‹ Clinique des maladies du système nerveux v. 2, 1893Chapitre 22 sur 95 · CONTINUITE. DRS PÉRIODES SOMXAUBULTQUES · texte numérisé non relu

CONTINUITE. DRS PÉRIODES SOMXAUBULTQUES

liu papier. Au bout de quelques inslanls il se nictà écrire

ipli

nsi

sans 8 interrompre autrement quo pour allumer quelques cigarettes que nous lui offrons^ douze feuillets de papier, composant une sorte de prologue à son roman. II décrit la consultation externe de l'hospice un mardi matin, les allures et la physionomie des nombreux malades et des personnes de service. Il s'élcnd peu sur la description des membres du personnel médicnl, raconte ses t-moliona, son passai^e au bureau dos entrées, etc. De temps en temps, comme s il se trouvait avec un camarade dans un bureau de rédaction de quelque journal, il parle à cet tmi imaginaire, se plaignant de 1 exigence du prote qui n'a imais assez de copie, demrtndant quelques conseils, ratuinl des mots impropres, faisant dos additions et des renlis régulièrement numérotés. Ces douze pages sont écrites iHB l'espace dune heure environ.

On le rcvcillo alors en lui soufllant sur la faco et en

■estant sur un point hystéroirêne qu'il porte dans le flanc

LUche. Il revient à lui après quelques mouvements con^

Isifseton lui met sous les yeux le manuscrit qu'il vient de

imposer. Il reconnaît bien son écriture et parait fort

tonné d'avoir écrit tout cela en une heure. Il pense qu*on

Idù le faire écrire pendant qu'il ■ dormait », car il n*avaic

Inoore rien composé lâ-dessus à l'état de veille, et, d'autre

tri, dans cet état de veille, il lui eiît fallu deux bonnes

tucM pour écrire ainsi douze pages presque sans re-

mches.

Trois jours après on recommence l'expérience. Le malade vnd la plume el, délibérément, sans hésitation, numérote première fouille : IJ et au haut de la page il écrit le derier mot do son précédent manuscrit (il. Ce jour-là 11 écrit pages consécutivement, dont la dernière (fcuitUt 19) remplie qu'à moitié,

lendemain nouvelle expérience. Il commence à nu- Toter son feuillet: 13 bis en traçant en haut le dernier

i\) On &ait que c'est une coutume chez le^ gons qui écrivent l'.tut.rr'ssion do r6p<>tor ainsi au haut de cha^iuo p^ifC le der- Ift pa^o prL*ce«ienic. Notre malatlo ne maaipic jamiii •X cha<|ue pa^c blanche qu'il commeacc.

152 PERSONNE KOHUALE. — FEnSONNB SOHNAMBUUQUB.

mot de la feuille préccdente, et écrit une demi-page. Ld surlendemain il recommence et continuant la page 19 bl^ inachevée il numérote 19 ter puis s'arrête k la page 20.

Nous le laissons alors vingt jours sans lui reparler d* son roman, et, au bout de ce temps, nous attirons de noit veau son attention sur ce sujet. Il prend la plume, numérota sans hésitation son premier feuillet: 21, en traçant comm^ toujours en haut les deux derniers mots de la demie feuille, écrite vingt jours auparavant.

Il y a là une espèco d*hyporacuité de la mémoire bie remarquable. Il est peu probable qu'à l'état de veille il fiît ainsi souvenu, après vingt jours d'intervalle, des deu derniers mots et du numéro do sa dernière feuille écrite. IK^ en était du reste à peu prés ainsi pour tous les faits accom — plis dans son état somnambulique, du moins autant qu nous pouvions en juger, c'est-à-dire pour les idéee-, ac délirants, etc., dans la production desquels nous étion intervenus et que nous pouvions contrôler. Ce phénomèn montre qu'il existe évidemment une sorte de liaison en les états somnambuliques successifs chez cet homme. Cela ne se produit pas toujours chez tous les malades, ou du moins 11 est impossible de s'en rendre compte. Ils se souviennent en général de tous les faits de la veille pendant l'état somnambulique, ainsi qu'il est toujours facile de s'en rendre compte. Leur personnalité n'est donc pas véritablement cliangée dans cet état. Le dédoublement do leur mot ae manifeste seulement par cette particularité qu'ils n'ont pas souvenance dans la veille de ce qui se passe pendant le somnambulisme.

