‹ Clinique des maladies du système nerveux v. 2, 1893Chapitre 18 sur 95 · scène du moment, semble un instant comme absorbé et · texte numérisé non relu

scène du moment, semble un instant comme absorbé et

(fléchissant. Puis, tout à coup, le voilà dans une réunion

publique politique, il discourt ou, semblant écouler un

orateur qui parle, il l'approuve, le désapprouve, applaudit,

126 ÈCRrrcKE luxs le sovxAscBn-iSJCc htstéhcolk.

accompaenant sa mimique d*obser\alions aouvenl fort justes oa fort spirituelles. Kous avons vu que la réunioa publique fait panie de son délire spontané fv. p. 121). Oo peut aussi lui faire jouer à volonté la scène des Mystères de Paris (v. p. 121) en lui criant à plusieurs reprises â IV reille ces mots : c Le Chourineur! I^ Chouette! Tortillard* n

Malgré cette imprcssïonnabilité à la parole, le malada est cependant encore dans un état de concentration bîea profonde. Il suffit, pour s'en rendre compte, do constater ce (jui se passe lorsque, dans son somnambulisme, on «•• saie de le faire écrire, f'^la n'est pas toujours bien aisé*! il fsut y mettre de la patience et de la persévérance. On y arrive cependant en l'asseyant sur une chaise, le plaçanl devant une table, lui mettant une plume à la main et attirant par tous les moyens possibles, par la parole et parle geste, son attention sur la plume et sur du papier qu'on place devant lui. On le voit d'abord, inattentif à toutes les sollicitations, souffler sur sa plume, on faire tomber, avec des chiquenaudes, les cafa.rtls qui courent dessus, qui tombent sur la table et quïl poursuit là de nouveau, toujours obsédé par ses visions /oopsiqucs, qui, noua le répétons encore, rattachent bien nettement ce somnambu* tisme à la phase passionnelle de Tattaque ordinaire. Cependant, en insistant, on lui fait comprendre qu*il doit écrire.

Lia première fois que nous fîmes cette épreuve, il commença alors à nous écrire une chanson intitulée « le vin de Marsala u. Une fois qu'il est lancé dans cette occupation, il y cât concentré totalement, à un doçré qu'on ne |ieut imaginer. On peut crier à ses côtes, lui parler dans les oreilles, promener les doigts autour de sa figure et jusque sur ses conjonctives, en arrivant décote. Si à ce moment la main qui s'agite autour de lui arrive dans ce cercln étroit dans lequel semble restreint le champ de sa vision, ce n'est pas une main qu'il voit on général, maia un caf&rd qu'il essaye d'attraper. i*uis il se remet à écrire. On peut alors interposer un carton entre sa main et ses yeui. ii continue sans direction, sans encre dans sa plume & la rigueur, mais ne s'occupe pas de l obstacle apporté.

ECHITCRB DAKS LE SOMXAUnULISME HYSTÉIIfQlIK. t..*?

lu.

On dirait que tout se passe dans son cerveau, qu'il ne conduil pas en réalité sa main avec ses yeux, mais quMI s'agil en tout cela d'une simple image mentale de ce u\\ acconi[)lit. On lui a mis, je suppose, devant lui, plueurs feuilles de papier superposées. Si on vient alors à lui retirer vivement la feuille sur laquelle il écrit, il hévo, sans 8*occuper de ce qui arrive, sur la feuille suint© le jambage do la lettre qu'il était en train de tracer et continue sa ticlie sur cette page dont le haut est à moitié blanc. On peut mi^mo aussi lui enlever tout le paquet de papier qu'il a devant lui. Pou lui importo, il continue à écrire sur le bois de la table ou sur la toile cirée qui la recouvre.

Bien plus: une fois terminé le couplet qu'ilccrivait^tls'ar-

le et He préparc à roliretoutce qu'il a écrit. On lui remet

alors du papier blanc devant les yeux ; il se trouve donc

^n présence d'un feuillet complètement vierge de curac-

res. Cela n'est point pour l'atTctcr: ce n'est pas, nous le

isons, sur le p:tpicr qu'est sa chanson, c'est dans son

rveau. Il continue donc à la voir sur cette page toute

lanche et se relit, ajoutant des points, des virgules, des

cents, des barres aux t. On n'a alors qu'à lairo coincider

actenient les deux premières feuilles avec la troisième,

yoit qu*une barre en travers, un accent aigu ou grave,

ués sur celle-ci, correspondent exactement à une

lettre non accentuée, à un t non barré sur Tune ou l'autre

des deux premières. Celte épreuve est tout ce qu'on peut

aginer de plus caractéristique. Nous donnons ci-contre

n fac-similé de trois feuillets sur lesquels nous avons

it écrire notre malade (Fù/. I, 2 et 3).

