‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 14 sur 177 · ESSAI DB CLASSIFICATION · texte numérisé non relu

ESSAI DB CLASSIFICATION

Nous exposons, en premier lieu, la division clinique que vient de formuler M. Charcot, car il nous sera commode de la suivre dans la description ; et par cela même , nous la commenterons en la justifiant.

YAmArte.

! s, BpilepUqae.

Grand antomatique. . . . ' g \ Pathologique. ) iCrIso pasa. proloogëe.

S I ) (Spootar.é.{ * fsolée S. Hystérique.

fHyttériqae.{ ( — tranaforméel

V (ProYoqaë • & Hypnotique

Le somnambulisme naturel ou physiologique est le plus anciennement, mais non le plus complètement connu ; c'est de lui qu'on s'occupe si habituellement dans le monde extra-médical. Le somnambule de cette catégorie est, d'après Tétymologie du mot, celui c qui marche en dormant. > Notre collègue Qiiies de la Tourette, qui a consacré plusieurs pages fort intéressantes de son livre (1) à cette étude, accepte, sous certaines réserves, la définition qu'en a donnée J. Frank : « Il y a somnambulisme (naturel), dit ce dernier auteur, lorsque les fonctions qui appartiennent à l'état de veille s'exécutent pendant un sommeil d'ailleurs normal. »

Nos connaissances relativement à cet état »ont très peu précises, car les observations no peuvent être faites que pendant la nuit, et par suite rarement par des médecins. On sait, toutefois, que ce somnambulisme n'existe pour ainsi dire que chez les enfants ; il est rare chez l'adulte et presque inconnu dans la vieil* lesbo. Ce sont de préférence les femmes qui en sont atteintes. Le nootambulisme serait aussi fréquemment en rapport avec l'hérédité neuropathique.

(4) Gilles de la Tourette. — U Hypnotisme et les états anatojues, p. 471, Paris, 1887.

58 N0GTAMBULI8MB.

CôBt ordinairement au milieu de la nuit qu'il se déloppe. Le sujet s*est couché comme d'habitude, puis, après quelques heures de sommeil} brusquement, ou à la suite d'une légère agitation de peu de durée, il se lève hors du lit. Il se livre alors, pendant un temps variable, aux actes les plus divers ; il se recouche ensuite, et, au réveil, il n'a conservé aucun souvenir de ce quMl a fait pendant la nuit.

Tel le sujet dont parle Voltaire, qui pendant son sommeil saute tout à coup hors du lit, fait la révérence, danse le menuet, puis va se recoucher. Telle aussi, cette malade observée par M. Charcot, qui, au milieu d'un cauchemar où elle rêve de voleurs, quitte précipitamment son lit, descend éveiller et avertir la concierge de sa maison, remonte en sa compagnie dans sa chambre, et, arrivée là, regagne sa couche et se rendort, sans que cette scène lui laisse au réveil aucun souvenir. On connaît assez, pour que nous n'ayons pas besoin de la rappeler, la scène fameuse de Macbeth. Il ne manque pas non plus d'observations dans lesquelles on a noté que les somnambules s'occupaient, dans leur accès, de leurs travaux habituels : élèves préparant leurs devoirs, ouvriers s'occupant de leur travail journalier, etc. D'autres sujets ont des impulsions de caractère ambulatoire ; on sait les nombreux récits qui ont trait à ces promenades des noctambules sur les crêtes des murs, les corniches et les toits. Parfois, les actes accomplis pendant le sommeil paraissent moins précisément déterminés ; nous nous rappelons,^ à cette occasion, avoir observé une malade de la Salpètrière (1) qui, dans son accès, se livrait à des séries incoordonnées d'actes ; elle se dressait en sursaut sur son lit, fuyant d'abord, comme sous le coup d'une poursuite, en manifestant tous les signes delà terreur, sautait par

(1) Il est question de cette malade dans les Leçons du Mardis 1887-1888, p. 167, IH» édition.

NOGTAMOULISME. 59

la fenêtre, puis courait au jardin, et là — le sol était gelé à cette époque — elle semblait cueillir des fleurs comme pour faire un bouquet.

