‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 8 sur 177 · SENS DU GOUT ET DE L*OUIE · texte numérisé non relu

SENS DU GOUT ET DE L*OUIE

sirop de groseilles ; aussitôt elle se met, avec des signes de contentement, à porter à sa bouche un verre imaginaire et à boire. Puis elle fait sig^e qu'elle en a assez, qu'elle n'en veut plus. EnGn elle boit de nouveau et fait le geste de poser son verre sur une table.

Sel de cuisine. » Elle fait le geste de prendre quelque chose entre ses doigts^ de le porter à sa bouche et de le goûter avec soin.

Sulfate de quinine. — Elle prend un air dolent, s'allonge sur la chaise où elle est assise comme si elle était au lit, se tàte le pouls. Puis elle fait le geste d'écarter quelqu'un qui s'approcherait d'elle, tend la main et prend quelque chose (un thermomètre, évidemment) qu'elle se place dans l'aisselle. Elle porte sa main à son front comme si elle avait mal à la tète. Puis elle fait le geste de rejeter ses draps au pied du lit, allonge ses jambes, place ses mains le long de son corps comme si elle s'arrangeait pour être examinée au lit. Elle fait le geste de boire. Elle remue la tète par oui et non comme pour répondre à des questions qu'un être imaginaire lui pose.

En ce qui concerne le sens de l'ouie, il est à remarquer que la malade ne réagit qu'aux excitations relativement simples ; sons divers^ musique rhythmée. La parole ne provoque aucune réaction; on a beau lui crier aux oreilles des mots simples, capables d'éveiller des hallucinations bien nettes, tels que : ileurs, chat, chien, etc., elle ne bronche pas. Au contraire, si on bat du tambour avec les doigts sur une table ou une vitre, elle paraît regarder un spectacle agréable dans le lointain (des soldats, sans doute), et scande avec sa tète le rhythme de la marche que l'on joue. De même si l'on imite le sifflet du chemin de fer et le bruit de la locomotive, elle semble sui^Te de rœil un train qui passe dans le lointain.

Le bruit de cloches, imité à l'aide de petits coups sur un gong, la plonge dans une grande tristesse. Elle met la main sur ses yeux comme quelqu'un qui pleure ou qui prie. Elle assiste évidemment à quelque enterrement ou à quelque triste scène d'église.

Si on vient à siffler auprès d'elle un air de polka en le rhythmant comme il faut sur quelque objet sonore, un triangle, par exemple, elle sourit, [paraît satisfaite, puis prenant sa robe dans ses mains, ainsi que peut faire une femme qui danse seule, elle se met à polker et continuerait indéfiniment, môme une fois la musique arrêtée. Si on change brusquement le rhythme et qu'on joue une valse, par exemple, elle cesse de polker, paraît un peu étonnée et se met à valser fort

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correctement. Si au milieu de la valse on se met à jouer une mazurka, elle s'arrête subitement, essaie de reprendre sur le nouveau rhythme, mais, dépitée, s'arrête. Nous avons appris, en le lui demandant à l'état de veille, qu'elle ne connaissait pas cette dernière sorte de danse.

Les excitations cutanées simples, toucher, piqûre, ne nous ont pas donné de résultat bien net. Elle se recule et se défend par un mouvement banal qui ne dit rien sur ce qui se passe dans son cerveau. Il en est à peu près de même pour les sensations de température. Une impression de froid la fait frissonner et serrer ses bras contre son corps. Elle se couvre la tête et les épaules d'un chftle imaginaire. En présence d'une sensation de chaleur, elle fait le geste de se dévêtir, essuie la sueur imaginaire qui couvre son front, s'évente avec un éventail qui n'existe que dans son esprit.

. Nous avons répété plusieurs fois ces expériences chez cette malade et chez la précédente. Toutes les fois elles nous ont donné exactement les mêmes résultats que ci-dessus, en ce qui concerne chacune d'elles en particulier.

En résumé, on peut donc dire que lès excitations sensitives et sensorielles agissent différemment dans les diverses phases de la névrose hypnotique. Dans la léthargie, si elles sont perçues, le sujet ne donne aucune marque extérieure dénotant la réalité de cette perception et, en tout cas, elles ne provoquent aucune espèce de suggestion. Dans la catalepsie, au contraire, dans laquelle on connaît l'influence suggestive du sens musculaire, les excitations sensorielles sont perçues et provoquent chez le sujet des suggestions dont il nous rend compte par une mimique et des jeux de physionomie parfaitement appropriés. Enfin dans la phase somnambuliquQ, dans laquelle le sujet, bien qu'à peu près inactif spontanément, est cependant plus éveillé et plus près de la vie normale, les excitations sont perçues, mais elles ne produisent que des sensations justes, justement interprétées par le sujet qui les ressent.

Le fait dominant, au point de vue qui nous oocupci Chabcot, t. n. 3

34 CARACTÈRES DES HALLUClKATKmS Dfi LA CATALEPSIE.

c'est que dans le somnambulisme le malade possède des points de comparaison. Il voit les objets extérieurs, entend les paroles et interprète tout cela comme un individu normal. Placez un verre rouge devant ses yeux, il voit les objets teints en rouge. Le cataleptique, au contraire, bien que sa rétine soit évidemment sensible à la lumière, ne paraît pas voir les objets qui l'environnent et semble incapable d'interpréter les excitations complexes qu'il perçoit peut-être. Au contraire, donnezlui une sensation simple de couleur, de son, de rhythmc, de goût, d'odorat, il la perçoit immédiatement ; mais manquant de points de comparaison qui rendent possible et facilitent à Tliomme normal et au somnambule l'interprétation, il la transforme instantanément à son gré, suivant son éducation, ses souvenirs latents, tout ce qui constitue son moi organique qui ne disparait jamais complètement, en un tableau plus ou moins compliqué.

Ce sont là de véritables suggestions provoquées dans la catalepsie par les excitations; des divers sens. Elles sont absolument indépendantes de la volonté de l'opérateur et soumises au hasard de l'interprétation du malade, toujours dirigé par quelque souvenir latent ou quelque conception du sommeil ou du rêve. Elles présentent ceci de particulier, c'est que, quoique toujours les mêmes chez un même malade, elles varient considérablement d'un malade à Tautre. On ne saurait donc dire qu'il existe des impressions sensorielles simples produisant la gaieté, d'autres la tristesse par exemple. Le rouge, que nous avons vu provoquer des hallucinations gaies chez nos deux premières femmes, produisait une vive terreur chez la troisième. L'odeur de l'alcool qui donnait à l'une Tidée de bataille et de coups de poings, donnait à l'autre l'idée d'enlever une tache sur sa robe.

Dans la plupart des cas, surtout lorsque les suggestions ainsi provoquées sont assez complexes et bien dessinées par la mimique du sujet, on parvient à com-

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