‹ Clinique des maladies du système nerveux v. 2, 1893Chapitre 15 sur 95 · DELIRE SPONTANÉ · texte numérisé non relu

DELIRE SPONTANÉ

tement ëtrans^ère au milieu où oUe est et qu'elle ne reconnaisse pan les personnes qui l'entourent. Sa mimique est peu variée etrcxprcesion de sa phygionomie change peu; qu'elle raconte une scène eaio ou une scène terrifiante, ses traits sont tirés et expriment l'hébétude ou la tristesse.

Pendant tout le temps qa'a duré son délire, elle n*a pris aucun repas régulier; par momonts on peut lui faire accepter des aliments liquides (lait, bouillon, bière, etc.), mais le plus souvent elle les repousse, et on doit profiter des instants oû^ dans son délire^ elle demande du poïacn, pour lui faire absorber quelque boisson. La nuit on doit la veiller pour la maintenir au lit ou pour l'y faire rentrer si elle vient k se lever pendant une scène délirante.

A d'assez longs intervalles, elle est prise de mouvements choréiques analogues h ceux qu'elle présente dans son état normal, mais ces mouvements choréiques durent peu et ne présentent pas l'intensité ni l'étendue de ceux qu'elle a dans ses attaques ordinaires de chorco rhythméo. Les régions apasmo^ènes et spasmo-frénatrices qu'elle présente dans son état habituel restent insensibles dans son état do délire; ainsi la pression du sommet de lu tète, qui, à l'état normal, provoque une attaque de chorco rh^thmée, ne produit rieu pendant Bon délire; il en est de même pour la compression de 1;l région ovarienne droite, qui, dans l'état ordinaire, arrête ses attaques d'hysléro-cpilepsie, ou ses attaques de chorée.

Pendant tout le temps qu'a dure son délire, nous avons chargé une des personnes qui la gardait de recueillir par écrit ce quVlle racontait. Voici un aperçu de ce que disait la malade pendant les 8 jours qu'a duré son attaque délirante, et des principales scènes auxquelles oMe assistait.

« V'a-t'en, petit oiseau. Je nevcu.\ pas que tu montes comme cela sur mon épaule. Tu me fais mal avec ton gros bec. Tu me piquea les yeux. Oh ! là, là ! Oh ! là, là !

• Obi tous ces hommes rouges. Ils veulent me tuer. Ils

m« suivent toujours. Ils sont couverts de sang. Ils me poursuivent, ils s'avancent. Oh 1 non, no me tuez pas, je vous en supplie. Grâce ! grâc« I Oh ! je vais donc mourir? Otez-moi ce couteau qui me perce la poitrine. Aii secours, au secours ! Ah ! ils B>n vont. Alexis, retire-moi ce poignard qu'ils m'ont mis. Ah I cela va mieux, soigne-moi bien. Je ne veux pas mourir.

0 Je no veux pas que vous me chatouilliez comme cela.

non, je suis Irop chatouilleuse sous les bras (elle rit aux ïluts pendant près de 5 minutes).

« Au feu ! Au feu ! Voilà toute la maison qui brûle. Mon

UÊUilC SPONTAMÈ.

Dieu! Comment faire? J« suis entourée de flammes. Non, je ne veuxpaH mourir aiasi. Je suis trop Jcudc encore. Votoos, un peu de courage. Je vais traverser les nammes. Oh I voilk que j'ai le feu & mes jupons. Oh I mes jaaU>e9 qui oommeDoeot À rùtir. Ah ! voiU un petit espace, vite, courons, courons ielie so met à courir). Mais j'ai toujours le feu à mes jupons. Je vais donc mourir tout de même. Ah ! quelle souffrance de mourir brûlée. Ah ! je meura, je meurs. Adieu, adieu, mes parants, i»es amis« vous ne me revcrrea plus jamais. Je meurs à 20 aoi. C*aat trop jeuce, et j'ai beaucoup souffert. jEllo balança k t^te et les braâ, puis elle reste immobile et inerte peadaM quelques minutes)

« Oh ! tous ces cafards, toutes ces sales bètcs. Des araignées. Oh I ils courent après moi. En voUà on qui me monte sur les jambes ; il grimpe, il grimpe après ma cuisse. AJi I je la tiens. Tiens, Haie bête, te voilà écrasée (elle faitlegesie d'écraser un insecte sur sa cuisse).... Mais, j*ai encore aa oaCard après mon cou. Ah! ah! il vient d'entrer dans mon oretUe. Vite, vite, un petit bâton pour le tuer. Oh! il me chatouille dans la lèLe, il me ronge le cerveau, il mançe mon cerveau. Ah ! qu'il me fuit mal, mon Dieu ! mon Dieu ! (elle secoue la tète ei se frappe le crâne avec les mains).

