VARIÉTÉS
9 / Pbystologîquo*.
S Wtlbob|fqoe.f
EpUepUque
HysUrlque.
^Spont
^Peut automatique. ..
rGrand uilomatlque. ..
! Crise paas. proloagée — trsnstonnée^
S. Nalurel.
S. Bpitepliqae.
S. Hfitëriiufl.
[Provoqué S. Hypnotique
Le somnambulisme naturel ou physiologique est le plus anciennement, mais non le plus complètement connu ; c*est de lui qu'on s'occupe si habituellement dans le monde extra-médical. Le somnambule de cette catégorie est, d'après l'étymologie du mot, celui c qui marche en dormant. » Notre collègue Gilles de la Tourctte, qui a consacre plusieurs pages fort intéressantes de son livre (1) à cette étude, accepte, sous certaines réserves, la définition qu'en a donnée J. Frank: « Il y a somnambulisme (naturel), dit ce dernier auteur, lorsque les fonctions qui appartiennent ù 1 état de veille s'exécutent pendant un sommeil d'ailleurs normal. >
Nos connaissances relativement à cet état &ont très peu précises, car les observations ne peuvent être faites que pendant la nuit, et par suite rarement par des médecins. On sait, toutefois, que ce somnambulisme n'existe pour ainsi dire que chez les enfants ; il est rare chez l'adulte et presque inconnu dans la vieilleattc. Ce sont do préférence les femmes qui en sont atteintes. Le noctambulisme serait aussi fréquemment en rapport avec rhérédité ncoropatliique.
(U Gilles de la Tourelle. <— Vllypnotisme et les éiata ana-
NOGTAUBUUSUB.
llJuu do ]]
il 86 3?-
C'est ordinairement ai loppe. Le sujet s'est couché comme d'habitude, puis, après quelques heures do sommeil, brusquement, ou à la suite d'une légère agitation de peu do durée, il se love liors du lit. Il se livre alors, pendant un temps variable, aux actes les plus divers ; il se recoucho en-j fiuito^ et, au réveil, il n'a conservé aucun souvenir de qu'il a fait pendant la nuit.
Tel le sujet dont parle Voltaire, qui pendant son som-" meil saute tout à coup hors du lit, fuit la révérenco, danse le menuet, puis va se recoucher. Telle aussi,^| cette malade observée par M. Charcot, qui, au railiei d'un cauchemar où elle rêve de voleurs, quitte précipitamment son Ut, descend éveiller et avertir la concierge de sa maison, remonte en sa compagnie dans sa chambre, et, arrivée là, regagne sa couche et se rendort, sans que cette scène lui laisse au réveil aucun souvenir. On connaît assez, pour que nous n'ayons pas besoin de la rappeler, la sccno fameuse de Macbeth. Il ne manque pas non plus d'observations dans lesquelles on a noté que les somnambules s'occupaient, dans leur accès, de leurs travaux habituels : élèves préparant leurs devoirs, ouvriers «'occupant de leur travail journalier, etc. D'autres sujets ont des impulsions de caractère ambulatoire; on sait les nombreux récits qui ont trait à ces promenades des noctambules sur les crêtes des murs, les corniches et les toits. Parfois, les actes accomplis pendant le sommeil paraissent moins précisément déterminés ; nous nous rappelons, à cette occasion, avoir obfiervô une malade do la Salpctricro (1) qui, dans son accès, se livrait à des séries incoordonnées d'actes ; elle se dressait en sursaut sur son lit, fuyant d*abord, comme sous le coup d'une poursuite, on manifestant tous les signes delà terreur, sautait par
(1) Ileat queslioa de ceue malade Jans lo6 Leçons 188T-1888, p. 167, l'^édiHyn.
ï du Mardit 1
NOCTAUOULlSIftE.
fcnc'tre, puis courait au jardin, et là — le sol était gelé à cotte époque — elle semblait cueillir tlos fleurs comme pour faire un bouquet.
