INTERROGATOIRE DE LA MALADE
tendues peu auparavant, elle croit toujours les voir ou entendre pour la première fois. Et cet oubli s'étend à tous les faits qui se succèdent dans le courant de la journée. Et cette amnésie s'est ainsi prolongée jusqu*au moment présent. Tous les faits qui se sont écoulés depuis cette époque, elle ne les connaît pas. C'est en somme une amnésie actuelle très singulière en vérité et dont on trouverait difficilement, je crois, un exemple analogue. Je sais bien que dans les amnésies traumatîques on a exceptionnellement signalé quelques faits de ce genre et qu'on retrouve une esquisse de ce caractère antérograde dans les observations de MM. Motet (1), Ribot (2) et Kaempfen (3). Mais ce caractère antérograde y est à peine esquissé ; il est de plus essentiellement éphémère et ne peut être comparé, ni comme degré ni comme durée, au cas qui nous occupe, dans lequel l'amnésie dure déjà depuis quatre mois-^ Or, c'est là le fait essentiel, capital. Un court interrogatoire de cette malade va du reste vous donner un spécimen de son amnésie.
D. — Connaissez-vous R..., Madame?
R. — Non, Monsieur, je n'y ai jamais été,
D. — Votre fille a-t-elle eu des prix cette année ?
R. — Je ne sais pas.
D. — Vous rappelez-vous si, au mois d'août, un individu vous a faussement annoncé la mort de votre mari ?
R. — Je n'ai jamais entendu rien de semblable.
D. — Qu'est-K^e que cette plaie que vous avez à la main droite ?
R. — C'est une brûlure.
D. — Quand et comment vous êtes-vous brûlée ?
R. — Je n'en sais rien.
(i) Motet.— No/e sur V amnésie temporaire {Union médicale. 4879, t. I. p. 950).
(2) Ribot. — Revue philosophique (août 1880).
(3) Ksempfen. — Observation sur un cas de perte de mémoire (Bullet. Académie de méd., 1885, t. IV, p. 489).