• Je veux boire pour m'empoisonner. |0u profite de os

moment pour lui donner un peu de bouillon. Elle le boit avidement en disant : • Je ne soulfrirai plus maintenant. « Mais au bout do quel-^ues instants elle pousse de grands cris) : ■ Oh ! que ga me brùlo dans rcstomac, que je souffre. Vite, vite, un contre-poison. Je no peux plus endurer une telle souffrance. Vite, vite. Ah I que ce poiî^n était mauvais, mais pas assez violent, car je souffre trop longtemps. • (Elle crie très fort et s^agite beaucoup ).

■ Tiens, ce gros serpent. 11 est bien gros. Alexis. 11 me

fait peur. Prends ton sabre pour lui couper la tète et la queue. Dépèche-loi. 11 s'avance vers moi. Vite, donc. Le voilà, le voiU. Ah ! il m'attrape, il s'enroule autour de moi, il me serra, il m'é;^ trangic. Ah ! qu'il est fort. Je ne peux plus respirer maintcnai (Elle devient toute rouge et est prise de suffocations.) Je meurs. Alexis, sauve-moi. Cette sale bètc me serre trop fort. Maïs tu en as donc peur. Abl vite, donne-lui un coup de sabre. C'eit ça. Fais donc attention, tu vas me blesser. Ah ! tu m'as coupé la main. Que tu es maladroit! Va chercher le médecin; tout le sang coule. Dépêche-toi. Cours. Tout mon sang s'en va. Je vftU me trouver mal! Ah! je suis épuisée (elle reste p^ndjint UD moment immobile, inanimée). Ahl ma main va un peu mieux.. Pourquoi est-elle entortillée, si serrée? Desaerrcx-la.

ÛKUUE HBOSTASt, 107

S habillée tout ea rouge. J'aime bien cette couleur no vous plait pas, tant pis. Moi, J'nime ça. Je

o marche en se redressant, tout à coup elle ae retourne): Dites donc, vous, eapoco do sarin, faites altcnLioo à qui vous parles, je buis comme il faut et je n'écouterai pas toutcH vos bôLises. Vous dites que vous m'aimez, mais ce n*est pas. Ne me suivez pas, vous savez, car si Alexis arrive, vous verrez ça. imbécile. Tiens! le voilà justement. Dépèohe-toi, AIaxïs, tape dessus, il ne recommencera plus. Maintenant allons-nous-en [elle marche comme si elle donnait le bras à quelqu'un).

< fié. Madame, on voit vos molletsavec votre robecourte.

Ohl quelle caricature vous fuites. C'est bon pour les enfants de mettre des robes si courtes. Ah! que c'est amusant de voir de gros mollets comme cola quand vous marchez (elle rit aux

^■1 Oh! ce gros hibou, ces yeux de chat qu'il a. Il me fait

^hr, Tu«-le donc, Alexis

c Ohl co cheval emballé, il vient sur moi; Urne renverse ,

je suis dcrûâce. Je sens que mon ventre est percé, mes intestins sortent, que Je souffre! (L*lIosolivreâ des contorsions en criant:

mon Dieu, mon ventre!)

K Ue^rdez donc l.i belle ba^o qu'Alexis m'a donnée.

Est-elle jolie? heînl Bi c'est ua diamant. Voyez donc comme U brille. Uli! ii me fait mal aux yeux ; je vais le cacher, car les

hommes rouges pourraient me le voler

Uhl le beau coq. Comme il relève ha queue, quand il

robe. Oh I qu'il est beau. Il a les pattes rouges et les ailes. na, il saig'ne. Cette pauvre petite bète ; il est blessé. G'eatau

los encore les hommes rouges qui l'ont tué

Mon petit chéri, je t'aime bien, mon an ^o adoré, mou

it Paul. Coucou. Alexis, coucou! Cache*toi, Paul; il ne to ra pas. Je no t'aimo plu». Alexis. J'aime mieux Paul. Tune crois pas; tu as raison, va! je t'aime mi^ux que lui. C'était

pour te Laïquincr

« Tiens, los soldats qui vont il la guerre. Mais il va donc

y mvwr la cruerre? (^h ! les beaux soldats, ils sont tous de la mAme grandeur, Je no reconnais plus Alexis dans toute cette baftde do aoldaU. Ah I si, le voilà. Il m'a bien reconnue, lui; il ma £ait si^^ne avec son mouchoir. Tiens, mon chéri, je t'aimo miaoQVOM un baiiser), tu viendras dimanche prochain. Oui. Que la ee gentil. Je t'attends. Ah 1 les hommes rouges qui p&ssoat. Courons, courons. Ah! ils no m'ont pas altrapéa

cette Iftis-ci

■ .^.. Le diableavec ses cornes qui passe. Ah! qu'il est vilain;

DÊLtRB SPONTANé.

il est tout bossu. Il louche comme ua hibou. Ah! comme il

est rouge; quMl est laid, mon Dieu, mon Dieu, que j'ai peur!

