ÉCRITURE DANS LE SOMNAMBULISME
Dieu puissant^ vous m^avez épargné cette honte. J'ai laissé les Scapin dépouiller les Oéronte,
J*ai préféré l'Agence Havas, Disant les faits divers des fantastiques zones. Les combats fabuleux des noires Amazones,
Le cri de guerre des Ho vas.
J'ai menti comme un gueux deb fières Asturies, Mais des vierges en graine, héritières mûries,
J'ai respecté la puberté.
N'est-ce donc rien, mon Dieu, dans le siècle où nous sommes, Où l'honneur et l'amour se règlent par des sommes,
D'avoir sauvé ma liberté ?
Je descendrais joyeux, riant de ma souffrance. Au tombeau, si j'étais étranger à la France,
Ce pays magique, enchanté.
Ce tableau merveilleux, exempt d'ombres sinistres, Où les graves vieillards s'appellent des ministres
Et n'engendrent que la gaîté,
Où les événements tournés en facéties
Ont l'air de vieux refrains aigres comme des scies
Ou de couplets de Béranger, Où revient — preuve encor que notre terre est ronde — Périodiquement quelque nouvelle Fronde :
Coadjuteurou Boulanger.
Jéhovah juste et bon, qu'aucun pécheur ne lasse, En votre paradis réservez une place
Au pauvre et repentant rêveur !
Journaliste endurci, ma suprême prière Sera pour demander à l'apôtre saint Pierre
Un dernier billet de faveur.
Cette poésie écrite, nous plaçons devant les yeux du malade une feuille de papier sur laquelle nous avons écrit, faisant allusion en même temps à une autre poésie : « Quand avez-vous fait ces deux pièces de vers? » Il saisit aussitôt une plume et trace les lignes suivantes : « Mon cher Editeur, j^aurais un très pressant besoin d'un acompte de cent francs. Ces pièces doivent être sous-datées : Montpellier, juin et juillet 1890. Bien à vous, un peu de votre argent à