ANESTHÉSIE ALCOOLIQUE
tout rentra dans Tordre et le malade se trouva dans l'état où il était un instant auparavant et où il se trouve encore aujourd'hui : cachexie saturnine bien prononcée, couleur jaunâtre spéciale des téguments^ mais pas d'ictère ; hémiplégie incomplète du côté droit, sans trace (Tatrophie. Il y a faiblesse de tout le côté et diminution de la sensibilité aux membres comme à la face ; pas de douleurs dans le trajet des membres ; amaurose incomplète de Tceil droit (probablement on eût trouvé là un rétrécissement concentrique très prononcé du champ visuel) ; intelligence très nette ; un peu de bégaiement ; il ne parait pas y avoir le moindre embarras dans les idées. Liseré bleu des gencives extrêmement prononcé. Le malade peut fermer la main avec un certain degré d'énergie, mais il ne peut pas l'étendre. »
Voici donc l'existence de Thémianesthésie saturnine mise en doute. J'avoue, Messieiu-s, avoir une grande propension à en faire autant, d'après ce que j'ai vu, de l'hémianesthésie alcoolique. C'est depuis une dizaine d'années, à la suite du travail d'un excellent observateur, M. Magnan, que Ton parle d'une hémianesthésie alcoolique présentant tous les caractères do l'hémianesthésie cérébrale par lésion du carrefour sensitif, et de l'hémianesthésie hystérique.
Eh bien, je me demande aussi, Messieurs, si cette hémianesthésie prétendue alcoolique ne serait pas tout simplement une anesthésie hystérique combinée aveo l'alcoolisme ?
La plupart des faits que j'ai lus me paraissent se prêter à cette interprétation, et je puis aujourd'hui vous présenter un cas qui me semble plaider fortement en faveur de l'opinion que j'avance.
Che..., 33 ans, en traitement dans le service depuis un an.
Antécédents héréditaires. — Père violent, joueur;
la mère aurait eu des attaques convulsives avec crises de suffocation, a Elle cassait tout dans ses attaques. »
Un oncle paternel vraisemblablement ataxique. (Il avait des accès de douleurs vives^ lançait ses jambes en marchant.)
Antécédents personnels. — Le malade lui-même aurait eu des convulsions dans son enfance.
A 17 ans, pendant la guerre, il s'est engagé et a été fait prisonnier. Il a passé quelques mois dans les ambulances allemandes, et c'est là qu'il s'est mis à boire de l'eau-de-vie. Infirmier ensuite au Val-de-Grâce et au Gros-Caillou, il a continué à s'adonner ^ux boissons alcooliques. Depuis quatre à cinq ans, il a été garçon d'amphithéâtre à Rouen et aux Quatre-Mares, et il est arrivé à prendre par semaine cinq litres d'eau-de-vie ou d'alcool. En conséquence, des accidents d'alcoolisme se sont montrés, consistant en tremblement des mains, cauchemars où le malade revoit des épisodes de la campagne, frayeurs, crampes douloureuses, etc.
Il y a deux ans environ, quinze jours après un incendie dont il avait été témoin, il eut une première attaque convulsive pendant laquelle il tomba de son lit, et qui fut suivie d'hémiplégie droite. Bientôt après, nouvelle attaque : l'hémiplégie disparaît, mais il survient du mutisme. Le malade dit ne pas avoir de souvenir de ces premières attaques, mais depuis il a eu fréquemment des attaques régulières, avec aura partant de l'aine droite, céphalalgie, constriction du cou, convulsions toniques, puis mouvements de salutation, arc de cercle, enfin attitudes passionnelles avec délire et hallucinations (toujours relatives à divers épisodes de la guerre).
Ces attaques durent à peu près une heure et demie. Le malade en a eu par mois jusqu'à 19, et maintenant il en a de 8 à 10. Le malade présente de plus du tremblement prédominant du côté droit et ayant les caractères du tremblement hystérique; il présente les carac-