‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 12 sur 177 · ANALOGIE AVEC LES SUGOBSTIONB CATALEPTIQUES · texte numérisé non relu

ANALOGIE AVEC LES SUGOBSTIONB CATALEPTIQUES

piqûre au ventre l'idée de laparotomie, Téther le tableau d'attaques de nerfs, le chloroforme celui de contractures, et ainsi pour toutes les excitations des sens. Cette espèce de déterminisme est digne d'être notée.

Quelle que soit Toxplication qu'on en donne, et c'est une tentative que nous n^essaiôrons pas de faire, cette fixité des réactions est à rapprocher de celle que nous avons constatée chez cette même malade sous l'influence d'excitations sensorielles analogues pendant la période cataleptique du grand hypnotisme (1). Chose remarquable, les excitations de même nature produisent dans la catalepsie souvent les mêmes suggestions que dans la phase passionnelle de lattaque. Il en est ainsi pour Téther, le chloroforme, le verre bleu, l'eau de Cologne. Si ces deux états sont comparables à ce point de vue, ce qui n'est pas étonnant, étant donné que la malade réagit •surtout suivant ses souvenirs, qui ne varient point d'un état à l'autre, puisqu'ils forment une partie de substra* tum psychique de son être, ils sont aussi comparables lun à l'autre au point de vue du degré de concentration de l'individu que Ton a désigné dans la catalepsie sous le nom de monoîdéisme.

Arrivons maintenant à la description de nos expé« riences sur notre troisième malade.

Il s'agit d'un, jeune ouvrier, âgé d'une vingtaine d'annéesi hystércHtrauinatiqua typique avec stigmates permaaents ot attaques classiques^ mais dans lesquelles la phase paBsionnelle prend un développement exagéré. Dans une attaque provoquée, après avoir laissé passer les périodes épileptoide et des grands mouvements, nous abandonnons un instant le malade à son délire et constatons que celui-ci consiste surtout en visions d'animaux (des cafards) et hidlucinations terrifiantes qui le

(1) Georges Guinon et Sophie \yoItk6. ^ De Vinfïuence des impressions sensorielles dans, les phases cataleptique et som^ nambulique du grand hypnotisme, (Nouvelle Iconographie dé la Salpétrière, 1890, n» 6.)

font se précipiter sur un ennemi imaginaire. Les hallucinations soit spontanées, soit provoquées par l'excitation des organes des sens, sont accompagnées chez lui par une mimique et un discours extrêmement animés. Après la relation presque littérale du délire de notre précédente malade, nous nous contenterons pour celui-ci de décrire en quelques mots les scènes auxquelles il assiste ou prend part et qu'il mime tellement bien que Ton croirait presque y assister avec lui.

Verre rouge, — Il voit un ami qui s*est coupé. Le sang ruisselle ; il se baisse pour l'essuyer sur le sol.

Verre vert. — Il voit des feux de Bengale. Si on met le verre devant un seul œil, le feu de Bengale est raté. Si on le met devant les deux yeux, il est superbe.

Verre bleu, — Il est juché sur quelque fenêtre d'église, admire les vitraux et voit à l'intérieur de l'édifice le prêtre qui officie. Il fait des farces, jette des pierres dans Tintérieur, se cache ensuite, etc.

Verre jaune. — Il cause avec une marchande d*oranges — ou bien il voit une femme-habillée en jaune et la raille sur la couleur de sa toilette.

Verre vert clair {carreau de vitre). — Il paraît regarder au travers d'une fenêtre et assister à un spectacle qui Tirrite. Il grince des dents et veut se précipiter.

Verre vert foncé, — Il cause avec une ouvrière qui peint en vert de petites boites pour les parfumeurs. Il la plaint de gagner bien peu d'argent en travaillant ^durement et en risquant de se donner des coliques en maniant les couleurs.

Camphre eous le nez, — Il raille, puis invective un monsieur qui prise du camphre.

Eau de Cologne, — Il s'adresse à une femme qu'il rencontre et la raille sur la bonne odeur qu'elle répand, lui en demande pour son mouchoir. Gomme cette dame l'appelle insolent, il l'accable d'injures et d'ironiques compliments.

Sulfure de carbone, — Il accuse un de ses amis de n'avoir pas su commander à ses sphincters. Bt comme celuiM)i sans doute se fâche, il paraît ennuyé de lui avoir fait de la peine.

Phosphore, — Il voit un de ses amis dont le pantalon brûle, parce qu'il avait des boîtes d'allumettes dans ses poches où elles ont pris feu.