(Elle chnnte plusieurs chansons, on battant la mesure, puis elle a des mouvements choréiqucs dans les bras et les jambes.i

« .... Mais c'est une inondation. En voiïà-t-il de TeauT Mais, comment faire pour marcher? il faudrait un bateau. L'eau qui me monte d^j jusqu'aux genoux. Ah ! qu'elle est froide, cette eau. Alexis, viens donc à mon secours. Porte-moi dzmsle petit bateau. Je ne veux pas rester ici; je pourrais bien me noyer.

i*ai de l'eau jusqu'à la taille , je vais attraper du mal. Au

secours 1 au secours! Tiens, les hommes rouges qui arrivent, et jo no peux pas me sauver, l'eau me ^ène pour courir. Eux aussi vont se noyer. Ahl mets-moi dans le bateau. Alexis, je sens que je vais mourir....

■ Alexis, tu me permets de danser avec ce MonBieur-ià,(l

danse si bien. Allons, en avant deux (elle danse le quadrille). Merci, Monsieur. Maintenant, je vais faire la valse avec toi, Alexis [elle valse). Ah I tu vas trop vite. C'est ça. Oh ! que j'aiise bien cette musique, qu'elle est belle

iPuis elle tombe et se figure être dans un puits. On la

relève, mais clic boîte comme ëï elle s'était blessée à la jambe

dans (a chute au fond du puits puis elle saute, comme si

elle pautait h. la corde, en di&ant : « Tîene^ tu vois que Je saute

mieux que toi. « Elle se promène puis elle se baisse

comme pour attraper un oiseau. < Oh! qu'il est gentil, comme il chante bien », puis elle fait le geste do chasser cet oiseau;.

a Je serais si heureux s'il m'aimait. J'aime mieux pjiul

qu'Alexis, il est plus gentil (elle envoie deux baisers) Oh!

mon Dieu, cette bête qui veut me manger, mon Dieu j'ai peur (puis elle se jctle à genoux en criant: • Otez-moi, otez-moi cette béte *)

.. .. (Puis elle dit qu'elle veut s'empoisonner, quelle ne veut plus vivre )

tt Oh! ce joli perroquet. 11 a un gros beo

o Si vous voulez nie promener en voiture. Allons, cocher,

arrêtez. Il fait beau, aujourd'hui, nous allons au bois de Boulogne. Sont-ils beaux tous ces chevaux! Regarde. Paul (puis elle parle bas pendant quelque temps)

« ..... Oh [ me voilà dans le puits, je tombe (elle se laisse tomber par terre, puis se relève et saute, disant qu'elle traverse

la rivière) Bonjour, M. Louis. Jo viens de la part de maman

^ouB «ouhsiler le bonjour. Vous venez des bains de mer. Çft va mieux

• Oh ! voilà les hoicices rouges qui viennent à moi. Au

secours. lia vont me tuer. Mon aani; coule; jo vais mourir;

DÈURE SPONTANÉ.

Je meurs. {Un instant après elle dit qu'elle veut s'empoisonner. Oo profite de ce moment pour lui faire prendre du lait et la scène décrite plua haut se renouvelle).

• Oh I lea voilà qui se battent, mon Dieu! avec des fusils.

Tiens, il ressemble à mon père. Mon Dieu, o'est la guerre. Ils vont se tuer, lea voilà qui vont mourir. Pourquoi les laissez* vous faire? ils vont se blesser, se tuer, mon Dieu, j*ai grand peur Oh! tous ces hommes là-bas

•• Combien de fois faut-il que je tôle dise? je te dis que

je les ai tous sous les pieds. Je n'aime que toi, tu os la meilleure Regarde ce chien, cette pauvre bête, comme elle a la

tète baissée et la queue entre les jambes- On dit, quand ils ont comme cela la queue entre les jambes, qu'ils sont enrajrés,....