On a pu compléter ou vérifier» à Toccasion de cette dernière malade, quelques-uns des symptômes qui re^ lèvent de ce somnambulisme. Le somnambule aies yeux grands ouverts, mais il les tient fixes, les pupilles contractées ; il se dirige sans hésitation, ne voyant en apparence que les objets ou les personnes qui jouent un rôle dansTépisode qu'il exécute. Certains somnambules entendraient, mais cette notion est moins établie ^ interpelles à haute voix, ils n'en ont cure, en général, et poursuivent Texécution des actes qu^ils ont commencés. Le sens musculaire serait remarquablement conservé chez eux, et c'est à Thyperesthésie de ce sens que pourrait être attribuée la facilité avec laquelle ces sujets se tirent souvent avec succès d'exercices assez périlleux: sauts, courses en équilibre sur des toits, etc. De plus, il n'existerait pas chez eux cette prédisposition aux contractures musculaires spasmodiques qui caractérise le somnambulisme hypnotique. Au réveil, et c'est là un signe très important, le somnambule a complètement oublié tout ce qu'il a fait pendant son accès.

Ainsi qu'on s'en rend compte par la lecture des quelques exemples que nous avons cités, le somnambule commet des actes très différents. Mais, d'une fagon générale, il semble toujours poursuivre un rêve en action, rêve qui comprend une ou plusieurs séries d'épisodes très distincts. Le noctambulisme apparaît ainsi comme l'expression motrice d'un rêve, qui, en raison de son intensité ou de Tétat spécial du sujet, passerait de l'idée àTacte.

A l'appui de cette conception on peut remarquer que les actes des somnambules sont en rapport, tout comme les rêves, avec des idées qui les ont frappés récemment. Une jeune pensionnaire, dont j'ai recueilli l'histoire.

60 N0GTAMBULI8ME.

reproduisait dans son nootambulisme la scène de la confession, alors seulement que dans la journée précédente elle s'était livrée à cet acte religieux.

La malade de la Salpêtrière, à laquelle j*ai déjà fait allusion, fuyait apeurée de son lit, alors que dans la journée la présence au laboratoire d*un singe destiné à des expériences Tavait vivement impressionnée.

En dépit des incertitudes qui régnent encore sur bien des particularités de cet état, il est relativement facile de le reconnaître et de le diagnostiquer^ si Ton tient compte de Tétat tout à fait normal du sujet dans l'intervalle des accès, et du caractère nocturne do ceux-ci.

Au sujet de sa nature, on ne peut faire que des hypothèses. Gilles de la Tourette, se basant sur un certain nombre d'observations dans lesquelles des hystériques confirmés auraient présenté antérieurement des accès de somnambulisme^ pense que ce dernier état se rapproche à ce point de l'hystérie qu'il est assimilable à une sorte « d'hystérie larvée » . Les cas auxquels Gilles de la Tourette fait allusion sont en effet relativement nombreux^ et, pour notre part, nous en avons recueilli dos exemples frappants^ qu'on pourrait joindre au fait que nous avons autrefois communiqué à cet obser* vateur. Mais il est juste d'ajouter que beaucoup de sujets, ayant été somnambules dans leur jeunesse^ n'offrent plus ultérieurement le moindre accident nerveux d'ordre hystérique ; cette considération ne permet, à notre avis, d'accepter l'hypothèse de notre collègue qu'avec réserve.

Dans tous les faits de somnambulisme naturel, le point capital reste que les sujets, en dehors de leurs accès nocturnes, ne souffrent d'aucun trouble de la santé (1).

(i) Voir plus loin, n9* XXVIII et XXX, quelques considérations sur le somnambulisme naturel — auquel on devrait réserver le mot

PETIT MAL COMITIAL. 61

Il en sera rarement ainsi, en ce qui concerne le somnambulisme épileptique. Toute épilepsie comporte une sorte d'automatisme qui, rudimentaire habituellement, peut, dans de certaines conditions, acquérir un développement considérable.

Il s'agit alors de ces cas si bien étudiés par Hughlins Jackson (1), sous le nom d^ automatisme mental^ cas dont M. Ribot (2) a rapporté de curieux exemples, et auxquels M. Charcot (3) a consacré plusieurs de ses leçons.

Leur diagnostic est souvent des plus embarrassants. Les formes simples, les moins rares, sont celles qui ressortent du petit mal ; c'est le petit automatisme de M. Charcot. Tantôt le trouble dont il s'agit ne dure que quelques instants, et alors le malade, par exemple, continue inconsciemment le travail auquel il se livrait au moment' de Taccès.

