‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 9 sur 177 · VARIÉTÉ DES HALLUCINATIONS PROVOQUÉBS · texte numérisé non relu

VARIÉTÉ DES HALLUCINATIONS PROVOQUÉBS

prendre le mécanisme de leur production. Il est évident que l'odeur de Talcool et l'idée d'une tache à enlever vont assez bien ensemble. Il en est de même pour le goût du sulfate de quinine pour qui en a déjà pris et ridée de maladie et de fièvre ; l'odeur d'un parfum et ridée de fleurs odoriférantes.

Dans d'autres cas, au contraire, la véritable nature du tableau qui se peint dans le cerveau du malade est plus difficile à saisir lorsqu'il ne donne les signes extérieurs que de sentiments simples* tels que le dégoût, la joie, la colère, par exemple. Cependant il est bien évident que là aussi le mécanisme est analogue et qu'il y a eu plus qu'une simple sensation.

Quoi qu'il en soit d'autre part de l'interprétation que l'on tente de donner de ces phénomènes, le fait n'en reste pas moins, à savoir que Ton peut donner dans la phase cataleptique du grand hypnotisme, à Taide d'excitations sensitives et sensorielles, des suggestions dont le caractère est d'être absolument indépendantes de la volonté de l'opérateur et de varier avec chaque malade qui interprète à sa façon chacune des sensations qu'on lui fait percevoir.

De l'influence des excitations des organes des sens sur les hallucinations de la phase passionnelle de l'attaque hystérique (1).

On sait que les attitudes passionnelles qui caractérisent, dans la nomenclature établie par M. Charcot, la troisième phase de Tattaque hystéro-épileptiquci sont commandées en général par des hallucinations, le plus souvent visuelles. On sait aussi que cette troisième période de Tattaque peut, dans certains cas, prendre un développement considérable aux dépens des autres phases et même quelquefois s'isoler presque complètement pour constituer le délire hystérique ou le somnambulisme hystérique.

Différents auteurs avaient déjà signalé la possibilité de modifier ce délire à Taide de certaines suggestions. Le premier, M. Mesnet, dans deux mémoires où il relatait rhistoire de deux malades atteints de somnambulisme, avait remarqué ce fait. Bien qu'il n'ait pas rattaché le délire de ses malades à l'hystérie elle-même, attendu qu'à celte époque (1860 et 1874) on considérait encore le somnambulisme comme une névrose à part, il a noté avec soin les caractères de ce délire, qui devaient être dans la suite vérifiés par d'autres observateurs (2). Mais un point nous intéresse surtout

(1) Par Georges Ouinon et Sophie Woltkc (d'Odessa). Ce travail a été publié dans les Archives de Neurologie, 1891, 110 63. (G. G.)

(2) Mesnet. — Etude sur le somnambulisme envisagé au point de vue pathologique, {Arch, gén. de méd., iS^iO, I, p. 147.) — De l'automatisme de la mémoire et du souvenir dans le somnambulisme pathologique. [Union médicale, 21 et 23 juillet 1874.)

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au point de vue des recherches que nous avons entre* prises. 11 avait vu, en effet, que chez ses deux malades et en particulier chez le second on pouvait jusqu'à un certain point, sinon diriger le délire, du moins en mo<lifier la marche par des procédés divers. M. Mesnet avait bien noté à quel point le malade dans cette sorte de délire est concentré en lui-même. Il s'était aperçu qu'on ne pouvait entrer en communication avec lui qu'en s'incorporant pour ainsi dire dan» ses conceptions délirantes. Pour arriver à ce but, il essaya tous les moyens et s'aperçut que chez l'un de ses malades, en s'adressant au sens du toucher en particulier, on arrivait à modifier ses hallucinations, mais sans leur donner telle ou telle direction subordonnée à la volonté de l'opérateur. Le patient arrangeait à sa guise l'impression perçue. Synthétisant pour ainsi dire les nombreux exemples qu'il donne dans le cours de son travail, M. Mesnet pouvait dire en parlant du sujet de son second mémoire : « On peut l'influencer, changer son rêve, lui donner une autre direc«tion ; on peut, en piquant légèrement la peau avec une épingle, lui faire rêver duel ; on peut^ en éclairant sa chambre, lui faire rêver flammes, incendie; Taction cérébrale provoquée chez lui est toujours en rapport avec le sens sur lequel l'excitation aura été portée. »

