HALLUCINATIONS ET DÉLIRE SPONTANÉS
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tte scène succède ensuite un autre tableau. « Rends-moi utils... Rends-moi ma varlope!... Tu ne veux pas?... Ah! Attends! ■ Il fait quelques Ljestes de fureur, pui? la scène chang'ô et il se met .\ déclanaor comme un orateur de réunion publique. « Citoyens et citoyennes ! la République cstmouâcce par un césarien quelconque... la justice française n'a pu mettre la main sur lui. Il a pu fuir et, son complot nqué, il ae promène avec les cocottes de Londres... Il a hi 9Q patrie et ses opinions. Après avoir successivement rvi la monarchie, l'empire, la République radicale... » Puis autre chose: « Tiens 1 comment que tu vas, mon vieux? (il semble parler à quelqu'un) T'es toujours «rarçon perruquier?... Mui. li!?ure-loi que je suis à la Salpélrièref parce qu'on a dit que j'avais une maladie nerveuse... Tu sais, c'est rupin dans c't« boito-là, mais on n'y est pas heureux parce qu'on s'ennuie... Viens me voir, je te ferai visiterccla, c'est très curieux,.. Il y a un tas de médecins et puis le professeur, M. Gharcot... Il me fait peur, cet homme-lii. Quand il vous cause» t^a vous fjiit quelque chose... » Puis cela change de nouveau, o Alors, tu faÎÂ toujours des couronnes, I^lisa ? On no gat^^ne pas facilement sa vie. à ce m^tier-lH... Qu'est-ce que tu veux?.,. » A ce moment il se met à jouer une scène des ^fystèrcs de Paris [nous avons appris depuis par lut qu'il avait été figurant dans cette pièce), a lié. Tortillard! monte sur la trappe!... Mets donc l'anneau, ouvre-le avco ton surin... Comment, Chouribcar, tu recules... » Pendant tout ce temps, il regarde par terre, comme s'il voyait réellement la trappe qui figure, si I nous avons bonne mémoire, dans le premier acte dos Mys- ^^ércs de Paris,
^B Ces diverses scènes se succèdent, puis reviennent, ainsi que ^H^autreu, dans la description desquelles nous n'entrerons pas. ^^modant tout ce temps, les yeux sont grand ouverts, clignant ^' peu. De plus, on note que le malade n'est pas contraoturablc, par !a pression sur les masses musculaires, ni par le souffle r la peau. Dans ces cas, il entre de lui-même dans son dére, jouant aveo une merveilleuse mimique toutes les scènes xqucUes il prend part. Mais nous pouvons appeler son atntion et changer en quelque sorte l'épisode, mais non pas riger réellement le délire, ni modifier à notre gré lo mode réaction du malade aux impressions que nous lui foursson?. C'est ainsi qu'en promenant les mains devant ses yeux on lui fait voir un papillon qui voltige, il souffle dessus, allonge les mains pour l'attraper.
Si on frappe en mesure avec les doigts sur une table, îmiot ainsi plus ou moins grossièrement une musique rhyth-
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KXCITATiaM 5ENSOB1ELLE:
mé%9 on hii (ioMM llwUiatfiajUM» d'ua riment qui paave. BMH|aa en tête. Il bat U mesore de la nain droite, ae dreese aor la poiole dea pieds pour mieux voir et s'adreaaant à ui camarade iaaginaire : • Non, non^ iU viennent par l'autre route... Tittks! las toîU Là-bas... Enteods-iu lamusique^.. Oh ! œ ^rtM-U, avec aoa ventre entre les oreilles de son cbe- Tal... ee qu'elle doit en avoir asasa, la pauvre bétel... Ah 1 oui. je orojais qu'ils allaient â Vmceaaea, mais non, iU vont au fort de Homainvîlie... Tiens ! il y en a ii cbevai... Hegard« donc le petit chef de musàque. On dirait le pcre Chaudelon qui tient son bâton de cheCd'occbesIre... » il bat la mesure et (redonne uii air. Puis rballoriaatiow cesse et ii reprend uae quelconque des scèoea de son délire spontané.
En frappant de légers coups sur un ^n?, à côté de lui, on le voit tout à coup se ranj^r. reg-arder devant lui, faùre le geste d'enlever sa casquette. 11 assiste à un enterrement Chose remarquable, c'est toujoars un enterrement avec erand déploiement de forces militaires jnous avons su plus tard qu'il avait assisté à lenterrenient d'un ^néral et qu'il avait été Tivenient impressionné). H tourne en ridicule les persoonagM du cortèsre. fait des farces à ses voisins, so baisse h terre, ramasse des cailloux irnsGrlnatres et les lance dans la foule. H se dispute avec les sergents de ville qui veulent lui faire faire place ou l'aocusent d'a%-oir lancé des cailloux. Dfins toutes eoi •cènes, il est parfaitement naturel, prenant un air indifférent et étonné quand on l'accuse d'avoir lancé des cKilloux, riant et poussant du coude son voisin quand il lui fait remarquer quelque personnage ridicule du cortège, causant ^ mi*voiJ£ pour ne pas se faire remarquer et troubler la cérémonie.
