ÉCRITURE DANS LE SOMNAMBULISME
Nous avons maintes et maintes fois fait écrire ainsi le malade pendant ses attaques de somnambulisme hystérique, soit spontanées, soit provoquées, et nous possédons de ce fait un volumineux dossier que nous ne saurions reproduire ici en entier. II contient des compositions diverses, des lettres à des amis ou à des confrères, des pièces de vers dont quelques-unes sont fort jolies, des petites réclames en vers pour certains produits industriels dont les inventeurs offrent une bonne récompense à quiconque leur envoie une réclame ingénieuse et bien tournée. Parmi cette grande quantité de documents, tous très intéressants, nous nous contenterons d'extraire le suivant.
Ce sont quelques fragments d'une. pièce de vers que nous choisissons dans le nombre, parce qu'elle donne une idée assez exacte de Tétat moral habituel de notre malade, plus riche d'esprit que d'écus, un peu désillusionné et légèrement « fin de siècle » , pour employer l'expression à la mode. Le malade la récitait volontiers spontanément pendant son délire.
LA FIN d'un journaliste.
Savais rêvé parfois, séduisante morale, D'assujettir la mort à l'urne électorale.
Réduite au seul apport des voix De ces pâles amants qui fatiguent les arbres. Des chercheurs de repos sous les buis ou les marbres
Des fervents du charbon de bois,
La Mort eût succombé sans même un ballottage. L*échec était certain ; las 1 ce galant partage
Elle ne Ta pas accepté.
Malgré la République, elle domine en reine, De mon suffrage hostile elle rit et — sereine —
Laisse mon vote protesté.
Inutile rameau, sa faulx rouge m*émonde.
Les yeux secs, j'ai bien peu de regrets pour ce monde
Voguant en plein âge de fer.
Seigneur, que j'ai parfois outragé comme Ponce, A mes vains arguments n'opposez pour réponse
Un fauteuil d'orchestre en enfer.