SENS DU GOUT ET DE LOL'IK
sirop de groseilles ; aussitût elle se met. aveo des signes de contentement, & porter à sa bouche un verre imaginaire et à boire. Puis elle fait signe qu'elle en a assez, qu'elle n'en veut plus. Bnfin elle boit de nouveau et fait le geste de poser i&on verre sur une table.
Sel de cuisine, — Elle fait le geste de prendre quelque chose entre ses doigts, de le porter à sa bouche et de le goûter avec soin.
Sulfate de quinine. — Elle prend un air dolent, s'allonge Bur la chaise où elle est assise comme si elle était au lit, se tâte le pouls. Puis elle fait le geste d'écarter quelqu'un qui s'approcherait d'elle, tend la main et prend quelque chose (un thermomètre, dvidemmcnl) qu'elle se pince dans Taissolle. Elle porte sa main à son front comme si elle avait mal h la tête. Puis elle fait le geste de rejeter ses draps nu pied du lit. allonge ses jambes, place ses mains le long de son corps comme si elle s'arrangeait pour être examinée au lit. Elle fait le geste de boire. Elle remue la tête par oui et non comme pour répondre à des questions qu'un être imaginaire lui pose.
En ce qui concerne le sens de l'ouïe, il est à remarquer que la malade ne réagit qu'aux excitations relativement simples ; sons divers, musique rhythmée. La parole ne provoque aucune réaction; on a beau lui crier aux oreilfes des mots simples, capables d'éveiller des hallucinations bien nettes, tels que : lltiurs, chat, chien, etc., elle ne bronche pas. Au contraire, si on bat du tambour aveo les doigts sur une table ou une vitro, elle paraît regarder un spectacle agréable dans le lointain (des soldais, sans doute), et scande avec sa tôte le rhythmo do la marche que l'on joue. De même si l'on imite le stfJlet du chemin de fer et lo bruit de In locomotive, elle Bomblo suivre do l'icil un train qui passe dans lo lointain.
Le bruit de cloches, imité h l'aide de petits coups sur un gonjr, la plonge dans une grande tristesse. Elle met la main sur ses yeux comme quoiqu'un qui pleure ou qui prie. Elle assiste évidemment k quelque enterrement ou à quelque triste scène d'église.
Si on vient h siffler auprès d'elle un air de polka en le rhythmant comme il faut sur quoique objet sonore, un triangle, par exemple, elle sourit, [parait satisfaite, puis prenant sa robe dans ses mains, ainsi que peut faire une femme qui danse seule, elle se mot à polkor et continuerait indéfinimcnt, même une fois la musique arrêtée. Si on change brusquement le rhythme et qu'on joue une valse, par exemple, elle cesse de polkcr, parait un peu étonnée et se met à valser fort
SENSIBILITÉ GÉNÉBALE.
correctement. Si au milieu rie la vaUo on se met h jouer une mazurka, elle s'arrête subitement, essaie de reprendre sur le nouveau rhythme. maïs, dépitée, s'arrête, ^ous avons appris, en le lui demandant à l'état de veille, qu'elle ne connaissait pas cette dernière sorte de danse,
I^es excitations cutanées simples, toucher, piqûre, ne nous ont pas donné de résultat bien net. Bile so recule et se défend par un mouvement banal qui ne dit rien sur co qui se passe dans son cerveau. II en est à peu près de même pour les sensations de température. Une impression de froid la fait frissonner et serrer ses bras contre son corps. Elle se oouvre la tète et les épaules d'un châle imaginaire. En présence d'une sensation de chaleur, elle fait le ^esto de so dévêtir, essuie la sueur imafçinaire qui couvre son front, s*évente avec un éventail qui n'existe que dans son esprit.
Nous avons répété plusieurs fois ces expériences chez cette malade et chez la précédente. Toutes les fois elles nous ont donné exactement les mêmes résultats que ci -dessus, en ce qui concerne chacune déciles en particulier.
En résumé, on peut donc dire que les excitations sensitives et senRorioUes agissent différemment dans les diverses phases do la névTOse hypnotique. Dans la léthargie, si elles sont perçues, le sujet ne donne aucune marque extérieure dénotant la réalité do cette perception et, en tout cas, elles no provoquent aucune espèce de suggestion. Dans la catalepsie, au contraire, dans laquelle on connaît rinduence suggestive du sens musculaire, les excitations sensorielles sont perçues et provoquent chez le sujet dos suggestions dont il nous rend compte par une mimique et des jeux de physionomie parfaitement appropriés. Enfin dans la phase somnambuliquo, dans laquelle le sujet, bien qu'à peu prés
actif spontanément, est cependant plus éveillé et plus pri's do la vie normale, les excitations sont perçues, mais elles no produisent que des sensations justes, justement interprétées par le sujet qui les rossent.
Le fait dominant, au point de vue qui nous occupe,
t'UàhCOT, T. u. 3
Hk CAnACTÈRES DBS ttAtl.trClHATtOIVS Dtt LA CATALEPSI12.
c'est que dans le somnambulisme le malade possède des points de comparaison. II voit les objets extérieurs, entend les paroles et interprète tout cela comme un individu normal. Placez un verre rouge devant ses yeux, il voit les objets teints en rou^'e. Le cataleptique, au contraire, bien que sa rétine soit évidemment sensible à la lumiorc, no parait pas voir les objets qui Tenvîronncnt et semble incapable d'interpréter les excitations complexes qu'il perçoit peut-être. Au contraire, donnezlui une sensation simple de couleur, doson.derhythmc, de goût, d'odorat, il la perçoit immédiatement ; mais manquant do points de comparaison qui rendent possible et facilitent î'i l'hoiuinc normal et au soninaiiibule l'interprétation, il la transforme instantanément à son gré, suivant son éducation, ses souvenirs latents, tout ce qui constitue son moi or^ranique qui ne disparait jamais complètement, en un tableau plus ou moins compliqué.
Ce sont là de véritables sugg'estions provoquées dans la catalepsie pur les oxcitationy des divers sens. Klles sont absolument indépendantes de la volonté de l'opérateur et soumises au hasard de l'interprétation du malade, toujours dirigé par quelque souvenir latent ou quelque conception du sommeil ou du rêve. Elles pressentent ceci de particulier, c'est que, quoique toujours les mômes chez un même malade, elles varient considérablement d'un malade k l'autre. On ne saurait donc dire qu'il existe des impressions sensorielles simples produisant la gaieté, d'autres la tristesse par exemple. Le rouge, que nous avons vu provoquer des hallucinations gaies chez nos deux premières femmes, produisait une vive terreur chez la troisième. L'odeur do l'alcool qui donnait à l'une l'idée de bataille et de coups de poings, donnait à l'autre Tidée d'enlever une tache sur sa robe.
Dans la plupart des cas, surtout lorsque les suggestions ainsi provoquées sont assez complexes et bien dessinées par la mimique du sujet, on parvient à com-
VARIÉTÉ DES HALLUCINATIONS PnOVOQDÉES.
prendre le mécanisme de leur production. Il est évident que Todeur do riilcoul eL l'idée d*une tache à enlever vont assez bien ensemble. Il en est de mémo pour le ^oùt du sulfate de quinine pour qui en a déjà pris et l'idée do maladie cl de fièvre ; l'odeur d'un parfum et ndéc de fleurs odoril'érantes.