D'autres fois, Taccès est plus long et plus complexe : un magistrat, cité par Trousseau, siège dans une société savante ; tout à coup, il sort nu-tète de la salle, fait une centaine de pas au dehors, puis revient prendre part à la discussion, sans conserver aucun souvenir de ce qu'il a fait.

Les actes exécutés pendant l'accès peuvent encore être répréhensibles, comme en témoigne l'histoire de ce professeur qui, sous l'influence d'une crise de ce genre, se mettait à se déshabiller complètement, en

de noctambuliême pour éviter toute confusion — qui me semble devoir être rattaché, dans bon nombre de cas, au somnambulisme hystérique dont il no serait alors que la manifestation nocturne. Quant au fait que, chez les somnambules naturels, il n'existe aucun autre trouble de la santé, cela n'est rien moins que démontré. (G. G.) (i) Hughlings Jackson. — West Riding Asylum Reports (Traiduction dans la Revue scientifique, 49 février 1876).

(2) Ribot. — Les maladies de la mémoire, p. 54, Paris, 1886.

(3) Charcot. — Leçons du Mardis 4887-1888, p. 165; 1888-1889,

6'2 AUTOMATISIIB COtflTIÂL AMBULATOIRE.

pleine classeï comme s*il allait se mettre au lit. (Charcot).

Il s'agit enQni d'autres fois, d'actes criminels, les malades sont en proie à un véritable délire : un cor* donnier, le jour de son mariage, tue son beau-père à coups de tranchet, et, revenu à lui ensuite, n'a pas la plus légère connaissance de ce qu'il a fait (Ribot). Les cas de cette catégorie sont relativement faciles à diagnostiquer, car ces accès à caractères psychiques et impulsifs sont rarement les seuls que présente le malade. Le plus souvent il a eu de véritables vertiges ou même des accès d'épilepsie convulsive, et ces signes, dans certains de ces cas, ont précédé immédiatement le désordre psychique.

La diCQculté s'accroit considérablement dès qu'il s'agit des autres formes, de celles que M. Charcot a proposé de désigner sous le nom d'automatisme co^ w^itial ambulatoire^ et qu'il a étudiées à l'occasion d'un malade extrêmement intéressant. Nous rapporterons l'histoire de ce malade qui peut être considérée comme un type de ce genre.

Cet homme o est sujet à des accès consistant en ce que, tout à coup, au milieu de ses occupations habituelles, sans prodromes bien marqués, il perd la conscience de ses actes, se met en marche résolument, sans savoir cependant où il va, à la manière d'un automate, et ne reprend sa lucidité qu'au bout d'une période de temps dont la durée peut varier de quelques heures à quelques jours (1). >

Ces accès se sont manifestés à partir de l'âge de 35 ans, et ont été au nombre de 7 en une période de 3 ans ; leur durée a varié de 2 heures à 6 jours. Dans la plus longue de ces fugues, le sujet, livreur de son état, se rappelle avoir fait la troisième de ses courses ^

(1) Leçons du MardU 1887-1888, p. 155; 1888-1889, p. 303.

SOMNAlfBULrSMB HTSTÉRIQUE. 6^

— c'était rue Mazagran, — puis de là il se réveille sur un pont suspendu, au milieu d'une ville inconnue. Il va à la gare et se rend compte qu'il est à Brest ; là, de crainte d'être pris d'un nouvel accès, il confie son aventure à un gendarme, qui, ne comprenant rien à ses explications, et le trouvant porteur d*une somme importante, le met en état d'arrestation. Ce n'est qu'auprès avoir passé quelques jours en prison que, grâce aux démarches de son ancien patron, il fut libéré. Toutes les fugues de ce malade ont été de même caractérisées par cette tendance à la déambulation, et il est à remarquer que, pendant toute la durée de chacun de ses accès, cet homme a toujours vécu inconsciemment, mais avec les apparences d'un homme normal, n'atti^ rant pas l'attention, et ne commettant aucune action qui pût le faire considérer comme un malade.

