SOMNAMBULISME HYPNOTIQUE
d'activité moindre^ on va pouvoir développer de nouveaux tableaux ; enfin l'activité étant réduite aux actes de la vie ordinaire sans hallucinations, la passivité augmente et permet la suggestion. La passivité du sujet devient-elle en dernier lieu complète, il s'agit alors du somnambulisme hypnotique.
De ce somnambulisme hypnotique nous ne dirons que quelques mots. Nous rappelons que M. Charcot désigne ainsi Tune des trois périodes du grand hypnotisme tel qu'il Ta décrit chez les hystéro-épileptiques. On l'obtient, consécutivement aux périodes de léthargie et de catalepsie, par de légers frottements sur le vertex. Le sujet parait alors se réveiller; mais, en réalité, i n'en est rien, ainsi qu'on peut s'en rendre compte par la constatation des signes somatiques de cet état. Il existe une hyperexcitabilité musculaire qu*on met en œuvre par une excitation superficielle du tégument externe. Le souffle^ ou un frôlement très léger, détermine la contracture, que font disparaître des manœuvres de même ordre, exercées sur leurs antagonistes. On remarque aussi dans cet état une exaltation notable de la puissance musculaire, et surtout des sens spéciaux. Enfin, le sujet n'a aucune activité, et il est passivement docile à toutes les suggestions qu'il plaît à Texpérimentateur de lui ordonner. De même que dans les états précédents, il oublie au réveil tout ce qui s'est passé, mais peut en conserver le souvenir au cours d'un nouveau somnambulisme.
M. Pierre Janet (1) a fait remarquer, dans un livre excellent sur l'automatisme psychologique^ que la transition est facile entre les modifications de la personnalité que nous venons de signaler et celles qui ont lieu pendant le somnambulisme provoqué. Le même auteur ajoute que le passage est aisé d'un délire naturel à un
(1) Pierre Janet. «- LAutomd^tUme psychologique. Paris, 1889» p. 123*
LES SOMNAMBULISlffiS. 69
somnambulisme artificiel. Ce sont là, pour le noter en passant, autant d'arguments à Tappui de cette opinion de M. Gharcot formulée autrefois, et maintenue en dépit des assertions contradictoires, à savoir qu'il existe des rapports étroits entre l'état hypnotique et l'état hystérique.
Somme toute, si Ton fait abstraction des amnésies Iraumatiques, analogues sans doute, mais dont l'étude est encore insuffisante aujourd'hui pour permettre de les classer (1), les états somnambuliques se réduiraient aux suivants : somnambulisme naturel, épileptique, hysté* rique et hypnotique.
Le somnambulisme épileptique comprend deux formes : grand et petit automatisme. Le somnambulisme hystérique admet un nombre extrêmement varié de formes — dont nous avons décrit quelques types ^ mais qui toutes représentent une phase transformée de l'attaque hystérique. Leur comparaison montre enfin qu'elles tendent à réaliser des modes de transition entre cette phase de l'attaque et le somnambulisme hypnotique.
(1) Voir plus loinn* XXXL (G. G).
Documents pour servir à l'histoire des somnambulismes (1).
Du somnambulisme hystérique {phase passionnelle de Valtaque, attaque délirante, attaque de somnambulisme).
La grande attaque d*hystérie est bien connue depuis les travaux de M. le P' Charcot, dont la description remonte déjà à plus de dix ans (2). Elle est divisée, ainsi qu'on sait, en quatre périodes : 1® période épileptoide ; 2® période des grands mouvements ; 3^ période des attitudes passionnelles ; 4® période terminale. Mais il s'en faut de beaucoup qu'elle soit toujours aussi nettement séparée en ses quatre phases. Nous ne parlons ici, bien entendu, que de la grande hystérie, hysteria major ou hystéro-épilepsie. Quelquefois une des périodes peut manquer et l'attaque se borner par exemple aux grands mouvements et aux attitudes passionnelles. D'autres fois ce sont ces dernières qui manquent, ou bien encore les contorsions, et alors on se trouve en présence d'une prédominance de la phase épileptoide pouvant aller, si les attaques deviennent subintrantes, jusqu'à si* muler l'état de mal épileptique (état de mal hystérique épileptiforme de Charcot) (3). On peut voir aussi, et ce sont
(1) Par Georges Guinon. — Travail publié dans le Progrès médical, 1891.
(2) Charcot. — Leçons sur les maladies du système nerveux, 1 880, t. I, p. 373 et 432. — Voir aussi P. Richer. Etudes cliniques sur la grande hystérie ou hystérO'épilepsie^iHSb, On trouvera même dans le livre de M. Richer que déjà Bernutz avait considéré une période de délire comme inhérente à la constitution de Tattaque d'hystérie complète. Nous reviendrons d'ailleurs plus loin sur ce point.
(3) Charcot. — Tribune médicale^ 1885, leçon publiée par Bl. t;dward8, — Marie et 9ouza-Leite. — Progf. méd,, 20 oct. 1884.