Dans d autres cas, au contraire, la véritable nature du tableau qui se peint dans le cerveau du malade est plus difficile à .saisir lorsqu'il ne donne les sijjrnos cxlérieura que de Bontiments Bimplea, tels que le dégoût, la joie, la colère, par exemple. Cependant il est bien évident que là aussi le mécanisme est analogue et qu'il y a ou plus qu'une simple sensation.
Quoi qu'il en soit d'autre part do l'interprétation que l'on tente de donner de ces phénomènes, le fait n'en reste pas moins, à savoir que l'on peut donner danw la phase cataleptique du grand hypnotisme, à l'aide d'excitations sensitives et sonfiorielles, des suggentions dont le caractère est d'clio absolument indépendantes de la volonté de l'opérateur et do varier avec chaque malade qui interprète à sa fa(;on chacune des sonsations qu'on lui fait percevoir.
De riniluence des excitations des organes des sens sur les hallucinations de la phase passionnelle de l'attaque hystérique (h.
On sait que les altitudes passionnelles qui caractérisent, dans la nomenclature établie par M. Charcot, la troisième phase do Tattaquo hystéro-épileptique, sont commandées en général par des hallucinations, le plus souvent visuelles. On sait aussi que cette troisiome période de l'attaque peut, dans certains cas, prendre un développement conHidérablc aux dépens des autres phases et même quelquefois s'isoler presque complètement pour constituer le délire hystérique ou le somnambulisme hystérique.
Différents auteurs avaient déjà signalé la possibilité do modifier ce délire à l'îiide de certaines su^^gestions. Le premier, M. Mcsnet, dans deux mémoires où il relatait rhistoire de doux malades atteints do somnambulisme, avait remarqué ce fait. Bien qu'il n'ait pas rattaché le délire de ses malades à l'hystérie eïlc-même, attendu qu'à cette époque (1800 et 1874) on considérait encore lo somnambulisme comme une névrose à part, il a noté avec soin les caractères do ce délire, qui devaient être dans la suite vériGés par d'autres observateurs ('2). Mais un point nous intéresse surtout
{i) Par Georges Ouinon el Sophie Wolikc (d Otlessa). Ce travail a 6lô publié dans les Archivea de Neurologie, 1891, a» 63. (G. G.)
(2) Mesnel. — Etude sur le somnambulisme riansa'jé a}i point fie vue pathologique. {Arch» gén, de méd,^ IH'iO. I, p. 1 17.) — De l'automatisme de la mémoire et du souvenir dHn9 le somttamfjulismo pathologique, {Union médicale, 2t et 23 juillet 1871}
THAVAUX ANTÉniEUBS.
au point do vue dos recherches que nous avons entreprises. Il avait vu, en effet, que chez ses deux malades et en particulier chez le second on pouvait jusqu'à un certain point, sinon diriger le délire, du moins en modifier la marche par des procédés divers. M. Mesnct avait bien noté à quel point le malade dans cette sorte do délire est concentré en lui-même. Il s'était aperçu qu'on ne pouvait entrer en communication avoc lui qu'en s'incorporant pour ainsi dire dani* ses conceptions délirantes. Pour arriver à ce but, il essaya tous les moyens et s'aperçut que chez Tun d*î ses malades, en s'adressant au sens du toucher en particulier, on arrivait à modifier ses hallucinations, mais sans leur donner telle ou telle direction subordonnée â la volonté de Topéraleur. Le patient arrangeait à sa guise l'impression perçue. Synthétisant pour ainsi dire les nombreux exemples qu'il donne dans le cours de son travail, M. Mesnet pouvait dire en parlant du sujet de son second mémoire : « On peut l'influencer, chantier son rêve, lui donner une autre direction ; on peut, en piquant légèrement la peau avec une épingle, lui l'aire rêver duel ; on peut, en éclairant sa chambre, lui faire rêver flammes, incendie; l'action cérébrale provoquée chez lui est toujours en rapport avec le sens sur lequel l'excitation aura été portée.
Ces quelques lignes contiennent en germe tous les détails des recherches que nous avons entreprises à ce sujet dans le délire de la phase passionnelle de l'attaque hystérique. Depuis les travaux de M. Mesnet, M. Pitres (de Bordeaux) avait également signalé la possibilité do donner des suggestions dans la phase passionnelle do l'attaque d'hystéi^ie, mais sans insister sur les caractères spéciaux de ces suggestions i i). Enfin M. le F' Charcot,
(!) Pilrcs. — De* zones ht/slàrogèneit ; des attaquer de MOmmeil* Bonleaux, 1dâ5,
RSCHEHCHBS DB M. MOTCHOUTKOWSKY.
faisant allusion aux cas de M. Pitres, aftirmait que ce fait n*est pa8 trcB rare dans la phase des attitudes passionnelles de laltaque (1),
Mais toutes les rooherche.s faites jusqu'aujourd'hui, dans cet ordre dUdées, ne reposaient que sur des faits isolés et n'avaient point été dirigées méthodiquement. Les choses en étaient à ce point, lors((ue M. le D' Motchoutkowsky (d'Odessa) eut à .son tour l'idée d'impressionner les sons dans la phase des attitudes passionnelles et s'aperçut que, parce procédé, il pouvait in- Hucncer le délire du sujet, le dirifçer jusqu'à un certain point et y ajouter des tableaux nouveaux. 11 commença aussitôt avec Tun de nous des recherches méthodique» chez un malade de son service, qui présentait une phase passionnelle prolongée. Le résultat en a été publié en résumé par M. Ségal, mais, parait-il, sans Tautorisatiou do leur véritable autour (2). Nous donnons ici l'histoire do 06 maladcj dont Tobservatioa nous a conduits ià faire de plus complètes investigations, dans le sens de l'idée do M, Motchoutkowski, dansée vaste champ d'exporiencei qu'e^Jt la Salpêtrière.
Le nomme Constant..., ]uif de religion» Âgé de cinquante* sept aoa, ouvrier, solduC libéré, entre à l'hôpital de la ville h Odessa îo 20 janvier 1387. Pendant .son service inililaire il avait été musicien. U entre à l'hùpitul pour de la toux et des étourdissemcnts ot en l'auscuUi^nt un trouve un souffle au sommet droit et des rûles sibilants dans tout le poumon. Hien au coeur, les bruits sont seulement un peu sourds. La température axillairo est normale. Pouls 84. Appétit mauvais, constipation, douleurs dans le vuntt-e.
Dans la suite survinrent des maux do tète et des douleurs
(I) Charcot. — Leçons du Mardi, t. 11, p. 320
(?) Ségal. — Deê n&llucinations sous Vinfluenee des
laitons dcB organes des 8C7i6 dayis U>s accùs liysléro^éi tiiiues. — [Med. Obozr. XXXIII.)
es ùxai^^^^
onsEnvATicw.
dan9 lee extrémités, surtout h la jambe gauche, tellement \iolentes. qu'elles empêchaient lo malade de dormir.