« Cotte femme-là est peut-être na maîtresse. Mais. non.

l'homme est mort, c'est vrai. Moi, j'ai beaucoup de peines, beaucoup de chagrins. Tiens, Joséphine, qui t'a donné ces beaux brillants? Oh ! tu en as, de l'argent. Tu me les donnes ^ Je t'en remercie. Je m'en ferai faire des bagues et dos boucles d'oreilles ; tu verras, cela m'ira bien. Oh ! comme je serai belle, et avec cola je voudrais une robe toute rouge, des bas rouges, un chapeau rouge, tout rouge; j'aime beaucoup le rouge, moi.

■ Je suis au milieu de mon jardin, tu sain, il est splondide.

Je ne sais où il y en a un pareil; on irait bien loin, regarde donc, rempli de fruits. Tiens, vois plus loin, les belles roses ; en veux-tu une? toi, je te permets d'en prendre. C'est à toi comme à moi, n'est-ce pas, mon ange chéri ?

t Ah 1 ça, mais, est-ce qu'elle ne va pas revenir? Vite, bien

\ito un chapeau et un manteau. Nous allons prendre le chemin de fer pourallor a Saint-Germain. Que voulez-vous que je vous dise, mon amour? Ëh I mon vieux, relève-toi donc, où as-tu mal? Tu souffres, dis. mon cher Paul. Mai^ ce n'est pas étonnant; mais tu brûles; mais, oui, bien sûr, ta brûles. Sfoi aussi, je veux brûler avec toi, mon ange, tiens (elle fait un mouvement, comme si elle se jetait dans les bras de quelqu'un). Tiens-moi bien dans tes bras, mon Paul chéri. Nous allons mourir enaomble. Oh I que je suis heureux, tu ne peux pas croire. Oh I que je suis contente, mon ange, mon Paul, barbichon sacré de mon cfBur. Paul, viens vite. Toi, tu peux t'en aller, Alexis, je ne t'aime plus. Je n'aimerai jamais d'autre que Paul. Je vais demeurer dans la forêt; je serai bien tranquille, toute seule, au milieu des bôto9. Pourquoi dire que tu ne m'as pas répondu, dis? Pour toi seul, à toi ma vie entière; tu n'es pa^ baau, mais je t'aime tout do mène. Tu serais laid comme un singe que je t'aimerais tout de môme. C'est vrai, je ne peux plus le voir, l««xl«, je te le dis frant-bement; jamais, ce n'*iH pas vrai, j'en

fin

PHASE DBS A*

»BS PASSIONNELLES.

avaiH Tair peut-être, mnis je n© Tni jAmais aiiné. Hier, on m'» du qxxe hi étaifl malade; j'avais peur que tu meures; mais, ta 8aÎ8, cela n'empêche pas de t'aimer, mais pour me marier, non, jamaie; tu sais je ne suis pas une tèle à ça

1 Je voufi dis que mon père n'eflt pas roufçe ; iln'apafdc

robe roupe, non plus. Comme cela fait drôle de voir tout rougv. Les arbres comme ils tournent, et, moi auHsi, je tourne; voUi que Je ne tiens plus debout (elle tombe, puis se relève en criant: « Au feu, au feu, voil?i que tout brûle ; mo3 chévear, les volïi qui prennent feu Au secours! s)

■ Tiens, j*ai envie de faire une partie de pèche, tn sais.

comme l'autre jour Oh ! ne me chatouille pas comme ça.fo

me fais trop rire (elle rit aux éclats). Laisse-moi, je t'en prie, tu me taquines toujours. Hont-ilsbcCea, tous? C'est ça, tiscroieni qu'ils me font peur ; mais pas du tout ; je neveux pas que voui me fassiez mal. Sont-ils drôles/ tous ces hommes-là. Oh* que je suis iralade, j'ai mal à la tôte »

Le jeudi "21 juin, dans l'après-midi, elle est prise d'une attaque dechor«5e qui dure une heure, après quoi elle reprend peu à peu conscience. Le soir elle reconnaissait bien tout le monde el causait sagement. Mais elle se plaint do violentes crampes d'e»tomae. Elle ne se rappelle rien de ce qui s^est passé < Jn lui dit qu'elle a été mnlade, elle ne le croit pas. Le soir, nu dîner, elle a peu mangé ; elle se disait très fatiguée el voulait se coucher, La nuit elle a très bien dormi, et, le lendemain, il ne restait d*autrG trace de l'attaque, par laquelle elle venait do passer, qu'un peu de fatigue, qui a disparu les jours suivant*.

