en même temps en abaissant légèrement le manche de l’instrument.

Article IV. — Extractions difficiles.

Elles peuvent naître des deux causes principales suivantes:

Position des dents. — Lorsque les dents chevauchent les unes sur les autres, le inors du davier n’a pas assez de prise et les dents voisines peuvent être lésées. En ce cas on emploie un davier spécial à mors étroits.

Anomalies des racines. — a) Racines convergentes ( dents barrées). — L'extraction occasionne souvent la rupture partielle de la cloison inter-alvéolaire. Le moyen le plus pratique à employer consiste à réséquer la couronne, à séparer les racines el à les extraire isolément.

b) Racines divergentes. — 11 peut y avoir bris de l’une des racines; alors il faut procéder, avec des pinces appropriées, ou des élévateurs, à l'extraction de la racine restante.

Article V. — Indications de l’extraction.

Les indications de l’extraction ont été fort réduites par suite des progrès accomplis dans la thérapeutique dentaire, qui permet de conserver les organes malades et de leur restituer presque toutes leurs fonctions.

Le D1' Busch pose celte indication : « Il faut enlever toute dent qui a cessé d’être utile comme organe de mastication et à qui l’on ne peut rendre celte utilité par les moyens dont dispose le dentiste: l’obturation, l'application d’un pivot ou d'une couronne d’or. »

L’extraction est indiquée dans les cas suivants:

EXTRACTION DES DENTS

Dents temporaires. — 1° Apparition des dents permanentes en avant ou en arrière de leur position définitive.

2° Abcès alvéolaires provoquant des fistules cutanées, de la nécrose.

3° Dents temporaires gênant l’éruption normale des dents de remplacement (R. Nicholls).

Dents permanentes. — 1° Abcès alvéolaires récidivant malgré le traitement ;

2° Accidents du côté de l'œil, de l’oreille;

3° Carie totale de la couronne, avec impossibilité d'utiliser la racine par l'obturation ou d’y insérer une couronne artificielle ;

4° Suppurations alvéolaires continuelles et abondantes, pyorrhée alvéolaire à sa dernière période.

a" Névralgies persistantes ;

6° Constriction des mâchoires provoquées par l'éruption vicieuse de la dent de sagesse ;

7° Abcès du sinus ;

8° Traitement de certaines anomalies de siège, d’arrangement ;

9° Épulis et polypes de la gencive;

10° Périostite chronique, après échec du traitement de la dent.

Article VI. — Contre-indications de l’extraction.

L’extraction ne doit pas avoir lieu dans les cas suivants: 1° Diabète ; 2° Hémophilie; 3° Glycosurie; 4° Troubles cardiaques ; 5° Irritabilité nerveuse; 6° Époques des menstrues, de la grossesse et de la lactation. Ces dernières contre-indications ne sont pas absolues.

Article VII. — Complications de l’extraction.

La classification très complète de Delestre étant la plus adoptée, nous la donnons ci-dessous:

DENTISTERIE OPÉRATOIRE.

i. Accidents portant sur dent elle-même

' Fracture de la dent.

^ Luxation et fracture des dents la voisines.

' ' ( Extraction des germes de 2' dentition.

Fracture du bord alvéolaire et 2. Accidents intéressant les \ fracture complète.

os maxillaires j Luxation île la mâchoire

Lésions des sinus maxillaires.

( Déchirure et décollement de la

.1. Accidents intéressant les ^Contusions et blessures des

parties molles f lèvre9j langue, joues.

Emphysème .

Accidents consécutifs..

! Hémorrhagies.

\ Fluxions, abcès, phlegmons.

j Dents pénétrant dans les voies ( digestives ou aériennes.

Névralgies.

Tétanos.

^ Accidents intéressant les or- 5. Accidents sympathiques. ganes des sens.

I Accidents chez les femmes eu ’ état de grossesse, de menstruation, de lactation.

11 est inutile d’insister sur le traitement des accidents portant sur la dent elle-même ou sur les dents voisines. Si la dent sur laquelle porte l'extraction est fracturée, on agira comme pour l'extraction des racines. Dans certains cas, il vaut mieux différer d’achever l’extraction. Si la pulpe est mise à nu, pratiquer la destruction immédiate au thermocautère, si on laisse les racines.

Si la dent voisine est luxée, on la remet en place en recommandant au malade d'éviter au début de la fatiguer par la mastication. O11 peut aussi pratiquer la ligature de la dent avec les dents voisines. Si le déplacement de la dent est complet, on pratiquera la réimplantation.

LIMAGE, RÉSECTION.

L’extraction des germes de deuxième dentition est un accident rare et irréparable.

Quant aux autres accidents, le traitement en est indiqué dans le volume consacré à la thérapeut ique ( I).

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