Le B mars, il est transféré dans lo service de M. le D' Motchoutkowski et Texamen donne les résultats suivants :
C'est un homme de taille moyenne, bien bAti; le pannioula adipicuxsous-outané entassez bien développé. Les antécédents bôrédiCaires ne sont point connus. Pas de syphilis.
La démarche est celle d'un parétîque. Les réflexes rotullens ■ont exaspérés. La sensibilité cutanée est diminuée sur la presque totalité du oorps, sauf quelques points sur la poitrine, la Taco et la tête.
I^ 8 avril, en examinant le rOHexe rotulion.on provoque une
Itaque de nerfs qui commence par des mouvements épileptoides, et continue par des orrands mouvements désordonnés. nro de cercle caractéristique, etc. Ocptiis cette époque, les mémefl attaques se reproduisent presque tous les jours. Le mal.ide ne peut presque plus marcher à couse de douleurs dans les genoux, qu'il no peut fléohir. Los muscles des jambes sont contractures. Cette contracture qui s'étend aux membres supt^riours persiste quelque temps aprôa l'attaque et résiste aux frictions et au massage. Les douleurs de tète sont très vlolenies. Insomnie opinl&tre.
Il existe un certain degré do dysurie et quelquefois on est obligé do recourir au cathétérisme pour vider la vessie.
Les attaques peuvent se produire h Taide d'un aimant, par Texamen d«8 réilexos palellaircs, par des attouchements sur \^ vertex. par la pression dans la région de la fosse iliaque des deux côtés. Au début on pouvait presque toujours les arrêter par une suggestion énergique, mais seulement au moment où Tattaque commençait. Chaque attaque est précédée d'une aura gastrique (boule qui remonte de l'estomao à la porge).
Au début, l'attaque ne s*acoompa^nait pas d'attitudes pasaionnelles. Mais vers le tô juin on remarque qu*à l.i fin de chaque crise survenait une période d'hallucinations avec délire. Le sujet de ce délire est toujours l'histoire de sa vie pendant son service militaire; il mime dos scènes de knout, Il voit aussi son père, mort aujourd'hui. Après son attaque, il no
aservo aucun souvenir de ses hallucinations, mais quand n le presse fortement il les raconte quelquefois.
Ouïe abolie îi droite. — Goût aboli presque totalement. — Odorat compictcmcnt perdu. — L'nnesthésie cutanée est telle que nous l'avons décrite plus haut.
Uelntion dt's expATinncen inRtituées en nnnftmbre 1889, pen^ nnt la i)ha»e passionnfitle de l'atLique.^En pbgant un verre ert devant les yeux du malade^ il sourit, puis se met h rlro.
VCB, — ouïe. — GOUT.
Verre bleu. — Hallucination donnant lieu h doa mouvomenta de trombiemont d^ins tous leg membres. Il orie. il pleure, il grince des dents.
Verre orange. — Le malade parle indistinctement; il veut se lever de son lit, tourne sa tète comme s'il fixait une personne ou un objet.
Verre rouge, — Il se lève effrayé et cherche h s'enfuir... L'attaque survient qui clôt la scène.
Deuxième expérience. — Verre rouge. Le placement des divers verres devant lesyeuxdu malade àl'état normal no produit pas l'attaque et no provoque aucune hallucination. Le verro rouge, au contraire, provoque instanUinûment une attaque du genre de celtes que nous avons décriios plus haut.
Sens de l'uu'ie. — Diapason A l'oreille droite. Hallucination très agréable. H salue, donne une poignée de mains, il rit, chuchote. On note quelques mouvements du pavillon do l'oreille. A Voreiliti gauche, il ferme les poings et fait des mouvements d'escrimes du sabre. Transporté à l'oreille droite, de nouveau l'hallucinalion précédente se reproduit.
Druit du tambour, — Il fait des mouvements comme s'il tenait un fusil, arme, met en joue.
Orgue de Barbarie. — Chuchotements, il se met à d&nsor et à fredonner des airs.
A ce moment, le malade, fatigu(5, couvert d'une sueur abondante, retourne k son lit.
Sens du tjoûL —Sulfate de quinine. Il se jette de côté, parlant tout bas ù. quelquun, fronçant les sourcils. Sa physionomie exprime le dégoût, et il est pris de nausées. Le tout se termine par un tremblement généralisé.
Sel de cuisine. — Sa face exprime le dégoût.
Acide chloT hydrique. — Il est pris de tics de la joue droite (l'acide avait été placé sur la moitié droite de la langue). 11 fait une grimace en grinçant des dents.
Dans une seconde série d'expériences, quelques différences se sont produites : le verre bleu amène une expression de sévérité sur la figure. Le verre vert provoque une expression de frayeur et le malade cherche h s'oufair. Le verre violet amène une sédatîon considérable, il lue un point avec attention, remue les lèvres et semble en prières.
Camphre. — Il devient rouge. Il lixo quelqu'un et veut se lever de son lit où on le maintient de force.
Tabac. — II 80 lève de son lit, le regard fixe, mats se recouche. Sa figure exprime la frayeur. Puis il pleure, tire la langue ; la la face est animée de petits mouvements.
Le lendemain do cette seconde série d'expériences, on suggère
bëtour du souvenir par suggestion.
au malade, pendant la période hallucinatoire de l'attaque, de raconter les tableaux qui se «ont déroulés devant ses yeux pendant les expériences don jours prêcedonts, et cela seulement la lendemain matin. Il obéit en effet à cette sujETgestion, et* au jour commandé, il raconte les histoirea siiîvaniea:
a Le matin, par un grand soleil, il était à l'exercice militaire, sur un champ couvert de gazon. Les mouvements étaient exécutés au commandement du tambour. C'étaient des uhlans en uniforme bleu, à brandebourtfn oranges et jaunes. Il y avait aussi des hussards rouges à galons jaunes. Il tirait des coups do fusil dans une cible, mettait dans le noir et gagnait le prix, une chaîne et une montre. Après cet exercice, on a distribué du vîn ; mais, en y goûtant, il s'aperçut que c'était du porter, quM a reconnu à son goût amer et qui a provoqué chez lui uns affreuse frrimacc dont ses amis ont ri. Puis la troupe s'est mif^e en marche en chantant. Plus tard la musique a joué et à ce moment il s'est mis à danser. »
I^ mois suivant, les mômes expériences furent reprises et donnèrent les résultats suivants :
Odorat. — Cuntjtlire. Hallucination effrayante. Il cherche quoiqu'un, incline la této. Puis sa Ûgure manifeste le contentement, il semble embrasser quelqu'un. EnOu il se défend contre un ennemi.
Wrr^ bleu, — U se précipite sur quelqu'un. Ses poings sont serrés... Puis il se croit à cheval, tire sur la bride comme pour arrcl«>r sa monture. Il crie.