En impressionnant les divers sens par des excitations simples, on arrive à des résultats analogues. Un verre rouge placé devant ses yeux lui fait voir du sang: t Quelle entaille I... Mais tu vas te vider... Essuie-toi donc... > Un verre vert lui donne l'hallucination d'un feu de i3engale. Si le verre est placé devant les deux yeux le feu de Bengale est superbe; devant un seul œil, il est raté. Le verre bleu, mis devant les yeux, donne lieu à une scène bien particulière. 11 est grimpé avec un camarade sur une fenêtre d'église et il regarde à travers les vitraux l'ofûce que Ton célèbre à l'intérieur. ■ Eo roilà des chouoltes c;)rreaiix I Quel vitrier!... Fais attention, ne bou^ pas, tu vas le casser la i^ueule !... T'en as dune jamais vu, de curr... Ah 1 si celui-là nous voyait là... Gare aux coups do goupillon, ouvre ton parapluie.,. • Un verre }auM le met en présence d'une voiture d'oranges ; il discute avec la marchande le prix de la marchandise et l'invective parce que
TUE. — ODOBAT.
c est trop cher. Ou bien c'est une amie qu'il rencontre déguisée en jaune : ■ Piçe-la donc ! Elle va h I Elysée-Montmartre... En v'ià une couleur... T'as pas honte de te promener comme ça dans les rues. On dirait que tu fais de la réclame pour an miirchand de citrons... Ça te donne un teint de poitrinaire... T'm seulement pas trois rous pour prendre l'impériale. Quand on sort comme ça, au moins on a do la galette (de l'argent) pour prendre une voilure... »
Un verre vert foncé le transporte auprès d'une ouvrière qui
sert de cette couleur (sans doute l'ouvrière en couronnes
ec qui il cause dans son délire spontané, t. plus haut). <> (Ja déteint... ne te f... pas les doigts sur la figure... Alors tu badigeonnes comme ça toute la journée... pour qui !*... Ah ! oui, là*b»8, près des Archives, en lettres dorcos: fleurs artificieUee... Mais c'est de \n camelolte, si ça déteint. . Gt tu badi* treonnos comme cela toute la journée pour quarante sous... juste de quoi danser devant le buffet... Et puis avec ça, ça vous flanque des coliques... Eh bien! ça va bien... Fais attention, en voilà une qui va couler... »
L*odorat donne des résultats analo^es. En lui faisant respirer Vodeur du phosphore, il s'adresse à un camarade qui a mis des allumettes dans ses poches. Elles ont pris feu et voiU son pantalon qui brûle.
Avec de l'alcool sous le nez r « Va dire au marchand de couleurs que c'est pas ça qu'il faut, c'e^t un litre de vernis copal de vinçt-six sous. Faut-il te l'écrire'... En v'Iâ une saleté! On va coller ça sur un meuble et le client fera une belle vie quand il verra que ça s'en va... Tu ne me crois pas? Tiens! tu vas voir, passfr-moi le bec do gar. C*cst-il du vernis, cola? (il fait le geste de mettre le feu h quelque chose) v'ià que tu te sauves? Ccn est-il. hein?.., o
Respirer l'odeur du camphre lai donne rhallucination d*nn individu qui prise de cette substance. • Cest-il du sucre, gourq\i6 vous vous fourre?, dans le nez... c'est dono que avez UD magixBin d'épicerie, là-haut, dans le cerveau, que y envoyez tout ça par lo montc-charjrcs?... »
AvMï de l'eau do Colore, il voit passer une femme parfumée et «'adressant toujours à son camarade imag-inaire : « Tiens 1 regarde-la dono avec son petit chapeau rouge! Encore unequi va voir le brave général, pour sûr!... ,Ce qu'elle seni bon!... Ah! malheur! passe-lui donc un doigt mouillé sur la figure. sur son ma;;asfn .\ plâtre. ..Faut-il qu'elle pue pour se couvrir d'odeur comme ça!... Excusez madame'... je vous demande l'adreme de votre parfumeur... Voyons, ne vous fâchez pas...