Cette jeune fille, qui porte aujourd'hui comme stigmatfl permanent une hcmianeisthésiescnsilivo-scnsorlcllo droite complète, est toujours sujette ù des attaques d^hystérie. Ijapliaac passionnelle de ces altiqucs^ dans laquelle elle est en proie à un délire hallucinatoire qui rappelle beaucoup celui dont on vient de lire In description, présente aa point de vue de la durée une notable prédominance rot tes autres phases^ bien que colles-ci existent toutes et donnent ù l'élément convulsif Taspcct bien curactéristit[ue de U grandeattaque hystcro-cpiieptique. La période îles attitudet passionnelles est allongée au poiut qu'elle durerait ptuaieurs heures, ainsi que nous L'avons constaté plusd'uoa foÎB.ai généralement on ne l'arrêtait soit par les inhalations d'éther, soit par l'application du compresseur do ToTaire.

Nous avons profité de cette circonstance pour appliquer

NFLUBNCË DBS BXC1TAT10N8 SBNSORlKLt.BS,

tn

chez cette jeune fîllo le procédé de Motchoutkowsfcy et modifier gon délire à Taido de l'excitation des organes des sens. Ces ré-sultats ont été aussi caractérîatiiiues que possible, Nous provoquions généralement l'attaque en suggérant « la malade, pendant la période somnambuHque de rhypnosc, qu'elle allait avoir une crîHe. Le résultat ne se faisait pas attendre. Elle ressentait tous les phcnomoncs de l'aura, puis tombait en convulsions. Tout d'abord on assistait à la phase épileptoide. puis à celle dea grands mouvt'mcnis et ercs do cercle. Puis arrivait la phase des attitudes passionnelles pendant laquelle elle étail en proie spontanément à des hallucinations analogues à celles que nous décrivions plus haut, bien que moins variées et moins nombreuses en général. Nous nous adressions alors successi%'ement aux divers sens de la malade par les procédés dont rénumération suit;

fc

Kn pinçant un iTerre rouge devant les yeux de la malade, sa

y8ionomier**vctTine expression de terreur, elle lève le^bras u ciel : « Oh ! Charles, viens à mon secours !... Quoi ? tu es en sang. Mon Diei;, qu'est-ce que tu as * O Charles, je no veux p»B te Voir comme cela. Non, ne viens pas. »

En fai»;int usage d'un verre jaune : • Charles, le soleil ! un temps superbe !... * »u vas-tu par un beau temps comme cela,? » Klle ferme les yeux : « Allons àTombre.... Les beaux nua(<es! »

Avec un rerre vert foncé: • Oh ! Charles, je m'ennuie! Je sois toute seule .., où donc, à cette heure ?.. Kn pleine nuit..,, ces hommes après moi ! >

Le verre hieu foncé amène rur la face l'expression de l'attention, puis de l'extase: « Mon père, je veux me retirer ces idées..., tu as lonjours été bon ... Ma pauvre mère, je te vois. Bonjour I Je te vois dans le ciel... Oh 1 maman, dis, tum*aimes bien f... Aie pitié de ta Hlle, maman. >

Avec un v^rre vert de Kitrç, elle se croit au bord de Veau : ■ J'ai toujours eu peur de tomber h l'eau. Mélic, viens ; Ninl, Tiens, prends garde, ne marche pas au bord. Ma petite soeur, j'ai toujours eu peur que tu tombes à l'eau... Viens ici... <>ù en Tols-la ? je n'en vois pas du tout. Tu crois qu'ils vont sortir de l'eau. T'es bebète!... Où il est, papa/... Qu'est-ce que lu TOUX ? nmis Hommes nerveuses, j'ai toujours été diable. Tu me gAtAia,mon père, tu avais un penchant pour moi... Je cours loot droit vers Teau. •

De nouveau le verre jaune ramène instantanément VhaUu-

BBNSATIONS OLFACTIVE*.

cinatlon de grand soleil; le verre vert, la nuit et Tisolemeat ; le verre bleu, la vue de sa mère dans le cîel. A c« moment une reprise des mouvements convulsifs interrompt un instant le délire, qui reprend ensuite spontanément : les rats, etc.