Verra routje. — Il fixe quelqu'un, fait le salut militaire en disant : i Zdravia zjt'iat^m (1)1 »
Verre vert, — Il quitte son lit. fait quelques mouvements des lèvres, incline la tète et chuchote plusieurs fois le mot : « Oui. B
Verra orajtge. — Il se jette sur quelqu'un et fait des mouvements de jambe et de main comme s'il était à cheval. (Les hussards en Russie ont des brandebourc:» orange.)
Ooùt. — Sucre. Il sourit, semble content, 11 salue quelqu'un, rit et danse.
Sulfate df>. quinine. — II ohorche^ fait un geste do menace »vec le poing.
Sensibilité cutanée. — Vase plein d*eau chaude placé sur Ui cuisse droite. Il fait le geste de se laver la figure et le corps,
|t) Mol» niasea qui bignifient a porlea-voiis bien », et que les 'ita dittcut eu fui^out le salut militaire lorsqu'ils rencootrent un oCUcier.
nâPÉTITION DBS EXPÉRIENCES.
puiâ se p6i|j:ner, se fustiger le corps Avec des verges {habitude populaire russe après le bain). Puis il fait de grandes Inspirutions comme s'il avait chaud et éprouvait un grand bien-être. Il fait le geste de s'éventer avec sa chemise. Le corps était complètement rouge et la sueur perlait sur la peau.
Compresse d'eau froide sur la ïô(e. — Il fait le geste de se laver de nouveau, mais commonco à avoir dos frissons, claque des dents. Fuis il sourit, croise ses bras, fait la planche et exécute dos mouvements de natation. Puis il prend la couver» ture et s'en enveloppe. Enfin, il porte la muiu à sa bouche comme s'il mangeait, fait marcher ses mâchoires, lait le geste de remuer du sucre dann une tasse do thé, et recommence à manger. Puis, il se remet au lit on donnant des signes de fatigue.
Essence de térébenthine, — Il fixe quelqu'un, fait le mouvemont de tirer des cartouohca de sa giberne, so mot k l'affût et tire un coup de fusil, puis ramasse quelque chose, comme s*il avait tué quelque animal.
Ouïe. — SonntUe. 11 est agité, se fâche, fait des mouvements comme s'il était h cheval au galop» il crie. {Ka Russie, les chevaux de cavalerie ont des sonnettes au oou.)
Cette fols, le contrôle des hallucinations par le récit ultérieur suggéré n'est pas intervenu. La suggestion a c-té faite, mais le malade n'y a pas obéi.
Le 9 décembre, on reprend de nouveau :
Eau-de-vit! sous M nez. — 11 tortille sa moustache; il fixe quelque chose, se mot nu port d'armer. Il cherche à courir.
Poix liquide sous le nez. — Il regarde en haut, et fait très nettement le geste do jouor aux cartes, chuchote ou dit en souriant: « Oui! oui! » Puis il crie, se dispute, montre le poing, finit pnr se battre avec son partenaire imaginaire.
Oignon sous lé nez. — Il fait le geste de déboucher une bouteille avec un lire-bouchon [Ij. Puis boit.
Vert rouijtK — Il fait le mouvement d'enflammer une allumette, allume une bougie, puis jette l'allumette.
Verre vert, — Il cueille des fleurs, sourit, salue quelqu'un, puis fait le geste de semer du grain.
Verre btnu. -r Même halluuination et mêmes gestes que dam l'expérience précédente avec le verre bleu. (Voir plua haut.)
Après ces expériences, le malade se couche. — Son pouls est fréquent et il a quelques battements de cwur.
Il) En Russie, le peuple en buvant do roau-dc-vic mange sou*
vent du paiu frotté d'oignon.
fiXPLlCATlOX DBS 1ULLUCINAT10N8.
orange. —Sa fi^ro exprime In pitié et il so jette hors son lit. en montrant par âa mimique qu*il éprouve de violentes douleurs.
Verre hleu de nouveau. — Il fait des mouvements d*es- ■ime du sabre.
Le lendemain matin, le malade fait le récit suivant qui lui a été commandé par suggestion :
0 Le caporal lui a ordonné d'aller chercher du foin. II a
commencé à le ramasser. Puis, il a vu un enterrement. Dans
^^eei enterrement il y avait beaucoup do sotdut.s, des uhlamf^
^nvcc leur uniforme bleu, des hussards jaunes, des fantassins
^mn bleu, à passementerie noire. Il fut alors placé en faction et
Hflemitau port d*armes pour saluer l'enterrement. Puis il
Bétnit ordonnance d'un commandant. Une fuis, quand celui-ci
P>est venu, il faisait nuit ; il t'a grondé et il a allumé les lampes.
Mais tout de m^mo le commandant l'a condamné au knout, et
il a beaucoup crié. — Une autre fois, Il arrachait des pommes
de terre et de l'horbo. Puis, il a diné avec les soldats, on lui
a envoyé chercher du vin & la cave. Il a bu beaucoup à la
cave, et s'est grisé ; on l'a trouvé là, et il a rc^u une forte
réprimande. ■»
Telles sont les expériences qui ont été instituées chez Const... Si Ton veut bien maintenant se reporter d'une
art au détail des expériences et d'autre part aux doux rt^cits faits par le malade, on voit qu'il nous raconte d'une façon à peu près rationnelle rhibtoiro do ses hallucinations qu'il n'avait manifestées extérieurement
endant chaque attaque que par une mimique assez
nimée.
Dans son premier récit, le champ de manœuvre couvert de gazon, au grand soleil, correspond vraisemblablement aux hallucinations provoquées par les verres
ert et bleu. La description des uniformes des uhians
brandebourgs orange et jaunes, des hussards rouges gftlons jaunes, répond à l'application des verres orange ou rouge. Les mouvements qui s'exécutent au son du tambour, ce sont les exercices avec le fusil et le sabre qu'il a mimés lorsqu'on lui a joué du tambour ou placé un diapason à l'oreille paucho. Le tir à la cible
t le prix qu'il obtient sont représentés par la mimique
BXPLICATION DES HàLLUCI NATIONS,
joyeuse déterminée par l'application du diapason à droite. Le sulfate de quinine placé sur la langue a provoqué une grimace qu'explique non dégoût pour le porter que l'on avait, dans son récit, substitué au vin. Enfin à la danse qu'a provoquée chez lui l'audition deTorgue de Barbarie pendant l'attaque répond la partie correspondante de son récit.
Ainsi qu'on Ta vu, il n'a pas obéi à la seconde sug» gestion et ne nous a pas raconté les deux scônes dos ablutions tièiles et du bain froid qu'il avait si parfaitement mimées. Mais dans son second récit, bien qu'un peu moins nettemt^nt (|ue dans le premier, on retrouve encore de quoi expliquer ses gestes. — Le port d'armes qu'il a exécuté quand on lui a mis Teau-dc-vie sous le nez répond à l'enterrement où il est en faction et où il salue de son arme. Les divers uniformes des soldats présents à cet enterrement correspondent aux divers verres colorés. Quand il disait être ordonnance d*un commandant qui, rentré tard, Tavait trouvé en faute, et après lui avoir fait allumer la lampe, l'avait condamné au knout, il rendait un compte fort exact des gestes d'allumer une bougie et do se coucher avec l'air do souffrir beaucoup, qu'il avait exécutés avec les verres rouge et orange. Ce que nous avons pris pour cueillir des {leurs, avec le verre vert, c'était arracher des pommes do terre. Enfin il nous parlait d'aller chercher du vin à la cave, ce qui correspond évidemment aux gestes do déboucher une bouteille et de boire qu'il avait faits lortiqu'on lui mettait de l'oignon sous le nez.