On a pu compléter ou vérifier, à roccasion de cette dornière malade, quelques-uns des symptômes qui relèvent de ce somnambulisme. Le somnambule a les yeux grands ouverts, mais il les tient fixes, les pupilles contractées ; il 80 dirige sans hésitation, ne voyant en apparence que les objets ou les personnes qui jouent un rôle dans l'épisode qu'il exécute. Certains somnambules entendraient, mais cette notion est moins établie; interpellés à haute voix, ils n'en ont cure, en général, et poursuivent rexécution des actes qu'ils ont commencés. Le sens musculaire serait remarquablement conservé chez eux, et c*est à l'hyperesthésie do ce sens que pourrait être attribuée la facilité avec laquelle ces sujets se tirent souvent avec succès d'exercices assez périlleux; sauts, courses en équilibre sur des toits, etc. Do plus, il n'existerait pas chez eux cette prédisposition aux contractures musculaires spasmodiques qui caractérise le somnambulisme hypnotique. Au réveil, et c^est là un signe très important, le somnambule a complètement oublié tout ce qu'il a fait pondant son accès.
Ainsi qu'ons'en rend compte par la lecture des quelques exemples que nous avons cités, le somnambule oommotdes actes très différents. Mais, d*une façon générale, il semble toujours poursuivre un rêve en action, rêve qui comprend une ou plusieurs séries d'épisodes très distincts. Lo noctambulisme apparaît ainsi comme l'expression motrice d'un rêve, qui, en raison de son intensité ou de Tétat spécial du sujet, passerait de l'idée à Tacte.
A l'appui de cette conception on peut remarquer que les actes des somnambules sont en rapport, tout comme les rcves, avec des idées qui les ont frappés récemment. Une jeune pensionnaire, dont j'ai recueilli l'histoire,
VOCTA-MBULtSUB.
reproduisait dans son noctambulisme la scène de la confession, alors seulement que dans la journée pré cédente elle s'était livrée à cet acte religieux.
La malade do la Salpétrière, à laquelle j'ai déjà fait allusion, fuyait apeurée de son lit, alors que dans la Journée la présence au laboratoire d'un singe destiné à des expériences l'avait vivement impressionnée.
En dépit des incertitudes qui régnent encore sur bien des particularités de cet état, il est relativement facile de le reconnaUre et de le diagnostiquer, si Ton tient compte de Tétat tout à fait normal du sujet dans l'intervalle des accès, ot du caractère nocturne do ceux-ci.
Au sujet de sa nature, on ne peut faire que des hypothèses. Gilles de la Tourette, se basant sur un certain nombre d'observations dans lesquelles des hystériques confirmés auraient présenté antérieurement des accès de somnambulisme, pense que ce dernier état se rapproche h ce point de Ihystérie qu'il est assimilable à une sorte «i d'hystérie larvée ». Les cas auxquels Ciilles de la Tourette fait allusion sont en effet relativement nombreux^ et, pour notre part, nous en avons recueilli des exemples frappants, qu'on pourrait joindre au fait que nous avons autrefois communique â cet obser* vateur. Mais il est juste d*ajouter que beaucoup de sujets, ayant été somnambules dans leur jeunesse, n'offrent plus ultérieurement le moindre accident nerveux d'ordre hystérique; cette considération ne permet, à notre avis, d'accepter l'hypothèso do notre collègue qu*a\ec réserve. '
Dans tous les faits de somnambulisme naturel, le point capital reste que les sujets, en dehors de leurs accès nocturnes, ne souffrent d'aueitn trouble de la santé :l).
{\) Voir plus loin, n"»' XXVIII et XXX^ quelques considérntions sur le sonmambuliftiue natuiel ^aui^uol oa dovi-ait rtïbervcr le mot
PETIT MAL COMITIAL.
H en sera rarement ainsi, en ce qui concerne le somnambulisme ^pêfep/â]ue. Toute épilepsie comporte une sorte d'automatisme qui, rudimentaire habituellement, peut, dans do certaines conditions, acquérir un développement considérable.
Il s'agit alors de ces cas si bien étudiés par Hughlins Jackson (l), sous le nom d'automatisme iiiental^ cas dont M. Ribot (2) a rapporté de curieux exemples, et auxquels M. Charcot (3) a consacré plusieurs do ses le<2ons.
Leur diagnostic est souvent des plus enibarrassants. Les formes simples, les moins rares, sont celles qui ressortent du petit mal ; c'est le petit automatisme do M. Charcot. Tantôt le trouble dont il s'agit ne dure que quelques instants, et alors le malade, par exemple, continue inconsciemment le travail auquel il se livrait au moment de i'accèâ.
D'autres fois, Taccès est plus long et plus complexe : un magistrat, cité par Trousseau, siège dans une société savante ; tout à coup, il sort nu-têtc de la salle, fait une centaine de pas au dehors, puis revient prendre part à la discussion, sans conserver aucun souvenir de ce qu'il a fait.
