‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 68 sur 177 · CAS DE M. LADAME · texte numérisé non relu

CAS DE M. LADAME

rapporter... Dès l'état second elle résiste vigoureusement lorsqu'on essaye de la forcer à faire ce qui ne lui convient pas, et elle déploie alors une grande force musculaire... Quand elle est dans son état normal, elle perd toujours au jeu de dames, mais lorsqu'elle est dans l'état second elle gagne, au contraire, toujours. »

II est bon de noter, en passant, que M. Ladame n'a jamais constaté, chez cette malade, d'anesthésie cutanée ni aucun autre stigmate d'hystérie.

Bien que cette jeune fille, dans son état second, se souvint des faits de sa vie normale, il lui arrivait cependant souvent, a dans Tétat second, de ne pas reconnaître les personnes de sa connaissance dans Tétat prime, o Elle parle à M. Ladame, qu'elle connaît fort bien dans l'état normal, comme si elle s'adressait à quelqu'un d'étranger, et un jour qu'il essayait de la réveiller, c'est-à-dire de la faire revenir à l'état prime, elle lui répondit : a Je dirai à M. Ladame que vous avez voulu me réveiller quand je ne dormais pas. 9

Au début, le fiancé de M*'* X..., qui pouvait l'hypnotiser lorsqu'elle était à l'état de veille, n'avait aucun pouvoir sur elle quand elle était dans l'état second. M. Ladame fut plus heureux dans la suite. Il put parvenir à l'hypnotiser dans l'état second et par la suggestion faire disparaître les crises de dédoublement de la personnalité, ainsi que les attaques de somnambulisme nocturne.

L'élément hystérique est, dans ce cas, représenté pai l'attaque de sommeil qui précède chaque crise de dédoublement de la personnalité. Celle-ci lui succède immédiatement ; le malade sort de Tune pour tomber dans l'autre, comme certaines passent de la période convulsive de l'attaque ordinaire dans la phase des attitudes passionnelles. Tel est le premier point à considérer.

Je ferai remarquer les autres différences qui existent entre la première et la deuxième personnes. Celle-là est aimable et douce, celle-ci violente et emportée. C'est donc surtout une différence de caractère qui distingue l'état second. En ce qui concerne le souvenir, il est bizarre de voir que la malade, bien que se souvenant dans l'état II de tous les faits de l'état I, oublie cependant certaines

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figures. Elle continue à savoir marcher, lire, écrire, chanter, jouer du piano.

Il en est à peu près de même dans le cas dû à M. Bonamaison (1). Chez sa malade les facultés paraissaient plus affinées dans Tétat second que dans Tétat normal.

C*est une jeune fille de 22 ans chez qui les premiers accidents nerveux remontent à l'âge de quatorze ans. A vingt ans elle entre comme sous-maîtresse dans un couvent et là, à la suite de pratiques de dévotion exagérées ayant amené un certain degré d'anémie et d*un traumatisme de la région h3'pogastrique, les premiers symptômes hystériques caractérisés iont leur apparition.

Ce sont tout d'abord des attaques convulsives, puis, sept mois plus tard, des attaques de sommeil. Trois mois après le début de ces dernières paraît la prcmicro crise qualifiée par M. lîonamaison de somnambulisme spontané, et que nous appellerons, avec M. Charcot, attaque do vigilambulisme ou dédoublement hystérique de la personnalité. Cette première attaque dure trois mois consécutifs avec des retours d'une ou deux heures par jour à Tétat normal, interrompue, comme rétat normal lui*>même, par des attaques convulsives ou de sommeil.

Au bout de ce temps, le dédoublement de la personnalité ne se montre plus que quotidiennement, vers le soir, pendant plusieurs heures.

Au milieu de tous ces accidents se placent divers épiphénomènes de nature hystérique qui survenaient de temps à autres par accident, tels que : des attaques do catalepsie, ou plutôt de rigidité avec conservation de la connaissance ; des crises de dyspnéed'une violenoepeu commune; une paraplégie complète; et, à diverses reprises, des contractures variées, du mutisme, de Taphonie, des vomissements, de la diarrhée nerveuse, etc., etc.

D'ailleurs, cette jeune fille porte les stigmates de l'hystérie

(1) Boaamaison.— Un cas remarquable d*hypno3e spontanée, grande hystérie et grand hypnotisme. [Rev, de l'hypn. et de la psych. physiol,, i^f février 1890, p. 234).

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la mieux caractérisée : hémianesthésie sensitivo-Bensorielle gauche très prononcée, ovaralgie du même côté, clou hystérique, etc.; hémiamyosthénie gauche. La malade fait usage d'apiol pour ramener les règles dont Tapparition est toujours marquée par une recrudescence des accidents nerveux, de morphine pour calmer ses diverses douleurs, de chloral pour pouvoir dormir.