De cette observationj Lien qu'un peu incomplète en ce sens que le malade ne parlait pas pendant qu'on lui donnait des hallucinations par Tcxcitation des sens, on peut cependant déduire quelques considérations assez intéressantes. L'action des impressions sensorielles est évidente, elle modifie la marche du délire et ajoute dos tableaux nouveaux à ceux que le malade voyait sponta-
BICITATIOVS SENSORIELLES SIMPLES. 4v>
nccncnt pondant la phase passionnelle de lattaque. 11 est cortain que toutes ces hallucinations nouvelles ne sont pas toutes aussi nettes et aussi bien déterminées
es unes que les autres pour chaque impression sensorielle. On a vu que la même impression ne produisait
as dans deux expériences différentes toujours la même iraiquc. Cela est dû peut-être à ce que cet homme, ouvrier jçrossier, dans l'esprit ducjuel les scènes do la vie militaire avaient laissé une impression plus profonde que tout le reste, était moins sensible aux excitations un pou délicates et que les hallucinations provoquées par celles-ci lui étaient moins vives. Au coiitrairo, en présence d*impressions simples comme le contact de l'eau cha\ide ou de l'eau froide, nous le voyons sous l'empire d'hallucinations d'une netteté et d*uno fixité remarquables. Nous faisons allusion ici aux scènes dos ablutions et du bain iroid dans lequel il s'ébattait en nageant, scènes si merveilleusement mimées, produites évidemment par des impressions simples, assez intenses pour donner naissance à un tableau de longue durée. Quoi qu'il en soit, la modification apportée uu délire par les excitations sensorielles était évi- <lente, ainsi que Timpossibilité dûment constatée do diriger co délire suivant la volonté de l'opérateur, le malade interprétant à sa manière chaque sensation perçue.
squo l'un de nous vini à Paris, muni de celle rvalion et rendit compte a l'autre des résultats nouqu'elle contenait, nous vîmes tout de suite comil serait intéressant do poursuivre ces recherches r les nombreux malades qui étaient à notre dispotion à la Sal|>étrièro. Nous pouvions tout d'abord contrôler les résult<its obtenus chez le premier sujet et mbler ensuite les lacunes qui existaient dans son
OnSEnVATION.
observation, dont nous signalions à l'instant les poînb» faibles ou défectueux.
Noi prcmiôroa investi|3^niion8 ont porta sur une jeuno OUa de vingt-quatre ans, la nommée Schey... (Pauline). Cette malade est depuis quatre ans dans le service de M. le professeur Cliarcot, C'est une hystérique typique avec tous les stijçrmates permanents, hémianesthcsle sensilivo-aensoriello droite complète, double rétrécissement du champ visuel, point bystérogène au vertex, hystéro-frénateur dans les deux régions ovariennes. Elle a eu autrefois des attaques de chorée rhythméo hystérique et à plusieurs reprises des attaques do délire dont l'une en particulier a dure dix jours. Elle a de plus des attaques d'hystérie classique avec période épilcptoide, phase des grands raouvomcnts et arcade cercle, attitudes passinnnellei. Cette période des attitudes passionnelleaest chez elle développée au point qu'elle prédomine notablement sur les deux autres phases. Elle durerait à chaque attaque jusqu'à une et doui heures, ainsi que nous l'avons plus d'une fois constaté, si. en général, on ne TarrètaU, soit par des Inhalations d'éther, soit par l'application du compresseur de l'ovaire.
La malade étant hypnotisable, nous profitons de cette circonstance pour provoquer l'attaque hystérique, en luî suggérant dans la période Bomnambulique qu'elle va avoir une crise. Une fois qu'elle a atteint la phase des attitudes passionnelles, nous la laissons quelq\ie temps livrée h elle-même pour nous rendre compte de la nature do son délire. Elle parle beaucoup, mais ses jeux de physionomie sont peu expressifs. Le fond de son délire n'est pas gai, il est plutôt sombre et triste ou effrayant; la zoopsie y tient uno grande place. Le feu, le sang, des assassins, des hommes rouges qui la poursuivent, dea bétes, rats, crapauds, araignées, sa mère morte, telles sont Ifte conceptions délirantes les plus communes.
Nous excitons alors les organes des sens et nous obtenons les résultats suivants :
Verre rouge.—* Charles I viens à mon secours... QuoU tu es en sang... Mon Dieu, qu'est-ce que lu as ? Oh 1 Charles, je ne veux pas te voir comme cela... Non, ne viens pas. »
Verre jaune. — « Charles! le soleil, un temps superbe !... Où vas-tu par un beau temps comme cela. (I^lle ferme les yeux.) Quel soleil ! Allons à l'ombre... Les beaux nuages I »
Verre vert foncé. — « Oh ! Charles, je m'ennuie, jo suit toute seule..,, où donc, à cet heure? En pleine nuit \ OM hommes après moi 1 s
OlïSEHVATrON.
Toules ces hallucinations persistent après le verre retiré, d'nno façon nclte et constante.
I Vi^rrchleu foncé. — (Elle sourit, puis regardeavec attention.) « Mon père, je veux me retirer ces Idées. Tu as toujours èié bon. Ma pauvre mère, je te vois. Donjour, |e te vois dans le ciel... Oh 1 maman, dis, tii m'aimes bien?... Aie pitié de ta ûtte, maman. • (Eïxtaee.)
Verre vert de vitre. — « J'ai peur... j'ai toujours ou peur do tomber h l'eau, Mèlie, viens. Nini, viens, prends garde, no marche pas au bord. Ma petite sœur, j*ai toujours eu peur que tu lonjbeflà l'eau. Viens ici... Où en vois-tu ? je n'en vois pas du tout. Tu crois qu'ils vont sortir de l'oau ; t'es bôbéte !... où csl-il papa?,.. Qu'osl-cc que tu veux î j'ai toujours été nerveuse. Tu me .£,';Hais, raon père^ tu avais un penchant pour mol.., Jo cours tout droit vers reau... »
Verre jaune, — Retour de l'hallucinalion cî-dessus : soleil, beau temps, chaleur, etc.
Verre Ohu. — Uetour de Thallucinatlon ci-desaus : elle voit sa mère dans le ciel.
Vi'rre vert foncé. — Tristesse, solitude, comme ci-dessus.
Ici, une reprise des mouvements convulsifs arrête le délire, qui reprend ensuite spontané : rats, etc..
