‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 66 sur 177 · CARACTÈRES DE LA SECONDE PERSONNE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DE LA SECONDE PERSONNE

avec sensation douloureuse, aggravée par le dépit d'être ramenée à Tétat bête », accompagnée d'un violent «ébranlement nerveux». Le réveil s'annonce invariablement par trois bâillements convulsifs.

Ce sont là^ à n'en pas douter, de véritables zones hystéro-frénatrices, dont Texcitation fait cesser Tattaque à forme spéciale dont la malade est affectée, en provoquant quelques phénomènes convulsifs (les bâillements).

Mais ce n'est pas tout. Je disais en commençant, parlant du somnambulisme hystérique, qu'il y avait entre le somnambule profondément concentré dans son délire que les excitations les plus simples parviennent à peine à impressionner, et le somnambule tranquille, répondant aux questions et auprès de qui un individu non prévenu passerait sans se douter de son état, toutes les transitions possibles. Ëh bien, nous allons trouver, chez la malade de M. Dufay, une transition entre les derniers exemples de somnambulisme hystérique et les cas de dédoublement hystérique de la personnalité.

En effet, cet auteur a constaté que sa « somnambule n'entend que les bruits qu'elle écoute, que la personne qui s'adresse directement à elle. Les rires les plus bruyants, les conversations à haute voix, les cris même, elle n'entend rien, si on n'a pas fixé son attention par une interpellation directe. » N'est-ce point là, pour ne pas dire plus, une analogie frappante avec le somnambule hystérique ? On objectera qu'il y a entre les deux une différence fondamentale, à savoir que l'un délire et est en proie à des hallucinations variées, tandis que Tautre vit, en apparence, de la vie de tout le monde. C'est vrai, mais à côté de cela d'autres analogies, et en particulier celle dont je viens de parler, rapprochent indubitablement les deux cas l'un de Tautre. La différence qui les sépare nous permet de ranger l'un dans le somnambulisme hystérique et l'autre dans le dédoublement de la personnalité, au sens étroit où nous l'entendons ici. Mais c'est tout.

En tous cas, reste démontrée l'allure d'attaque hystérique que revêt bien nettement chez la maladede M. Dufay chaque accès de condition seconde.

Les accès reviennent tous les soirs, quelquefois pendant

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le sommeil normal ; d'autres fois pendant le jour, sous l'influence d'une émotion vive. Lorsqu'il a lieu dans le soirée, « Mlle R. L.^ après avoir continué la veillée, monte à sa chambre en môme temps que ses compagnes, travaille dans l'obscurité ou se couche et passe insensiblement du sommeil agité (1) au sommeil tranquille et normal, pour se réveiller à l'heure réglementaire. Elle est alors très étonnée de trouver achevée la besogne qu'elle se rappelle avoir seulement commencée, ou même avoir eu l'intention de commencer. »

M. Dufay put observer chez sa malade ces phénomènes de dédoublement de la personnalité, qu'il croit de nature hystérique, pendant une douzaine d'années (depuis 1845 environ). Dans la suite, il apprit qu'ils avaient cessé vers 1886.

Tel est le cas de M. Dufay. On peut en résumer en quelques mots les points les plus saillants : hystérie ; accès de dédoublement de la personnalité, avec persistance du souvenir de la première personne dans l'état second ; possibilité de faire cesser les accès en excitant certaines zones hyperesthésiques.

L'élément hystérique, qui saute aux yeux chez la malade de M. Dufay, est encore bien plus accentué dans le cas qui a été rapporté par F. Vizioli (2). Le malade observé par cet auteur est un jeune homme de vingt ans, issu d'une famille de névropathes, bien développé, hystérique et atteint d'une perversion complète du sens génital. Les attaques que M. Vizioli décrit comme accès d'hypnotisme spontané [aceessi di ipnotismo spontaneo) sont purement et simplement des attaques d'hystérie de

(1) Nous ne savons point si Tauteur a constaté de visu ce passage insensible d'un état à l'autre. Les mots c sommeil agité n permettraient peut-être de croire qu'il existe là aux environs de ce passage quelques phénomènes d'ordre convulsif, ainsi que cela se produit pendant la journée (les trois bâillements du réveil).

(2) F. Vizioli. — Del morbo ipnotico (ipnotismo spontaneo ^ autonomo e délie suggestioni,(Giorn. di Neuropath^ 1885).

