LA GRANDE ATTAQUE HVSTÉRIQUE
â regard des autres phénomènes de l'attaque ? Celle-ci n'en conserve pas moins ses caractères particuliers et son individualité propre.
En effet, la description autrefois donnée de la grande
attaque hystoro-êpilepliquo par M. Charcot no constitue
pour ainsi dire qu*unc sorte d'étalon, de type modèle auquel
on vient rapporter et comparer toutes les autres formes
rencontrées. Jamais il ne nous est venu îi l'idée que toute
crise de nerfs non conforme à cette description n'était pas
une attaque hystérique. Dien plus, avec l'auteur même de
^B^ttc dencriplion, nous reconnaissons volontiers, parce que
^Hrest lo résultat non douteux de l'observation journalière,
^Bue la majorité des attaques d'hystérie ne présente pas les
^^uatre périodes classi(iues. Mais est-ce là une raison pour
nier Texistence des cas complets, aujourd'hui presque uni-
verdeltemont admis en France comme à Tétranger fl) et
vouloir en faire une sorte d' « hystérie de culture a qu on
ne rencontrerait qu'à la Salpêtrière? Cette conception est
absolument contraire à la réalité des faits.
Notre description de la grande attaque à quatre périodes, notre étalon, nous sert précisément à interpréter sainement les cas incomplets ou anormaux. L^atlaque la plus fréquente est celle ou la deuxième phase domine, où la période épileptoide est plus ou moins fruste, et où les attitudes passionnelles font défaut. Un clinicien qui ne tra* vaille pas dans un champ d'expériences aussi vaste que le nôtre, peut fort bien n'avoir jamais rencontré «[ue celle-là et n'avoir point observé la grande crise complète, pas plus que des anomalies rares, telles que Télat de mal hystérique épilepti forme ou tes attaques de somnambulisme. Encore une fois, est-ce là une raison pour nier ce que d'autres ont L dûment constaté, surtout quand ceux-ci ont puisé les élé- ^■feients de leurs travaux dans un matériel clinique tout à pBkit étranger à la Salpêtrière? Dans cet ordre d'idée, nous
l\\ Voir h co sujei les traités de MM. EicKlnirsi, Hirt, In 'Ics-
ipiion d'un cfttid'hj-stèrio cliez un soldat alIomiuiJ do MM. jVncïré
; Knoblauch, ropro«lnile avoc los figures dans !a Nouv. Jcon.
la. SalpéSirière, ISs!.». par Gilles ilo la Tourelte. Voir au^si
no. AUn.^ jihnt'ojniphiime, etc., etc.
OMOVATlOy.
pourrioui» citer BerauU qui, n'ayant pas étudié <Lànscet hoapice, a reconuu cependant, ainsi que nous le disions au début de ce travail. la période délirante oommo un élément caractéristique du type de l'attaque hystérique (I),
Mais revenons à nos cas rie somnambulisme. Nous dlaloDfi donc que nos malades Schey... et Poi^... représentaien C des types compleca, excellents pour la démonstration, dans lesquels les manifestations délirantes étaient encadrées par les phcnomèntis typiques de la grande attaque. Au contraire, le caa de M. Mesaet représente Tautre extrémité d« réciiclle, où ceux-ci font à peu près complètement défaut. Nous allons maintenant donner la description d'un do ces cas de transition où Ton verra l'élément convulsif parfaitement reconnaissable, mais réduit à sa plus simple expression,au pointd'avoirpupassercomplétement inaperçu
Il u*agitd'un nommé do B..., âgé do '29 ans, jouma C^cst un homme ({ui ne fuit pas partie de la clientèle h taliète habilucllc. Il a été bien élevé, a reçu une bonoe instruction et chI bachelier ôs lettres. Ses parents étaient rentiers et lui ont laissé une certaine fortune qu'il a dissipée do 18 à 20 ans. Son pure est mort d'une hypertropliie car-, diaquc d'origine rhumatismale. Très irritable, très em{)or il n'avait cependant aucune affection nerveuse. Hion de nerveux non plus du côté des grands-jarents paternels. Un cousin germain, fils d'un oncle paternel, était Un original qui plusieurs fois se fit arrêter par la police pour des excentricités, telles que se promener dans les rues habillé en femme, etc. Les oiioles paternels étaient tous emportés comme son pore, mais rien de plus. Pas de maladies n veuses non plus chez la mère, qui est morte d'une affecti hépatique, ni chez les parents maternels.