Noua mettons alors un morceau de ca}nphre sous le nez de la malade : a Des habits 1... Monsieur Binet, j'ai un rhume de cerveau... Non, écoutez, came porte à la tcte... Ça conserve les habita... Oh 1 ma tôtc l ■

Avec IVau de Cologne : « Beau jardin! je vais aller me promener dans ce jardin . .. Quelle Heur est-ce ? Je ne pourrais pas dire au juste..., je ne sais pas... J'ai assez du jardin, je son un peu. »

Avec du sulfure de carbone la malade fait une grimace de dégoût: • Oh! c'est infect..., où sommes-nous, dis?... Une sent pas, lui ! » Klle porte sa main à son nez: i Je me bouche le nez avec mon mouchoir, mais je sons tout de même... Où sommes-nous donc ? » Elle est prise de nausées : « J'ai un peu mal au ca>ur... C'est mon déjeuner qui ne digère pas. >

Avec de ré(/ier(qui nous sert habituellement à la Salpétricre pour calmer les attaques hystériques lorsqu'elles sont trop violenteMOU ne cèdent pas à la compression des points spasmofrénateurs, quand ils existent) : « Oh! oui, les norfs, les nerfs!... Regarde la pauvre tille 1^-bas... Va à son secours... Va vite. Tauvro fille 1 je la plains de tout mon cœur... Je n*en ai plus, moi, d'attuqucs(à part] et puis je no te le dirais pas, pour sûr. Demande h papa, qui est là derrière..., je no m'en cacherais pas... On dit que l'hystérique est pasRionnée, mais c'est pas ÇA du tout.., Je t'assure que je n'ai pas d'attaques... M. X..>. je l'aimais bien ; M. Y..., oh I pas du tout ; M. Z... {{), jo l'aime un peu, mais ce qu'il est taquin t Dana le fond, il me revient M. 7... 11 a bon cccur^ mais il se laisse monter la tète... Ah ! pourquoi sommes-nous venus? Je ne voulais pas y aller, à la Salpètrièro. On pouvait bien aller se promener ailleurs.... j'en ai plein le dos..., je no voulais pas aller les voir... Tiens, si, allons voir la petite Léoiiie (il s'agit d'une malade du ser* vioe). Elle nVsi pas grossière, elle... Oh! ces personnages grossiers, je les ai en horreur... Léonie, viens nous voir chez nous... Tu sais, je te le dis à toi« ici, j'aurais peur d'être malade.., »

Suit une interruption d'une heure et demie, pendant laquelle

{{) Il s'agit d'anciens chefs de clinique ou internes do M. le pr Cliarcot, qu'elle a conmia depuis bientôt quatre ans qu'elle est à la balpetriero.

8KNSATIOX3 CLSTATIVES.

POUB remettons la malade dans son état normal en lai comprimant la région ovarienne et en maintenant cette compression à Taido du bandage compresseur. Puis nous enlevons l'appareil et le délire reprend spontanément.

Nous plaçons sous le nez un ilacon de chloroforme (qui nous sert généralement soit pour les besoins do l'examen, soit dans un but thtïrapeutiquc. & obtenir la résolution des contractures hystériques) : a Elle s'endort... Pauvre llllc î Reparde-lâ... C'est pour voir les contractures, l'hystérie... Je connais tout ça, parbleu ! J'ai été à la yalpctrière... Bien sûr que je n'en sais pas aussi long que toi..., mais enfin, les petites choses... Tu vois, elle s'endort. C'est pour voir si la contracture va se défaire... Tu vois, ça se défoit... Tu ris ?... Quoi, je ne suis pas médecin comme toi... Hein! ce qu'elle dort bienl... C'est défait et quand on la réveillera ça reprendra... On devrait lui mettre deux bâtons pour lui tenir les jambes bien droites... Tu dis que ça ne servira pas à trrandchose ?... ■>

Le goût donne des résultats de même ordre. En plaçant un peu de fi'.rop de groseilles sur la langue ; i Tu as soif? moi aussi... Je voudrais bien quelque chose de bon, do sucré, une grenadine au kirsch,.. Bon, je n'en veux pas. Papa sait que j*aime ça. C'est très bon. tu sais, très rafraîchissant. C'est bon quand on a soif... »

Avec du sol de cuisine sur la tangue, elle fait une grimace de dégoût : a J'ai avalé de l'eau de mer ! Ça me fait l'effet de set de scdlitz, l'eau de mer... C'est ai bon les bains de mer !... Oh ! j'y pense encore. M. hïmile nous regardait. Marie- Jeanne n'avait pas do costume. Kilo avait un fichu et un jupon. (Elle rit.» Son jupon se relevait sur l'eau... Ce que nous riions! M. Kmilc la regardait avec... avec quoi ?.. comment que ça s'appelle '/,.. avec sa jumelle..., c'est bien cela, Charles ?,., Et puis le soir il a dit : « Elle n'avait pas de costume, Marie- Jeanne. «

Puis nous plaQt)na du sulfate de quinine sur la langue : « J'ai promis à mon père do ne plus me suicider..., je ne ferai pas comme vous. Je n'en prendrai pas... Oh I il m'en fait prendre do force. » A ce moment elle fait dos mouvements de Tomiasement et se met à cracher quelques glaires.