Il existe dans la science un certain nombre d'histoires analogues. M. Charcot les considère comme des « équivalents épilepliques. » Le diagnostic en sera aisé, si lo malade présente des crises convulsives dans ses antécédents, et surtout si le début de la période d'inconscience est marqué par des prodromes d'ordre comitial. Mais il se peut qu'il n'en soit pas ainsi. C'est alors, en se basant sur des signes plutôt négatifs — absence de stigmates hystériques et d'attaques — > et sur les analogies présentées par ces impulsions inconscientes avec celles qui suivent les accès comitiaux, c'est enBn en tenant le plus grand compte des résultats positifs de la médication bromurée, qu'on sera autorisé à ranger ces cas parmi les somnambulismes épileptiques . -

Le somnambulisme hystérique est caractérisé par des accès qui, le plus ordinairement, sont précédés et suivis des phénomènes moteurs de l'attaque hystérique, et plus rarement se manifestent primitivement.

64 TROISIÈICB PHASB DE l' ATTAQUE HTSTÉRIQUE.

On peut considérer les somnambulismes hystériques comme des transformations d'une certaine période de l'attaque hystéro-épileptique, celle qui dans la nomenclature de M. Charcot porte le nom de phase des attitudes passionnelles. Les différences , en apparence considérables, qui séparent les variétés de ces formes, présentent comme limites extrêmes d'un côté la phase passionnelle de Tattaque elle-même, de l'autre le somnambulisme hypnotique. Entre ces deux états prennent place tous les intermédiaires.

Ce n'est pas là une simple vue de Tesprit, car, au cours de cette même leçon, dont nous reproduisons l'expression, M. Charcot a pu montrer à ses auditeurs divers malades dont chacun réalisait objectivement les différents termes de cette série qu'il établissait.

On sait que cette troisième phase de l'attaque hystéroépileptique est caractérisée par un délire dans lequel le malade, par ses paroles et par ses gestes, paraît être sous le coup d'hallucinations de diverse nature : gaies, tristes, lubriques, terrifiantes, etc. Les tableaux animés que les sujets interprètent alors se recommencent généralement dans le même ordre, et il en résulte une sorte de série. Or, de même que la première phase (épileptoîde) et la deuxième (convulsive) de l'attaque peuvent exister à l'état d'isolement, il arrive aussi que la troisième période se manifeste d'emblée. Cette manière d'attaque est surtout fréquente chez les enfants. Sous le titre d^hystérie maniaque j*en ai publié récemment un très bel exemple, à l'occasion duquel j'avais pu dire (1) : t Si l'on admet que l'attaque hystérique offre une sorte de synthèse des symptômes de la névrose, l'hystérie maniaque, selon cette conception, représenterait l'une des phases dissociées de l'attaque, la période

(1) Paul Blocq. — Revue Qénérale de clinique et de théra peutique, 1889, p. 768.

SOMNAMBULISME HYSTERIQUE. b^

des attitudes passionnelles isolée à Tétat de simplicité, et anormalement prolongée. »

Examinons, à Faide de cette conception, les différents aspects sous lesquels se présente le somnambulisme hystérique.

Dans un premier groupe de faits, il s'agit d'une attaque d'hystérie dont la période convulsive est raccourcie, et dont la période passionnelle, exagérée par sa durée, offre l'apparence somnambulique. Lorsque Tattaque survient, elle débute par quelques mouvements épileptoides de peu de durée, puis apparaît la phase délirante, comportant, comme d'habitude, une succession de tableaux toujours les mêmes. C*est alors que le sujet est un vrai somnambule; il a les yeux ouverts, le plus souvent du moins, mais ne voit que le rêve qu'il poursuit; il marche, gesticule, parle, crie ou chante. Voici des bêtes noires, il se précipite à terre, les invective, les chasse, les écrase; brusquement son attitude change, il ôte respectueusement sa casquette, et regarde avec curiosité : l'enterrement cérémonieux d'un fonctionnaire passe, auquel il assista d'un bout à l'autre, etc. Parfois on arrive par la parole, ou par certains bruits, à intervenir dans ce délire, mais seulement pour modifier Tordre de succession des tableaux.

On n'y ajoute rien de nouveau, c'est-à-dire que la suggestion n'a aucune influence créatrice (1). Enfin, il est souvent possible de provoquer l'attaque, par la mise en œuvre des procédés d'hypnotisation, de même qu'on pourrait l'arrêter par la compression des zones hystérofrénatrices.