Il a une sœur mariée, bien portante, el un frère. Celar peu intelligent, n'a jamais voulu embrasser la carrière
ee
(l) Bt'i-nuU.— Art. I lynté rie d\x Dictionnaire de médecine et rhirunjie pratiques.
OBSBIlVATrOX.
lettres. Il n'a reçu qu'une instruction profossionnello et est acluelleinent employé dans une maison do banque. A huit ou neuf ana, ce frère, aujourd'hui â^é de 10 aYis, avait eu la danse de St-Guy et di'jà auparavant il était noctambule^ se levait pendant son sommeil, cl, les yeui fermés, faisait sonlit, s'habillait, se promenait la canne à la main, allumait un cigare, etc. Ce noctambulismo a duré jusqu'à 17 ans. Les antécédents héréditaires névropathiqucs sont donc fort nettement accentués.
Notre mnlade. ne à Lyon, est entré au collège chei les jésuites )^mh Vàge de 10 ans, près do Villefranche. Pendant son séjour dans ^Hbette maison, il n'a eu ni aventures ni maladies graves. Devenu ^Borphelin h 18 ans. il 3*est trouvé possesseur d'une petite for- ^■tune qu'il a dissipée en deux ans h voyager de divers côtés, en " Suède, en Suisse, et à faire bonne chère. Pendant cette période de fêtes continuelles, il acopendant pou faitd'excèî vénériens. A Tin {?t ans il part au service militaire comme volontaire d'un an, dans les hussards. Lia il fit une fièvre typhoïde )^pave pour laquelle îl fut soigné à l'hjpital militaire. Pendant sa convalescence, il était un peu suurd, avait les jambes enflées et des troubles assez accentués de la mémoire. Au boutde deux mois
Ï} convalescence il fut enGn guéri, mais deux mois plus tard ïlatèrent les premiers accidents nerveux. Le début de ces troubles eut lieu sans cause connue. Un lir, chez lui, après dîner, il sentit une boule qui lui reontait à la gorge et l'étouffait, puis perdit connaissance. Pendant deux ou trois heures, il se débattit, se roulant sur lo plancher et ces convulsions étaient entrecoupées de périodes d'assoupissement. Dans la suite il n'eut pas d'autres crises pendant huit ans.
A TAgede 21 ans, complètement ruiné, n'ayant appris aucun métier et obligé de travailler pour vivre, il se mit à faire du Joum»liRme. Il était reporter (faits divers, compte rendu des tribunaux, thé&tres, etc.) Il courait par la ville (c'est h Lyon qu'il a commencé ce métier; il n'est à Paris que depuis quelques mois) toute la journée et vers six heures du soir commençait à rédiger sa copie, puis allait au théâtre et, revenant au journal, faisait encore de la copie ou de la correction jusqu'à trois heures du matin. Il n*a jamais collaboré qu'à de tout petits journaux, oe qui explique la multiplicité de ses fonctions et le surmenage auquel il était assujetti.
En mai t890.il est envoyé à Marseille par un journal parisien pour faire du reportageàrcccaslon du voyage du président do la
PBODROMES DB L ATTAQUE.
République en Corse. II avait déjà depuis quelque temps une sorte de tremblement de la main droite qui le gcnait beaucoup pour écrire et il se faisait accompagner, en çuige de secrétaire, par un jeune garçon, à qui il dictait ses dépêches, ses articlca. Pendant le voyage, la trépidation du chemin de fer le fatigua beaucoup et il fut oblitré de descendre en route ; sans quoi il aurait peut-être eu une crise nerveuse. Auparavant il pouvait voyager en chemin de fer sans souffrir de ces accidents.