Nous adressant alors .Ma sensibilité générale, tactile, douloureuse ou thermique, nou • remarquons tout d'abord que les excitations portées sur le côté anesihésique ne sont suivies d'aucune hallucination. Donc son anesthésie cutanée persiste pendant ce délire. Puis nous faisons quelques pûicemen^ti de la peau du bras» de la jambe : * Voyons. Charles ! taquin ! Je

ChaRCOT, t. II.

SENSIBILITÉ r.ftNÊIlALB.

ne voua parle pas, Monsieur... J'ai m© pas ce? manières-là... J'appello mon père... Oh ! ce qu*il est taquin I *

Nous faisons quelques caresses sur la joue: <* Oui, ma petite sccur, oui, Mélio, je t'aime bien... Viens ici, tes la plus gentille ; viens vite... Tu sais que tu grandis beaucoup..,, fes gentille... »

Quelques piqûres d'épingle sur la joue changent la scène; ■ Oh ! c'est par trop! Oh ! ces bètes... QuVst-co que c'est qnc ces bï^tes-Iâ^... Ce que c'est agaçant ! b Elle cherche d'ailleurs peu à se défendre avec ses mains contre ces bètes ima^rinaires qui lui piquent la figure. «Quelles bctes est-ce donc? C'est pas naturel... Ohl là. ta, des guêpes! «

Avec des piqûres d'épingle sur la poitrine: i Un serpent qui me pique..., un serpent, oui... Ilolà! Holà! o Des piqûres d'épingle le ton() de la jambe \m donnent l'hallucinatioa de rats qui lui courent le long des jambes, montant ou descendant suivant que les piqûres montent ou descendent.

Si l'on fait des piqûres d'épingle dans la région du cœur: c Monsieur, laissez-moi. s'il vous plaît... S'il ne vous plaît pas, c'est la même chose... Vous voulez me percer le cœur... Je ne l'ai pas à droite, comme les gendarmes... Quoi? alors vous voulez me faire mourir... Quelle souffrance, mon Dieu*... Ah! si Charles était làl... b

Des piqûres d'épingle »UT la paroi abdominale donnent lieu à des hallucinations bien Finguliêrcs qu'explique le long séjour do la malade à la Salpêtrièro et l.-x mémoire qu'elle a de loutco qui s'y passe: « Monsieur, Messieurs les médecins! mais je n'ai pas de tumeur dans le ventre... Laissez-le donc tranquille, mon pauvre ventre.,,, vous n'allez pas me l'ouvrir..., au moins endormez-moi, d'abord... Kt puis je voua disque je n'ai non dedans... Qui cst-co? C'est M. Terrillon... Voyons, Monsieur. je vous connais, je vous dis que je n'ai Jamais souffert du ventre... Quelle op(?ralion ! Qu'est-ce qu'ils mo retirentfOb! mes boyaux sur un plat! Oh! non, vrai, seulement sans m'endormir... .Monsieur, je meurs. Allez chercher mon père... C'esl long comme tout cette opération... Monsieur ! Oh ! les charcutiers! (Elle détourne la lèle avec déproùtj... Il y en a assez qui ont dea tumeurs, pourquoi méprendre, moi qui n*Ai rien?... •

Il est remarquable que les piqûres ont toujours donné les mêmes résultats suivant les régions sur lesquelles elles portaient. A plusieurs mois d'intervalle, nous avons pa vérifier que les piqûres de la face amenaient toujours l'idée de guêpes, celles de Ja poitrine Tidée du serpent, celled de la région pré* cordiale l'idée de cœur percé, celles de la pArol abdomlnals

SENSATIONS THEnMlQUBS BT AUDITIVH9.

»Ue de laparotomie. Os hailucinations provoquées sontd'uiio :itè digoe d'être notée.

Avec une cumpr*'sse chaude appliquée sur Vépaulef elle lanifesto qu'elle a fort chaud, elle déboutonne le ool de son trsagiï, s'évente avec sa main ou aon mouchoir: i Où sommes- >«8T... En Afrique... C'est comique... Co que j'ai chaud! iarle«, je «ue sur la poitrine... Ta te paraît drôle ; c'est que fiuÎB extraordinaire... C'eHt l'Afrique, jamais je n'avais vu ('Afrique. C'est la paya d'une petite que je connais... TomboQCtou..,. le désert..., les chameaux... » Il est boa de faire remarquer qu'il y avait dans le service do clinique, au moment où nuiiS commençâmes nos expériences, une jeune négresse le Tombouctou atteinte d'hystérie convulsive classique.