Ces quelques lignes contiennent en germe tous les détails des recherches que nous avons entreprises à ce sujet dans le délire de la phase passionnelle de Tattaque hystérique. Depuis les travaux de M. Mesnet, M. Pitres (de Bordeaux) avait également signalé la possibilité de donner des suggestions dans la phase passionnelle de l'attaque d'hystérie, mais sans insister sur les caractères spéciaux de ces suggestions (1). Enfin M. le P' Charcot,

(!) Pitres. — Des zones hystérogènes ; des attaques de sommeil» Bordeaux, 1885.

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faUiant alluaion aux cas de M. Pitres, affirmait que ce fait n'est pa« très rare dans la phase des altitudes passionnelles de l'attaque (1).

Mais toutes les recherches faites jusqu'aujourd'hui, dans cet ordre d'idées, ne reposaient que sur des faits isolés et n'avaient point été dirigées méthodiquement. Les choses en étaient à ce point, lorsque M. le D' Motchoutkowsky (d'Odessa) eut à son tour l'idée d'impressionner les sens dans la phase des attitudes passionnelles et s'aperçut que, par ce procédé, il pouvait influencer le délire du sujet, le diriger jusqu'à un certain point et y ajouter des tableaux nouveaux. II commença aussitôt avec l'un de nous des recherches méthodiques chez un malade de son service, qui présentait une phase passionnelle prolongée. I^e résultat en a été publié en résumé par M. Ségal, mais, paraît- il, sans l'autorisation de leur véritable auteur (2). Nous donnons ici Thistoire de ce malade, dont l'observation nous a conduits à faire de plus complètes investigations^ dans le sens do Tidée do M. Motchoutkowski, dans ce vaste champ d'expériences qu'est la Salpêtrière.

Le nommé Oonstant..., juif de religion, Agé de cinquantesept ans, ouvrier, soldat libéré, entre à Thôpital de la ville à Odessa le 22 janvier 1887. Pendant son service militaire il avait été musicien. Il entre à l'hôpital pour de la toiix et des étourdissements et en Tauscultant on trouve un souffle au sommet droit et des râles sibilants dans tout le poumon. Rien au cœur, les bruits sont seulement un peu sourds. La température axillaire est normale. Pouls 84. Appétit mauvais, constipation, douleurs dans le ventre.

Dans la suite survinrent des maux de tète et des douleurs

(1) Charcot, — Leçons du Mardi, t. II, p. 326.

(2) Ségal. — Des nallucinations sous Vinfluence des excitations des organes des seiis dans les accès hysléro^épileptiques. — (Med. Obozr. XXXIII.)

dans les extrëmités, surtout à la jambe gauohe, tellement violentes, qu'elles empêchaient le malade de dormir.

Le 8 mars, il est transféré dans le service de M. le D' Mot* choatkowski et l'examen donne les résultats suivants :

C'est un homme de taille moyenne, bien bâti; le pannioule adipieux sous-cutané est assez bien développé. Les antécédents héréditaires ne sont point connus. Pas de syphilis.

La démarche est celle d'un parétique. Les réflexes rotuliens sont exagérés. La sensibilité cutanée est diminuée sur la presque totalité du corps, sauf quelques pointa sur la poitrine, la face et la tète.

Le 8 avril, en examinant le réflexe rotulien, on provoque une attaque de nerfs qui commence par des mouvements épilep* toldes, et continue par des grands mouvements désordonnés, arc de cercle caractéristique, etc. Depuis cette époque, les mêmes attaques se reproduisent presque tous les jours. Le malade ne peut presque plus marcher à cause de douleurs dans les genoux, qu'il no peut fléchir. Les muscles des jambes sont contractures. Cette contracture qui s'étend aux membres supérieurs persiste quelque temps après l'attaque et résiste aux frictions et au massage. Les douleurs de tète sont très violentes. Insomnie opiniâtre.