Pendant son séjour à Marseille, il se surmena beaucoup et faillit avoir une attaque de nerfs, dont il ressentit tous les prodromes. A ce moment le tremblement de la main était à son maximum. C'est dans cette ville qu'il s'aperçut quMl était porteur d'une hémianesthéslo droite.
Parti un jour de Marseille à Cette en bateau, par un gros temps, il ressentît en arrivant quelques malaises gastriques: inappétence, vomissements et une sorte de trouble de la mé» moire» qui durèrent quatre ou cinq jours. Ces prodromes annonçaient la deuxième crise nerveuse, qui se produisit alors et fut suivie de plusieurs autres pendant l'espace de quinze jours. Il fut soign<ï par un médecin qui Vhypyiotîsa et le montra aux officiers de la garnison comme sujet hypnoliqun, puis envoyé par lui à Montpellier où il entra à l'hôpital. Làoi l'hypnotisa encore et on lui fit diverses suggestions pendaot ce sommeil hypnotique,
Hentré à Paris, il eut une nouvelle crise pour laquelle il séjourna quelques jours à l'Hôtel-Dieu, où on l'/ii/pnod'sa de nouveau^ Enfin, après avoir repris son travail pendant mois, 11 se présenta h. la consultation du mardi, & In Salpctriè le 21 octobre 1890, parce qu'il ressentait de nouveau les pro dromes d'une crise nerveuse.
Ces prodromes sont toujours les mêmes. Ils consistent et» maux do tète, inappétence, nausées suivies quelquefois d^ vomissements par régurgitation, frissons, pensations de chaud et de froid. A cela s'ajoute une sorte de trouble de la mémoire, il ne 80 rappelle plus rien, oublie ce qu'il a fait la veille et ce qu'il doit faire le lendemain. Cette espèce de malaise général a précédé presque toutes les crises ou les séries do crises qui se sont produites depuis quelque temps.
Lorsqu'il se présente à nous, c'est un homme de (oroe moyenne, d'aspect pas très robuste, un peu pâle, l'air abattu et triste. Tous ses organes fonctionnent normalement. Il n'a rien au cœur ni dans les poumons. Habituellement les digestions et les selles sont régulières.
I.a moitié droite du corps est le siège d'une aneathésie absolue au contact, à la douleur et à la température. La porte da
POINT HVSTâHOUÈNK OCULAIRE.
sens musculaire de ce côté n'est point absolue ; il sent qu'on remue un doigt, mais sans indiquer toujours fiûroment lequel. La sensibilité profonde, musculaire et articulaire est abolie complètement.
Il existe dans la fosse iliaque droite un point douloureux. La pression sur ce points seulement la pression profonde, donne lieu aux phénomènes de Taura (boule, battements dans les tempes, sifflements dans les oreilles). De plus, ainsi qu'on le verra plud loin, elle arrête aussi l'attaque. Il en existe un tre au niveau du condyle interne du fémur du côté droit igalement. Pas de points testiculaires, ni vertébraux.
Le {^oiit est aboli sur la moitié droite de la langue, l'odorat complètement perdu pour le côté droit. L'ouie est diminuée du même côté. En ce qui concorno ta vue, on constate du côté droit un rétrécissement du champ visuel à 30^ A gauche le champ visuel est normal. Déplus: achromatopsie et polyopie monoculaire.
Le malade nous dit qu'il est hypnotisable et que dans les rvices hospitalierfi où il a passé il a seroi de sujet à dir»e« expériences. On ^hypnotisait à. l'aide de la preBsion r les globes oculaires. (Ja verra plus loin quel est l'état dans lequel on met en réalité le malade h Taidu de ce procédé. La main droite est le siège d'un léger tremblement qui gène le malade pour écrire ^Voir planche 11 le spécimen do son écriture), mais oc tremblement no se manifeste guère que pendant cet.acte. Au repos il n'est pas appréciable.