Camphre soirn le nez. — « Des habita .. Monsieur Binet, j*ai un rhume de cerveau... Non, écoutez, ça me porte À la tête..., ;^ conserve les habits... Holà ! ma tète I ï>
Eau. do Cologne. — t Beau jardin ! jo vais aller me promener dans le jardin... Quelle fleur est-ce? je ne pourrais pas dire mu juste... je no sais pas... Qu'ost-ce que tu veux? T*os aussi bëte que moi... J'en ai assez du jardin. Jo sors un peu. »
Sulfure de. carbone. — c Oh I c'est Infect. (Mouvement de dé^ût.) Où sommes-nous, dis? Il ne sont pas, lui. {EWe porte
»Ia main h son nez.) Je me bouche le nez avec mon mouchoir, mais je sens tout de même. Où sommes-nous donc? (Nausées.) Ah 1 j'ai un peu mal au coeur. C'est mon déjeuner qui ne digère pu. • Ether. — a Oh 1 oui, les nerfs, les nerfs... Regarde la pauvre Dlle là-bas... Viens à &od secours, viens vite. Regarde comme elle saute, triste maladiel je la plains de tout mon cœur... Je n*ea ai plus, moi, d'attaques (à part) et puis je ne te le dirais pas, pour sur. Demande à papa qui est derrière... et puis je ne m'en cacherais pas... On dit que l'hystérique est passionnée, mais c'est pas ça du tout. M. X...} je l'aimais bien... M. Y..., ohl pas du tout... M. Z..., je Taime un peu, mais ce qu'il est taquin! Dans le fond, il me revient, M. Z... [Il s'agit de divers iniernes ou cliefs de clinique de M. le P' Charcot.) Ah ! \k, là t
OBSERVATION
pourquoi soramcâ-nous venus, je ne voulais pas y aller, à la Kalpélrière. On pouvait bien aller se promener ailleurs. Tiens, si on allait voir la petite Léonie. (C'est une petite malade du service.} Elle n'eet pas grossière, elle. Ah I ces pcraonnagea grossiers, je les ai en horreur... Léonie, viens nous voir chez nous. Tu sais, je te le dis à toi, ici j*aurais peur d'être malade...» {Après la lecture de ce délire il est à peine besoin d'ajouter que l'on se sert généralement d'éther à la t^alpétrière pour arrùter les attaques d'hystérie.)
loi} nous arrêtons le délire en appliquant à la malade un compresseur do l'ovaire. Une heure et demie après, nous enlevons l'appareil, aussitôt le délire spontané reprend : Charles!... les rats..., etc.
Chloroforme. — (De môme que l'éthor sert pour les attaques, le chloroforme est employé généralement ici soit pour examiner des malades atteints do contracUirc, soit pour obtenir la résolution des contractures persistantes, résultat qui n'est d'ailleurs pas toujours obtenu.] c Pauvre fille, elle s'endort, regarde-là... C'est pour voiries contractures... Je connais tout ça, parbleu^ j'ai été à la Satpètrière... Bien sûr que je n'en Bais pas autant que toi, mais enfin les petites choses... Tu vois? elle 8*endort. c'est pour voir si la contracture va se défaire... Tu ria? Quoi? Je no suis pas médecin comme toi !... Quand on la réveillera, ça reprendra. On devrait lui mettre deux bâtons pour tenir la jambe droite... »
Etker. — De nouveau» hallucinations d'attaques do nerfs, comme dans la première expérience.
Sirop de groseiHes sur la langue. — a Tu as soif? moi aussi. Je voudrais boire quelque chose de bon, de sucré... une grenadine au kirsch. — Non, jo n'en veux pas, papa sait que j'aime ça. — C'est très bon, tu sais, très rafraîchissant quand on a ■oif... Kcoute, ne me parle pas beaucoup, je suis très énervée, très agacée, il vaut mieux me laisser tranquille. ■
Sel de cuisiiifj:. — • J'ui avalé do l'eau do merl Ça me fait l'effet de sel de Se-llitz, l'eau de mer. Ah ! oui, j'en ai avalé ! C'est si bon, les bains de mer. Oh ! j'y pense encore... M. Emile noua regardait. Maric-Jcaniie n'avait pas do costume, elle n'avait qu'un fichu et un jupon. (Kilo rit.) Son jupon se relevait sur l'eau. Ce que nous riions t M. Hmile la regardait avec,., avec quoi ? Comment que ça s'appelle?... Avec sa jumelle... c'est ça, hein, Ctuirles ? Et puis le soir, il a dit: Elle n'avait pas de costume, Marie-Jeanne. •
Sulfate dt' quinine. — « J'ai promis à mon père de no pas me suicider. (Elle a fait autrefois deux tentatives do suicide.) Je no ferai pas comme vous, je n*cn prendrai pas... Oh 1 il m'en fait
OBSERVATION
prendre do force, i (HouToments do vomlsBoment, crachement de glaires.)
Pincemiîtits des bras, des jambes. — (Quand on agit aup le côté anesthésique, elle ne réagit pas.) « Voyona, Charles, taquin I Je ne vous parle pas, Monsieur. J'aime pas ces manières-là... J*appelle mon përo... Ohl ce qu'il est taquin I •
Caresses sur la joue. — «Oui, ma petite sœur, oui, Mélie, je t*aime bien... Viens ici, tu es la plus gentille de toutes... Viens vite... Tu sais que tu grandis beaucoup... T'es gentille. »
Piqûres d* épingle sur la joue. — « Ohl c'est par trop! Ohl ces bètôs... Qu'est-ce que c'est que ces bètes-là?... Ce que c'est agaçant! Oht mon Dieul (II est remarquable qu'elle cherche à peine à se défendre contre ces botes.) Quelles bêtes? Oh ! des guêpes 1 >
Piqdres sur Is. poitrine. — « Un serpent qui mo pique ! Un serpent, oui! Holà! HoUI s
Piqûres sur la jambe. — c Un rat qui me grimpe aux jambes. (Il remonte ou redescend suivant la direction des piqûres successives.) Oh! que j'ai peur des rats! »
Piqûres sur le bras. — C'est un monsieur qui ta coupe profitant de ce qu*eUe est toute seule.
Piqûres à la région précordiale, — a Monsieur, laissez-moi, s'il vous plaît! S'il ne vous plaît pas» c'est la rocrae chose... Vous voulez mo percer le cœur... Je ne l'ai pas à droite comme les gendarmes... Alors vous voulez me faire mourir?... Quelles souffrances, mon Dieu ! Ah! si Charles était là!... a
Piqûres sur la paroi abdominale, — t Monsieur, Messieurs les médecins! Mais je n'ai pas de tumeur dans le ventre! Laissez-le donc tranquille, mon pauvre ventre ; vous n'allez pas me l'ouvrir,.. Au moins endormez-moi d'abord... Et puis je vous dis que je n'ai rien dedans... Qui est-ce ? C'est M. Terrillon... Voyons, Monsieur, je vous connais... Je vous dis que Jon'aijamaissouffert du ventre... Quelle opération!... Qu'est-ce qu'ils me retirent? Ohl mes boyaux sur un plat I Oh! non, vrai I Seulement sans m*endormir... Monsieur, je meurs, allez chercher mon père... Cest long comme tout, cette opération I Oh I les charcutiers ! (Elle détourne la tête avec dégoût.) Il y a assez de gens qui ont des tumeurs. Pourquoi me prendre, moi qui n'ai rien ? >
Compresse largey chaude, sur Vépaule. — • Où sommesnous? en Afrique... c'est comique. Ce que j'ai chaud! Charles, je sue sur la poitrine... (ja te paraît drôle; c'est qtte je suis extraordinaire... Ce qu'il fait chaud ! C'est l'Afrique. Jamais je n'avais vu l'Afrique... C'est le pays d'une petite que je connais... Tombouctou... le désort... des chameaux*.. » (Il y avait à ce CHAncoT, T. it. 4
'ËRE nu DÉLIRE PROVOQO]
moment dans le service de M. Obarcot une jeune négresse de Tombouctou, atteinte d'hystérie.)