Alcool. — Il se dispute avec Tapprenti de son atelier (il est layetier), qui s'est trompé en allant acheter du vernis. Il prouve péremptoirement, en mettant le feu au produit que l'apprenti a rapporté^ que ce n'est pas le vernis que le patron avait demandé.

Ëther. — Nous lui voyons, soUs l'InQuence de cette odeur.

mimer une scène des plus intéressantes. Une femme est là^ dans la rue, sur le trottoir» en proie à une attaque de nerfs. 11 écarte la foule pour qu'on lui laisse de l'air, raille ceux qui s'étaient approchés trop près et ont reçu des coups de pieds. Il gourmande vigoureusement un spectateur qui regardait les jambes de la malade. Il la prend dans ses bras, la porte dans l'allée d'une maison, envoie avec de l'argent un ami chercher un cordial. La femme revient k elle, il l'assied chez une dame, lui demande son adresse, la plaint de demeurer si loin, etc.

Sulfate de quinine. — Il roule une cigarette, puis l'ayant portée à ses lèvres, la rejette avec dégoût, en se plaignant qu'on lui fasse d'aussi mauvaises farôes.

Sel de cuisine, — Ce n'est pas du lard salé qu'on lui a vendu, c'est du sel au lard. Il meurt de soif.

Sirop de groeeilles. — Il est au café. Il rejette avec dégoût la boisson qu'on lui sert et gourmande le gargon de lui avoir apporté un pareil sirop. Il demande de l'eau-de-vie de marc.

Légers attouchements sur la face* — Il court après un papillon. Il l'attrape, le trouve gros et fort beau. Il le donne à un personnage imaginaire avec qui il cause, pour le piquer Bur un bouchon.

Simulacre de baiser sur la joue (fait en touchant la joue du doigt et en imitant le bruit du baiser). — Il s'adresse à une femme, une ouvrière sans doute, lui dit bonjour, lui demande si elle va acheter une machine à coudre.

Souffle sur la face. — Le vent se lève. Il va pleuvoir. Puis il pleut.

Corps chaud sur la face. ^ Il regarde en Tair. Il doit y avoir quelqu'un à un étage supérieur, qui nettoie sa chauf« ferette à la fenêtre. Il a de la poussière dans les yeux. Un charbon est tombé sur son pardessus qui brûle. Il injurie les locataires de la maison et accuse la concierge d'avoir secoué sa chaufferette par la fenêtre.

Déjà, avant nos recherches, M. le professeur Charcot dans une legon clinique avait montré qu'en s*adressant au sens de l'ouïe on pouvait donner quelques suggestions à ce malade, mais en se conformant à son délire habituel, c'est-à-dire en essayant de lui rappeler soit par la parole, soit par des bruits appropriés, des idées délirantes qu'il avait spontanément manifçstées

54 CARAGTÈBES DES HALLUCINATIONS PROVOQUÉSS.

antérieurement. Âuwi, ne mentionnerons*nou6 pas les résultats des excitations portant sur le sens de roule (1)-

Chez ce jeune homme, le degré de concentration est presque le même que dans la malade de l'observation précédente. Comme elle, il est absolument indifférent aux objets extérieurs. On sait que c'est là une caractéristique d'une des formes du délire hystérique. Il présente, lui aussi, une grande fixité de réaction à une excitation donnée. Toujours, même i de longs mois de distance, le verre bleu a ramené la scène d'église, le verre jaune la marchande d'oranges ou la femme habillée en jaune, le verre rouge la blessure sanglante.

En un mot, ces malades sont tous identiques les uns aux autres, non pas que la même impression senso« rielle produise chez tous la même hallucination ; chacun Tinterprète à sa manière et agit ou parle selon son interprétation. C'est là précisément un des phénomènes caractéristiques de ce fait pathologique.

En outre, en dehors de toute interprétation psychique, il est important de voir, ainsi que nous l'avons fait remarquer dana[ le cours de ce travail, des phéno* mènes analogues se manifester dans Thystérie et dans Thypnotisme. Nous avons constaté, dans un travail antérieur, l'influence des impressions sensorielles dans la phase cataleptique du grand hypnotisme. Nous retrouvons aujourd'hui quelque chose d'analogue dans l'attaque délirante hystérique. C'est un point de con* tact de plus entre ces deux névroses que nombre d'observateurs tendent aujourd'hui à séparer Tune de l'autre, malgré les rapports qui les unissent si étroite*

(1) L'observation complète de ce malade se trouve, avec une série d'autres, dans mon Mémoire sur le somnambulisme hystérique. (V/plus loin n» XXVIII) (G. G.)

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