Il nous parait inutile de revenir sur les analogies qui rapprochent les uns des autres les divers cas que nous venons de rapporter. Nous y avons suffisamment insisté chemin faisant et Tordre que nous avons suivi dans la description est basé précisément sur l'existence de ces traits communs qui les unissent. \] nous semble incontestable, d' après tout cela, quMI s'agît bien dans ces manifestations délirantes d'un fragment de l'attaque hystérique classique et, pour l'appeler par son nom, de la troisième période ou

CAnACT^nB INDIVIDUEL DU OËLinS.

des attitudes passionnelles. L'élément convulsîf y ept toujours représenté, quelquefois à Tétat d'ébauche, quelquefois dans son complet développement.

Les caractères du délire lui-même sont assez nets pour fournir à eux seuls un éléraenl d'appréciation indiscutable. Les différences qui distinguent les divers cas les uns des autres sont toujours d'ordre secondaire. Qu'il s'agisse, suivant la division adoptée par N. Pitres il), de délire maniaque, ou hallucinatoire ou ecmnésique, ce qui domino, c*est ceci, à savoir que les malades sont en proie h. un délire plus ou moins actif, toujours commandé par des hallucinations des divers sonS} variable dans ses manifestations, et dans l'évolution duquel on peut intervenir plus ou moins suivant le degré plus ou moins élevé de concentration du sujet. La caractéristique de ce déLre consiste également dana le cachet individuel que chaque malade imprime à ses idées délirantes et qui dépend de circonstances multiples.

La plupart du temps le délire variesuivant la profession, 1 éducation, l'instruction du malade, suivant ses idées ou ses préoccupations du moment. Et cela est dans la majorité dea cas bien aisé à découvrir.

Le jeune Letell..., le garçon charcutier, ù qui son camarade prétendait faire prédire les chevaux gagnants des courses pendant son soi-disant sommeil, prend, au milieu de son délire zoopsique, des airs de petit prophète iLans son somnambulisme. Il prédit le moment de son

veil, la date de sa guérison, le nombre de douches qu'il

i faudra prendre, etc.

Schey..., la jeune fille au grand délire hystérique de huit jours de durée, esta l'état normal une jeune personne un peu timide, légèrement « geignarde » et plutôt triste. Son délire se ressent de ces dispositions spéciales.

Poign..., notre jeune ouvrier emballeur» tient du gavroche par de nombreux côtés. Cela se voit du reste dans sa façon de réa^^ir tant en paroles qu*en actions à

il) Pitres. — Leçons cliniques sur Vhystérie et l'hypnotisme, m\. lî. p. 287.

O-i IKPLUKNCB DE LA PnOFJE»8lAX, DC CABACTÊflE, tTC

l'cL'ardde ses hallucinations et doses conceptions dcliranlcs.

Enlin. notre dernier malade, de B..., le journaliste, es avant tout un ouvrier de lu plume. Il ne pense, dans le' Bomniimhulisme, qu'au journal, à la copie ; il compose. critique, rappelle ses voyages de reporler. De plus, il est ruiné, quelque peu sceptique et désillusionné. Combien tout cela fie dêcèlo nettement dans son délire! Rien qu'à voir et à l'entendre délirer, on diagnostiquerait toutei situation, tant matérielle que morale.

Nous pourrions rappelerausai à ce point de vue leseconi malade de M. Mcsnet. Deux périodes paraissent avoir U époque dans sa vie. II a élé .soMat et çrrièvemont blcï pendant U guerre de 1870-1871 ; il se bal avec un fu! imaginaire contre des Prussien*) imaginaires. Il a chanteur de café-concert; il prend une vive lumière poi la rampe du ihéâlre et chante comme s'il se trouvait sur la srènc.

Celte note individuelle apportée par chaque malade dans son délire, loin de constituer une dirférencc qui sépare chaf^ue cas, est au contraire une des caractéristiques les plus frappantes du somnainbulismo hystérique arrivé à un certain délivré de développement. Ce n'est d'ailleurs pas une vérité bien nouvelle que nous énonçons là. Uriqu* avait déjà écrit il y a bien des années : « Le délire hyst riquo est une simple réminiscence des pensées ({u! oni occupé les malades hors l'éiat d'attaque (I). » Une pareille afiirmation, kous cette forme du moins, est peut-être ui peu absolue. Mais clic n'en est pas moins vraie en gran( partie.