Compresse chaude sur la joue. — « Quelles névralgies! Je demanderai de l'antipyHne... Charles, tu m'en donneraSj de l'anlipyrine... j'en prendrai deux grramraes... »
Fer froid sur la poitrine. — (Elle grelotte.) « Quel froid! Ohl je suis sur la neigel Mon manteau, vite 1 Comment que cela se fait?... Nous sommes donc en Sibérie ? »
Compresse froide sur la poitrine. — i Alors nous allon» nous baigner... Au bord de la mer, je veux bien, mais ici, non..> Nous voilà dans l'eau... Ça me donne des douleurs... je craios même l'humidité. Je ne sors pas quand il pleut, à moins d'y être obligée. »
bruit du tambour. — Des soldats... puis la foire do Saint- Denis.
Tam'tam doux el lent. — c Qui est donc mort? comme c'est triste! ça me (ait un effet ! j'en pleurerais... C*est les cloches. Cela me rappelle ma pauvre mare. > (Klle pleure, la figure dans les mains.)
Chez cctto malade, il est absolument impossible, même en s'incorporant dans son délire j de donner par la parole une suggestian quelconque ou de modifier los hallucinations. Elle est totalement concentrée on ellemême et absorbée dans ses conceptions délirantes. Elle tourne les obstacles que l'on place devant elle, sans s^en occuiîcr, toujours conduite par son idée dominante, LéE parole n'a aucune action* Elle ne parait pas entendre mémo les mots les plus simples, tels que chien, chat, rat, que l'on prononce devant elle h haute voix et qui pourraient éveiller deshallucinations. C'est le degré le plus profond do la concetitration. Seules les impressions sensorielles sont capables d'introduire un changement dans la succession des hallucinations.
Cette concentration se manifeste aussi dans ce fait que la réaction de la malade vis*à-vis d^une excitation sensorielle donnée est toujours exactement la même. Nous avons pu vérifier cette particularité à plusieurs mois, comme à quelques jours de distance. Toujours le verre bleu a éveillé l'image de sa mère dans le ciel, la
AN\LOGtB AVEC LES SUGOESTIONS CATALBPTtOUKS,
piqûre au rentre Tidée do laparotomie, l'éthor le tableau d'attaques de nerfs, le chlorolorme celui de contractures, et ainsi pour toutes les excitations des sens. Cette espèce de déterminisme est digne d'être notée.
Quelle que soit rcxpîication qu'on en donne, et c'est une tentative que nous n'essaierons pas de faire, cette (ixitô des réactions est à rapprocher de celle que nous avons constatée chez cette même malade sous l'inlluence d'excitations sensorielles analogues pendant la période cataleptique du grand hypnotisme (1). Chose remarquable, les excitations do même nature produisent dans hi catalepsie souvent les mêmes suggestions que dans la phase passionnelle de l'attaque. Il en est ainsi pour Téther, le chloroforme, le verre bleu, l'eau de Cologne. Si ces deux états sont comparâmes à ce point de vue, ce qui n'est pas étonnant, étant donné que la malade réagit surtout suivant ses souvenirs, qui ne varient point d'un état à l'autre, puisqu'ils forment ime partie de substralum psychique de son être, ils sont aussi comparalilcs Tun à Tautrc au point de vue du degré de concentration de l'individu que l'on a désigné dans la catalepsie sous le nom de monoïdéisme.
Arrivons maintenant à la description de nos expé* ricnces sur notre troisième malade.
Il s'agit d'un jeuiio ouvrier, âgé d'une vlngtaiae d'année«t hystéro-traumatique typique avec stig-matefl permanents et attaques clasaiquM, mais dans lesquelles la phaM paasionnello prend un développement exagéré. Dans une attaque provoquée, après avoir laissé passer les périodes épiloptolde et des grandtt mouvements, nous abandonnons un instant le malade à son délire ot con8tatons que celui-ci consiste surtout en visions d'animaux (des cafards) et hallucinations terriÛantes qui le
(1) Ooorgca Guinon et Sophie WoUliC. — De Vinfluencé ile$
.fM iicnxon''llf>t dans IcB phanc» eatateptiquc cf êorri'
,uç du tjrand hupuotisino. [î\'ouo*iUe Iconographie de U iidip'Unére, l*8îî0, n«^.|
OBSERVATION
fontso procîpttor sur un ennemi imaginaire. Los hallucinations soit spontanées, soit provoquées par l'excitation des organes des sens, sont accompagnées chez lui par une mimique et un discours extrêmement animé?. Après la relation presque littérale du délire de notre précédente malade, nous nous contenterons pour celui-ci de décrire en quelques mots les scènes auxquelles il assiste ou prend part et qu'il mime tellement bien que l'on croirait presque y assister avec lui.
Verre rouge. — Il volt un ami qui s'est coupé. Lo sang ruisselle ; il se baisse pour l'essuyer sur le sol.
Verre vert. — Il voit des feux do Bengale. Si on met le verre devant un seul œil, le fou do Bengale est raté, bi on le met devant les deux yeux, il est superbe.
Verre bleu. — Il est juché sur quelque fenêtre d'église, admire les vitraux et voit à Tinténeur de rédifice le prêtre qui officie. Il fait des farces, jette des pierres dans rinténeur, se cache ensuite, etc.
Verre jaune. — 11 cause avec une marchande d*oranges — ou bien il voit une femmeAabillée en jaune et la raille sur la couleur de sa toilette.
Verre vert clair {carreau de vitre), — II parait regarder au travers d'une fenêtre et assiiiter à un spectacle qui Tirrite. Il grince des dcnta et veut se précipiter.
Verre vert foncé. — II cause avec une ouvrière qui peint en vert do petites boites pour les parfumeurs. Il la plaint do gagner bien peu d'argent en travaillant si durement et en risquant de se donner des coliques en maniant tes couleurs.
Camphre sous le nec, — Il raille, puis invective un monsieur qui prise du camphre.
Eau de Coiofjne. — 11 s'adresse à une femme qu'il rencontre et la raille sur la bonne odeur qu'elle répand, lui en demande pour son mouchoir. Comme cette dame l'appelle insolent, il ï'accablo d'injures et d'Ironiques compliments.
Sulfure de cnrbonc, — Il accuse un do ses amis de n'avoir pas BU commander h ses sphincters. Bt comme celui-ci sans doute se fAcbe, il parait ennuyé de lui avoir fait de la peine.