Il existe un certain degré de dysurie et quelquefois on est obligé de recourir au cathétérisme pour vider la vessie.

Les attaques peuvent se produire à Taide d'un aimant, par Texamen des réflexes patellaires, par des attouchements sur le vertex, par la pression dans la région de la fosse iliaque des deux côtés. Au début on pouvait presque toujours les arrêter par une suggestion énergique, mais seulement au moment où Tattaque commençait. Chaque attaque est précédée d'une aura gastrique (boule qui remonte de l'estomac à la gorge).

Au début» l'attaque ne s'accompagnait pas d'attitudes pas* sionnelles. Mais vers le 15 juin on remarque qu'à la fin de chaque crise survenait une période d'hallucinations avec délire. Le sujet de ce délire est toujours l'histoire de sa vie pendant son service militaire; il mime des scènes de knout. Il voit aussi son père, mort aujourd'hui. Après son attaque, il no conserve aucun souvenir de ses hallucinations, mais quand on le presse fortement il les raconte quelquefois.

Ouie abolie à droite. — Goût aboli presque totalement. — Odorat complètement perdu. — L'anesthésie cutanée est telle que nous l'avons décrite plus haut.

Relation des expériences instituées en novembre 1889, pendant la phase passionnelle de Vattaque,—Ei\ plaçant un verre vert devant les yeux du malade^ il sourit, puis se met à rire.

40 VUE. — ouïe. — GOUÏ.

Verre bleu. ^ Hallucination donnant lieu à des mouvements de tremblement dans tous les membres. Il orie, il pleure, il grinoe des dents.

Verre. orange. — Le malade parle indistinctement; il veut se lever de son lit, tourne sa tète comme sMl fixait une per* sonne ou un objet.

Verre rouge, — Il se lève effrayé et cherche à s'enfuir... L'attaque survient qui clôt la scène.

Deuxième expérience. '-^V erre rouge. Le placement des divers verres devant les yeux du malade à l'état normal ne produit pas l'attaque et ne provoque aucune hallucination. Le verre rouge, au contraire, provoque instantanément une attaque du genre de celles que nous avons décrites plus haut.

Sens de Vouîe. — Diapason à l'oreille droite. Hallucination très agréable. Il salue, donne une poignée de mains, il rit, chuchote. On note quelques mouvements du pavillon de l'oreille. A Voreille gauche, il ferme les poings et fait des mouvements d'escrimes du sabre. Transporté à roreille droite, de nouveau rhallucination précédente se reproduit.

Bruit du tambour. — Il fait des mouvements comme sMl tenait un fusil, arme, met en joue.

Orgue de Barbarie, — Chuchotements, il se met à danser et à fredonner des airs.

A ce moment, le malade^^ fatigué, couvert d'une sueur abondante, retourne à son Ut.

Sens du goûL — Sulfate de quinine. Il se jette de côté, parlant tout bas à quelquun, fronçant les sourcils. Sa physionomie exprime le dégoût, et il est pris de nausées. Le tout se termine par un tremblement généralisé.

Sel de cuisine. * 6a face exprime le dégoût.

Acide cMorhydrique. — Il est pris de tics de la joue droite (l'acide avait été placé sur la moitié droite de la langue). Il fait une grimace en grinçant des dents.

Dans une seconde série d'expériences, quelques différences se sont produites : le verre bleu amène une expression de sévérité sur la figure. Le verre vert provoque une expression de frayeur et le malade cherche à s'enfuir. Le verre violet amène une sédation considérable, il fixe un point avec attention, remue les lèvres et semble en prières.

Camphre. — Il devient rouge. Il fixe quelqu'un et veut se lever de son lit où on le maintient de force.

Tabac. — Il se lève de son lit, le regard fixe, mais se recouche. Sa figure exprime la frayeur. Puis il pleure, tire la langue ; la la face est animée de petits mouvements.

Le lendemain de cette seconde série d'expériences, on suggère

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