CONCENTRATION DU DÉLIRE
pas la voir ou la tourne si elle est en travers de son chemin, sans s'en occuper. On lui présente un fruit, des olefs, une montre, un livre, elle ne paraît pas les voir, toute à Tidée dans laquelle elle est concentrée. La parole n'a aucune action sur ses hallucinations et n'en provoque point de nouvelles. On crie à ses oreilles des mots simples, capables d'éveiller des images, tels que: chat, chien, lion, des noms de personnes qu'elle connaît, elle ne bronche pas et ne semble même pas percevoir le bruit des paroles.
Elle est donc totalement concentrée dans son délire, dont rien ne peut la faire sortir, sinon les excitations simples des organes des sens. Alors elle s'empare de l'impression brute, qu'elle transforme à son gré en une hallucination, toujours la même pour chaque excitation sensorielle.
Ces résultats sont d'autant plus intéressants que nous avons pu constater chez elle des phénomènes de môme ordre dans la période cataleptique du grand hypnotisme. Nous les avons consignés dans une note publiée en collaboration avec Mlle Woltke (d'Odessa) (1). Cette malade est, en effet, une grande hypnotique. Après l'avoir mise en catalepsie par les procédés ordinaires, nous avons remarqué que par des excitations simples des organes des sens on pouvait faire naître des suggestions, véritables hallucinations, sur la nature desquelles l'opérateur n'a aucune influence.Tandis que la parole, la vue d'objets quelconques laisse la cataleptique impassible, l'application d'un verre rouge sur les yeux amène sur sa face l'expression d'une violente terreur. Un verre jaune donne l'hallucination de grand soleil et la malade met ses mains sur ses yeux comme une visière, pour se protéger contre le soleil. Il en est de même pour l'ouie, l'odorat, le goût, le toucher, dans le domaine desquels une excitation suggère une hallucination, à l'égard de laquelle la malade réagit par des gestes et des jeux de physionomie caractéristiques, au point que sa mimique seule suffit à faire comprendre tous les détails de l'hallucination qui se passe dans son cerveau.
(1) Georges Guinon et Sophie Woltke. — De Vinfluence des impressions sensitives et sensorielles dans les phases cataleptique et somnambulique du grand hypnotisme. (Nouvelle Iconographie de la Salpétrière, 1891, no 1 et plus haut n* XXV}.