M. Mesnct, dans son mémoire si éminemment suggestif

iéjà cité, décrit un fait absolument identique (1), Après

kvoir cnlové successivement à son malade tous les feuillets

ir lesquels il avait écrit, il le voit « diriger ses yeux sur le

luldela page blanche; relire tout ce qu'il venait d'écrire...,

luia à diverses reprises tracer avec sa plume, sur différents

11) Mcinot. — I^oc. cit, {Vn, MédJ^, p. 20 du tirage à part*

ÈCRITCRE l> US SOMNAMBULE HTSTUHlVL'^

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Çi^a^**^ ^

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Ftij. t. — Êcrituiedc Poig.., (lendonl le somDambulisnic LytïériquB.

».--tf — ^j'ix^

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/^fj;. 9. — tiuile Je U chanion oonimencéo danfl la Figure 1. Le feuillet sur lequel le malade écrivait ta première partie, a iits «ousinit tîvv* ment ; il continue a écrire romme >i lo hsul de l.t nouvelle p«ge n'éttil pas 'vierge do tuus caractères.

ÉcRrTUhE d'un somnambule hystébioue. 129

3. — Aoceatuatioa ot puucluMtiop ajouté«s par U malade sur un mlllat bUnc «t relitives a la cltAn^sun des Jeux fi^rm précédeatéA, »r«s qu'on lui eut soustrait les feuillets sur lesquels il nvsic ôorit. MoQtre; a la 2* ligno la barre du t de éliunt, do la ûg. 1, qui o^L iooompiète; deux points sur les j dfis 6* et G* vers; •iei signes de ponctoatlon qui manquent aux flg. t et 2 : un point à U fla du titre ; une virgule a U fm du premier vers ; point et virgule à la On du 2* ; poiol & U lin du 4*: virgule a la tm des 5* et 7* vers; point » la fm du 8*; lia ti U fin du 9* ; point el virgule n la 1m Ju 10*: virgule â la fin

11*: point À la fin du dernier vers.

Charcot, t. h. 9

SOMNAUDULISME HVSTÉniQDE D0 TTPB »BS»tET.

points de cette page blanche, là une virgule, là un e, là un t, en suivant attcnlivement rorlhogmphe de chaque root, qu'il B'nppliquo à corriger de son mieux; et chacune do CCS corrections répond à un mot incomplet que nous retrouvons à la môme hauteur, à la même distance, sur lea feuillets que nous avons entre les mains. » Et M. Mesnet ajoute: « Quelle signification donner à cet acte d'apparence si singulière ? Il nous semble avoir su solution dam rétat hallucinatoire qui crée l'idée-imago et donne à U pensée ou à la mémoire une telle tendance do réflexion vers les sens, que ceux-ci, entrant en exercice, donnent, soit à la pensée, soit au souvenir, une réalité extérieure?! On ne saurait mieux caractériser en quelques mots cette sorte de concentration liallucinatoire qui distinguo les somnambules de ce genre. Nous avons vu ailleurs (v.p. 74etS8| que l'observation si intéreshante de M. Mesnet contenait le germe do toutes les recherches qui ont été faites ultérieurement chez eux. Pour cette raison, il ne serait que j uste de grouper les cas de cet ordre sous la rubrique de SoJnna7nbulisme lystérique du type Mesnet, toute que«tionde nosographie, d'ailleurs, mise à part; car cet auteur, si nous no nous trompons, conformément aux idées qui avaient cours à cette époque, considérait le somnambulisme par lui décrit comme une névrose à part et ne l'avait pas réduit à ce qu'il est réellement, c'est-à-dire à une pure et simple manifestation de lattaque hystérique.

Nous avons vu chez nos deux derniers malades la crise Bomnambulo-délirante précédée des autres phases de l'attaque hystérique nettement caractérisée. Mais il existe aussi, avons-nous dit, des cas dans lesquels ces dernières peuvent être réduites à fort peu de chose ou même man* quer complètement. Dans cette dernière catégorie rentre à bon droit le deuxième cas de M. Mesnet. Chez ce malade c la transition de la santé à la maladie se fait rapidement, en (|uelques minutes, d'une manière insensible, sans convulsions, sans crises. » Et cependant noua voyons noté chez lui certain phénomène qui ne pormetpas, si l'on veut.

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