‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 6 sur 177 · HALLUCINATIONS PROVOQUÉES · texte numérisé non relu

HALLUCINATIONS PROVOQUÉES

natoire avec conservation de la connaissance et de la perception des objets extérieurs, qui caractérise le délire post-hystéro-épileptique, et se voit quelquefois à la suite des attaques d'hystérie. Bien qu'elle refuse . énergiquement de nous raconter toutes les choses bizarres qu'elle voit, nous arrivons cependant à la faire parler et elle nous fait le récit suivant.

« Elle était d'abord dans les bras de son... » nous dirons : d ^ son amant, sans employer toutes les circonlocutions dont elle faisait usage pour le désigner, « pleine de contentement et de plaisir. Puis subitement elle a vu la mer et il lui a semblé qu'elle descendait au tombeau. Ensuite elle voit un grand incendie, des flammes énormes montant jusqu'au ciel, qui prenait une coloration jaune éblouissante. Puis, tout à coup, elle était transportée dans une salle de bal, dans des salons magnifiques remplis d'arbustes verts et de fleurs. C'était un bal de gens du monde, non un bal comme celui des folles à la Salpêtrière, le jour de la mi-carème. Mais la scène changeait subitement et elle se voyait dans une espèce de charnier, entourée d'un grand nombre de morts, dont les cadavres pourrissaient et infectaient Tair. Puis, tout à coup, elle se trouvait dans un jardin superbe, au milieu des fleurs. C'était très joli, ça sentait bon. EnQn,le tableau changeant, elle sentait autour d'elle une odeur bizarre, comme de la terre mouillée ; l'air devenait irrespirable, elle étouffait, elle allait mourir. Voilà tout ce qu'elle avait vu et toutes ces choses elle ne se rappelait pas les avoir jamais vues nulle part auparavant, si ce n'est peut-être en rêve. C'était très joli ou très terrible ; ça lui passait rapidement devant les yeux. C'était comme s'il s'agissait d'elle, mais elle ne paraissait pas participer par ellemême à l'action. »

Pendant qu'elle nous faisait ce récit, conservant toujours les diverses contractures qui lui restaient de son attaque, la malade, ceci est important à noter, ne nous

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raoont ait pas toutes oes ohoses comme un pur souvenir, mais elle les voyait alors se dérouler, non devant ses yeux, mais dans son imagination. Â ce moment précis où elle se trouve dans cet état bizarre, les impressions sensorielles restent sans effet particulier. Â travers un verre rouge, elle voit rouge, i travers un verre jaune» jaune, à travers un verre vert, vert, mais point de scènes ni de tableaux spéciaux. Elle se sent elle-même toute drôle, comme ivre.

Quelques massages eurent raison des contractures qui persistaient. La malade revient alors progressivement à son état habituel et la mémoire de tout ce qu'elle a vu précédemment persiste, mais comme un lointain souvenir.

Reportons-nous maintenant aux diverses impressions sensorielles que nous avons données à la cataleptique, nous verrons que le récit de la malade s'applique exactement à tous les jeux de physionomie qui se sont succédé chez elle à la suite des diverses expériences. Tout d'abord l'expression de plaisir du verre rouge : c'est le duo d'amour ; la tristesse produite par le verre bleu : c'est la mer et la descente au tombeau ; la vive frayeur du verre jaune : Tincendie et les grandes flammes jaunes ; Tétonnement admiratif du verre vert : le bal et les salons remplis d'arbustes et de fleurs ; l'expression de dégoût du sulfure de carbone : le charnier et les ca* davres infects ; le sourire et le contentement de Teau de Cologne : le jardin plein de fleurs embaumées ; la répulsion, la tristesse du chloroforme : l'air irrespirable et la sensation de mort prochaine.

On peut donc dire que chaque impression sensorielle a éveillé chez la malade une suggestion absolument personnelle à elle-même, indépendante de la volonté de l'opérateur. Il s'agit là de véritables hallucinations suggérées, tableaux qui défilent devant les yeux de la malade, ou scènes un peu plus complexes dans lesquelles elle prend une part plus ou moins active.

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Nous n^avons pas poussé plus loin nos recherches chez cette malade, à cause du petit accident qui avait interrompu notre première série d'expériences.

Notre seconde malade, la nommée Cless.,., est une hystéroépilêptique à crises séparées, présentant également tous les stigmates de la névrose et grande hypnotique.

Le 14 mars 1890 nous Thypnotisons par la pression sur les globes oculaires. Dans la période léthargique, auoune réaction aux diverses excitations sensitives et sensorielles que nous avons pratiquées.

Après ravoir mise en catalepsie, nous plaçons devant ses yeux un verre bleu : immédiatement ses sourcils se froncent, ses lèvres se plissent comme dans un mouvement de dégoût prononcé. Elle fait avec les mains un geste qui correspond bien exactement au jeu de physionomie.

Verre rouge, — Sourire presque immédiat; expression de plaisir extrêmement vif. Puis ses mains s*élèvent et viennent se placer en se croisant sur sa poitrine comme si elle serrait quelqu'un contre elle. Puis sa face prend l'expression d'une joie allant ju8qu*à l'extase; de temps en temps elle envoie un baiser du bout des doigts.

Verre vert. •— Sourire; elle fait le geste d'envoyer un baiser. Les yeux levés au ciel, sa physionomie exprime un parfait contentement.

Verre jaune. ^ Mouvement de dégoût et de recul, bien plus accentué qu'avec le verre bleu.

Passant ensuite aux impressions olfactives, nous mettons sous les narines du sujet un morceau de camphre, qui provoque le sourire, une sorte d^extase, avec les mêmes gestes que ci-dessus.

Sulfure de carbone. — Dégoût très prononcé, avec gestes.

Eau de Cologne. — La malade sourit, lève les yeux au ciel, puis joint ses mains et se place dans l'attitude de la prière.

Chloroforma, — Expression de contentement ; elle renverse la tête en arrière, écarte et tend les bras, semblant y appeler quelqu'un du regard.

Eiher, — Contentement absolu, bonheur parfait (la malade est quelque peu éthéromane).

Alcool, — Elle fronce les sourcils, ferme ses poings et se met dans la position de défense comme pour se battre.

En ce qui concerne le goût, du sirop de groseilles placé sur la langue provoque un sourire, puis le geste d'envoyer un

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