‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 7 sur 177 · INFLUENCE DU DÉVELOPPEMENT INTELLECTUEL · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU DÉVELOPPEMENT INTELLECTUEL

baiser. Enfin elle parait honteuse et oonfuse de ce qu'elle vient de faire.

Sel de cuisine. — Dégoût.

Sulfate de quinine. — Elle fronce les sourcils, ferme les poings et se met dans la position de défense comme pour se battre.

Alcool. — Elle joint les mains, lève les yeux au ciel et parai4; prier.

Les diverses excitations des deux autres sens, l'ouïe et le toucher, ne nooa ont donné aucun résultat appréciable.

Comme on le voit, chez cette malade, les expressions de physionomie et les gestes provoqués par les diverses suggestions que donnent les sens, ne sont pas extrêmement variés. La joie, peut-être un peu d'érotismOi le dégoût, la colère, la prière sont les seules manifestations que nous ayons provoquées avec les nombreux agents d'excitation employés. En revanche elles étaient très vives et paraissent correspondre à des hallucinations bien nettes et fort intenses. Il est bon de dire à ce propos que cette fille est une simple. Enfant assistée élevée à la Salpêtrière^ où elle entra dès son jeune âge dans le service des enfants épileptiques, elle n'a pas grande culture et ses impressions ainsi que ses idées se bornent à un bien petit nombre. En présence de ces excitations, il est évident que le sujet réagit à sa manière, avec son propre fonds, dans la mesure de ses moyens. Il n'est donc pas étonnant qu'une fille simple, sans culture, ne présente qu'un nombre restreint de réactions simples. Nous verrons au contraire notre troisième sujet, fille plus cultivée, plus intelligente, nous donner des réactions beaucoup plus complexes et plus variées.

Nous n'avons pu ni à Tétat de veille, ni pendant la période somnambulique obtenir le récit des tableaux ou des scènes qui, pendant la catalepsie^ avaient px;0voqué chez notre malade les sentiments dont ses gestes et ses jeux de physionomie étaient l'expression. Tout souvenir avait disparu.

SOBINAHBULISHB HYPNOTIQUE. 29

Pendant la période somnambulique de l'hypnotisme les diverses excitations sensitives ou sensorielles n'ont jamais provoqué de suggestions quelconques, sans l'aide de la parole. Chez cette malade, comme chez la suivante et chez quelques autres que nous avons pu examiner dans la suite à ce point de vue, nous avons toujours observé que les sensations étaient perçues nettement et pour ce qu'elles étaient réellement, à moins d'un trouble morbide quelconque tel que la dyschromatopsie, Tanosmie, Tagustie, Tanesthésie, etc. Le verre rouge colorait en rouge les objets ambiants, le verre jaune en jaune, etc. L'éther, le chloroforme, le sulfure de carbone étaient perçus comme odeurs connues ou inconnues, mais bonnes ou mauvaises et c'était tout. Il en est exactement de même pour les substances sapides, les excitations auditives, les sensations cutanées. Les réponses des malades étaient toujours formelles à ce point do vue et si quelquefois, nos expériences finies, nous avons demandé à l'une d'elles si elle ne voyait pas quelque chose d'autre que des objets colorés en rouge, par exemple, elle nous regardait en souriant, paraissant se demander si nous n'avions pas un peu la berlue: « Qu'est-ce que vous voulez que je voie? Me prenez- vous donc pour une folle? » Aussi ne donneronsnous pas en détail la longue et fastidieuse liste de nos expériences à ce sujet, pour cette simple raison qu'elles ont toutes été négatives.

Notre troisième malade, la nommée Sohey..., est une jeune fille de vingt-trois ans, entrée en 1886 dans le servioe de M. le P' Charcot. Son histoire clinique est des plus chargées. Outre tous les stigmates qu'elle présente au degré le plus accentué, elle a eu pendant son séjour à Thospice une multitude d'accidents hystériques : chorée rhythmée, attaques de délire durant ju8qu*à dix jours, paralysies, contractures, etc.

Le 16 mars 1890, nous l'hypnotisons par la pression sur les globes oculaires. Pendant la phase léthargique, aucune réaction aux excitations sensitivo-sensorielles, comme chez nos

do 8BN8 t)B LA VUB.

deux autres malades, non plus que dans la période somnambulique, ainsi que nous le disions plus haut.

Après l'avoir mise en catalepsie, nous plaçons 'un verre rouge devant ses yeux. Immédiatement sa face prend l'exprèssion d'une grande frayeur. Ses bras se lèvent et ses yeux regardant dans le lointain semblent contempler un spectacle terrible.

Verre bleu. — Elle lève les yeux au ciel^ joint ses mains en Vair dans l'attitude de la prière, et finit par se mettre à genoux.

