TABLEAU XXI
CÔTB PATBRNBL CÔTE MATERNEL
Tante. Père. Mère. Tante.
Aliénation mentale. Diabète^ goutte. Tuberculose. Hémiplégie.
Cousin. I
Impulsif. Hec .. Tabès.
GlIARCOT, T. 11. 20
306 NUTRITION BT STSTÈMB NERVBOX.
On voit par les exemples précédents que le diabète alterne avec le tabès dans les divers membres d'une même famille, absolument comme il alterne avec les vésanies et les névroses. Et cette alternance semble plus fréquente qu'on ne pourrait le croire : elle s'y présente d'une telle manière qu'elle ne peut être expliquée que par des liens de parenté entre ces deux affections. Assurément, lorsqu'il s'agit de faits rares, il est impossible de prouver qu'ils contiennent autre chose que des coïncidences fortuites. Mais, quand ces cas sont nombreux au contraire, la relation n'est pas niable; ils suffiraient même à prouver l'existence d'une parenté entre le tabès et le diabète, si déjà la parenté de Tarthritisme et de la névropathie n'était point chose certaine.
La raison de ces liens de parenté consiste vraisemblablement dans un trouble de la nutrition, trouble commun aux manifestations arthritiques et aux manifestations nerveuses. « Cette connexion des affections du système nerveux avec la maladie diabétique, dit M. Bouchard,... prouve assurément que le système nerveux a une influence réelle sur le développement de 1^ maladie, mais cette influence est sans doute la même que celle qui prédispose à tant d'autres maladies générales, à tant de troubles permanents de la nutrition. Le système nerveux est, en effet, le grand modérateur des actes nutritifs ; et ses désordres héréditaires ou acquis peuvent rendre la nutrition plus active ou plus lente... Si les métamorphoses de la matière peuvent être ralenties par un trouble nerveux, elles le sont également par une disposition constitutionnelle, congénitale ou héréditaire, ou par une dia-
ARTHRITISMB BT TABBS. 307
thèse acquise... Si ce retard de la nutrition vient à entraver les métamorphoses que le sucre doit subir dans l'organisme, il y aura aussi acheminement vers le diabète et à un certain degré production du diabète \ » . Gomme dans le diabète, il y a dans le tabès trouble nutritif. Dans ces dernières années, MM. Livon et Alezais % au cours de recherches sur les urines tabétiques, étaient frappés de la tendance à l'hyperchlorurie et de la faible quantité d'urée et d'acide phosphorique éliminée dans les vingt-quatre heures.
L'ataxie locomotrice progressive affecte du reste avec d'autres membres de la famille arthritique des rapports du même ordre. MM. Landouzy et Ballet citent six cas de tabès où il n'y avait que l'arthritisme (rhumatisme) comme facteur étiologique. Ce chiffre ne peut être interprété par une simple coïncidence, si on considère que l'hérédité nerveuse est représentée par le chiffre dix-sept et la syphilis par le chiffre quatorze dans la même statistique \ Nous avons rappelé plus haut que M. Gharcot avait vu plusieurs fois coexister le tabès et le rhumatisme chronique.
Le tabès survient souvent chez les diathésiques, surtout chez les rhumatisants (héréditaires ou personnels), (Gombal, etc.). « On trouve souvent, dit Grasset, chez les ataxiques un arthritisme héréditaire et personnel qui a préparé le terrain d'abord et qui ensuite, sous l'influence d'excès ou de toute autre hé-
(t) Bouchard. Loc. cil,, p. 182.
(2) Livon et Alezais.— Rechercher sur les urines iabéiiques. {Marseille médical, 1888, p. 193 et 263.)
(3) Landouzy et Ballet.— Du rôle de Vhérédité dam. la genèse de Valaxie locomotrice, {Prix Civrieux, 1883, et Annales méd, psyok,, 1884, p. 29.)
308 ORIGINES DU TABBS XT DU DIABÈTB
redite (aévropalhique), se localise sur l'axe spinal et développe dans les cordons postérieurs les scléroses que, dans d'autres cas, ou observe sur d'autres organes. »
Faut-il mentionner ici que Rosenthal est partisan de l'origine rhumatismale du tabès et que M. Belugou, sur trente-deux malades, relève chez dix-sept des antécédents personnels rhumatismaux * ? Non pas que nous partagions cette manière de voir, mais il semble légitime de conclure que le tabès affecte des liens de parenté avec le rhumatisme, membre de la famille arthritique.
C'est sans doute en raison de ce fait que M. Lancereaux' considère le diabète comme une névrose complexe et que Duckworth * regarde la goutte et le diabète comme deux affections du système nerveux. Si Tétude que nous venons de faire ne permet point d'adopter cette manière de voir, elle permet au moins de soutenir que le diabète est rattaché à la névropathie et au tabès par des relations étroites de parenté.
Nous venons de voir jusqu'ici le diabète alterner avec le tabès chez divers membres d'une même famille. Nous avons hâte de démontrer que ces deux entités morbides peuvent s'associer chez un seul individu et évoluer pour leur compte personnel, sans qu'on ait
(Ij Belugoii. — Progr. méd,^ 1885.
(2) Lancereaux. — Traité de Vherpétisme, 4883, \u 21b. (3> Duckworth. — A plea for Ihe neurotic theory of goût. Brain, H, 1880, t. 111, p. 1.
le droit de songer au pseudo-tabes diabétique ou à la glycosurie labélique.
C'est la partie à laquelle nous avions primitivemeivt limité notre étude ; elle en constitue le chapitre le plus important en raison de l'oubli dans lequel on avait paru la laisser jusqu'ici. Les observations que nous allons rapporter ont été recueillies par nous, soit à la clinique^ soit dans la clientèle privée de M. le professeur Charcot.
Observation III.
A. Lem..., cinquante-neuf ans, maçon, entre le 19 juin 4800, à la Salpêlrière, dans le service de M. le professeur Gliarcot.
Antécédents héréditaires. — Son père, très obèse et très alcoolique, est mort subitement. Sa mère, atteinte d*asthme avec emphysème depuis de longues années, est morte à soixante-trois ans d'étranglement herniaire. 11 a eu cinq frères ou sœurs qui sont tous morts jeunes d'affections inconnues de notre malade.
Il ne peut donner de renseignement sur ses grands-parents maternels ni sur un certain nombre de membres de sa famille. Il sait cependant que son grand-père paternel était un grand buveur et un noceur. Il sait aussi qu'une de ses tacites, une sœur de son père avait des crises de somnambulisme. En somme, son hérédité pathologique peut se résumer dans le tableau suivant :