1^ malade décrit ainsi une de ses orises nerveuse;?, d'après le récit qui lui en a été fait à Montpellier. Il tombe par terre, nikée, après avoir rossunti les phénomènes do Paura; puis il se renverse en arc de cercle et reste ainsi pendant un temps plus ou moins long. Il se débat peu et on a qualifié d'attaques de sommeil les crises qu'il a eues. Nous n'avons pas vu de iftos semblables chez cet homme, au moins au début de son
r à la Salpêtriùre.
Deux jours après son entrée, le malade nous prie de vouloir bien Vhypjwtiser, comme on avait déjà fait à Montpellier et ailleurs, parce qu'il ressent une certaine amélioration à la suite de ces sommeils provoqués. Nous déférons volontiers à son débir et, après l'avoir fait asseoir sur une chaise, nous tépétons la m.inoQuvre qu'il dit avuir été déjà employée dans I but : l'occlusion des yeux avec une légère pression sur les obes oculaires.
Au b<'ut de quelques secondes, le malade présente des mou* vements de déglutition et de régurgitation assez prononcés: on dirait nu il va vomir, mais les vomissements ne se produi-
OB»BflVATM>.X.
sent pas. Bientôt les membres se raidissent légèrement ; itn sont étendas suivant l'axe du corps qui s'incurve un peo«n arrière; les membres inférieurs rapprochés Tun contre l'autre, le pied en extension forcée. Les membres supérieurs sont rapprochés du corps; les .ivnnt-bras en pronation forcée; U paume de la main en arrière et en dehors, le« doisîla fléchis.
Le bras souleva reste, raidi, dans la position qu'on lui donne. Puis le malade est a^té de quelques frissonnements et bientôt les membres redeviennent souples et le malade reste assis. calme, la tète un peu inclinée sur la poitrine, les yeux fermés, dans rnttitude de quelqu'un qui sommeille.
Tout cela n'avait peut-être pas duré une minute, mais Tapparition de ces phénomènes con\'ulsirs, en conséquence du procédé employé, commençait dôjà à nous donner fort k ré(\tchir uu sujet de ce prétendu sommeil hypnotique qu'on artit ailleurs développé chez lui. La suite de la scène vint conrïnner nos soupçons.
Quelques instants après Je malade, les yeux toujours fermés, commence à réciter à voix basse des vers d'Horace; à ce moment, nous lui crions dans Toreille droite : « Des soldats!» Le nmiado cesse sa citation d*Horace. et au bout de quelque» secondes, après avoir prononcé entre les dents des paroles inintelligibles, il crie h haute voix, avec Tintonation du commandement: <i En avant! marche!... Par le flano droit'..' droitel...» Fuis, il ouvre les yeux, et le regard fixe, comme porté au loin, les paupières l.irgemtmt ouvertes, le corps in' cHné en avant, le cou tendu, il parait suivre avec une atten^ tion très vive quelque chose qui se passe à quelque distance^
On frappe alors quelques coups de gong, légers et rhythmésî Le malade prend une attitude plus calme, qui semble exprimer le recueillement, puis il dit : » Marguerite entre dans la chapelle... Méphistophélès... »
A ce moment, on pique avec une éplng-le te côté droit de la face, qui était nnosthésique à Pétat de veille; aussitôt le ma* lade manifeste que la sensation est perçue, en faisant une grimace, et en portant la main de ce côté. Du côté gauche, au contraire, il y a une anestliésle, qui n'existait pas à Tétat de veille. En même temps, il s'écrie : ■ Oh! les mouches !... »
On frappe do nouveau quelques coupa de gong; le malade se frotte les yeux, comme quelqu'un qui s'éveille; il a de nouveaux mouvements de déç^Iulition et de régurgitation, puis II ouvre les yeux : il est revenu à lui. On lui demande s'il sait os qui vient de se passer : « J'ai dormi, je crois, n répondit-il. On explore la sensibilité : le côté droit de la face n'est plus aaes*