«on camarade) clùpc-lui donc son mouchoir, parbleu!...*
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cocT — csxsiMUTË cnt&ux.
coauDe cUfl gigoUe? Cochon ' sM y arait on dùea a\ec um pftUe nMTf, t'en Aurais pitié. Vlâ «w feauDo qai ae tr&uvft nul, t'e« U à l'embécerf... Eh bien! ■■iJiBW, ça Ya oûeai f \l\ U aoQtknt daaa ses bn0| Veaex chcx le pharsiacîen... Alloitt boo! V*là qu'ça U reprend!... Uettes-y nn matelas sous U tète, eli« ra ae faire da mal... Va en aclieler en mêiae MDpt îl lait le geato de donner de l'argent à son ami, puU a'adrecie à quelqu'un). Voyons ! c'est^il le moment de regarder aea BU}1leta? une femme dans c't*éiat-li! (L'ami revient et il loi prend quelque chose doamaiaB): Teaex, mad-ame. burei, 12, ça va mieux? Appuyés là votre tcie! (Gestes merveilleuxment appropriée!... Ah! ça ne tait rien, allez, b\ votre oorsige s'est ouvert, on voit que vous en avez... tout le monde n'en t pas... Va chercher une chaise... Là, asseyez-vous... vous demeurezàOrenelIe? Ah ! bien, vousy serez dans deux heures... i
En ce qui concerne le goût, si on lui met du sulfate de qui* nine sur la Un^^ue, il porte à ses lèvres, puis rejette avec OM grimace do dé^'oût une cif^rette imaï^iaaîre et demande qui lui a fait la farce do tremper le bout do sa cigarette dansdd l'aloès. Avec du sel de cuisine, il se plaint que le charcutier n'a pas dessalé Sun lard. It a soif, entre au cabaret. ï^i uolm met alors du sirop de g-roseilles sur les lèvres, il se plaint vivrment : « C'est pas cela qu'il a demandé à boire, mais de Teaude-vie de marc. »
Lorsqu'on lui fait de légers attouchements sur la face, da cùté non ancsthésique. il se frotte la joue, regarde en l'air* court après un papillon, qu'il attrape. « Hein! il est çrofl» celui-là î tu le piqueras sur un bouchon... T'en as déjà beaucoup... n 8i on lui souffle sur la figure: ■ Sacré courant d'airl... Gare à ceux qui ont des douleurs î... Hé, la concierge, vous avez Iai8fl<^ quelque porte ouverte, dans le fond... • Si on lui pose un corps chaud sur la ii^t'o duc(>té non anosthësique Il regardo en l'air, secoue ses vêtements en inveoUvant quelqu'un qui a lÀ-hnut, vide sa chaufferette parla fenêtre et met le feu h son pardossus. > Hn lui mettant de l'eau froide sur la ligure il so Oguro qu'il est dehors par la pluie, redresse le col c|e «un pardossus, relève le b:is de son pantalon, tout en maugréant oontro le mauvais temps.
INFLUENCE UK U\ PVKOLE.
Cette description, bien longue, quoique résumée, no peut donner une idée parfaite du délire tant provoqué que spontané de ce malade. 11 faut le voir marcher, gesticuler, peindre sur sa physionomie mobile toutes les émotions diverses par où il passe, il faut l'entendre parler avec cet accent gouailleur de l'ouvrier parisien, sceptique, « blagueur » mais « bon garron n ilans \e fond. C'est vratmonl un spectacle bien intéressant et que les mots seuls ne sauraient rendre. 11 est, emporté par son idée délirante, insouciant de tout ce qui se passe à côté de lui. On lui met presque tes doigts dans lesyeuie sans qu'il s'en inquiète. Il semble voir dans un petit cercle très étroit et, quand il saisit quelque impression dans cet espace reatreint, il se l'approprie et la transforme à sa manière. Il y a là un habitus bien particulier, que nous avons retrouvé chez tous les somnambules de cette espèce et qui semble tout à fait caractéristique.
Noua avons vu chez notre précédente malade qu'il était absolument impossible de modifier le délire par la parole. Elle restait indifférente à toutes les sollicitations de ce genre. Chez le jeune Poig... il n'en est pas do même. H semble, à co point do vue, qu'il soit un peu moins concentré dans son délire que certains autres et sensible à des excitations un peu plus complexes. On n'arrive à rien en le sollicitant, à l'aide d'une phrase ou d'un mot, dans une direction inconnue ou choisie par l'opérateur suivant son propre désir. Mais, si on lui rappelle par un mot une scène à laquelle on l'a déjà vu prendre part dans son délire 8|>ontanc, on peut arriver à faire reparaître celte scène, autrement dit à influencer en réalité la succession des Idéen délirantes par la parole. Non pas que cela soit trèa facile et que le changement de tableau s'opère avec la même instantanéité que pour les e.\cilalions sensorielles sinaples, mais on y arrive cependant.
Ainsi si on lui crio aux oreilles, avec insistance, les mots: c Floquel! général Boulanger! » il s'arrête dans