L'état second peut se produire à la suite d'une attaque convulsive, laquelle se présente toujours sous la forme typique de la grande attaque décrite par M. Gharcot, ou bien succéder à une attaque de catalepsie. Dans d*autres cas, elle est simplement précédée d'une courte phase cataleptoide qui pourrait échapper à un observateur inattentif ou non prévenu. Elle se produit tous les soirs entre six et sept heures.

Après une de ses attaques ou au sortir de la courte phase cataleptoide qui en marque le début, la malade, par une inspiration profonde, entre dans l'état second, f Elle jette alors autour d'elle un regard étonné en disant aux personnes présentes : c Bonjour I • ou bien encore : « Ah ! vous voilà ! » puis paraît se souvenir et reprend la conversation ou le travail interrompus au point où elle les avait quittés... Une modification sensible s'est produite dans les allures et le caractère de M'i* X... ; l'expression de sa physionomie est différente, les yeux sont plus brillants, l'allure plus dégagée et plus vive ; elle cause et rit avec plus d'animation. Très docile à Tétat normal, elle devient, en état second, volontaire et capricieuse. Elle s'occupe de préférence, dans cet état, à des ouvrages de broderie ou de couture minutieux et difficiles, qu'elle conduit avec une activité fébrile et une dextérité peu commune.

« L'intelligence et la mémoire sont plus affinées ; la suractivité de cette dernière faculté est surtout manifeste. Le souvenir do faits oubliés à l'état normal se réveille et se présente ù son esprit avec une netteté extraordinaire et elle les raconte avec une verve et un entrain qu'elle n'a pas habituellement. Nous l'avons plusieurs fois entendue chanter, en somnambulisme, une romance anglaise apprise pendant son enfance et dont elle ne sait plus le premier mot, une fois revenue à l'état normal.

« Pendant l'attaque de somnambulisme, la malade a gardé le souvenir de tout ce qui s'est passé pendant l'état normal et les attaques de somnambulisme précédentes.

« Quelquefois cependant la malade parait avoir oublié, pendant l'état second, les faits qui ont immédiatement précédé le début de cet état. C'est ainsi, qu'étant entrée un jour en somnambulisme à la fin du repas, elle s'étonnait qu'on commençât

par le dessert, ne se souvenant plus qu'on avait auparavant servi le dîner.

c Revenue à Tétat normal, la malade a complètement oublié tout ce qui s'est passé et tout ce qu'elle a dit pendant l'attaque de somnambulisme ; mais il arrive bien souvent que, le lendemain, en rentrant en somnambulisme, elle cherche à renouer la conversation ou à continuer la lecture ou l'ouvrage commencés pendant la période do somnambulisme précédente et qu*elle avait oubliés pendant l'état normal.

c Comme nous l'avons dit plus haut, la malade entre en somnambulisme chaque soir entre six et sept heures et reste dans cet état toute la soirée. C'est en état second qu'elle se couche et 8*endort... Dans cet état indéterminé qui sépare la veille du sommeil, elle pousse, par instant, un cri involontaire ou plutôt une sorte d'aboiement. Cet aboiement se produit quelquefois pendant plus d'une heure, cessant quand on réveille la malade pour reprendre dès qu'elle va se rendormir. La malade en a à peine conscience... »

Ajoutons enfin que la malade était hypnotisable et que Ton pouvait provoquer chez elle toutes les manifestations du grand hypnotisme. M. Bonamaison a utilisé avec succès cette disposition de sa malade au point de vue thérapeulique.

En ce qui concerne la nature des phénomènes observés, M. Bonamaison arrive aux mêmes conclusions que Vizioli, à propos de sou cas, qui présente de grandes analogies avec celui-ci. Il est d'avis qu'il s'agit là de grand hypnotisme spontané. Pour les mômes raisons que jo donnais ci-dessus, je pense qu'il vaut mieux ranger aussi ce cas dans ceux de dédoublement de la personnalité de nature hystérique. Les phénomènes qui marquent le début des crises d'état second sont trop franchement hystériques (attaques convulsives, attaques de sommeil ou plutôt de contracture, d'après la description de l'auteur) pour permettre une autre interprétation, sans parler encore de cette sorte d'amnésie rétrograde qui accompagne parfois chez elle l'entrée dans le vigilambuUsme et qui s'observe fréquemment chez d'autres à la suite d'une attaque vulgaire d'hystérie.

Remarquons déjà que, dans ce cas, l'état second né d*une attaque de sommeil se prolonge au delà des limites

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