Une compresse très cliaude sur la joue lui donne l'idée de névralgies ; • Quelle névraî?io !... Je demanderai de l'antipyrine .. Charles, tu m'en donneras de rantipyrioc... J'en prendrai deux grammes. »

L'application d'un f^r froid sur ta face, la poitrine, la fait îlottcr. I Quel froid !... Ah! je suis sur la neige... Vite, mon tanteau!... Comment que case fail^i'Où donc sommes-nous?... in Sibérie ?... • Une compresse trempée dans l'eau froide et placée sur la \oitriiie lui donne l'idée do bain froid : « Alors nous allons tous baigner?,.. Au bord de la mer, je veux bien. Mais ici» non. je ne veux pas... Nuus voilÀ dans l'eau I Cela donne des douleurs. Je crains même l'humidité. Je ne sors pas quand il pleut, k moins d'y être uhliitrée... »

^K Un hruit de lamiiour produit k côté d'elle lui fait voir des ^Koldats. puis la foire de Saint-Denis.

^H Un bruit de fjowj Zé^er et monotone lui rappelle un cnterre-

^^pent; c Qui donc est mort? Comme c'est triste! Ta mo

^n'appelle ma pauvre mère. > Alors elle se cache la Ûgure dans ^nss mains et pleure.

Xou3 l'asseyons devant une table et, lut mettant une plume à la main, nous essayons do la faire écrire. Elle ne modifie pas non d^ilire qui se déroule soit spontanément, soit suivant \êm modifications que nous lui apportons par un des procédés d-dessus, et elle écrit quelques mots en rappoK avec l'hallucl-

BatiOQ du moment: < Musique Je m'ennuie » C'est tout

ee que nous avons pu obtenir d'elle sous c-e rapport.

Aucune autre impression sensoriello un peu plus compliquée ne provoque chez cette malade de modiljcalioD du délire ni d'hallucination en rapport avec l'objet de cette impresaion. On place devant elle une chaisOf elle ne parait

pns la voirou la tourne si elle est en travers de son chemin, sans s*en occuper. On lui présente un fruit, des clefs, une montre, un livre, elle ne parait pas les voir, toute à l'idée dans laquelle elle est concentrée. La parole n*a aucune action sur ses hallucinations et n'eu provoque point de nouvelles. On crie à ses oreilles des mots simples, capables d'éveiller des images, tels que: chut, chien, lion, des noms de perâonnes qu'elle connaît, elle no bronche pas et ne semble même pus percevoir le bruit des paroles.

Elle est donc totalement concentrée dans son délire, dont rien ne peut la taire sortir, sinon les excitations simples des organes des sens. Alors elle s'empare do l'impression brute, qu'elle transforme à son gré en une hallucination, toujours la mémo pour chaque excitation sensorielle.

Ces résultats sont d'uutanl plus intéressants que nous avons pu constater chez elle des phénomènes de même ordre dans la période cataleptique du grand hypnotisme. Nous les avons consignés dans une note publiée en collaboration avec Mlle Woltke (d'Odessaj (1). Cette malade est. en effet, une grande hypnotique. Après Tavoir mise en catalepsie par les procédés ordinaires, nous avons remarqué que par des excitations simples des organes des sens on pouvait faire naître des suggestions, véritables hallucinations, sur la nature desquelles l'opérateur n'a aucune influence. Tandis que la parole, la vue d'objets quelconques laisse la cataleptique impassible, l'application d'un verre rouge sur les yeux amène sur sa face l'expression d'une violente lorrour. Un verre jaune donne l'haHucination de grand soleil et la malade met ses mains sur ses yeux comme une visière, pour se proléger contre le soleil. II on est de même pour l'ouie, l'odorat, le goût, le toucher, dans le domaine desquels une excitation suggère une hallucination,» regard de laquelle la malade réagit par des gestes et des jeux do physionomie caractéristiques, au point que s;i mimique seule suffit à faire comprendre tous les détails de rhallucination qui se passe dans son cerveau.

(1) Georges Ouinon et ?ophie Wollko. — De l'iv/Jitcnce dcf imprefsions serufitivea et sensorielies dans les phaies cat&leplique et 9omnambulique du grand hypnotisme. {\ouveUis Iconogréphic de (a S&lpétrière, 1891, n^ l cl plus haut ii*\XV

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