Charcot, t. II. 13

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forme un peu anormale et mélangée de phénomènes hypnotiques. Cette immixtion de manifestations hypnotiques dans l'attaque hystérique n'est point très rare et MM. Charcot, Richer, Pitres en ont rapporté d'assez nombreux exemples.

Quoi qu'il en soit, dans les crises que présente le malade de M. Vizioli, l'élément hystérique est largement représenté. Chaque accès se compose de quatre périodes. Tout d'abord, on remarque t un stade de col lapsus ou de léthargie, avec résolution des membres. » L'individu, les yeux fermés, et dans la résolution musculaire la plus complète, reste cependant conscient et répond à toutes les questions qu'on lui pose. Cette première phase dure dix à quinze minutes et Tautei^r a constaté, pendant sa durée, la présence du phénomène hypnotique connu sous le nom d'hyperexcitabilité neuro-musculaire.

Vient ensuite une phase de grands mouvements, arcs de cercle, suivie d'attitudes passionnelles variées pendant lesquelles le malade parle, crie, chante, gesticule. Cette période, dont la durée est de dix à quinze minutes, peut manquer dans quelques-unes des attaques.

Le troisième stade est caractérisé par des phénomènes cataleptiques. Il est accompagné d^une perte complète de la connaissance et de la mémoire, le malade n'ayant aucune notion des actes de sa vie ordinaire, pas plus que des faits accomplis pendant les deux autres stades. Sa durée est à peu près moitié moindre que celle des deux précédents.

Il passe de là dans la quatrième phase désignée par M. Vizioli sous le nom de stade de somnambulisme. Celui-ci est marqué par « un retour de la connaissance et une lucidité mentale surprenante. Le malade a les yeux fermés comme dans les deux autres stades; mais il perçoit parfaitement toutes les impressions cutanées, tactiles, thermiques ou électriques. Il se souvient très bien de ce qui s*e8t passé dans les deux premières phases,mais non dans la phase cataleptique... Il se souvient aussi de ce qui est arrivé dans les accès précédents et en outre de tout ce qui s'est passé pendant l'état de veille.. . Il a donc une double mémoire, Tune se rapportant au cours habituel de ses pensées et de ses actes, l'autre qui s'étend à toutes les périodes du somnambulisme... Mais dans l'état de veille il ne conserve aucun souvenir de l'état somnambulique.La durée de cette phase est, si Ton peut dire, indéfinie. Le sommeil n'aurait point de fin si Ton ne réveillait ce malade artificiellement, en lui

ouvrant les paupières et en lui soufflant sur les yeux. » Pendant cet état, il est éminemment suggestible.

Il y a là un dédoublement évident de la personnalité. A vrai dire il est fâ:heux que M. Vizioli, qui a trouvé l'hypercxcitabilité neuro-musculaire dans la phase léthargique de cette attaque, n'ait pas recherché de môme la contracture somnambulique dans le dernier stade. Peut-être, s'il l'y eût trouvée, cela Taurait-il confirmé encore davantage dans l'opinion qu'il se trouvait en présence d'un cas d'hypnose spontanée. Mais, pour moi, je ne puis voir là-dedans qu'une simple attaque d'hystérie avec immixtion de phénomènes hypnotiques.

Si quelques-uns des phénomènes observés peuvent être en effet légitimement rapportés à l'hypnotisme, il en est d'autres qui n'en ont jamais fait partie et qu'on ne saurait lui rapporter. Par exemple les convulsions, les grands mouvements, l'arc de cercle de la seconde période, ainsi que les hallucinations accompagnant et caractérisant les attitudes passionnelles se plaçant à la fin de cette phase convulsive. Voilà qui est bien du domaine de l'attaque d'hystérie et non de l'hypnotisme. Mais je reviendrai plus loin sur cette question des différences qui permettent do distinguer le dédoublement de la personnalité du somnambulisme hypnotique. Pour le moment, je ne veux retenir que ceci : dédoublement de la personnalité survenant par crises, à la fin d'une attaque d'hystérie dûment caractérisée.

Dans le cas do M. Ladame (de Genève) (1), l'attaque hystérique d'où dérivaient les phénomènes de dédoublement de la personnalité affectait une modalité spéciale. H ne s'agissait plus d'une attaque convulsive, comme cldcssus, mais d'une attaque de sommeil.

(l) Ladame. — Observation de Bomnambulisme hystérique avec dédoublement de la personnalité , guéri par la tuggeslion hypiiotique, {Soc. médico'psycho., 30 janv. 1888 — et Rei). de Vhypnot, expérim, et thérap., 1»^ mars 1888, p. 257).

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