Phosphore. — Il voit un de ses amis dont le pantalon brûle. parce qu'il avait des bottes d'allumettes dans ses poches où elles ont pris feu.
Alcool, — H se dispute avec l'apprenti de son atelier fil est layotier), qui s'est trompé en allant acheter du vernis. Il prouve péremptoirement, en mettant le feu au produit que l'apprenti a rapporte, que ce n'est pas lo vernis que lo patron avait demandé.
Ether, — Nous lui voyons, sous l'inflaenoe d« ootte odeur,
OBSERVATION
mlmor une soène des plus intéressantes. Une femme est là, dans la rue, sur le trottoir, en proie à une attaque de nerfs. 11 ëcarte la foule pour qu'on lui laisse de Tair, raille ceux qui s'étaient approches trop près et ont reçu des coups de pieds. 11 gourmaade vigoureusement un spectateur qui regardait les jambes de la malade. Il la prend dans ses bras, la porte dans Tallée d'une maison, envoie aveo de l'argent un ami chercher un cordial. La femme revient & elle, il l'assied chez une dame. lui demande son adresse, la plaint de demeurer si loin, etc.
SxUfnU de quinine, — II roule une cigarette, puis l'ayant portée h ses lèvres, la rejette aveo dégoût^ en se plaignant qu'on lui fasse d*aussi mauvaises farces.
Sel de cuiaine. -^ Ce n'est pas du lard salé qu'on lui a vendu, c'est du sel au lard. Il meurt de soif.
Sirûp de groseilles, — II est au café. II rejette aveo dégoût la boisson qu'on lui sert et gourmande le garçon de lui avoir apporté un pareil sirop. 11 demaade de l'eau-de-vie de marc.
Légers attouchemenls sur la face, — Il court après un papillon. Il rattrape, le trouve gros et fort beau. Il le donne à un personnage imaginaire aveo qui il cause, pour le piquer sur un bouchon.
Simulacre de baiser sur la joue (fait en touchant la joue du doigt et en imitant le bruit du baiser). — Il s'adresse à une femme, une ouvrière sans doute, lui dit bonjour, lui demande si elle va acheter une machine à coudre.
SouffXe sur la face. — Le vent se lève. Il va pleuvoir. Puis il pleut.
Corps chaud sur la face. — Il regarde en l'air. Il doit y avoir quelqu'un à un étage supérieur, qui nettoie sa cbauf* ferette à la fenêtre. 11 a de la poussière dans les yeux. Un charbon est tombé sur son pardessus qui brûle. Il injurie les locataires de la maison et accuse la concierge d'avoir secoué aa chaufferette par la fenêtre.
Déjà, avant nos recherches, M. le professeur Charcot dans une leçon clinique avait montré qu'en s'adressant au sens de Touïe on pouvait donner quelques suggestions à ce malade, mais en se conformant à son délire habituel, c'est-à-cUre en essayant de lui rappeler soit par la parole, soit par des bruits appropriés, des idées délirantes qu'il avait spontanément manifçstées
CARACTÈBE8 DES HALLTÎCÏWATIONS PROTOQUÉES,
antérieurement. Aussi, ne montionnerons-nouB pas les résultats des excitations portant sur le sens de l'ouïe (11.
Chez ce jeune homme, Ift degrô do concentration est presque le même que dans la malade de l'observation précédente. Comme elle, il est absolument indifférent aux objets extérieurs. On sait que c'est là une caraotéristiquo d'une des formes du délire hystérique. Il présente, lui aussi, une grande fixité do réaction à une excitation donnée. Toujours, même à de lon^s mois de distance, le verre blou a ramené la scène d'église, le verre jaune la marchande d'oranges ou la femme habillée en jaune, le verre rouge la blessure sanglante.
En un mot, ces malades sont tous identiques les uns aux autres, non pas que lu même impression sensorielle produise chez tous la même hallucination ; chacun rinterprèto à sa manière et agit ou parle selon son interprétation. C'est là précisément un dos phénomènes caractéristiques do ce fait pathologique.
En outre, en dehors de toute interprétation psychique, il est important de voir, ainsi que nous l'avons fait remarquer dans le cours de ce travail, des phénomènes analogues se manifester dans l'hystérie et dans Vhypnotisme. Nous avons constaté, dans un travail antérieur, l'influence des impressions sensorielles dans la phase cataleptique du grand hypnotisme. Nous retrouvons aujourd'hui quelque chose d'analogue dans l'attaque délirante hystérique. C'est un point do contact de plus entre ces deux névroses que nombi^e d'ob- Bervateurs tendent aujourd'hui à séparer Tune do l'autre, malgré les rapports qui les unissent si étroite*
(1) L*ubscrvation complète Uo ce malade se (ruuvc, avec une série d'autres, dans mon M<ïmoire sur le soranambulisme liystôrique. (V/plu» loin n- XXVUI) (G. O.)
HYSTÉniB ET HYPNOTISME.
ment, ainsi que le soutient depuis si longtemps Charcot-
ri
En résumé, nous pouvons conclure des faita que nous avons rapportés : 1" Que dans le délire de la phase assionnelle de l'attaque hystérique on peut raodicr la marche des hallucinations et en créer de nouolle^ à l'aide d'excitations diverses, mais toujours simples, des organes des sens; "1° Que ces hallucinaons sont toujours indépendantes de la volonté de opérateur et laissées exclusivement à l'initiative du malade^ qui s'approprie la sensation perçue et la transforme à son gré en une hallucination correspondant à SCS liabitudes, à son genre de vie, a ses souvenirs, en un mot à sa propre personnalité.
Des Somnambulismes (1).
Les diverses questions qui se rattachent au somnambulisme, comme toutes celles qui touchent en quelque point au domaine du merveilleux, bien que douées de l'incontestable privilège de provoquer un intérêt consi- .dérable, sont encore, malgré cela, entourées d'une très grande obscurité.
Cola tient en partie, sans doute, à ce que le mot somnambulisme est un mot vague sous lequel sont confondus une masse d'états distincts : le somnambulisme qui survient spontanément au milieu du sommeil, ceux qui dtipendcnt de crises nerveuses épileptiques et hystériques, celui enfin que Ton provoque artificiellement. Aussi, M. le P' Chart-ot vient-il, dans une remarquable leçon, dont nous nous inspirerons ici, de tenter la classification nosûgraphique de ces divers états.
Si les somnambulismes méritent d'être étudiés par les psychologues, ils n'importent pas moins aux palhologistcs. Leurs caractères communs sont surtout d'ordre psychologique , puisque tous ils représentent , à cet égard, des discontinuités de la vie psycliique normale. C*est pourquoi les signes cliniques offriront actuellement plus de prise pour entreprendre cette différenciation. C'est du moins à ce point do vue presque exclusif que noua allons nous placer.
(l) Hcvue par M, Blocq, d'après les leçouâ de M. Charcol. Ëx- Iruit de la Gazette hebd, de méd, et de chir, i'it mars 18U0). Voir aussi (ii^ XXV^llI ot XXX) mes deux inémoircâ sur ce sujet, g(i la qucstioa est exposée on dctads. (G. 0.)