Les actes exécutés pendant l'accès peuvent encore être rcprêlîonsiblos, comme en témoigne Thistoire de ce professeur qui, sous l'influence d'une crise de ce
nre, se mettait à se déshabiller complètement, en
de nocia.mbulitme pour éviter toute coorusioa — qui me semble devoir élre rattaché, dans bon nombre do cas, au somnambulisme hystérique dont il uc serait alors que la manifestation noclurne. Quant au fait que, chez les somnambules naturels, il n'existe aucun autre trouble de la santé, cela n'est rien moins que démontré. (G. O.)
(1) }{ughlings Jackson. — WeH Uiding A»ylum Reporta (Traduction dans la Ilevue scientifique, 11) février 1876).
("2) Ribot. — Les mal&dies de la. mémoire, p. 54, Paria, 1886.
(3) Charcot. — Leçons du Mardis 1887-1888, p. 165; 1888-188», p. 303.
AUTOMATISME COUrTFAL AUBULATOIMfT
plcîno classe, comme s*i1 allait so mettre au Ut. (Charcot).
II s agit enfin, d'autres fois, d'actes criminels, les malades sont on proio à un véritable délire : un cordonnier, le jour de son mariage, tue son beau-père à coups de tranchet, et, revenu à lui ensuite, n'a pas la plus légère connaissance do ce qu'il a fait (Hibot). Les cas de cette catégorie sont relativement faciles à diagnostiquer, car ces accès à caractères psychiques et impulsifs sont rarement les seuls que présente le malade. Le plus souvent il a eu de véritables vertiges ou même des accès d'épilepsie convulsive, et ces signes, dans certains de ces cas, ont précédé immédiatement le désordre pHycbique.
La difficulté s'accroît considérablement dès qu'il s'agit des autres formes, do celles que M. Charcot a proposé de désigner sous le nom d'aM/oma/t*me coinUial amhulatoirey et qu*il a étudiées à l'occasion d'un malade extrêmement intéressant. Nous rapporterons riiialoire de ce malade qui peut être considérée comme un type de ce genre.
Cet homme « est sujet à des accès consistant en ce que, tout à coup, au milieu de ses occupations habituelles, sans prodromes bien marqués, il perd la conscience de ses actes, se met en marche résolument, sans savoir cependant où il va, à la manière d'un automate, et ne reprend sa lucidité qu'au bout d'une période do temps dont la durée peut varier de quelques heures à quelques jours (1). »
Ces accès se sont manifestés à partir de Tâge de 35 ans, et ont été au nombre de 7 en une période de 3 ans ; leur durée a vEU-ic de 2 heures à 6 jours. Dans la plus longue de ces fugues, le sujet, livreur de son état, se rappelle avoir fait la troisième de ses courses,
(I) Leçons du Mardi, 18S7-1S88, p, iUb, t8S8-1889, p. 303.
SOUKAWBUUSUC HTST^REOUB.
— c'était rue Mazagran, — puis <lo là i! se réveille sur un pont suspendu, au milieu d'une \ille inconnue. Il va à la gare et se rend compte qu'il est à Brest ; li\, de crainte d'être pris d'un nouvel accès, il confie son aventure à un gendarme, qui, no comprenant rien à ses explications, et le trouvant porteur d'une somme importante, le met en état d'arrestation. Ce n'est qu'ares avoir passé quelques jours en prison que, gnioe
X démarches de son ancien patron, il fut libéré, outes les fugues de ce malade ont été de même caractcrisoes par cette tendance à la déambulatioUj et il est à remarquer que, pendant toute la durée de chacun do ses accès, cet homme a toujours vécu inconsciemment, mais avec les apparences d'un homme normal, n'alli^ rant pas l'attention, et ne commettant aucune action qui pût le fairo considérer comme un malade.
Il existe dans la science un certain nombre d'histoires analogues. M. Charcot les considère comme des « êqui* valents épilepliques. • 1^ diagnostic en sera aisé, si le malade présente des crises convulsivcs dans ses anté-
dents, et surtout si le début do la période d'inoon-
îence est marqué par des prodromes d'ordre comitial.
