HYSTÉRIE ET ÉPILEPSIE
Elst-ce à dire pour cela qu'il faille enlever à l'aura dans l'hystérie toute savaleur diagnostique et séméiologique ? Non, certainement. En réalité, nous le répétons, si l'aura comitiale hystéroïde lui ressemble presque identiquement au point de vue des phénomènes qui la constituent, elle en diffère grandement en général par son allure, son évolution, sa durée.
Dans l'hystérie, elle attire l'attention des malades, qui l'ignorent rarement ou qui en rendent facilement compte au premier interrogatoire du médecin. Dans l'épilepsie, au contraire, elle reste presque toujours au second plan ; le malade parle de son attaque et spontanément beaucoup moins des phénomènes qui la précèdent. Souvent il nous a fallu pousser l'interrogatoire avec minutie, bien attirer l'attention des patients, pour leur remettre en mémoire des troubles dont l'importance, vu leur brièveté ou leur peu d'intensité, leur avait échappé.
Malgré tout, cependant, ce n'est pas une simple affaire de curiosité que de constater la fréquence de laura hystéroïde au début des accès comitiaux. Cela doit nous montrer qu'il ne faut pas classer d'emblée dans l'hystérie toute crise nerveuse, précédée de ces phénomènes, avant de les avoir bien étudiés eux-mêmes et sans avoir approfondi autant que possible les caractères de la crise proprement dite. Cela nous permet enfin de nous rendre compte que les troubles qui constituent l'aura hystérique ne sont pas, en eux-mêmes et pris à part, des phénomènes spécifiques. Leur association sous une certaine forme, leur allure générale, leur durée, en font dans certains cas une caractéristique de l'attaque hystérique. Dans certains autres cas, au contraire, où ils ne se présentent plus alors exactement avec les caractères que leur a dès longtemps assignés, dans l'hystérie, M. le P Charcot, ils se rapporteront à l'accès épileptique.
Cela dit, revenons aux cas complexes dans lesquels l'aura hystéroïde a été trouvée associée à des phénomènes d'un autre ordre.
Observation XXXIX.
Mer... Louise, 36 ans, couturière.
Enfance et adolescence très misérables. Mariée à un homme buveur et joueur qui la battait.
Début à Page de 20 ans. Premier accès développé à Toccasion d'une attaque à main armée, suivie de vol, de la part de son mari. Accès plus souvent diurnes, se reproduisant tous les mois environ.
Aura, consistant en une sensation de boule montant du basventre, serrant Testomac et s'arrêtant à la gorge en l'étouffant ; puis en la vision terrifiante d'un homme qui se jetait sur elle. Depuis un an^ l'aura n'est plus constante avant toutes les attaques. Elle manque quelquefois et souvent l'élément hallucinatoire visuel fait défaut.
Observation XL.
Réj... Anna, 11 ans 1/2.
Début à 9 ans 1/2. Accès d'abord très irréguliers (un mois à six mois), puis depuis quelque temps plus fréquents (deux crises pendant deux jours successifs, toutes les trois semaines).
Aura consistant en une sensation de constriction dans la région stomacale, remontant à la gorge sans l'étouffer ; puis la tête se tourne à droite par saccades.
Observation XLL
Dr... Emile, 33 ans, fabricant de fleurs.
Père nerveux et violent. Mère très nerveuse, sujette à des accès d'étouffements. Une sœur également très nerveuse, atteinte de fureur utérine.
Incontinence nocturne d'urine pendant l'enfance. De 18 à 20 ans, à huit ou dix mois d'intervalle, trois accès de délire hallucinatoire.
Début tardif des accès, qui sont typiques, à l'âge de 32 ans, à la suite de pertes d'argent. Trois accès en un an et demi.
Aura constante. Il sent quelque chose qui lui monte de l'estomac à la gorge et l'étouffé. Il se lève alors machinalement et se met à pivoter trois ou quatre fois sur lui-même de gauche à droite, les mains en l'air comme pour chercher un point d'appui.
Jusqu'ici nous avons vu l'aura hystéroïde associée à des phénomènes d'un seul ordre : d'une part des hallucinations visuelles, d'autre part des manifestations mo-
trices. Dans le cas suivant, on est en présence d'une aura encore plus complexe, car on y constate, outre les phénomènes de l'aura céphalique hystérique, des troubles visuels et moteurs et, enfin, le besoin d'aller à la garde-robe, dont nous avons déjà parlé plus haut.
Observation XLII.
DaDJ... Denise, 43 ans, lingère.
Pas d'autres antécédents héréditaires qu'un frère mort en bas âge à la suite de convulsions.
Début à 17 ans par un grand accès. Pendant les quelques semaines précédentes, elle avait été en proie' à une sorte d'impulsion qui la poussait à aller passer ses journées à se faire ôlectriser dans une baraque de foire, suivie d'une période de stupeur de plusieurs jours. Les premiers accès, pas très fréquents (deux ou trois mois), n'étaient précédés d'aucune aura. 11 existe aussi des crises de petit mal et des accès avortés où la perte de conscience n'est pas complète.
Aura constante depuis quelques années. Elle ressent tout d'abord des battements dans les tempes et des bourdonnements dans les oreilles. Puis les globes oculaires sont agités de mouvements involontaires et elle voit, surtout de l'œil gauche, de petits globes de feu; les yeux et la tète se tournent à gauche, les bras s'élèvent en l'air ; enfin elle perd connaissance. Il arrive souvent qu'avant l'apparition de ces phénomènes la malade est pressée d*un besoin impérieux d'aller à la garde-robe. Elle satisfait son besoin et, en revenant du water-closet, elle est prise des autres symptômes de Taura et fait son accès.
Nous avons réservé pour la fin le seul cas où nous ayons observé Taura hystéroïde complète, avec les phénomènes de la boule et l'aura céphalique. On aurait pu le ranger parmi les observations d'aura hystéroïde pure, si dans un des accès celle-ci ne s'était accompagnée de symptômes procursifs.
Observation XLIII.
Lois... Céline, 38 ans, casquettière.
Père alcoolique. Mariée à 27 ans, elle a eu cinq enfants, dont un a eu la chorée.
Début tardif à 28 ans, pendant sa troisième grossesse, à la
OBSBRVATIONS. 423
suite de la peur d'un incendie. Accès par séries mensuelles principalement matinales, à lëpoque des règles.
Aura constante avant les grands accès convulsifs. Sensation de constriction douloureuse du ventre et de l'estomac, battements de cœur, boule qui monte à la gorge et Tétouffe, battements dans les tempes et sifflements dans les oreilles. Un des accès a été précédé^ outre les phénomènes ci-dessus, de symptômes procursifs. Elle s'est mise à oourir follement dans la rue, sans savoir pourquoi, et s'est heurtée contre un cheval qui l'a renversée et piétinée .
A noter encore de petits accès de délire et de nombreuses crises de petit mal, revêtant quelquefois Taspect de Tautomatisme ambulatoire. Elle s'égare alors dans les rues et une fois on Ta arrêtée, place de la Bastille, en train de se déshabiller complètement.
 la suite de cette nomenclature des cas, nous avons cru bon de placer un tableau synoptique permettant de jeter un coup d'œil rapide sur l'ensemble de notre petite statistique. Il comprend non seulement les observations que nous avons décrites ci-dessus, mais encore celles où Taura manque complètement. Les numéros d'ordre qui sont placés à la gauche de chaque nom renvoient aux numéros des observations, de 1 à 43. Les 28 autres cas, sans auras, dont les observations n'ont pas été fournies, sont numérotés de 44 à 71, en suivant Tordre alphabétique.