Dans un autre ordre de faits, ce n'est pas à une phase anormalement prolongée de l'attaque qu'on assiste, mais à une phase complètement isolée. Â peine le sujet pré-

{I) Voir plus haut n« XXVI et plus loin n« XXVIil. (G. G.). Charcot, t. II. 5

M DÉDOUBLBiaifT DE LA PBBSONNALITÉ.

lude-t-il à la scène qu'il va jouer par quelques mouvements de torsion des mains, qui représentent, en raccourci, les périodes convulsives de l'attaque. Il se li\Te d'emblée aux divers actes qui sont en rapport avec les hallucinations qui le hantent, et sur la nature desquelles on est renseigné, autant par ses paroles, que par sa mimique expressive.

Cette fois l'intervention étrangère est déjà plus efficace; non seulement on modifie les tableaux du délire, sans y rien ajouter de neuf toutefois, mais encore on provoque des réponses du sujet aux questions qu'on lui adresse (1). Cependant le malade n'est pas autrement suggcstible, et ne présente pas la contracture somnambulique. Mais ison apparence est plus calme, son activité propre diminue, son passivité augmente.

Enfin, dans une dernière classe se rangeront ces cas actuellement considérés comme des exemples de « dédoublement de la personnalité )). La description bien connue du cas de Félida, par M. Âzam, est à cet égard démonstrative. On sait que cette femme vivait, pour ainsi dire, d'une double vie, passant alternativement par deux états que M. Âzam a désignés sous les noms de ' a condition première » et « condition seconde » . Dans son état normal ou condition première, la malade est grave et travailleuse. Tout à coup, il semble qu'elle s'endorme ou qu'elle ait une syncope, elle perd connaissance, et, revenue à elle, on la trouve en condition seconde. Dans ce nouvel état, son caractère a changé : elle est devenue gaie et oisive. Elle se souvient de tout ce qui s'est passé pendant les autres états semblables qui ont précédé et pendant sa vie normale. Au bout d'un temps variable, une sorte de torpeur la reprend, et elle revient à sa condition première. Dans cet état elle a oublie tout ce qui s'est passé dans sa condition

(1) Voir plus loin n» XXVIII (G. G.).

EXEMPLE DE PERSONNÂLlTâ DÉDOUBLÉE. 67

seconde, et ne se souvient que des périodes normales antérieures. (Ribot.)

La malade que M. Charcot a présentée à son cours comme type de cette catégorie est non moins intéressante; elle est dotée, elle aussi, d'un état n^ i et d'un état n"^ 2. Tout ce qui se passe dans Tétat n^ 2, elle ne le sait que dans un nouvel état semblable, et il en est de même pour l'état n^ 1 .

Elle, renferme donc, en réalité, deux personnalités qui s'ignorent Tune l'autre. Dans son état n« 2, elle offre les signes somatiques de la contracture somnambulique qui n'existent pas dans l'état i ; de même l'hémi-anesthésie et le rétrécissement double du champ visuel, observés dans Tétat 2, sont très exagérés dans l'état i : on note enfin chez elle, dans l'état 1, une véritable abasie, qu'on ne retrouve pas dans l'état n^ 2.

Du côté psychique, elle se conduit comme tout le monde en état 2, mais elle y est éminemment suggestible, disposition qu'on ne constate pas dans l'état normal. EnGn, lorsqu'elle passe de l'un à l'autre état, elle présente une esquisse d'attaque convulsive.

Une autre malade de la Salpêtrière, qui est également hystéro-épileptique, se trouve depuis 3 ans dans un état second tout à fait semblable; c'est-à-dire qu'elle est constamment contracturable et suggestible.

On voit par ce qui précède que cette conception des somnambulismes hystériques comme des modes d'attaques passionnelles est en quelque sorte la clef qui permet de se rendre compte de la place nosographique de ces états, M. Charcot fait remarquer, avec raison, qu'il existe une sorte de gradation de ces états, gradation qui va de Tattaque passionnelle normale, dans laquelle l'activité propre du sujet est exaltée, au somnambulisme hypnotique, où la passivité domine. C'est ainsi qu'on peut tout d'abord intervenir dans les actes ' du somnambulisme hystérique pour éveiller les seuls tableaux qui font partie de son programme; à un degré

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