Mais il se peut qu'il n'en soit pas ainsi. C'est alors, en
basant sur des signes plutôt négatifs — absence de
igmates hystériques et d'attaques — et sur les analogies présentées par ces impulsions inconscientes avec celles qui suivent les accès comitiaux, c'est enfin en tenant le plus grand compte des résultats positifs de la médication bromurée, qu'on sera autorisé à ranger ces cas parmi les somnambulismes épilcptiques.
Le somnambulisme hystérique est caractérisé par des accès qui, le plus ordinairement, sont précédés et suivis des phénomènes moteurs de l'atta^^uo hystérique, ot plus rarement se manifestent primitivement.
THOISIÈMB PHASE DE l' ATTAQUE HYSTÉRIQUE.
On peut considérer les somnambulismcs hystériques comme des transformations d'une certaine période de l'attaque hystéro-épileptique, celle qui dans la nomenclature de \L Charcot porto le nom de phase des attitudes passionnelles. Les différences, en apparence considérabIcH, qui séparent les variétés de ces formes^ présentent comme limites extrêmes d'un côté la phase passionnelle de Tattaque ellc-mcmc, do l'autre le somnambulisme liypnolique. Entre ces deux états prennent place tous les intermédiaires.
Ce n'est pas là uno simple vue de l'esprit, car, au cours de cette même leçoii^ dont nous reproduisons l'expression, M, Charcot a pu montrer à ses auditeurs divers malades dont chacun réalisait objectivement les différents termes de cette série qu'il établissait.
On sait que cette troisième phase de l'attaque hystéroépileptique est caractérisée par un délire dans lequel le malade, par ses paroles et par ses gestes, parait être sous le coup d'hallucinations de diverse nature : gaies, tristes, lubriques, terri(iantes, etc. Les tableaux animés que les sujets interprètent alors se recommencent généralement dans le même ordre, et il en résulte une sorte de série. Or, de même que la première phase (épileptoïde) et la deuxième (convulsive) de l'attaque peuvent exister à l'état d'isolement, ii arrive aussi que la troisième période se manifeste d'emblée. Cette manière d'attaque est surtout fréquente chez les enfants. Sous le titre d'hystérie maniaque j'en ai publié récemment un très bel exemple, à l'occasion duquel j'avais pu dire (!) : « Si Ton admet que l'attaque hystérique offre une sorte do synthèse des symptômes de la névrose^ l'hystérie maniaque, selon cette conception, représente* rait l'une des phases dissociées de Tattaque, la période
(I) PauI lilocq. — Revue tjénèrsile de clinique et do ifièrtL peutique, I8â9, p. 768.
ïiOUNAMBJtlSltE HYSTËniQUE. ^tf
des atliludes passionnelles isolée à Télat de simplicité, et anormalement prolongée, »
Examinons, à l'aide de celte conception, les différents aspects sous lesquels se présente le somnambulisme hystérique.
Dans un premier groupe de faits^ il s'agit d'une attjique d'hystérie dont la période convulsive est raccourcie, et dont la période passionnelle, exagérée par sa durée, offre l'apparence sonmambulique. Lorsque l*attaquc survient, elle débute par quelques mouvements épileptoïdes de peu de duréc^ puis apparaît la phase délirante, comportant, comme d'habitude, une succession de tableaux toujours les mêmes. C'est alors que le sujet est un vrai somnambule; il a les yeux ouverts, le plus souvent du moins, mais ne voit que le rcvo qu'il poursuit; il marche, gesticule, parle, crie ou chante. Voici des bêtes noires, il se précipite à terre, les invective, les chasse, les écrase; brusquement son altitude change, il été respectueusement sa casquello, et regarde avec curiosité ; Tenterrement cérémonieux d'un fonctionnaire passe, auquel il assista d'un bout à l'autre, etc. Parfois on arrive par la parole, ou par cortains bruits, à intervenir dans ce délire, mais seule* ment pour modiGor l'ordre de succession dos tableaux.
On n'y ajoute rien de nouveau, c'est-à-dire que la suggestion n'a aucune inlluence créatrice (l)« Enlin, il est souvent possible de provoquer l'attaque, par la mise en œuvre des procédés d-hypnotisation,demcmequon pourrait l'arrêter parla compression dos zones hystéroffénalriccs.
Dans un autre ordre de faits, ce n'est pas à une phase anormalement prolongée do l'attaque qu'on assiste, mais a une phase complètement isolée. A peine le sujet pré-
(I) Voir plus haut n^ XXVI et |»lua luiu n° XXVlil. {O. G.J. CHjUICOT, t. il b