Verre jaune. — Elle fronce les sourcils, cligne les paupières et met ses mains en abat-jour au-dessus de ses yeux, comme pour se protéger d'une lumière trop vive. (Ce même verre jaune, placé sur nos propres yeux, nous donne à nousmêmes l'illusion que les objets environnants sont éclairés par un vif soleil dMté).

Verre vert foncé. — Elle sourit et fait un geste de contentement. Elle porte sa main à quelque distance de son nez et flaire un fleur qu'elle tient entre ses doigts. Elle la passe ensuite à une boutonnière de son corsage. Elle se lève alors de la chaise sur laquelle elle est assise et regarde à terre autour d'elle. Puis elle se baisse, arrache de la main droite une fleur à quelque distance du sol, sur un arbuste imaginaire et la passe dans sa main gauche. Elle recommence ensuite, cueille aussi un certain nombre de fleurs sur divers arbustes de dif^ férente hauteur et en compose un petit bouquet qu'elle met à son corsage. Elle recommencerait ensuite cette petite scène indéfiniment si on ne l'arrêtait pas.

Verre vert très c/atr, semblable à un mauvais verre de .vitre. — Elle semble regarder.dans le lointain. Puis sourit et salue de la main. Tout à coup elle fait quelques signes de tète et agite Tindex comme on fait pour faire signe à quelqu'un de venir vers elle ou de s'arrêter ; alors elle sourit de nouveau et envoie un baiser. Puis son regard semble suivre quelqu'un qui s'éloigne; enfin ses mains retombent sur ses genoux, elle baisse ia tète, l'air profondément triste comme si ce qu'elle suivait des yeux avait disparu pour ne plus revenir. Nous avons pu observer pendant toute cette scène dont les divers tableaux fe déroulent asses lentement, qu'il se produisait dans la pupille un certain nombre de modifications, mais nullement en rapport avec les mouvements d'accommodation nécessités par les diverses distances oh paraissaient se trouver les objets qu'elle semblait regarder. On peut voir là la preuve qu'il ne s'agit que de simples hallucinations ou mieux de phénomènes purement psychiques.

SËNB 01 l'odorat. 31

ËQ 06 qui oonoerne Todorat, un morceau de camphre placé 80U8 ses narines lui fait faire une légèrd grimace. Puis elle porte sa main à son front comme si elle avait mal à la tôte. Alors prenant le devant de sa robe entre ses mains elle la sent, elle se met à la secouer. On pourrait croire qu'elle tient à la main un vêtement qu'elle vient de retirer d'une armoire où il a passé Thiver saupoudré de camphre et qu'elle le secoue. Mais on comprend que l'interprétation de mouvements aussi spéciaux soit assez difficile. Oela peut être interprété ainsi et nous ne donnons cette hypothèse que pour ce qu'elle vaut. Après la scène de la robe secouée, revient le mal de tôte, puis ainsi de suite.

Le sulfure de carbone provoque un mouvement assez ba« nal. Sa face exprime le dégoût ; elle se bouche le nez entre le pouce et l'index.

L'eau de Cologne amène sur le visage une expression de contentement. Puis elle se baisse pour cueillir une fleur, la porte à son nea et recommence exactement ce qu'elle avait fait avec le verre vert foncé. Mais au lieu de placer quelques fleurs à son corsage^ elle fait un véritable bouquet^ qu'elle arrange des deux mains quand il est fini. Puis elle recommence à cueillir des fleurs et fait une couronne qu*elle place sur sa tète, et pique quelques fleurs dans ses cheveux. Puis elle tire un miroir imaginaire de sa poche, se regarde et a Tair enchanté. Elle pose la main sur son oœur avec une expression de profond ravissement.

Chloroforme. — Son regard devient fixe, puis on volt peu à peu son pied droit se placer dans l'attitude d'une contracture du muscle tibial antérieur.

Eiher. — Elle fait de grandes inspirations comme pour une inhalation. Puis elle se comprime avec les deux mains l'ovaire droit. Ses yeux sont fixes et un peu hagards, sa face exprime une certaine souffrance.

11 est bon d'ajouter, à propos des résultats fournis par l'éther et le chloroforme, que dans le service on a l'habitude de donner de Téther pour calmer les grandes attaques d'hystérie, pour lesquelles on fait aussi usage de la compression de To* vaire» tandis que les inhalations de chloroforme sont réservées généralement pour faire disparaître les contractures plus ou moins persistantes.

Alcool. — Elle fait le geste d'enlever une tache sur sa robe, qu'elle frotte entre ses deux mains, puis brosse. Elle parait désolée de voir que la tache persiste malgré ses efforts.

Les excitations gustatives donnent des résultats non moins intéressants. On humecte la langue avec quelques gouttes de

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