‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 67 sur 177 · CAS DE M. LADAME · texte numérisé non relu

CAS DE M. LADAME

La malade de M. Ladame, jeune fille de Î7 ans, a une hérédité névropathique assez chargée. 8a mère était, comme elle, atteinte de somnambulisme et d'attaquei de sommeil. Sa sœur a souffert pendant quelques mots d'une coxalgie nerveuse.

L'histoire de sa vie est assez caractéristique. Dans sa première enfance, à la suite d'une peur violente occ.isionnée par un incendie, elle devint somnambule (noctambule). Elle se levait la nuit, courait dans la cuisine ou dans les corridors de sa maison et on était obligé de b rapporter dans son lit, d'où elle s^échappait de nouveau, parfois à plusieurs reprises (1). Ces crises de somnambulisme n*ont jamais cessé et sont même assez fréquentes depuis.

Au mois de janvier 1887 sarvint la première attaque de sommeil caractérisée, à la suite de l'émotion occasionnée par un commencement d'incendie qu'elle avait allumé par accident. Dans la suite, les attaques se répétèrent et, peu à peu, on s'aperçut que lorsqu'elle sortait de sa crise de sommeil elle se présentait avec des allures bizarres et surtout avec un caractère qu*on ne lui connaissait pas. C'était la première consta* tation de Vétat second, du dédoublement de la personnalité. Â quelque temps de là, son fiancé s'aperçut par hasard qu'il pouvait l'hypnotiser.

M. Ladame décrit, ainsi qu'il suit, les caractères qui distinguaient chacune des deux personnalités de sa malade.

• Pendant l'état second, M"« X... change complètement de caractère. Douce, aimable et un peu molle à Tétat normal, elle devient impatiente, méchante, impétueuse, mais active et travailleuse. Elle mange avec un meilleur appétit et digère beaucoup mieux qu*à l'état normal. Elle n'a plus de maux d'estomac. Elle chante, elle joue du piano, elle prend part à la conversation, riposte hardiment et a des mots qu'elle ne trouverait pas habituellement. Elle ne dit jamais de paroles grossières, mais elle a la main leste. Elle ne supporte pas la contradiction ; elle distribue généreusement les taloches, et, un jour, elle disait à son fiancé : c Allons, mon ami, il faut nous « marier tout de suite, pour que je puisse te faire marcher, v Revenue à l'état normal, elle ne se rappelle absolument rien de ce qu'elle a dit ou fait pendant l'état second, et elle n'a jamais voulu croire qu'elle s'était exprimée comme nous venons de le

(l) Voir la note, p. 190.

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