Tel est aussi l'avis de M. Mcsnet, qui le formule nettement dans l'un et l'autre do ses deux mémoires, que nous avons eu si souvent l'occasion do citer au cours de ce travail. Chez sa première malade (I8(3ûi, il note que « les déterminations ut les actes ob&orvés dans le somnai Iiulismc avaient pour principe les préoccupations de IfJ veille. H C'est presque la reproduction de la formule de

pas

uet^ (téS on^^

INFLUENCE DBS PE?(SÉS9 DE l'ÉTAT EiE VEILLE. 15S

:ïI, laquelle eBl également approuvée par M. Pitres^!). rnier auteur rapporte, à l'appui de son opinion, l'observalion fort intéressante d'une malade qui, à la suite d'une peur occaeionnéo par le récit d'un incendie, eut p«udant de longâ mois des attaques de délire, pendant lesquelles elle se voyait entourée de natnmes. Plus tard cette même femme effrayée à la vue de uorpenls (({ui n'étaient cependant que des serpents de théâtre eu carton), eut des hallucinulions de ce genre dans ses attaques. Enfin, plus tard encore, à la suite du violent chagrin ressenti à la suite du départ et du mariage de son amant, son délire roulait conâtamment ot exclusivement sur ce sujet.

LedélircocmnésiquodcMM.Pilrc9etBlancFoDtenîlle['2), dans lequel hi malade se croit reportée à une période antérieure, quelquefois très éloignée, de son cxi&tencts, entre Bpsai dans la môme catégorie, «t les pliénomènea qui lo Hractérisont ne sont miUomont en contradiction avec notre |(on d'interpréter les choses.

Evidente dans le délire spontané des malades, cette note individuelle, due à leur éducation, à leurs souvenirs, au milieu social où ils ont vécu, est encore parfaitement nette isles conceptions délirantes que l'on provoque à l'aide ipressions sensorielles. Dans ce cas, bien que nous dons naître de nouvelles idées ou du moins des idées ne s'étaient pas produites jusqu'alors dans le détire intané, nous no créons pas cependant à notre guiso le ou telle hullucinatloa qu'il nous plait do développer. une impression sensorielle plus ou moins complexe, vant que le sujet est plus ou moins concentré, pouvant 1er jusqu'à la parole ou l'écriture chez ceux qui le sont inoins, nous éveillons une hullucinalion dont nous ne vons prédire la natuie de primo abord. Sur ce point do tart le somnambule hystérique se crée un tableau, une ■ie d'hallucinations qui s'enchaînent les uneaaux autres, livant une évolution que nous no saurions provoir et dans rnquello il nous est Impossible d'intervenir.

i!l Pilret^. — I.o-\ cit.. \'. ■}<*}.

(i|3) BUuc-FontciiiJk'. — héiudû sur une forme particulière de lérique [dùlire arec ocmué^ie;. Th. Uitrdeaux, 1887.

150 CAHACTÈBES DES HALLUCINATIONS PHOVOQtIÈES.

Ces hallucinations provoquées ainsi sont d'une întGOEîtc et d'uno durée dirfércntcs suivant Ïcb cas. Il nous a paru qu'à ce point de vue elles étaient d^auUint plus intenses cl persistantes que le degré de concentration du sujet était moindre. Chez la nommée Schey... , qui était au plus haut point concentrée dans son délire, tellenient que la parole était pour elle une excitation trop complexe pour provoquer un changement dans ses hallucinations, les con ceptions déliiantcs provoquées par les impressions sensorielles faisaient assez rapidement place au retour du délire spontané. Chez le jeune Poign..., au contraire, elles persistaient beaucoup plus longtemps et les scènes produites par notre intervention élaient plus complexes et plus longues. En fin, chez de D..., elles duraient presque iD' dcHniment, tout en présentant toujours ce caractère sp^ cial de ne pouvoir être modifiées ou conduites au gré de l'expérimentateur.

Il existe, en effet, dans cet état, une sorte de monoidéismo très particulier, expliquant Tinanité do toute teatative faite dans le but do changer l'ordre, Tassociation des idées délirantes. C'est là une autre caractéristique bien nette du délire des somnambules hystériques M. Mesnot l'avait déjà notée. Dans son premier mémoire. il écrit, à propos dosa malade, tique la sensation n'est éveillée on elle qu'autant que la ciiuse qui la provoque est en rapport avec son délire. » Et plus loin il définit en quelques mots cet état do monoidéisme en disant que « la véritable caractéristique do celte affection est Tcxercice des facultés et des sens dans un cercle restreint, toujours en rapport avec l'idée dominante et exclusivement limité À son étendue. ■ C'est pour cela que nous ne pouvons intervenir chez ces malades que d'une façon détournée, c'est [)Our cela aussi qu'ils se meuvent autour de nous sans ce préoccuper de nos personnes» sans reconnaître les objets extérieurs, ne voyant en tout ce qui les entoure que des corps sans personnalité ou des objets sans forme définie, simples obstacles matériels qu'ils tournent ou renversent suivant leurs besoins.

On rencontre un semblable état de monoidéisme dans la période cataleptique du grand hypnotisme dont il e<t.

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